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Marcelle Beaudiquez

Guide de bibliographie générale

méthodologie et pratique.

München; New-York; Paris : K.G. Saur, 1983. - 280 p., 24 cm.
Index p. 273-280.
ISBN 3-598-20454-X.

par Claire Stra

Le Guide de bibliographie générale de Marcelle Beaudiquez, tel que le définit son auteur se veut « un outil pédagogique destiné aux futurs bibliothécaires préparant les examens et concours professionnels, un aide-mémoire pour les enseignants, un instrument de recyclage pour les professionnels ». Il comble une importante lacune dans nos ouvrages de référence professionnels. En effet, depuis le Manuel de bibliographie de L.N. Malclès, dont la dernière mise à jour par Andrée Lhéritier, remonte à 1976, aucun outil pédagogique de synthèse, mettant l'accent sur la méthodologie et la pratique, n'avait vu le jour dans cette discipline.

D'emblée l'auteur précise sa volonté de construire cet ouvrage « comme un cours de bibliographie générale». Le manuel de L.N. Malclès, dont la fonction pédagogique n'est plus à démontrer, couvrait, rappelons-le, un secteur plus large que la bibliographie générale, la deuxième partie constituant une importante incursion dans la bibliographie spécialisée. Rappelons aussi qu'il mettait l'accent sur l'aspect historique de la bibliographie... « parce que la bibliographie est une discipline indépendante, qu'elle a son histoire, sa doctrine, ses règles péniblement forgées pendant cinq siècles ». Marcelle Beaudiquez choisit une autre orientation en proposant avant tout une typologie commentée des ouvrages de référence et des bibliographies - abandonnant la présentation chronologique traditionnelle - ainsi qu'une typologie des principales démarches de la recherche documentaire, comme en témoigne le rigoureux plan de l'ouvrage.

La première partie « Bibliographie générale et recherche documentaire » définit la place de la bibliographie dans la chaîne documentaire et dans la bibliothèque, avec une part importante consacrée à la terminologie et au vocabulaire. Il faut particulièrement saluer cet effort pour fixer, dans cette discipline, un vocabulaire que les professionnels eux-mêmes emploient de manière floue et peu rigoureuse, ce qui ne contribue pas à éclairer les autres utilisateurs, qu'ils soient étudiants ou public plus large, confrontés à l'utilisation des ouvrages de référence et des bibliographies.

Les quatre parties suivantes précisent les diverses étapes de la recherche documentaire. La deuxième partie a pour titre « Recherche de l'information immédiate et ponctuelle par l'intermédiaire des grands ouvrages de référence ». Il faut ici encore saluer la rigueur du propos : la distinction, habituellement si peu mise en valeur, quand on parle d'ouvrages de référence, entre les termes génériques (« annuaires », « dictionnaires », « recueils de données »), termes applicables à de nombreuses catégories documentaires, et les catégories documentaires proprement dites (répertoires d'institutions, encyclopédies et dictionnaires encyclopédiques, dictionnaires bibliographiques, annuaires d'évènements ou chronologies, etc.). Cette distinction peut a priori passer pour une simple distinction pédagogique, destinée à clarifier le travail de l'étudiant en bibliographie. Ce serait juger trop rapidement, quand l'on constate quelle précision requiert l'analyse préalable à toute démarche documentaire : analyse du problème documentaire posé, mais aussi connaissance analytique des outils les mieux adaptés à la recherche : « Quel type d'outil pour quel résultat » ? Une question qui constitue une des bases techniques de la bibliographie.

Les parties III à V abordent le deuxième palier de la recherche documentaire. Après la recherche de l'information immédiate et ponctuelle, la recherche bibliographique proprement dite. La démarche documentaire varie, si l'on recherche un livre, un périodique ou des documents spéciaux : chaque démarche est analysée minutieusement sous trois aspects principaux : acquisition, identification et localisation du document. Dans les chapitres consacrés à l'identification des documents, des mises au point très utiles sur le système bibliographique international et l'accès universel aux publications, dans le contexte desquels doivent s'inscrire désormais les politiques documentaires.

La cinquième partie est consacrée aux documents spéciaux qui nécessitent « une approche méthodologique différente de celle employée pour les livres et les périodiques ». Il s'agit des publications officielles et administratives, thèses et publications académiques, articles de périodiques généraux, actes de congrès, bibliographies de bibliographies. L'information sur ces catégories documentaires est souvent imprécise et fragmentaire, même pour le professionnel, qui pourra ici faire le point aisément. Il faut apprécier, à la fin de cette cinquième partie, la progression pédagogique du guide, qui va des instruments de référence les plus simples aux outils bibliographiques les plus complexes. La sixième et dernière partie de l'ouvrage, « Guide pratique », présente plusieurs exemples concrets de recherches bibliographiques de base. On n'insistera jamais assez - l'auteur par sa longue expérience pédagogique connaît tout le bien fondé de cette démarche - sur la nécessité d'un rigoureux travail analytique dans toute recherche bibliographique, même la plus sommaire. Il était très utile que ces quelques exemples pratiques figurent dans un ouvrage pédagogique tel que celui-ci.

Le guide se termine par un index alphabétique très précis, qui permet de rechercher toute information même ponctuelle à l'intérieur de l'ouvrage. On peut regretter peut-être la complexité de la numérotation des références, mais pouvait-il en être autrement ? Précision oblige !

Une des particularités de l'ouvrage réside aussi dans la présence systématique de tableaux récapitulatifs, qui permettent une meilleure mémorisation des données. Chaque chapitre se termine par une bibliographie complémentaire. Après ce rapide survol, reste à chacun la possibilité d'apprécier par l'usage toute la richesse de ce livre.

En guise de conclusion, relevons deux remarques de l'auteur, qui traduisent un notable changement dans l'esprit et la pratique d'une discipline telle que la bibliographie : « la bibliographie, telle qu'elle a été définie tout au long de ce guide, n'est pas le domaine réservé d'une catégorie professionnelle. C'est l'une des techniques de base du métier de bibliothécaire. Bien pratiquée, elle permet une meilleure adéquation des fonds et de leurs utilisateurs, ainsi qu'un meilleur service d'information et d'orientation. Elle demande, comme toute technique, un minimum de mémorisation. On ne voit pas l'ouvrier actionner sa machine le mode d'emploi à la main (...). La bibliographie générale, comprise non seulement comme la connaissance des titres des répertoires bibliographiques, mais surtout comme une typologie des instruments de recherche, devient alors l'élément fondamental pour l'utilisation optimale des ressources et des techniques nouvelles dans n'importe quelle bibliothèque ». Notable changement dans l'esprit et la pratique : volonté de ne plus considérer et pratiquer la bibliographie uniquement comme une discipline d'érudition, mais comme une technique au sens le plus complet du mot, au service de démarches documentaires précises, qu'elles soient traditionnelles ou qu'elles s'appuient sur les techniques nouvelles. Il semble en effet indispensable, si l'on considère la rapidité du développement de la télématique documentaire notamment, que les professionnels, prennent conscience de cette évolution et la prennent en compte sous peine de rester complètement en retrait et en marge de leur fonction présente. On peut ainsi espérer que la vieille image de marque de la bibliographie, discipline de mémorisation insipide apparemment dépourvue d'objet et de résultats palpables et positifs, finira par s'estomper.