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Le Concept de « système de production-diffusion » pourrait-il constituer un mode d'approche efficace de l'édition contemporaine ?

Jacques Breton

A l'heure où spécialistes de l'information et de la communication, sémiologues, sociologues, observent, surveillent, analysent et commentent avec l'abondance que l'on sait le développement des nouveaux media, il est - pensons-nous - paradoxal que le livre, le plus vieux des media, reste une sorte de terre inconnue, desservi par son omni-présence et sa banalité même. Aujourd'hui, son devenir n'est souvent mesuré qu'à l'aune du dynamisme des nouveaux media audiovisuels. Et Marshall MacLuhan n'est plus le dernier à prophétiser son déclin...

Ce qui nous préoccupe, c'est précisément de trouver un mode d'approche spécifique qui permettrait de réaliser un véritable bilan de santé du livre contemporain. Le concept de « système de production-diffusion » que nous voudrions soumettre à votre critique est le résultat de nos tâtonnements dans cette direction.

Nous commencerons par rappeler ce que nous avons cru devoir considérer comme les données fondamentales de ce problème.

Du côté de l'objet même tout d'abord. Nous nous trouvons maintenant dans l'obligation impérative d'accepter une définition élargie du livre. Aussi bien la définition classique que reprend encore le Larousse encyclopédique (« Ensemble de feuilles imprimées et réunies en un volume broché ou relié ») était-elle trop datée, celle de l'UNESCO trop arbitraire avec son seuil fatidique des 50 pages en deçà duquel le livre n'est plus qu'une brochure. En fait, c'est L'Apparition du livre d'Henri-Jean Martin, il y a maintenant vingt ans, qui a mis à mal les définitions banales et approximatives que les spécialistes eux-mêmes utilisaient sans trop y regarder. Nous devons aujourd'hui partir de la définition proposée par Albert Labarre dès

1970. Pour mémoire, rappelons qu'Albert Labarre considère qu'il y aura livre chaque fois que seront réunis les trois critères suivants :
- support d'écriture,
- diffusion d'un texte conservé dans son intégralité,
- maniabilité.

Cette définition généreuse n'exclut ni la brochure, ni le document multigraphié, ni le périodique, ni les livres composites, ni même les « avant-livres » selon l'expression heureuse de Jean Meyriat. (Les livres » sont pour lui des travaux dactylographiés, qui ne trouvent pas d'éditeur.) La photocopie ou un microsupport en permettent maintenant la diffusion.

La définition d'A. Labarre s'étend jusqu'aux pièces de monnaies, mais on peut choisir de ne considérer comme livres que des médailles commémoratives et des trésors démonétisés ; c'est d'ailleurs la politique suivie à la Bibliothèque Nationale. Si le cas des images, estampes ou photographies, est plus délicat (l'image est-elle une écriture ? Un corpus de photographies reproduit à 8 000 exemplaires peut-il être appelé « texte » ?), la difficulté n'en est peut-être pas pour autant insoluble.

Mais, du point de vue bibliologique, l'objet « livre » constitue maintenant un problème redoutable : tous ces supports d'écritures ont-ils assez de caractéristiques communes pour relever d'un même mode d'approche ?

Une première réponse - négative - nous est fournie chaque jour par le discours des professionnels du livre, de la presse, de l'imprimerie : tout événement qui se produit dans le champ de l'imprimé, toute innovation et toute décision prise, qu'elles se situent à un niveau technique, réglementaire ou politique, font nécessairement l'objet d'interprétations contradictoires :
- La concentration de l'édition sera considérée comme un bien ou comme un mal ; on pourra aussi la nier en arguant de la prolifération des petits éditeurs marginaux.
- Le phénomène des best-sellers est bénédiction ou calamité.
- La querelle des prix cassés empoisonne toute discussion sur les problèmes de la distribution.
- La rivalité livre-périodique est l'un des refrains obsédants de toutes les tables rondes sur l'information scientifique et technique.
- Dans la presse et dans l'imprimerie, les polémiques ont atteint, ces toutes dernières années, à une violence extraordinaire.

Devant ce brouhaha incohérent, d'aucuns concluent hâtivement à une crise du livre, à une crise de l'imprimé, crise cataclysmique ou bénéfique... mais on pourrait penser que ce dernier jugement n'est plus guère qu'une affaire de tempérament.

