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La FADBEN a vingt ans à Marseille

Martine Poulain

Les 16 et 17 octobre derniers, la FADBEN (Fédération des associations des documentalistes/bibliothécaires de l'Education nationale) fêtait lors de son colloque de Marseille ses vingt ans et réfléchissait au concept d'information et à sa place dans l'enseignement.

L'information ambiguë

Alors que Claude Baltz et Yves Le Coadic s'interrogeaient, qui sur le concept d'information et ses divers entendements (pour proposer de renoncer à toute tentative visant à définir cette notion), qui sur l'état des recherches en sciences de l'information, Jean-Louis Missika, aujourd'hui à la SOFRES, proposait une réflexion sur le « statut particulièrement ambigu de l'information ».

Pour Jean-Louis Missika en effet, l'information en entreprise est impure, imparfaite, paradoxale. Essentiellement parce que son usage n'obéit pas aux règles qui devraient guider son élaboration. Là où la constitution de l'information nécessiterait temps, mesure, sélection, la demande, des journalistes dans la presse par exemple, est bien souvent faite d'urgence, imprévisible, versatile. On demande de plus en plus à l'information d'être un ensemble d'indices, les plus rapidement aptes à la synthèse. Et pourtant, cette conception et cet usage de l'information posent plusieurs problèmes : celui de ses relations avec le pouvoir : on peut être informé et ne pas se servir de l'information pour des raisons liées à l'exercice du pouvoir dans une entreprise ; et Jean-Louis Missika de rappeler l'analyse qu'avait faite le sociologue Paul Lazarsfeld de la commercialisation par la General Motors, en toute connaissance de cause, d'une série de voitures, dangereuses à haute vitesse. L'information était connue. Comment la direction de l'entreprise avait-elle pu, sciemment, commercialiser un tel produit ?

Autre question : celle de la lisibilité des informations, des relations entre information et croyance, ou entre information et cohérence, ou entre information et vraisemblance. Une bonne partie du fonctionnement des entreprises repose sur la croyance : toute information qui remet en cause la croyance est occultée. Ce fonctionnement repose aussi sur la cohérence : toute information qui déstabilise l'équilibre d'une société est elle aussi chassée impitoyablement. Enfin, la vraisemblance : « Plus une information s'adapte au contexte, plus elle est accepte ; sinon, elle paraît invraisemblable ».

Faire payer le client

L'une des tables rondes de ce colloque appelait à réfléchir au « management de l'information ».

Chez Bayard Presse, le service des ressources documentaires emploie 13 personnes et dispose d'un budget de 7,4 MF (y compris les charges de personnel qui en représentent une part non négligeable). « Ce sont les clients internes et externes qui paient les services », explique Paul-Dominique Pommart, son directeur. Les clients internes représentent encore 90% de l'ensemble. On peut différencier trois catégories d'utilisations : la vérification et le contrôle d'informations ponctuelles ; la mise au point sur un sujet spécifique ; la documentation plus ouverte, qui permet à l'utilisateur de rassembler des idées, de trouver un angle d'attaque sur un sujet, etc.

Un bon service documentaire doit donc savoir mémoriser et stocker l'information, la vérifier, la mettre à disposition, valoriser l'information de base, et enfin savoir anticiper les besoins. Bayard-Presse a ainsi mis en place différents niveaux de service : le service questions/réponses fournit des réponses immédiates par téléphone : le service d'autoconsultation est un espace ouvert aux journalistes qui souhaitent travailler sur place ; sont aussi proposés des dossiers documentaires, une revue de presse, une base de données, un agenda prévisionnel.

Pour Paul-Dominique Pommart, il importe de « différencier très précisément les services documentaires (les prestations) des outils ; de clarifier les prestations et les coûts ; d'"externaliser " les tâches techniques afin d'être plus disponible à l'usager ». Enfin, gardons une place pour l'imprévu : « L'organisation documentaire ne doit pas tuer le hasard de la découverte ».

Pour une approche systémique

Alors que certains intervenants s'interrogeaient sur le droit à l'information ou sur le droit de l'information, Jean Michel, président de l'ADBS (Association des documentalistes et bibliothécaires spécialisés), aujourd'hui consultant, proposait une « approche systémique ». Il faut considérer la place de l'information dans l'entreprise dans son ensemble. La plupart des centres documentaires présentent les mêmes lacunes : on y met trop l'accent sur les outils et non sur les utilisateurs ; il y a un grand décalage entre la formation des professionnels de la documentation et les attentes des entreprises ; il n'existe pas de communication entre les décideurs et les documentalistes, ceux-ci agissant en cercle fermé ; les coûts, et notamment ceux des technologies, sont méconnus dans les services documentaires.

Tout au contraire, la conception des services documentaires et les coûts doivent être pensés dans un ensemble de contraintes, celles du monde réel. Et Jean Michel d'appeler au renforcement des formations au « management » de l'information ; à une plus grande exigence dans la détermination des critères de l'excellence professionnelle (l'ADBS s'apprête à mettre en place un dispositif de certification des professionnels). S'il est important, pour Jean Michel, de « sensibiliser l'utilisateur à la " culture " de l'information », il n'y a en revanche aucune raison de chercher à le « former » : « Ce n'est pas à l'utilisateur de se former, c'est aux systèmes documentaires de se modifier et de se simplifier ».

Enfin, le président de l'ADBS s'est déclaré absolument hostile au « droit de prêt » et aux taxes sur les photocopies : « La profession de documentaliste a autant le droit de vivre que celle des éditeurs ».

Information et construction des savoirs

A Françoise Chapron revenait le difficile exercice de replacer les enjeux de l'information dans le monde scolaire et de faire le point sur les pédagogies mises en œuvre dans les CDI. Le système éducatif en effet se doit de prendre en compte « le développement et la diversité des moyens d'information, dont les nouveaux outils doivent être intégrés dans les démarches de formation des élèves ».

Toutes les recherches actuelles mettent d'ailleurs l'accent sur le rôle des enseignants comme médiateurs dans la construction des savoirs. Quels sont alors les processus qui se mettent, ou doivent se mettre en place pour qu'il y ait construction de savoir et constitution de sens ? Le rôle que se donnent les documentalistes a évolue : il ne s'agit plus simplement de fournir à l'élève des techniques documentaires, des outils, mais de l'aider à adopter une démarche de recherche d'information, qui passe par une définition d'objectifs et des productions. Apprendre aux élèves à s'informer : un programme simple dont la réalisation s'avère de plus en plus complexe.