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L'Europe s'informe

Anne-Marie Filiole

Politique, économique, culturelle, l'Europe se doit d'être avant tout informationnelle et l'information circuler plus que jamais et de mieux en mieux entre les différents pays qui la constitueront en 93. C'est le message qu'a voulu faire passer la bibliothèque de Paris XII en proposant d'introduire, parmi les débats sur l'Europe organisés à l'Université de Créteil les 11 et 12 octobre derniers, une table ronde sur l'information : Quelle information pour l'Europe ?

Le marché

Les 300 mesures du Livre blanc qui permettront d'ouvrir le marché commun fin 92 ont des répercussions directes sur les entreprises. Celles-ci, en particulier les PME et PMI, n'ont toutefois pas toujours les moyens de s'informer. Aussi, pour étendre l'information au-delà des capitales où sont généralement situées les antennes de la Commission européenne (à Paris, rue de Bellefeuille), des bureaux régionaux de renseignements sur l'Europe commencent à se mettre en place (un à Marseille, trois en Grande-Bretagne), ainsi que des guichets d'informations communautaires, appelés « Euro-info-centres », relais locaux gérés par les chambres de commerce et de métiers. Environ 180 dans toute la Communauté, ces derniers sont des structures décentralisées légères employant deux à trois personnes, non fonctionnaires, qui informent sur les règles du futur marché, les politiques sectorielles pointues, les programmes de recherche et de développement tels DRIVE (information routière) ou ESPRIT (technologie).

Ils mènent une politique de conseil, assurent le suivi des dossiers sur Bruxelles, facilitent la création de réseaux comme BC-NET, Business cooperation network, et aident les entreprises à les intégrer. Leur fonds documentaire très important est connecté à des banques de données éditées par la Commission européenne, type ECO à Luxembourg, sur la législation communautaire, ou CELEX (Communitatis europeae lex) à Bruxelles. A travers la messagerie EUROCOM, ils se documentent sur la réglementation appliquée dans les différents pays en utilisant les compétences nationales ainsi que les services d'une équipe, à Bruxelles, chargée de fournir l'information restée introuvable ailleurs.

La libre circulation des produits pose le problème de la conformité de ces produits à des normes européennes. Une réglementation commune doit donc se substituer aux textes réglementaires de chaque pays : l'Acte unique mis en place par la Commission européenne propose environ 1 000 « directives » européennes qui n'entrent pas dans les détails mais concernent les exigences essentielles - chaque pays a 80 à 90 000 normes nationales.

Pour tenir le pari, les entreprises devraient, selon Joseph Kain 1, appliquer les règlements nationaux, suivre l'évolution de la réglementation des autres pays, se tenir informé des directives et des normes européennes, participer aux travaux communautaires et nationaux, promouvoir les outils techniques nationaux, prendre des mesures pragmatiques en intégrant la conformité dans les produits et les faire certifier.

L'université

Autres lieux d'information sur l'Europe, les universités elles-mêmes. Paris I et la Bibliothèque de Cujas ont chacune un CDE ou Centre de documentation européenne. Le plus développé, celui de Paris I, a reçu 9 300 demandes entre le 6 janvier et le 30 juin 1989, autrement dit 100 à 150 par jour. Le second fonctionne à la fois comme un centre traditionnel de documentation sur papier, en parallèle avec les publications de l'ONU, et comme un service documentaire automatisé. Depuis environ un an, il permet, grâce aux serveurs EUROBASE et ECO, d'interroger les banques de données communautaires, moyennant paiement avec tarif préférentiel (une heure, 10 ECU). Il s'abonne à ABEL (informations du Journal officiel communautaire) et interroge, entre autres, le CNIJ (Centre national d'informatique juridique) et le SCAD (Service central automatisé de documentation) qui donne des informations nationales sur les différents pays de la CEE. Nombreuses, variées, mouvantes, ces banques simplifient la gestion des CDE et accélèrent l'accès à l'information.

Toutes les contributions ont fait ressortir le besoin criant d'information et sa mise en commun pour les pays concernés. A l'heure où se crée quotidiennement un service Minitel, où la photocopie et la télécopie envahissent tous les secteurs, où les dispositifs intelligents font irruption partout, aussi bien dans les domaines domestique qu'industriel et éducatif, grâce à l'élévation générale du niveau de formation, les activités économiques quelles qu'elles soient dépendent de plus en plus fortement de l'information. Celle-ci doit donc circuler librement, en amont de toutes les autres circulations, souligne avec force Denis Varloot 2. NUMERIS (réseau numérique à intégration de services), dont la cadence d'information est de 30 fois supérieure à celle du réseau téléphonique et la cadence d'images de 5 par seconde, est déjà la preuve d'une nouvelle révolution de l'information électronique et pourrait devenir le futur « Minitel images ».

Pourtant, en termes d'information professionnelle, l'Europe a perdu son rôle prédominant - il existe actuellement 38 000 banques de données connues dans le monde, dont seulement 1150 européennes et, parmi elles, 14 % françaises. Aussi doit-elle s'employer à créer une dépendance des Etats-Unis et du Japon vis-à-vis d'elle, comme c'est actuellement le cas pour elle vis-à-vis d'eux. Chacun, et en particulier le chercheur et l'étudiant, doit maintenant se persuader que le développement passe par le savoir-faire, qui passe lui-même par le savoir informer et le savoir s'informer.

Les étudiants, venus très nombreux à cette session, auront sûrement compris qu'ils devaient s'associer au développement de l'immatériel pour accomplir, avec les chercheurs, la révolution culturelle d'aujourd'hui. Complément à leur information sur le sujet, ils avaient ensuite la possibilité de se rendre à l'exposition organisée par la bibliothèque : on y trouvait d'abondantes publications sur l'Europe et la présentation des divers organismes et banques de données documentaires en France ...

  1.  (retour)↑  Chef du Service de relations extérieures et du développement au Laboratoire national d'essais.
  2.  (retour)↑  Président de Télésystèmes Questel.