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Studies on research in reading and libraries

approaches and results from several countries

ed. on behalf of the IFLA Round Table on Research in reading by Paul Kaegbein, Bryan Luckham, Valeria Stelmach.
Munich, Londres, New York, Paris : K. G Saur, 1991. - VIII-284 p. ; 25 cm. - (Contributions to the Theory and History of Libraries, vol 3).
ISBN 3-598-22171-1

par Emmanuel Fraisse

Ces contributions à la théorie et à l'histoire des bibliothèques ont pour base les travaux de la Table ronde sur la recherche en lecture. Créée à Tempere (Finlande), en 1985, cette « table ronde » constitue une des structures les plus récentes de la Fédération internationale des associations de bibliothèques (IFLA). Les articles proposés sont donc pour une très large part le reflet des rencontres de la table ronde. On notera cependant qu'on a ajouté un certain nombre d'interventions significatives dans le champ considéré. De manière générale, les contributions fournissent la base d'un bilan des recherches internationales sur la question pour les années 80.

Le livre est divisé en trois sections :
- Questions de théorie et de méthode (Robert Escarpit et quatre conservateurs de la Biblio-thèque nationale de Varsovie, Janusz Andukowicz, Andrzej Robert Zielinski, Janusz Kotecki) ;
- expériences nationales à travers six pays, Union soviétique (Valeria Stelmach),Etats-Unis (Martin Kling), Hongrie (Ferenc Gereben, Zoltan Balog et Istvan Kamaras), Inde (Surendra P. Agrawal), Australie (Edward R. Reid-Smith, Geoffrey G. Allen, F.C. Andrew Exon), France (Martine Poulain), Turquie (Meral Alpay) ;
- adaptation des bibliothèques aux évolutions des comportements des lecteurs (Royaume-Uni, Bryan Luckham, Robert C. Usherwood, Finlande, Pertti Vakkari).

On ne s'étonnera pas de constater, face à une démarche comparative par nature, que l'on est constamment renvoyé à la convergence des problèmes et des analyses et à la disparité des situations et des cultures nationales. Feuilleter les Contributions, c'est avoir à la fois le sentiment d'une forte unité des problématiques relevant de l'usage des bibliothèques et de leur observation ; c'est aussi être renvoyé aux écarts du développement culturel dans les pays considérés. La concurrence ou la complémentarité du livre et des médias électroniques existe partout. Mais elle ne peut être la même à Moscou, Melbourne ou Delhi.

Convergences des problématiques

Longtemps la relation entre les bibliothèques et les usagers a fait l'objet d'une approche quantitative. Pour être essentiels, le rassemblement et l'exploitation de ces données restent insuffisants (cf. Bryan Luckham). Deux lignes de recherche, plus complémentaires que contradictoires, viennent alors se relayer. La première tient à définir la réalité de l'acte de lecture et l'observation des diverses démarches qui y président (Escarpit, Geoffrey G. Allen et F.C. Andrew-Exon). La seconde relève d'une définition du goût des lecteurs et de leur évolution parallèlement à celle des stratifications sociales. Si l'étude de Bryan Luckham cherche à saisir ces évolutions à travers 100 ans de lecture publique en Grande-Bretagne, d'autres comme celles des Hongrois Zoltan Balogh et Istvan Kamaras sont plus synchroniques. En prenant pour objet les variances du goût selon les classes sociales, le sexe, l'âge et le niveau de formation d'usagers des bibliothèques publiques, ils mettent en lumière l'existence de divers groupes liés à divers types de lecture de fiction. Certains classiques, comme Anna Karénine, joueraient un rôle de pont entre les textes « légers », clairement narratifs (à base historique ou policière) ou plus difficiles d'accès par leur forme et leur contenu, comme Crime et châtiment ou surtout Sa Majesté des Mouches de William Golding.

En Hongrie, comme aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne, la littérature romanesque est cependant une affaire préférentiellement féminine, alors que les textes techniques, documentaires, policiers ou strictement historiques sont mieux reçus par les publics masculins. De telles observations sont évidemment extensibles à presque tous les pays développés.

Différences d'appréciation

Si les constats opérés sont largement convergents, les approches et les problématiques le sont moins. Particulièrement en ce qui concerne l'illettrisme et l'angle de réflexion sur les problèmes de lecture.

Pour d'évidentes raisons de différences de développement, des pays comme l'Inde ou la Turquie pensent d'abord en terme d'alphabétisation et non d'illettrisme. Dans les contributions des pays industrialisés, seuls les Occidentaux, et particulièrement ceux où existent des minorités (Australie, Etats-Unis), posent la question de l'illettrisme en tant que telle.

Quant aux modes d'observation des relations entre les lecteurs et le livre, ils sont très divers. L'approche américaine (Martin Kling) souligne l'importance de la lecture professionnelle et tend à donner le primat à la différenciation sexuelle de la lecture. Martin Kling analyse aussi le contact avec le livre sous l'angle de la motivation, entre l'effort fourni et le gain espéré. Les Hongrois, et dans une moindre mesure Bryan Luckham, estiment essentiel d'établir une typologie des goûts des lecteurs. Une telle typologie doit permettre d'aller plus avant dans une définition de la réception. Robert Escarpit se fait l'écho de ces préoccupations en observant les réactions d'un échantillon de lecteurs face à un texte d'Alphonse Allais. Autre approche qualitative, celle entreprise par Anne-Marie Chartier et Jean Hébrard et rappelée par Martine Poulain, qui consiste à analyser les évolutions non pas tant des pratiques de lecture, mais des discours d'accompagnement ou de prescription saisis de manière diachronique.

On peut regretter l'absence de contributions venues de pays ayant une grande tradition de lecture publique (Scandinavie, RFA). On regrettera aussi - mais c'est une loi du genre - qu'une problématique plus générale ne vienne pas donner une plus grande unité à un foisonnement qui, parfois, tient plus du kaléidoscope que de l'exposé synthétique. On appréciera en revanche l'importance des références données dans les diverses monographies. Elles permettent à ces études d'atteindre leur objectif : fournir aux chercheurs une solide information dans le domaine des recherches sur la lecture et les bibliothèques.