entête
entête

Alain Gleyze

René-Lucien Merlet

Noë Richter

Pour une méthode d'indexation alphabétique de matières

Villeurbanne : ENSB, 1983. - 89 p.; 30 cm.
ISBN 2-85037-014-7.2e éd. Villeurbanne : ENSB, 1982. - 123 p. + errata; 30 cm.
ISBN 2-85037-011-2.Le Mans : Bibliothèque de l'Université du Maine, 1984. -127 p.; 30 cm.
Index p. 120-126.
ISBN 2-904037-02-0.

par Étienne Hustache

Au début de sa Grammaire... Noë Richter remarque qu'après la parution de la norme Z 44-070 « il semble malheureusement que la réflexion bibliothéconomique française ait tourné court. L'effort de l'équipe pionnière... n'a pas été poursuivi ». Il ne s'est quant à lui pas contenté de déplorer cette situation puisque cet ouvrage constitue la troisième édition de l'Indexation alphabétique des matières. Son appel semble avoir été entendu : les publications d'Alain Gleyze et de René-Lucien Merlet témoignent d'un renouveau très sensible de l'intérêt porté à l'indexation par les bibliothécaires français.

Ces trois ouvrages ne se font nullement concurrence. C'est évident dans le cas de R.-L. Merlet : son livre se présente comme un recueil d'exemples et il a pour objet non seulement l'indexation alphabétique mais aussi l'indexation en classification Dewey. A. Gleyze et N. Richter ont tous deux choisi de nous proposer un manuel, mais leur traitement sensiblement différent de la « matière » et les qualités propres à chacun de leurs ouvrages les rendent, à mon sens, complémentaires.

Le titre savoureux adopté par N. Richter pour cette troisième édition « entièrement remaniée et complétée » manifeste dès l'abord qu'il est ici question de langage documentaire. Il correspond bien à la thèse, affirmée avec force par l'auteur, de l'unité des pratiques d'indexation des documentalistes et des bibliothécaires. Les deux premiers chapitres, « la terminologie de l'indexation » et « l'indexation alphabétique dans les langages documentaires », sont abordés dans une perspective résolument historique. Certains pourraient penser qu'il s'agit là de considérations superflues dans un ouvrage surtout destiné à l'enseignement : je trouve tout au contraire que c'est une chose excellente, qui contribue grandement à son intérêt. L'indexation dans les bibliothèques françaises n'est pas un sujet qui souffre, c'est le moins qu'on puisse dire, de théorisation excessive. Sa pratique et son enseignement reposent en grande partie sur des usages dont la raison d'être n'est pas toujours clairement perçue : il est donc nécessaire que l'étudiant, futur professionnel, puisse les relativiser et distinguer l'essentiel de l'accessoire. En forçant l'analogie, la Grammaire... pourrait presque s'intituler Grammaire historique...

N. Richter manifeste un souci de rigueur terminologique, présent aussi chez A. Gleyze, qu'on ne pourra que louer. Saluons au passage leur double exécution du « catalogage-matières » pour nous arrêter sur la « vedette ». La norme Z 44-070 utilise le terme à la fois pour désigner l'ensemble d'une entrée servant à indexer un ouvrage et le premier élément de cet ensemble. Afin de résoudre l'ambiguïté, N. Richter propose d'employer « vedette-matière » pour l'ensemble et « vedette de sujet » ou « vedette principale » pour le premier élément. A. Gleyze suggère, lui, « descripteur » pour l'ensemble et « vedette-matière » pour le premier élément. L'essentiel est que l'on s'y retrouve et que la distinction soit faite. La norme Z 47-200, élaborée depuis et en cours de publication, a retenu les termes « vedette-matière » et « tête de vedette » que les auteurs du Choix de vedettes matières à l'intention des bibliothèques publiques emploient à sa suite.