Nous n'avons pas cru pouvoir prendre parti dans de telles querelles ; nous considérons a priori que l'existence même de cette crise reste à démontrer. Nous voudrions seulement poser la question de la possibilité d'un discours scientifique sur le livre contemporain.

C'est ici que nous avons rencontré nos premières difficultés : il existe en effet de nombreux discours scientifiques sur le livre, ou qui englobent le livre dans des préoccupations plus larges :
- sciences de l'information et de la communication
- histoire et sociologie de la ou des littérature(s),
- psychologie et sociologie de la lecture et des lecteurs,
- sémiologie des media,
- histoire des mentalités,
- politique du livre, de l'édition, de l'information ; économie de la culture, etc.

Certaines de ces disciplines ont déjà des lettres de noblesse, d'autres connaissent des développements spectaculaires. La bibliologie n'est pas en position de les concurrencer ; à l'inverse, sur bien des plans, nous sommes effectivement des demandeurs. Mais il nous reste une interdisciplinarité à inventer, une spécificité à affirmer. Et ici, nous craignons fort de ne pas nous trouver à l'abri de vos critiques.

Le concept de « système de production-diffusion » que nous voudrions maintenant vous présenter, découle d'une idée a priori et d'une déception qu'a posteriori nous qualifierions presque d'heureuse.

L'idée a priori, c'était simplement que le livre en soi n'existe pas, ou n'existe plus ; idée peu originale, nous vous l'accordons bien volontiers, puisqu'on lui trouvera facilement des homologies dans d'autres domaines :
- le cinéma, où le film scientifique n'a guère à voir avec le film policier, fantastique, pornographique, etc.
- dans la presse elle-même, on sait les affres de la Commission paritaire quand il lui faut trancher entre les hebdomadaires qui méritent la tarification postale légère et ceux qui ne la méritent pas.

Nous pensions également qu'il était impossible de traiter dans un même discours du Prix Goncourt et du recueil de poèmes à compte d'auteur, du dictionnaire et de la bande dessinée, etc.

La déception a posteriori, c'est celle que nous avons ressentie en cherchant à adapter au livre les schémas linéaires et théoriques de la communication : signe/signal/signe ; destinateur-codage-décodage-destinataire.

Car la communication par l'imprimé supportait mal des vêtements aussi raides.

Signe/signal/signe : le livre est-il le signal codé du message de l'auteur ? Et le manuscrit ? Le destinateur est-il l'auteur ou l'éditeur ? Et qui sont les destinataires : les acheteurs ou les lecteurs ? Et qu'y a-t-il de commun ou même d'analogue entre les deux feed-back, celui de l'acheteur qui emprunte ce que R. Escarpit appelle le trajet de l'argent et celui du lecteur qui emprunterait un trajet culturel, mais qui se résume souvent à l'envoi d'une lettre quasi-anonyme d'éloge ou d'insulte à l'auteur.

En nous appuyant sur les travaux de Pierre Schaeffer relatifs aux machines à communiquer, nous avons essayé de mettre en place un schéma de communication tripolaire axé sur les pôles auteur, éditeur et acheteur/lecteur. Nous pouvions ainsi matérialiser le trajet de l'argent qui remontait de l'acheteur à l'éditeur et redescendait un peu plus tard... et un peu plus discrètement jusqu'à l'auteur. Quant au trajet du feed-back culturel, il fallait l'imaginer entre les lecteurs et l'auteur. C'est alors que nous avons rencontré le critique littéraire qu'il nous fallut placer au coeur du dispositif étant donné ses fonctions d'intermédiaire :
- Ne conseille-t-il pas l'acheteur-lecteur ?
- N'est-il pas lu très attentivement aussi bien par l'auteur que par l'éditeur ?

Nous avions donc établi le schéma d'un système de communication apparemment complet, l'analyse du feed-back devant en principe permettre de vérifier si son homéostasie était positive ou négative.

Mais nous nous trouvâmes en fait en présence de deux difficultés :

1° Comment mesurer cette homéostasie ? Les premières solutions auxquelles on songe consistent à travailler sur les taux de citation des livres dans les articles critiques ; mais le problème se complique du fait qu'il faut introduire des correctifs sur la base du distinguo impact/audience.

