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Brian Rust

Jazz records

1897-1942

4th rev. and enlarged ed. Vol. I [-II]. - New Rochelle, NY : Arlington house, 1978. - 2 vol., 1996 p. ; 25 cm.

par Sébastien Bernard

1917, dans l'histoire du jazz, c'est le premier enregistrement publié par Columbia, de l'« Original Dixieland Jass Band». C'est aussi la mort de Scott Joplin, et l'année de l'entrée en guerre des États-Unis. Ces trois événements contribuent à la naissance de ce que l'on nommera les « Roaring Twenties » ; la musique de cette époque est faite pour danser, elle est très chaude. Cette époque est suivie des années de dépression, la musique de jazz devient plus romantique, plus « sucrée ». Puis c'est le renouveau économique, et la musique redevient chaude et forte. Mais toujours durant ces trois périodes, la musique était faite pour danser. 1942, un obscur sénateur fait passer une loi étrange : il faut payer les musiciens, du moins les syndicats, en pourcentage sur les ventes ! Ceci allait amener une évolution brutale dans la musique de jazz, et du coup cette musique bascule dans un monde qui n'est plus celui de Brian Rust !

1917, 20 ans avant, 1897, car selon l'avis de Brian Rust, il y a quand même quelques oeuvres dignes d'être du Jazz, ne serait-ce que le sus-nommé Scott Joplin !

Cette discographie est-elle complète ? D'une part les limites dans le temps, d'autre part les points développés ci-dessous permettent de dire que non.

Ne sont concernés par cette oeuvre que les musiciens américains, ce qui peut paraître normal quant au Jazz, et les anglais, mais pourquoi ? Seuls certains Européens, tel Django Reinhart, sont mentionnés, eu égard à leur vraiment trop grande réputation. De plus, sous le nom de certains artistes, on trouve une mention qui précise que la discographie de cet artiste est trop grande, et donc que seuls certains titres sont présentés, ceux qui en sont jugés dignes, par qui ? par Brian Rust, grand collectionneur anglais. Évidemment il est possible de comprendre son propos, la production de disques de cette époque est vraiment très importante.

Cette discographie est-elle utile ? Oui et non ! Non, dans la mesure où, de l'avis même de l'auteur, elle ne concerne que les enregistrements originaux et les rééditions en 78 tours, sans donc tenir compte des rééditions réalisées depuis ces quinze dernières années en LP 33 tours. Il n'est donc pas possible de se servir de cet imposant objet pour trouver des renseignements discographiques d'actualité.

Oui, car vraiment le travail réalisé sur ce qui reste de cette production, en tenant compte des restrictions ci-dessus est vraiment prodigieux. On y trouve par exemple le personnel des séances d'enregistrement, ce qui n'est pas facile dans la mesure où les pochettes de disques n'existaient pas à l'époque, d'autant moins facile d'ailleurs que les contrats étaient souvent faits sous des pseudonymes qui pouvaient cacher plusieurs artistes différents. On trouve aussi mention des diverses prises de sons, avec leurs numéros, y compris les prises qui n'ont pas été éditées mais qui peuvent exister sous forme de prototypes ; enfin les diverses références, catalogues, matrices, sous lesquelles ont été édités ces matériels, bien entendu les dates d'enregistrement, un index fantastique d'environ 10 000 musiciens accompagnateurs ou leaders, et un autre index de 16 000 titres de morceaux dont l'immense majorité n'a été jouée qu'une seule fois.

Pour résumer, cette discographie est un précieux ouvrage de référence. Elle se veut, selon l'auteur, la Köchel du jazz. Elle n'est pas moins bonne que d'autres et une bibliothèque qui se respecte se doit de l'avoir.