Je suis plus réservé quant à l'emploi de « descripteur », terme auquel tous ces auteurs ont recours, avec d'ailleurs des sens différents. Il me semble qu'il s'agit là d'une importation abusive d'un vocable propre aux langages postcoordonnés. L'indexation alphabétique de matière étant un langage précoordonné, une ambiguïté surgit, manifeste dans les variations d'emploi de « descripteur ». Tantôt il s'applique aux différents éléments de l'entrée, tantôt il désigne les différentes entrées qui servent à indexer un même ouvrage, sans qu'on puisse accorder de préférence à l'un ou l'autre emploi, car tous deux sont justifiables (ou injustifiables, comme on voudra).

Ceci serait sans importance si l'on n'y pouvait voir l'écho d'une sous-estimation de la valeur propre des vedettes-matières par rapport aux thésaurus qui me semble injustement répandue dans les milieux de la documentation et des bibliothèques. L'intérêt propre des vedettes-matières tient à deux choses : d'une part, la précoordination permet de représenter un sujet de manière à la fois précise et relativement aisée, alors que l'établissement d'une équation de recherche peut s'avérer passablement ardu et complexe et implique souvent une bonne connaissance du thésaurus et du logiciel avec lesquels on travaille; d'autre part, un catalogue alphabétique de matières bien contrôlé permet d'indexer de manière satisfaisante un fonds encyclopédique ou portant sur un vaste domaine, alors qu'à ma connaissance on attend encore le thésaurus qui offrirait la même possibilité. Si la Bibliothèque publique d'information a choisi d'adopter la liste de l'Université Laval, ce n'est pas seulement parce qu'il n'existait pas en France de liste d'autorité de matières conforme à la norme Z 44-070 c'est aussi parce qu'elle s'est heurtée à la difficulté d'élaborer un thésaurus adapté à ses besoins, solution retenue à l'origine. Je ne peux donc admettre avec N. Richter l'identité des listes d'autorité et des thésaurus : au-delà des similitudes, très réelles et importantes, qu'il relève, la notion de pré- et de postcoordination rend ces deux types de langages documentaires irréductibles l'un à l'autre.

A cet égard, je partage entièrement les vues exprimées par A. Gleyze dans sa conclusion. Les catalogues alphabétiques de matières ont encore un bel avenir devant eux (c'est d'ailleurs aussi l'opinion de N. Richter): l'informatisation des bibliothèques est l'occasion (elle le rend même indispensable ) d'améliorer sensiblement le langage documentaire qu'ils exploitent. En particulier, l'introduction « systématique » de renvois hiérarchiques permettra de remédier à « la structure assez lâche de leur architecture d'ensemble » (A. Gleyze), sans pour autant toutefois qu'on puisse prétendre au degré de cohérence des thésaurus (ceux qui méritent réellement ce nom), qui en contrepartie s'appliquent souvent à des domaines relativement restreints.

Il y a un certain humour de la part de R.-L. Merlet à présenter un recueil d'exemples comportant uniquement des titres d'ouvrages à indexer, alors que lui-même met en garde les imprudents qui seraient tentés de faire une confiance trop aveugle au titre. Cela prouve en tout cas qu'il ne faut pas verser dans l'excès inverse et lui dénier toute valeur informative. Soyons juste : il n'y avait guère moyen de faire autrement et cela lui permet de traiter un éventail de cas très large (102 exercices pour la CDD, 69 pour l'indexation alphabétique de matières, avec en complément un catalogue alphabétique de matières des exemples et exercices proposés). Il a fait preuve d'une trop grande modestie en sous-titrant son ouvrage : recueil d'exemples, comme le prouvent les explications et commentaires circonstanciés dont il a entouré ses exemples, de même que les six annexes qui figurent à la fin. Deux pages d'« errata » (?) donnent en plus la correspondance avec la seconde édition de l'Abrégé de la classification décimale de Dewey, par Annie Béthery. Au vu de cet ouvrage, extrêmement utile, on ne peut s'empêcher d'attendre avec impatience celui qui nous offrira la synthèse des réflexions de son auteur sur l'indexation, alphabétique ou systématique.

Enfin, je ne saurais terminer sans exprimer mon admiration pour la clarté, accrue par de nombreux schémas, du livre d'Alain Gleyze. Elle en fait un instrument pédagogique de tout premier ordre.