2° La seconde difficulté est beaucoup plus sérieuse : de toute évidence, si l'on étudie l'édition française, on doit constater que la critique reste effectivement « littéraire », c'est-à-dire qu'elle ne concerne que la « littérature », au sens que les éditeurs donnent à ce mot. Certes, les livres de sciences exactes et de sciences humaines font aussi l'objet de comptes rendus critiques, mais avec un tel retard sur la mise en vente qu'ils se réduisent pratiquement à un feed-back culturel. Et il y a mieux encore : ni les livres scolaires, ni les encyclopédies et dictionnaires, ni les livres pour la jeunesse, ni les livres pratiques ne font à proprement parler l'objet d'une véritable critique. En titres, ces groupes représentent aujourd'hui 40 % de la production française; et il faudrait encore y ajouter pratiquement tous les titres au format de poche qui sont comptabilisés à 85 % avec les livres de littérature. Sans doute, certains titres à hauts tirages publiés par certains éditeurs font-ils l'objet d'une critique, mais il s'agit souvent d'un simple signalement, voire d'une publicité rédactionnelle. Aussi bien, il existerait donc des systèmes de production-diffusion sans critique. En cette occurrence, il nous fallait donc essayer d'inventer d'autres schémas.

Nous avons alors cherché comment individualiser dans l'ensemble de la production française des groupes homogènes qui puissent s'insérer dans des systèmes de production-diffusion concrets. Nous avons réalisé une segmentation à partir d'un principe tout à fait empirique : en nous appuyant, pour l'essentiel, sur les statistiques annuelles du Syndicat national de l'édition, nous avons rassemblé les rubriques ou sous-rubriques dont les tirages moyens annuels étaient comparables. Ce qui nous a permis de constituer trois groupes :

- un groupe de livres à faibles tirages, représenté essentiellement par :
- les livres scientifiques, professionnels et techniques (rubrique 10 de la nomenclature des éditeurs),
- les livres de sciences humaines (rubrique 20),
- la critique et les essais littéraires rubrique 330 de la littérature),
- les ouvrages théoriques (dans la rubrique 50 : beaux-arts et beaux livres).

Tous ces livres ont actuellement des tirages moyens inférieurs à 6 000/7 000 exemplaires.

- un groupe intermédiaire au tirage moyen compris entre 7 000 et 12 000 exemplaires, représenté essentiellement par :
- la rubrique 50 : beaux-arts et beaux livres à l'exclusion de la bibliophilie et des ouvrages théoriques,
- la rubrique 30 : littérature, à l'exclusion des sous-rubriques 320 (théâtre, poésie) et 330.
- Le dernier groupe comprend tous les livres dont le tirage moyen annuel reste supérieur à 15 000 exemplaires. Nous les avons énumérés plus haut comme étant des livres qui ne faisaient pas l'objet de critiques ; on y ajoutera encore le petit groupe des best-sellers à prélever sur la littérature tout comme les formats de poche.

Nous ne voulons pas dissimuler le caractère approximatif, voire arbitraire de ce reclassement. Aussi bien, pourra-t-on suspecter les critères complémentaires que nous avons ultérieurement mis en œuvre pour renforcer cette distinction à base trop numérique.

Il s'agit :
- du prix moyen,
- du mode de distribution-diffusion,
- de la forme matérielle.

Il n'est pas certain que les prix moyens éditeurs que publie le SNE soient très significatifs. Nous avons fait d'autres calculs sur la base du prix public conseillé pour aboutir à des prix à la page. Mais les résultats que nous obtenons s'interprètent malaisément. Nous butons en effet sur plusieurs inconnues :

1. Qu'est-ce qu'un livre cher ?

2. Quels sont les comportements effectifs des acheteurs ? Il faut, semble-t-il, les étudier au niveau des catégories socio-professionnelles. De surcroît, prendra-t-on en compte les achats au volume, au mois, à l'année, voire à plus long terme, par exemple dans le cas de l'achat d'une collection ou d'une encyclopédie très coûteuses ?

3. Quelle est l'efficacité des dispositifs très divers qui contribuent à occulter le prix réel du livre : achat par l'intermédiaire d'une bibliothèque ou d'un centre de documentation, achat à crédit, achat à prix réduit (cas du club, du discount), achat avec subvention (l'allocation de rentrée pour le livre scolaire), achat par un tiers (livre-cadeau pour les enfants), etc. ?

