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Réseau d'acquisition de catalogues d'expositions en Grande-Bretagne

Gillian Varley

Au sein de l'Association ARLIS/UK and Eire, l'Association des bibliothèques spécialisées en art vient, ces deux dernières années, de réaliser une étude sur les catalogues d'expositions. Patronné par la British library research and development department, le rapport de ce projet a été publié dans la série BL Research papers *. Depuis une vingtaine d'années, les catalogues d'expositions d'art sont devenus très importants pour la documentation permanente sur les arts plastiques. Ces catalogues peuvent contenir des recherches récentes et érudites sur les artistes peu connus ou célèbres, anciens ou contemporains. Ils peuvent aussi éclaircir des questions de provenance.

Un vide regrettable

Malheureusement, ils échappent trop souvent aux réseaux bibliographiques et aux procédés habituels d'acquisition des bibliothèques. En dépit d'un système national de dépôt légal au Royaume-Uni, ARLIS a pu démontrer, en 1985, que, sur 166 catalogues importants publiés en 1980, 34,33 % seulement ont été déposés au Copyright receipt office de la British library et signalés dans la British national bibliography. La même année, 2 000 catalogues environ publiés en Grande-Bretagne ont été collectés par la bibliothèque de la Tate Gallery, spécialisée en art du XXe siècle et en art anglais.

On constate donc un vide inquiétant entre le nombre de catalogues disponibles et le nombre de catalogues entrés dans les collections nationales. Vide d'autant plus regrettable que ce type de document est important pour l'histoire de l'art.

ARLIS s'est intéressé surtout à ce caractère éphémère des publications. L'impossibilité pour la British library de collectionner tous les catalogues est évidente et, de plus, la majorité des éditeurs de catalogues d'art n'ont aucune motivation pour les déposer, ni même pour les annoncer ou les vendre. Ils ne les produisent que pour promouvoir la vente des œuvres d'art, non pour garnir les rayonnages des bibliothèques ou aider des chercheurs potentiels. ARLIS a déjà tenté en 1987 d'en signaler un plus grand nombre dans la British national bibliography, mais c'était à l'occasion d'une rationalisation de la politique d'acquisition et de conservation de la British library.

Mise en place du projet

Un comité d'ARLIS a donc décidé de mettre à l'étude l'idée d'un réseau de membres chargés, localement, de découvrir et de collecter les renseignements bibliographiques sur les catalogues publiés par les musées et les galeries d'art, sur toute l'étendue du Royaume-Uni. La philosophie du projet était d'utiliser les connaissances et les contacts des bibliothécaires connaissant bien les galeries de leur secteur, suivant leurs activités et leurs publications. Un objectif secondaire était de rechercher les caractéristiques du genre « catalogue d'exposition » et d'établir un réseau permanent.

A cela, on a ajouté la nécessité d'identifier les éditeurs de catalogues d'art, de découvrir la nature et la fréquence de leurs publications et de produire une base de données bibliographiques des catalogues publiés entre le 1er septembre 1988 et le 31 août 1989.

Pour ce faire, on a établi une définition du terme « catalogue d'exposition » : document contenant une liste des œuvres présentées dans une exposition temporaire.

Ce projet a été mis en œuvre dès juin 1988 par un groupe consultatif composé de représentants de la Manchester polytechnic library, de la Tate gallery et de la National art library au Victoria and Albert Museum. Par manque de temps, les recherches ont été limitées à l'Angleterre, divisée en régions, l'une d'elles étant Londres. Cent vingt collecteurs volontaires (principalement, mais non exclusivement, des bibliothécaires) ont été priés de contacter les galeries et les musées locaux pour découvrir leurs programmes d'expositions actuels et futurs. On leur a demandé de remplir un bordereau de catalogage pour chaque catalogue d'art publié par ces institutions dans la période précitée et de donner ces informations à une base de données centralisée à Manchester. Il n'était pas obligatoire qu'ils consultent eux-mêmes les catalogues, même si beaucoup l'ont fait.

Le groupe consultatif a d'abord pris contact avec les membres d'ARLIS, très actifs depuis des années (et enthousiastes) dans les huit régions autres que Londres. On les a invités à enregistrer les producteurs de catalogues dans leur région et à trouver assez de collecteurs locaux pour en assurer la collecte. Pour eux, le problème n'était en général pas le trop grand nombre des galeries mais plutôt les grandes distances qui les séparent. A Londres, au contraire, où existent 600 galeries, dont beaucoup ont changé de propriétaire ou ont fermé pendant l'année de recherche, on a dû constituer un Comité spécial pour contacter, coordonner et encourager les collecteurs. Une douzaine de galeries a été attribuée à chaque participant.

Les difficultés

Tous ces membres participants ont contacté leurs galeries et ont fait leur rapport à Manchester, précisant celles qui organisaient des expositions temporaires mais régulières, et celles qui publiaient des catalogues. Un bordereau de catalogage a dû être rempli et envoyé à Manchester par les collecteurs pour tous les catalogues découverts. Deux bases de données ont été créées : l'une établissant la liste des galeries, l'autre la liste bibliographique des catalogues.

On a constaté que : 622 galeries organisaient des expositions temporaires, 375 publiaient des catalogues répertoriant et décrivant les œuvres d'art exposées, 268 produisaient de simples listes, unique publication pour 141 d'entre elles.

En utilisant la définition particulière établie par ce projet, on aboutit à un total de 516 galeries, que suivent de près les 117 collecteurs.

