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Les pratiques culturelles des personnes âgées

sous la dir. de Paul Paillat
Paris : la Documentation française, 1993. - 144 p. ; 24 cm. - (coll. du Département des études et de la prospective du ministère de la Culture et de la Francophonie)
ISBN 2-11-002940-4 : 90 F

par Yvonne Johannot

Les trois enquêtes menées par le Département des études et de la prospective du ministère de la Culture de 1973, 1981 et 1989 constituent le matériau premier mais non exhaustif de la présente recherche. Il s'agit de comparer les pratiques culturelles des personnes âgées de 60 ans et plus entre 1973 et 1988, et avec les autres catégories d'âge.

L'avant-propos attire notre attention sur le fait qu'il existe des attitudes communes aux « anciens » qui les différencient du reste de la population, car ils ont tendance à se recentrer sur le foyer. Si, aujourd'hui, cette tranche de population représente 11 millions de personnes, elle va aller en augmentant, mais les personnes agées de demain auront bénéficié d'une scolarité plus longue, de plus de loisirs et il est probable que leurs pratiques culturelles s'en trouveront modifiées. A l'avenir, notent les auteurs, il sera souhaitable de scinder la catégorie des « plus de 60 ans » en deux, en raison des changements importants amenés par ce qu'on nomme « le quatrième âge ».

L'ouvrage est divisé en deux parties : les activités à domicile et les activités à l'extérieur.

Loisirs à domicile

Si, en 1973, 53 % des hommes de plus de 60 ans et 51 % des femmes préféraient les loisirs pratiqués à domicile, ces pourcentages ont un peu diminué en 1988 (respectivement 47 % et 49 %). Les activités à domicile retenues sont : la lecture, l'écoute des médias et de la musique, les activités manuelles, la convivialité, les jeux et passe-temps divers. Pour chacune, de nombreux tableaux et graphiques examinent les évolutions selon l'âge, le sexe, le demier diplôme obtenu, le type de la commune de résidence. Donnons quelques exemples en ce qui concerne la lecture : la possession et l'achat de livres augmentent dans la catégorie étudiée. Une distinction intéressante est faite entre les générations nées entre 1934 et 1948, et celles de 1914-1933, montrant que, chez les plus âgés, la proportion de ceux qui n'ont lu aucun livre dans l'année diminue, contrairement à ceux de 1934-1948 et que la proportion de ceux qui ont lu plus de 20 livres dans l'année diminue chez tous, sauf chez les femmes les plus âgées. Un très faible pourcentage de personnes âgées fréquente les bibliothèques (13 % des hommes et 19 % des femmes), mais ces pourcentages et la fréquence des emprunts augmentent. Les « sans-diplôme » sont moins nombreux, en 1988, à n'avoir pas lu de livres, alors que c'est l'inverse chez les bacheliers, parmi lesquels 7 % sont non-lecteurs de livres. Des graphiques tracent la répartition des lecteurs selon le genre d'ouvrages, les lecteurs de journaux et revues et le temps qui y est consacré.

Loisirs extérieurs

Dans les activités à l'extérieur, ont été retenues : les sorties (évolution des goûts, lieux de sortie), les visites (expositions, zoos, monuments, etc.), les activités physiques, les associations, les vacances et week-ends. On note une évolution vers l'accroissement des loisirs extérieurs, en particulier dans les générations de 1934-1948. La danse folklorique et le bal sont en très nette progression, ainsi que « les spectacles d'amateurs », alors que le music-hall et l'opérette sont délaissés. Le pourcentage des hommes et des femmes participant à la vie associative surprend : il passe de 31 % à 46 % chez les hommes et de 14 % à 38 % chez les femmes de la tranche d'âge considérée ; cette augmentation est due sans doute au développement important des clubs du troisième âge. Quel que soit l'intérêt de la comparaison entre ces différentes données chiffrées, il nous semble nécessaire de pondérer les résultats d'une telle enquête. En effet, qu'est-ce qu'un « loisir » lorsqu'on n'est plus en activité professionnelle ? Peut-on amalgamer, en tant que « pratique culturelle », le fait d'ouvrir sa radio ou sa télévision pour avoir une compagnie, pour nier sa solitude, et celui de choisir une émission sur Arte par exemple ? On a souvent relevé la difficulté à évaluer la portée des enquêtes sur la lecture. On pourrait en dire autant des voyages et des week-ends à l'extérieur. C'est peut-être la détermination précise de ce qu'on appelle « pratiques culturelles » qui manque, puisqu'elle implique non seulement des actes, que l'on peut comptabiliser, mais tout un comportement sur la façon de choisir et de vivre ces actes qui, lui, ne peut être mis en chiffres et qui laisse le lecteur quelque peu sur sa faim.

Il n'empêche que les commentaires des tableaux pourraient orienter des recherches sociologiques sur la manière dont l'individu organise sa vie lorsqu'il est libre de son temps, et les possibilités que lui offre la société pour ce faire, recherches pour lesquelles les statistiques apporteraient des éléments de compréhension.