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Où en est le plan d'action européen pour les bibliothèques ?

Michel Melot

Lancé en 1990 par la Communauté économique européenne (DG XIII), le « plan d'action européen pour les bibliothèques », a fait l'objet d'une « évaluation à mi-parcours », qui coïncide avec l'annonce d'un 3e appel à propositions (15 novembre 1993) et la préparation d'un 4e programme-cadre des « Systèmes télématiques d'intérêt général » (1994-1998), dans lequel est inscrite la reconduction d'une aide aux bibliothèques pour l'application des nouvelles technologies de l'information.

Les leçons de l'expérience

Les leçons tirées des deux premiers appels à propositions (1991 et 1992) doivent permettre de rééquilibrer les points jugés faibles. C'est le cas de la faible implication des bibliothèques nationales d'une part, des bibliothèques publiques d'autre part dans les projets retenus, généralement pilotés par les bibliothèques spécialisées ou universitaires, et par les sociétés commerciales qui développent ces technologies. C'est pourquoi la DG XIII vient de consacrer deux « ateliers » à la réévaluation de ces deux secteurs dans les prochains « plans d'action ». Une première rencontre sur la participation des bibliothèques nationales s'est tenue à Paris, le 24 septembre 1993. Un programme de travail substantiel en est issu, qui devrait effectivement permettre aux bibliothèques nationales d'occuper, au niveau des programmes européens de coopération, la place qui doit être la leur. Quatre lignes d'action ont été dégagées et des responsables désignés.

La première concerne les bibliographies nationales, l'amélioration de leur fraîcheur et de leur couverture. Elle sera pilotée par la Finlande, ce qui marque une ouverture de la Communauté vers l'Est. La seconde concernera les besoins des utilisateurs (coûts et modes de diffusion) et sera pilotée par l'Allemagne où une étude est en cours sur les besoins d'information bibliographique dans l'édition. La troisième concerne l'accessibilité des bibliographies nationales sur les réseaux et la redistribution des notices. Elle prendra en compte la production d'autres bases nationales, telles Electre en France. Elle sera pilotée par la Grande-Bretagne, assistée des Pays-Bas. La quatrième, pilotée par les Pays-Bas avec l'assistance britannique, étudiera les entraves à la diffusion bibliographique telles que l'hétérogénéïté des fichiers d'autorité ou la diversité des jeux de caractères. La France, par la voix d'Alix Chevallier, représentant la Bibliothèque nationale, a fait savoir qu'elle comptait être active dans chacune de ces quatre lignes d'action et prête à assumer la responsabilité d'au moins un des projets qui y seront définis.

Le rôle des bibliothèques publiques

L'examen des besoins concernant les bibliothèques publiques a été effectué lors d'un atelier de deux journées tenu à Luxembourg (11-12 novembre 1993) qui réunissait une quarantaine d'experts autour de trois sujets : le perfectionnement des outils de gestion informatisés, l'usage des « nouveaux médias », le rôle des bibliothèques publiques dans ce qu'on a pris l'habitude de nommer, d'après le plan britannique, la « pédagogie ouverte » (qu'on ne peut exactement confondre, compte tenu du rôle actif qu'y tient le bibliothécaire, ni avec le concept d'autodidaxie, ni avec ceux de formation permanente ou continue). Six français avaient été invités, outre Jean Gattégno représentant le Conseil de l'Europe. Pascal Sanz devait intervenir sur le concept d'« éducation ouverte », mal adapté à la situation française. Michel Melot présentait la table ronde sur l'usage des nouveaux médias en lecture publique. L'un et l'autre ont insisté sur la nécessité d'accompagner les développements technologiques de programmes de formation professionnelle et d'aménagements juridiques.

Présidés par P.J. Th. Shoots, directeur de la bibliothèque municipale de Rotterdam, les débats ont dégagé un certain nombre de centres d'intérêt à partir desquels les bibliothèques publiques sont invitées à proposer des projets européens. Il s'agit de tout ce qui peut faire progresser la mise en réseaux, l'engagement des bibliothèques dans l'éducation permanente et l'adaptation au grand public des systèmes d'accès aux nouveaux médias.

Troisième appel à propositions

Les bibliothèques françaises ont jusqu'ici relativement peu répondu aux appels à proposition des programmes européens, malgré les efforts du Comité français de pilotage (actuellement présidé par Yves Moret, de la Direction du livre et de la lecture, et dont le Conseil supérieur assure le secrétariat) pour les faire connaître. Seuls 6 organismes français figurent dans les 14 projets retenus lors du 1er appel (1991) et 5 parmi les 19 projets retenus lors du second (1992). Le rapport annuel du Conseil supérieur des bibliothèques fait régulièrement le point sur cette participation française. Afin d'inciter les bibliothèques françaises à faire de nouvelles propositions, le Comité français de pilotage organisait le 20 décembre à la Bibliothèque nationale une session d'information pour les éventuels candidats. Les dossiers d'information de la DG XIII devraient parvenir aux bibliothèques et aux sociétés de service à la mi-novembre pour une date limite de rendu des dossiers fixée au 15 février 1994.