Dès le début du projet, il a été très difficile de trouver suffisamment de participants, que ce soit à Londres ou dans les autres régions. Il fut particulièrement décevant de constater que beaucoup de bibliothèques municipales, chargées de collecter les documents d'intérêt local, ignoraient de façon très surprenante ces témoins de l'activité de leur propre ville. On s'est aussi très vite aperçu qu'un certain nombre de collecteurs n'arrivaient pas, pour diverses raisons, à mener à bien leurs recherches et que, par manque de collecteurs, des lacunes étaient impossibles à combler dans le réseau.

Tendances

Néanmoins le projet a permis de réunir beaucoup d'informations sur ce type de publication en Angleterre, de septembre 1988 à août 1989. L'analyse de la base de données n'a été faite qu'en fin 1989, afin d'être la plus complète possible : 1 590 catalogues y étaient signalés, mais il est évident qu'un grand nombre de publications de l'année du projet manquaient. Cela suffisait cependant pour constater les tendances générales. Premièrement, les catalogues d'expositions d'art manquent souvent de substance : 72 % étaient des livres ou des brochures ; 66 % n'étaient pas paginés ; 65 % avaient moins de 32 pages ; plus du quart étaient des cartes, des cartes pliées ou des listes d'une seule page ; certains avaient un format spécial, tel le format d'un journal ; d'autres enfin étaient des affiches ou une boîte de cartes postales.

Deuxièmement, les éléments bibliographiques normaux du titre peuvent être dispersés dans le catalogue ou manquer complètement : l'ISBN manquait dans 85 % des cas, l'année d'édition dans 43 % des cas ; une fois sur cinq l'auteur apparaissait loin du titre. En ce qui concerne les caractéristiques des catalogues : 76 % concernaient l'art depuis 1945 ; 59 % étaient publiés à Londres, sans différence significative avec ceux publiés dans les régions, si ce n'est qu'un plus grand nombre l'étaient par des galeries commerciales de Londres.

Parmi les éditeurs : des musées, des galeries, des bibliothèques, des sociétés ou des fondations caritatives. Les galeries nationales sont les plus productives - y compris le South bank centre (28 titres) et la Tate gallery (25 titres) -, avec une moyenne de 6,75 catalogues dans la base de données.

Déterminer les catalogues

En avril 1989, un questionnaire a été envoyé aux 335 musées et galeries dont les catalogues figuraient dans la base de données. Le but était de déterminer le caractère de la publication des catalogues d'art et leur disponibilité. Il est impressionnant de constater que nous avons reçu 78 % réponses, et que les résultats ont grandement expliqué les difficultés qu'ont éprouvées les bibliothécaires dans la recherche de ces publications.

La plupart des catalogues sont vendus très bon marché : 42 % coûtaient moins de cinq livres, 25 % étaient gratuits. Leur tirage est très faible : la moitié à moins de 1 000 exemplaires, un tiers entre 1 001 et 5 000 exemplaires. Qui plus est, seuls 27 % des éditeurs - principalement les galeries nationales - sollicitaient un ISBN. Un moindre pourcentage encore contribuait au listing de Whitaker - l'équivalent de Livres Hebdo. Moins d'un tiers déposaient leur publication au Copyright receipt office. Par ailleurs, les catalogues manquent de publicité dans les journaux et sur les invitations au vernissage - 50 % seulement des éditeurs en font -, ce qui est fort dommage quand la production des catalogues demande tant de temps, d'argent et d'efforts.

En juin 1989, un deuxième questionnaire fut envoyé aux collecteurs du réseau, pour savoir s'ils voulaient continuer à participer jusqu'à la fin de l'année et s'ils étaient intéressés à continuer la base de données. Seuls 38 % des participants désiraient continuer à collecter ; 47 bibliothèques s'intéressaient à une publication enregistrant ce genre de document, utile pour les recherches bibliographiques, pour les prêts entre bibliothèques et pour les acquisitions.

ARLIS a récemment obtenu une subvention de la British library qui lui a permis de prolonger de trois mois cette étude sur la publication des catalogues d'expositions. Une réunion a été organisée à la Tate Gallery sur le sujet.

Deux développements intéressants ont été découverts : une base de données des expositions d'art établie par la librairie Saint George's gallery, identifiant l'existence, et quelquefois même, le prix d'un catalogue ; le début d'une étude sur le marketing des catalogues d'expositions, par l'Institute of contemporary arts.

ARLIS va prolonger ses liens avec ces deux entreprises. Toutes les informations pourront être partagées lors de réunions.

Il est évident que cette idée d'un réseau national a échoué comme moyen d'améliorer l'acquisition de ces publications éphémères. ARLIS pense aujourd'hui qu'il va falloir créer un poste permanent de collecteur, soit à la Tate gallery soit à la National art library. Cette personne sera responsable de l'acquisition des catalogues du pays entier, avec peut-être l'assistance d'un réseau moins ambitieux pour l'aider dans les difficultés locales.

Parallèlement, il faut rechercher l'enregistrement des données bibliographiques dans une publication régulière qui pourrait assurer une partie des frais de ce poste. Peut-être faudra-t-il aussi réviser la définition de « catalogue d'art » pour exclure des publications moins importantes. Le rapport précise également le besoin d'une politique de liaison plus forte entre les éditeurs, les bibliothécaires et le monde de l'édition.

  1.  (retour)↑  Gay SMITH, Lotta JACKSON, ARLIS/UK and Eire national collecting network for art exhibition catalogues, BL research papers 87, 1990.