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Mario Rotili

La Miniatura nella Badia di Cava

Vol. 1 : lo scrittorio. I corali miniati per l'abbazzia

Cava dei Tirreni : Di Mauro ed., 1977. - 316 p. - [102] p. de pl. : ill.; 30 cm. Index p. 297-310

par François Avril

Le nom de l'abbaye de Cava dei Tirreni est familier à la plupart des spécialistes de l'enluminure médiévale. Foyer d'enseignement réputé, cette très ancienne abbaye bénédictine de la région de Salerne, fondée en 1015, a échappé aux sécularisations du siècle dernier, et conserve encore sur place un très remarquable ensemble de manuscrits médiévaux. Ceux-ci ont de longue date retenu l'attention du monde savant et ont fait, en 1935, l'objet d'un excellent catalogue dû à L. Mattei Cerasoli, dont les descriptions ont permis d'apprécier l'étendue de ce fonds de manuscrits et la rareté des textes que parfois ils renferment. Mais l'intérêt des manuscrits de Cava ne se limite pas à leur contenu : un bon nombre d'entre eux valent aussi par la qualité artistique de leur décoration et ont été maintes fois mentionnés de ce point de vue dans différentes études partielles. Aucun ouvrage général n'avait été, en revanche, consacré jusqu'ici aux manuscrits de l'abbaye tyrrhénienne dans leur ensemble. Cette lacune est comblée aujourd'hui grâce au beau volume, le premier d'une série de deux, que nous propose le prof. Mario Rotili. Dans ce premier volume, magnifiquement présenté par l'éditeur Di Mauro, de Cava, l'auteur envisage les seuls manuscrits enluminés dans ou pour l'abbaye, les manuscrits de provenance étrangère devant faire l'objet, ultérieurement, d'un second volume. Le prof. Rotili a articulé son texte en trois parties : la première est une sorte de mise au point bibliographique (ce que nos collègues italiens appellent la « fortune critique ») à propos des différentes études concernant les manuscrits de l'abbaye. Les trois chapitres suivants s'attachent à mettre en lumière la situation des manuscrits enluminés de Cava dans le contexte artistique plus général de l'Italie méridionale. Ces trois chapitres correspondent à autant de périodes distinctes : la première, qui s'étend du XIe à la première moitié du XIIIe siècle, révèle la présence à Cava d'un scriptorium florissant. Un regain d'activité se fait jour vers le premier tiers du XIVe siècle, à l'apogée de la domination angevine, sous l'abbatiat de Filippo de Haya. Le dernier chapitre étudie les somptueux manuscrits liturgiques exécutés pour Cava à la fin du XVe siècle et au cours de la première moitié du siècle suivant. Tous les manuscrits étudiés font l'objet de notices descriptives réunies dans un catalogue final. C'est peu dire que beaucoup de manuscrits étudiés et reproduits dans ce volume sont une révélation : on y trouve, en effet, étudiés et reproduits pour la première fois, toute une série de manuscrits allant du XIe au XIIIe siècle, qui forment un apport essentiel à la connaissance de l'enluminure romane en Italie méridionale. Il en va de même pour le remarquable ensemble d'antiphonaires de la Renaissance tardive qui constitue le bouquet final de l'ouvrage. Même le groupe relativement connu des manuscrits enluminés pour l'abbé Filippo de Haya doit être envisagé avec des yeux neufs grâce au luxe de reproductions inédites qui lui ont été consacrées dans le volume. Je ne voudrais ici faire qu'une seule réserve : le parti-pris un peu trop systématique d'attribuer le mérite de l'exécution de tous ces manuscrits à Cava. Il me semble que la vision du rôle artistique de l'abbaye aurait gagné à être nuancée: s'il est très vraisemblable que les manuscrits de la période la plus ancienne ont été exécutés sur place (encore une étude codicologique poussée permettrait-elle seule, de s'en assurer), cela paraît beaucoup moins évident dans le cas des manuscrits de Filippo de Haya. Quoi de commun d'ailleurs entre le style de la Bible (ms. 33), de nette ascendance bolonaise, et celui du Vincent de Beauvais (ms. 25-26) et du Guillaume Durand (aujourd'hui à Londres), qui s'inscrivent de façon satisfaisante dans le contexte de la production campanienne de l'époque angevine ? Rien ne s'oppose à ce que ces deux derniers manuscrits aient été commandés à des artistes laïcs installés, soit dans la ville voisine de Salerne, soit à Naples dont les ateliers étaient alors florissants. La chose est certaine dans le cas d'un des antiphonaires de la dernière période étudiée, l'antiphonaire M : l'enlumineur de ce manuscrit est un remarquable artiste dont on retrouve la main dans plusieurs manuscrits exécutés à la fin du XVe siècle pour différents membres de la dynastie aragonaise. Signalons encore un dernier manuscrit qui me semble devoir être retiré du scriptorium de Cava : il s'agit de l'Aristote, (ms. 31), dont la décoration filigranée d'inspiration française se retrouve dans divers manuscrits du milieu du XIIIe siècle qu'on s'accorde aujourd'hui à situer à Naples (Traité de Fauconnerie de Frédéric II, à la Bibliothèque Vaticane, et groupe de la Bible de Manfred).

Ces quelques remarques comptent peu au regard de l'apport exceptionnellement intéressant de l'ouvrage du prof. Rotili, dont il faut souhaiter voir prochainement paraître la seconde partie.