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Maria Gioia Tavoni

Il Banco del libraio e lo scaffale del glurista

Carlo Trentl nella Bologna di fine Settecento

pref. di A. Padovani
Bologna : Patron, 1993. - 159 p. ; 21 cm.
19 000 L

par Gino Greco

L'ouvrage de Maria Gioia Tavoni est consacré à la présentation de l'inventaire après décès utilisé lors de la vente de la bibliothèque privée d'Ercole Valla. Comme tout document de cet ordre, complet et daté, il est d'une importance capitale pour l'historien.

Le fonds de la bibliothèque

Ercole Valla, au cours de sa carrière de notaire qui s'étend sur plus de 50 ans, a réussi à rassembler une riche collection d'ouvrages. Dans cette bibliothèque, on dénombre 1 020 titres qui correspondent à 3 000 volumes environ. En dehors des manuscrits et des textes non identifiés, le pourcentage des éditions par siècle est le suivant : 31,3 % pour le XVIe, 43,2 % pour le XVIIe et enfin 25,5 % pour le XVIIIe. Mais il est important de souligner que 73 % de ce fonds sont constitués par des ouvrages juridiques ; les autres disciplines ne totalisent qu'à peine 23 %, étant entendu qu'il reste un certain nombre d'ouvrages non identifiés.

Dans l'important « corpus » des sciences juridiques englobant les différents droits, figurent des auteurs d'origines très diverses : Italie, Espagne, Allemagne, Hollande et France. Pour ce dernier pays on peut citer parmi d'autres : l'édition de Annotationes... Venitiis, 1534, de Guillaume Budé ou encore de Consuetudines Ducatus Burgundiae de Barthélémy de Chasseneur, Lugduni, 1552. Quant aux autres disciplines, les mieux représentées sont les belles lettres et l'histoire. Modernité et classicisme s'y côtoient : à côté des classiques grecs et latins, se trouve un bon nombre d'auteurs du XVIIIe siècle. Cet inventaire après décès, qui constitue plus de la moitié de l'ouvrage, nous révèle donc la bibliothèque d'un collectionneur qui pendant toute sa vie a cherché à rassembler les plus belles éditions de textes juridiques. C'est pourquoi, au moment de la vente, Carlo Trenti n'hésita pas à l'acheter immédiatement et à un prix élevé.

Un libraire-imprimeur et éditeur : Carlo Trenti

Au moment de l'achat de la bibliothèque en 1787 aux héritiers d'Ercole Valla (ses deux fils, l'un docteur en médecine et philosophie et l'autre prêtre), Carlo Trenti pratiquait la profession de libraire-imprimeur depuis longtemps, d'abord comme associé de Petronio Dalla Volpe, ensuite à son propre compte.

Comme libraire, Carlo Trenti se distingue par son grand dynamisme. Il s'approvisionne auprès des plus grands centres de production, se met en mesure de satisfaire toute demande de sa clientèle, se porte acquéreur auprès de particuliers et il n'est donc pas étonnant qu'il achète en totalité la bibliothèque d'Ercole Valla. En tant qu'imprimeur, les publications sorties de ses presses sont d'un intérêt relatif, même si en tant qu'imprimeur et éditeur, et dans une courte période, on lui doit l'une des plus belles réalisations du siècle des Lumières à Bologne : le Giomale enciclopedico.

Cette publication, à l'avant-garde du joumalisme où se trouvent tant d'intellectuels épris de modernité, devient sous l'impulsion de Giovanni Ristori le manifeste des encyclopédistes. L'activité de Carlo Trenti devient ainsi le thème central de cet ouvrage au travers de l'acquisition de la bibliothèque d'Ercole Valla. Pour mieux en souligner la portée, Maria-Gioia Tavoni restitue le milieu culturel de Bologne de la deuxième moitié du siècle.

La seconde ville de l'Etat pontifical, dans les années 1758, compte neuf imprimeries et, vers 1760, vingt et une presses. Malgré les contraintes administratives - il est bon de rappeler que pendant tout le XVIIIe siècle imprimeurs et libraires devaient à genoux prêter serment devant le vicaire du Saint-Office - le commerce des livres fait preuve d'une certaine vitalité.

Imprimeurs-libroires à Bologne

Dans cette partie, très longuement développée, l'auteur fait revivre l'activité des imprimeurs-libraires, des simples libraires et leur approvisionnement. Un sens aigu du commerce, pratiqué par des hommes qui avaient une grande connaissance de la clientèle, explique qu'ils restaient toujours à l'affût de ventes des particuliers, comme l'a fait Carlo Trenti.

Ce petit volume abondamment annoté est aussi précieux par la publication de l'inventaire qui peut être le point de départ de plusieurs études.

Si l'acquisition de ce fonds par Carlo Trenti fut essentiellement une affaire commerciale, l'étude de son « corpus », comme le souligne dans sa préface Andrea Padovani, peut offrir aux historiens des éléments de réflexions et de recherches.

En réalité, Maria Gioia Tavoni ayant découvert ce document, faute d'éléments lui permettant d'approfondir la personnalité d'Ercole Valla, a dû se résoudre à l'étudier sous l'angle du commerce du livre dans le sens le plus large.

Il semble qu'à partir de cet inventaire, les historiens du droit pouront trouver de la matière concernant l'état des connaissances juridiques et la part de tradition et de modernité dans la bibliothèque d'un notable provincial.