Nous ne pouvons donc actuellement faire état que d'impressions qui restent largement subjectives : l'impression que le livre scientifique est effectivement considéré comme coûteux ; que les livres de littérature et les livres d'art sont également d'un prix assez ou très élevé, mais que ce prix serait à mettre en relation avec ce que nous appellerions leur valeur socioculturelle. En revanche, les livres à hauts tirages seraient ou bien bon marché (livres au format de poche) ou bien rendus bon marché par des dispositifs de vente divers.

Le mode de distribution-diffusion constitue un critère complémentaire dont la mise en oeuvre ne va pas non plus de soi.

S'il est assez aisé de dresser la liste des dispositifs de signalement et de critique de l'ensemble de la production commercialisée, il faudrait encore savoir juger de leur efficacité.

En second lieu, la question « qui vend quoi et comment ? » impose des enquêtes systématiques qui peuvent sans doute s'inspirer de la méthodologie de l'Atlas de la lecture à Bordeaux. Pourtant, les quelques travaux récents que nous avons fait effectuer sur la distribution du livre à Lyon et à Paris montrent que le questionnaire bordelais a déjà vieilli. De telles enquêtes saisissent une manière d'instantané ; elles révèlent surtout des caractéristiques locales. Tout cela avait d'ailleurs déjà été souligné par R. Escarpit. Il en découle que les enquêtes qu'il conviendrait maintenant de lancer devraient être aussi larges que possible et réalisées dans un laps de temps aussi court que possible.

Nous en restons pour le moment à des approximations qui dépassent à peine les concepts de « circuit lettré» et de « circuit populaire » que R. Escarpit avait détectés lors de l'enquête de 1963 sur le livre à Bordeaux.

Nous croyons pouvoir individualiser un circuit de distribution propre aux livres scientifiques :
- librairies spécialisées,
- librairies d'université,

relayé par des dispositifs de vente par correspondance mis en place par les éditeurs eux-mêmes ou les grandes librairies spécialisées. Un Syndicat des libraires universitaires et techniques vient de se constituer, qui élargit l'éventail des points de vente, puisque ses adhérents étaient déjà 81 en mai dernier.

Le livre de littérature et le livre d'art se vendraient essentiellement dans les librairies traditionnelles, petites, moyennes et grandes librairies d'assortissement général, soit 4 à 5 000 magasins dont les vitrines répondent plutôt aux attentes d'une clientèle cultivée. Un groupement récemment constitué, celui des « Librairies différentes », s'est fixé pour objectif de modifier cette image de marque trop traditionnelle en recourant à la vente militante et à l'animation, en diffusant également la production underground. Mais ce groupe ne comprend encore qu'une centaine d'adhérents.

Les livres à hauts tirages sont distribués par tous les systèmes, par tous les canaux possibles et imaginables. Et, sur ce plan, éditeurs et diffuseurs n'ont pas manqué d'inventivité : on s'en rend compte en étudiant le dispositif qui permet de vendre l'Encyclopaedia universalis, ou celui des 35 000 épiceries-points de vente du réseau Touret ; les bibliothèques de gare et les Maisons de la presse correspondent à des structures plus classiques mais d'une efficacité qui n'est plus à démontrer. Tous ces dispositifs ont au moins ceci de commun : d'assurer une vente rapide et sûre ainsi qu'une rotation accélérée des capitaux engagés.

L'analyse des formes matérielles permet des recoupements complémentaires. Mais là encore, pour le moment, nous ne pouvons faire état que de constatations très parcellaires.

Considéré à partir de sa page de titre, de son sommaire, de ses chapitres très hiérarchisés, de son illustration, etc., le livre scientifique semble avant tout vouloir affirmer son sérieux, sa fiabilité et sa maniabilité.

Le livre de « littérature » illustre remarquablement une tradition enracinée au XIXe siècle, avec sa typographie pauvre et sa couverture d'une sobriété qui reste austère. Le livre d'histoire représenterait à l'inverse un genre en pleine évolution, avec sa couverture illustrée et son épaisseur croissante.

