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Droit au musée, droits des musées

sous la dir. d'Édouard Bonnefous, Éric Peuchot, Laurent Richer
Paris : Dalloz, 1994. - 152 p. ; 24 cm.
ISBN 2-247-01643-X : 120 F

par Annie Pissard

Le titre subtil de cette publication souligne la multiplicité des problématiques que le développement des musées fait surgir entre le public, l'institution et la législation. Une « relecture » de cette législation est dans l'air du temps. Un projet de loi (avril 94) et une exposition au musée d'Orsay « La jeunesse des musées » ont effectivement donné un air « dans le vent » à une institution née à l'époque révolutionnaire. La décentralisation et la réflexion en cours sur l'aménagement du territoire questionnent le concept même de patrimoine national.

Histoire, droit, marché de l'art...

Des responsables français, réunis lors d'un colloque à la Fondation Singer-Polignac en avril 1993, ont abordé ces questions. Marc Fumaroli, professeur au Collège de France, restitue l'histoire des musées nés dans les studi et les collections de curiosités des humanistes florentins. Avant de construire des musées pour les foules on a rassemblé jusqu'au milieu du XVIIIe siècle le « musée de papier », études savantes et reproductions d'œuvres. Le succès des musées d'aujourd'hui n'a pas à être mesuré à l'aune des chiffres de fréquentation : « Le programme génétique du musée doit d'abord être un lieu de savoir et d'éducation ». Après un rappel, par Maryvonne de Saint-Pulgent du système douanier et fiscal mis en place par l'état collectionneur et protecteur du Patrimoine, des lois de 1913 et de 1992 sur la circulation des biens culturels en passant par celle de 1968 sur donations et dations, Pierre Rosenberg, conservateur des Peintures au Louvre, présente la place des musées nationaux dans le marché de l'art en opposant avec quelque pessimisme l'Angleterre et l'Italie à la France. Il plaide pour un « marché actif et vivant qui constitue très souvent la meilleure défense du patrimoine ». En étudiant la lourdeur de la création et du fonctionnement des fondations d'utilité publique ou des fondations d'entreprise et en posant le problème de la transformation possible des musées en fondations, Eric Peuchot (Institut de France) conclut quant à lui que la meilleure défense du patrimoine est aussi le développement d'un pluralisme vrai dans la gestion des musées.

Jacques Rigaud, président de l'ADMICAL (Association pour le développement du mécénat industriel et commercial), constate un décloisonnement généralisé du financement des activités culturelles, puis il évoque les problèmes posés par l'intervention des entreprises dans le domaine de la culture en indiquant sa préférence pour un mécénat d'entreprise qui se dirige vers des actions que l'État ne connaît pas. Laurent Richer, professeur de droit, affirme d'abord que la gestion d'un musée par une personne privée est possible, puis analyse quelques exemples : musée des Arts décoratifs, mémorial de Caen, écomusée de Saint-Nazaire. Pour lui, ces expériences devraient s'étendre à condition que les contrats soient bien rédigés et respectés.

Enfin, l'architecte des Monuments historiques Jacques Moulin expose ses craintes que la « fièvre » des musées (actuellement 300 sont en chantier en France) soit une menace pour les bâtiments qui les abritent et pour les œuvres elles-mêmes. Il appelle de ses vœux un large débat et un contrôle plus grand des décisions à l'intérieur du musée.

Une synthèse claire

Le lecteur bibliothécaire consultera avec profit cette synthèse particulièrement claire, au travers de laquelle il ne manquera pas de chercher quelque signe de parenté avec sa propre institution. Des mondes autrefois privilégiés et calmes sont livrés actuellement à l'appétit dévorant du public. Le droit des musées en plein mouvement aujourd'hui doit s'adapter pour que l'accès à ces merveilleuses mémoires d'art et d'éducation reste un « droit au musée ».