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Éditorial

Economie : le terme est employé ici dans un entendement volontairement polysémique.

C'est en effet la pluralité des acceptions du terme que cette livraison du Bulletin des bibliothèques de France a souhaité décliner. De la plus large à la plus circonscrite. On peut tout d'abord s'interroger sur la place des bibliothèques dans l'économie.

Comment et sur quels registres peut être construite une économie des bibliothèques, qui intègre cette production de services dans un ensemble plus vaste ? Comment situer les bibliothèques dans l'économie de la culture et/ou de l'éducation ? Plusieurs pistes sont ici explorées, qui précisent quelques-uns des paramètres à prendre en compte.

Economie « interne » d'autre part. Quelle est la nature de la plus-value apportée par l'entreprise-bibliothèque aux biens et services offerts ? Comment mieux l'estimer et la mesurer ? Comment et auprès de qui la répercuter ?

L'économie est donc aussi entendue ici comme s'interrogeant sur la gestion des bibliothèques. Il est devenu banal de dire que les temps contemporains appellent les bibliothèques à gérer avec rigueur. Deux raisons, contraires, y conduisent : leur succès et la crise. Leur développement les conduit à représenter une part plus significative des budgets des collectivités et institutions dont elles dépendent. On leur demande donc de rendre compte de l'intérêt qu'on leur porte. La diversité de leurs missions, de leurs services et de leurs publics, faut-il le rappeler, les conduit aussi à devoir déterminer avec davantage de précision les choix effectués.

La conjonction des deux phénomènes, développement sectoriel et récession générale, est donc au cœur du paradoxe qui conduit les bibliothèques à devoir produire et offrir davantage, tout en disposant tendanciellement de moins de ressources. Qu'on ne s'y méprenne pas. Si l'ensemble des contributions ici proposées invitent à réfléchir aux contraintes - et richesses - de l'entreprise-bibliothèque, ce n'est pas pour céder à la pseudo-modernité d'une logique qui ne serait que financière. Comme toute nouvelle mode professionnelle, l'exigence croissante de savoir-faire gestionnaire ne se dit pas pour ce qu'elle est aussi : une façon de faire de nécessité vertu. Cherchons donc dans le même temps à empêcher qu'advienne une situation proche de celle que connaissent aujourd'hui les plus grands musées nord-américains, qu'aucun Superman ne se risque aujourd'hui à souhaiter diriger *. Si le libéralisme a ses vertus, celui qui conduit ces établissements à devoir trouver par eux-mêmes une part croissante de leurs ressources a aussi ses limites. Surtout si les professionnels en question ont comme une nostalgie d'un temps où, après tout, leur compétence était aussi, archaïsme coupable, l'histoire de l'art !...

La place faite à l'économie des bibliothèques, qui doit être largement développée et mieux assurée, se doit aussi d'être pensée à la lumière de leur irréductible - et bienfaisante - spécificité.

  1.  (retour)↑  « Musées cherchent conservateurs », par Sylvie Kauffmann, Le Monde, 13-4-1994.