Quant aux livres à hauts tirages, qui sont entre eux si dissemblables, ils joueraient trop volontiers de l'image jusqu'à la redondance et au gaspillage ; ils seraient surtout, et délibérément, produits pour être des livres de consommation. Toutes ces remarques exigent en fait d'être minutieusement vérifiées et rapportées aux formes matérielles du livre à des périodes antérieures : il faudrait savoir comment les formats, l'épaisseur, la mise en page, la page de titre, la couverture et les illustrations ont évolué ; il faudrait mesurer cette aptitude à être conservé/consommé, savoir depuis quand la théorie de J. Baudrillard sur la consommativité comme mode structurel de la productivité fonctionne dans l'industrie du livre.

S'il existe bien dans l'édition commerciale trois systèmes de production-diffusion différents, comment évoluent-ils ? Question redoutable qui reste l'enjeu final de nos recherches. Nous ne formulerons que quatre brèves remarques qui ne prétendent pas avoir valeur de conclusions.

1. Dans le livre scientifique à public professionnel, universitaire ou para-universitaire, nous croyons pouvoir observer une sorte de prépondérance du pôle auteur. L'éditeur commercial se reconnaît généralement incompétent pour juger de la qualité des manuscrits qu'on lui soumet. Une mise en forme soignée retarde la parution. Et finalement la publication répond peut-être d'abord au souci du groupe-auteur d'assurer ou de maintenir sa notoriété. Les livres de sciences humaines, en particulier le livre d'histoire, supportent mal ce schématisme trop sommaire. Leur tirage moyen plus élevé les rapproche d'ailleurs du livre de littérature.

2. Le livre de littérature et les livres d'art représenteraient, en quelque sorte, un système traditionnel où l'éditeur s'ingénierait à maintenir la fiction d'un pseudo-équilibre entre les différents pôles : mécène, il ferait œuvre culturelle en révélant aujourd'hui comme hier, de nouveaux talents ; la librairie y gagnerait de conserver son aura culturelle et le critique lancerait des polémiques de bon ton qui donneraient un label de qualité à l'ensemble de la production de ce secteur.

3. Derrière cet écran que d'aucuns diront de fumée, les éditeurs peuvent s'affronter sur le marché du livre scolaire ou du livre pratique, ou encore se répartir le marché du dictionnaire, de l'encyclopédie ou du livre pour la jeunesse.

4. Au-delà, aux marges de l'édition commerciale, il existerait maintenant un autre système de production-diffusion, que nous dirons souterrain et qui comporte peut-être plusieurs sous-systèmes. Artisanal la plupart du temps, il rapproche l'auteur de l'éditeur au-dessus d'une machine-offset d'occasion ; et ils iront ultérieurement distribuer eux-mêmes leur production, sans grand souci de gagner de l'argent, mais avides des réactions de leurs lecteurs. Epiphénomène ? Forme extrême de réaction contre le « village planétaire », il est difficile de le dire aujourd'hui. Il était impossible de ne pas à tout le moins, évoquer cette « nouvelle édition » qui, du compte d'auteur aux fanzines, ne représente plus maintenant un secteur négligeable de la production.

Nous conclurons ce trop long exposé par une dernière question.

Si ces différents systèmes existent bien au-delà de nos pétitions de principes, il faudrait encore s'interroger sur leurs interrelations, question que nous pressentons difficile. Les évolutions sont lentes, les transgressions d'un système à l'autre théoriquement envisageables, mais comment les saisir ? Sur la foi des statistiques éditoriales qui reposent sur une typologie qui s'améliore, qui essaie de s'adapter à l'évolution de la production, mais qui reflète directement l'idéologie et les préoccupations immédiates des professionnels ? Et si l'on veut établir ce bilan de santé global du livre français auquel nous faisions allusion au début de cet exposé, quels sont les indicateurs, les symptômes vraiment pertinents sur lesquels la bibliologie pourra établir son diagnostic ?

  1.  (retour)↑  Communication présentée lors du colloque " Quelles recherches pour le livre de demain ? " qui s'est tenu sous le patronage de la Direction du Livre à la Bibliothèque publique d'information les 17, 18 et 19 novembre 1978.
  2.  (retour)↑  Communication présentée lors du colloque " Quelles recherches pour le livre de demain ? " qui s'est tenu sous le patronage de la Direction du Livre à la Bibliothèque publique d'information les 17, 18 et 19 novembre 1978.