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Un centre d'étude sur le dessin humoristique et la caricature à l'université du Kent

Fabienne Queyroux

Le Centre for the Study of Cartoons and Caricature de l'Université du Kent à Canterbury 1 fut créé par l'université en 1973. Deux raisons principales furent à l'origine de cette création : en premier lieu, l'intérêt croissant pour ce type de documents chez plusieurs professeurs en titre, notamment le professeur Colin Seymour-Ure, du département de sciences politiques, et en second lieu, l'arrivée à l'université d'un don important de dessins originaux. Le centre nouvellement créé fut placé sous l'administration d'un comité spécifique du University Senate, avec des membres recrutés parmi les professeurs du Canterbury College of Art, et hébergé par la bibliothèque de l'université. Dès son origine, le centre a eu le double objectif de collecter et conserver des dessins originaux publiés dans les journaux britanniques, et de poursuivre et promouvoir la recherche : en particulier pour la constitution du dessin lui-même en tant qu'objet d'étude, ou comme source de la recherche, et non plus simplement comme moyen d'illustration. En 1975, le centre fut inauguré officiellement, avec une exposition de dessins politiques et un colloque auquel participèrent huit des meilleurs dessinateurs britanniques. De 1974 à 1978, d'autres collections importantes de dessins originaux furent déposées au centre. Peu à peu, les collections se sont accrues, par des dons, mais surtout par des dépôts, tant des auteurs que des éditeurs.

Une collection unique

A présent, le centre conserve plus 80 000 dessins, et a constitué une bibliothèque spécialisée d'environ 4 000 ouvrages. La majeure partie du fonds se compose de dessins à sujets politiques ou de société. Cette collection est unique en Grande-Bretagne. Le centre accueille sur place, sur rendez-vous, des chercheurs, répond aux nombreuses demandes de recherches ou de renseignements faites par téléphone ou par correspondance (plus de trente demandes par mois en moyenne), prépare des expositions - qui donnent lieu à la publication de catalogues - ou prête ses documents pour des manifestations hors de l'université. Parmi ceux qui consultent le fonds, on trouve les éditeurs, des journalistes de la presse écrite ou de la télévision, des politiciens, des chercheurs universitaires ou indépendants, des spécialistes de tel ou tel dessinateur... : autant de chercheurs en quête d'illustrations sur un sujet précis que de chercheurs travaillant sur les dessins eux-mêmes.

Cependant, jusqu'en 1980, le centre n'avait pas de personnel permanent spécialisé. Le classement et l'indexation des fonds avaient commencé dès 1974, grâce à une subvention donnée par une fondation privée qui avait permis de rétribuer des vacataires. Mais l'université n'avait pas les moyens de poursuivre le financement du travail d'indexation, et encore moins de recruter un archiviste à temps plein. Pendant quelques années, il a été très difficile de répondre aux demandes de consultation ou de renseignements venant du monde entier, à la suite de la publicité donnée à l'inauguration du centre. Aussi ses ressources ont-elles d'abord été utilisées presque exclusivement par les enseignants de l'université du Kent, pour le développement de l'étude des dessins humoristiques en tant que discipline académique, par le biais de cours ou de publications.

Depuis 1980, un financement par l'université, combiné à diverses allocations venant de fondations privées, ont permis de terminer l'indexation des collections. Aujourd'hui, le centre emploie trois personnes, dont une à mi-temps.

Lorsqu'un dessin entre dans les collections du centre, il est d'abord daté et numéroté. Ensuite, il est microfilmé, et plusieurs tirages sont réalisés à partir de ce microfilm. Puis le dessin est catalogué. Jusqu'en 1988, le catalogue était entièrement manuel. Chaque dessin faisait l'objet d'une notice descriptive détaillée, comportant le nom de l'artiste, la date et le lieu de publication, le titre du dessin ou son sujet général, avec la liste des sujets abordés et des personnes représentées ou évoquées. Cette fiche principale portait également une photographie du dessin de petit format, et donnait lieu à des fiches secondaires, classées dans quatre fichiers différents : fichiers auteurs (artistes), fichier chronologique, fichier des personnes réelles ou fictives représentées ou évoquées, et enfin fichier sujets, pour chaque sujet identifié ou détail significatif. Mais l'ampleur croissante des collections a rendu ce catalogue manuel difficile à utiliser et à gérer, et l'informatisation est devenue nécessaire.

Un système convivial et efficace

Le Dr. John Bovey, du laboratoire d'informatique de l'université du Kent, est l'auteur des programmes de catalogage, d'édition et de recherche du catalogue informatisé 2. Dans un premier temps, il s'est agi d'un système de catalogage qui a servi aussi pour le catalogage de la bibliothèque de la cathédrale de Canterbury, et d'autres bibliothèques de cathédrales en Grande-Bretagne. La recherche avec ce système, Prism, est une recherche « classique », avec des opérateurs booléens ; Prism fonctionne sous VMS, sur un Vax de l'université. Puis, comme la nature des collections rendait souhaitable la visualisation du dessin lui-même, le système a été transféré en 1990 sur une station de travail Sun, sous Unix, permettant l'usage d'une souris, d'un écran graphique et d'un fenêtrage, et associe désormais une image numérisée à chaque notice catalographique, le lien entre l'image et la notice se faisant grâce au numéro d'inventaire du dessin. Un soin tout particulier a été apporté pour faciliter et alléger le travail du catalogueur pour la saisie et la correction des notices, avec des menus, des libellés de zone, des accès rapides aux fichiers d'autorité, etc. Tous les programmes sont écrits en langage C. Le système est aussi très convivial et efficace pour la recherche ; les chercheurs peuvent imprimer les différences obtenues, y compris la reproduction du dessin, sur une imprimante laser.

A présent, tout le catalogage courant est effectué directement de façon automatisée, par le personnel du centre. De plus, la conversion rétrospective du catalogue a commencé, avec cinq clavistes travaillant à temps partiel. Ces vacataires saisissent les notices à partir des fiches manuelles, sur des micro-ordinateurs non reliés au système central, de façon à permettre à plusieurs catalogueurs de travailler en même temps, voire chez eux. Les notices, après correction, sont ensuite chargées dans la base de données principale. Les images sont numérisées à partir des photographies originales.

L'informatisation a apporté tant au personnel du centre qu'aux chercheurs un confort et une rapidité très appréciés. La bonne collaboration entre le centre, la bibliothèque et le laboratoire d'informatique de l'université mérite aussi d'être soulignée. Le Centre for Study of Cartoons and Caricature de l'université du Kent à Canterbury est devenu un centre de recherche unique en son genre, indispensable et incontournable pour quiconque s'intéresse à la production des caricaturistes et dessinateurs britanniques du XXe siècle.

  1.  (retour)↑  Centre for the Study of Cartoons and Caricature, The Library, University of Kent, Canterbury, Kent CT2 7NU, United Kingdom.
  2.  (retour)↑  John D. BOVEY, « Tools for preparing an online catalogue of cartoons drawings », Program, vol. 26, n° 1 (janvier 1992), p. 39-54.