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La bibliothèque municipale de Strasbourg

Bernard Rolling

La Bibliothèque de la Ville de Strasbourg est assurément l'une des plus anciennes bibliothèques municipales de France, étant antérieure à la Révolution. En effet, elle fut fondée en 1765 par Jean-Daniel Schoepflin, l'illustre maître de l'Université protestante, qui légua à cette date ses livres à la Ville. A sa mort, six ans plus tard, les II 000 volumes qu'il possédait devinrent propriété de la Ville et furent déposés dans le chœur de l'église du Temple-Neuf à côté de la Bibliothèque de l'Université fondée en 153I. Juridiquement distincte de cette dernière, elle fut administrée par le même conservateur, le professeur Koch. Enrichie par des dons et des legs, la nouvelle bibliothèque s'accrut surtout à la suite de la Révolution : en effet, en 1803, toutes les bibliothèques nationalisées des couvents du Bas-Rhin lui furent attribuées.

Après 1830, la bibliothèque, spécialisée surtout dans les ouvrages de philosophie et de théologie acquit de plus en plus des livres d'histoire, de littérature et de philologie, devenant ainsi accessible à un public plus large. Elle se distinguait aussi toujours plus de la Bibliothèque du Séminaire protestant, héritier de l'ancienne Université. Aussi était-elle dotée à partir de 1863 de son propre conservateur. A cette époque, elle comptait près de 300 ooo volumes, environ 5 000 incunables et 1 600 manuscrits, dont le célèbre Hortus deliciarum de Herrade de Landsberg. Mais lors du siège de Strasbourg dans la nuit du 24 au 25 août 1870, toutes ces richesses furent anéanties dans l'incendie du Temple-Neuf.

Dès 1872, la municipalité décidait la création d'une nouvelle bibliothèque destinée au public lettré de la ville face à l'importante bibliothèque universitaire créée par l'état allemand. Inaugurée l'année suivante, dirigée pendant 23 ans par l'éminent historien Rodolphe Reuss, elle s'installa en 1887 dans un bâtiment construit pour la Faculté de médecine où elle devait rester jusqu'en octobre 1975. Depuis lors, elle n'a cessé de s'accroître tant par des dons que par des achats, si bien qu'elle compte à l'heure actuelle de nouveau près de 300 ooo volumes. Depuis 1918, la bibliothèque s'est efforcée de répondre aux vœux d'une clientèle de plus en plus variée au lieu de se contenter comme au XIXe siècle de satisfaire les désirs d'un cercle par trop restreint d'amateurs éclairés. Certes, elle conserve des centaines d'incunables et des fonds importants de livres anciens et rares, mais qui sont peu consultés. Dès la fin de la Première Guerre mondiale, les acquisitions ont porté essentiellement sur les ouvrages de culture générale, les livres sur l'Alsace, la littérature moderne française et allemande, l'histoire, la géographie, les biographies et surtout les romans accessibles directement au public dans la salle de prêt à domicile.

L'extension rapide de la ville a rendu nécessaire une politique de décentralisation de la lecture. Jusqu'à la dernière guerre, en effet, la bibliothèque municipale était concentrée uniquement dans le vieux bâtiment de la place de l'Hôpital. Dès 1942 pourtant, une fondation privée, la Bibliothèque populaire, installée dans le bâtiment de l'ancienne gare, devenait la première succursale de la bibliothèque municipale centrale. Depuis lors, cinq nouvelles succursales ont été créées dans la proche banlieue et les faubourgs strasbourgeois. Ce furent, en 1965, la succursale de la Meinau, en 1969 celle du quartier Rotterdam, en 197I celle du Neudorf, en 1973 celle de Neuhof et enfin, en 1974, celle de l'Elsau. Depuis 1972, un bibliobus sillonne les rues de la ville et dessert deux fois par mois une quinzaine de points d'arrêts en attendant que de nouvelles succursales soient créées.

Si la décentralisation était en bonne voie, il restait néanmoins à résoudre le grave problème de la bibliothèque centrale confinée depuis 1886 dans les locaux les plus inadéquats possible de la place de l'Hôpital. Dans le bâtiment à l'architecture banale étaient installées à la fois la bibliothèque centrale et les très riches Archives de la Ville de Strasbourg. La bibliothèque y disposait d'une salle de prêt en accès libre d'une surface de 80 m2 située au premier étage à l'arrière d'une cour intérieure. Nous ne pouvions mettre à la disposition des lecteurs qu'un choix très restreint de livres. La salle de lecture comprenait au mieux un fonds de 800 usuels, de 20 périodiques; pas plus vaste que la salle de prêt, elle ne disposait que d'une vingtaine de places assises. Nous n'avions pas de salle de catalogues digne de ce nom. 3 petits bureaux abritaient les services intérieurs de la bibliothèque. Les magasins étaient installés dans un vaste amphithéâtre où les 300 000 volumes s'entassaient du sol à la voûte. Les manuscrits, les incunables et les autres livres précieux étaient conservés dans une cave toujours humide.

Ni aménagement, ni agrandissement du bâtiment de la place de l'Hôpital n'étaient envisageables. La construction d'une nouvelle bibliothèque centrale fut donc décidée par le Conseil municipal dans la séance du 24 février 1969. Le projet fut confié à M. Paul Ziegler, architecte en chef du service d'architecture de la Communauté urbaine, dirigé par M. Robert Will, architecte en chef.

Le site

Le terrain retenu pour cette nouvelle construction a une superficie de 52 ares. Jadis y était édifiée la Commanderie de Saint-Jean dont les bâtiments désaffectés servaient d'annexe au Lycée Kléber jusqu'au moment de leur destruction par un bombardement en 1944.

Le choix de ce site fut heureux à plusieurs égards : d'une part il est placé en périphérie de l'ancienne ville; il est donc accessible par presque toutes les lignes d'autobus dont les arrêts se situent à moins de 200 mètres de la bibliothèque. D'autre part, il est situé à proximité d'un très grand centre d'animation qui est en voie de construction, Place des Halles.

Le parti architectural

La très longue expérience de l'inspection générale et des services techniques de l'ancienne Direction des bibliothèques et de la Lecture publique ont établi les normes d'une bibliothèque modèle. Pour respecter celles-ci, M. Ziegler, architecte, se heurtait en plus à un problème de taille; il s'agissait en effet d'inclure dans un tissu urbain ancien un bâtiment contemporain jouxtant l'église Saint-Jean du xve siècle, son presbytère du XVIIIe et sa galerie restaurée. Insérer une construction, aux lignes résolument modernes, dans un tel contexte relevait presque de la gageure. Le pari fut gagné et l'avant projet fut approuvé par le Conseil municipal le 22 février 197I et par la Commission régionale des opérations immobilières et de l'architecture le 6 juillet 197I.

La disposition du terrain, sa forme et les servitudes ont conditionné le parti architectural suivant :
- le long de la rue Kuhn, un bâtiment d'une hauteur de 17 mètres avec rez-de-chaussée et quatre étages sur sous-sol;
- à l'angle de la rue Kuhn et de la rue Kageneck une aile d'une hauteur de 5 à 7 mètres comportant un rez-de-chaussée avec entresol partiel sur un sous-sol;
- à l'arrière de ces bâtiments un rez-de-chaussée d'une hauteur de 5,50 m sur un sous-sol.

Cette composition a permis de créer sur rue des façades largement vitrées et d'accueillir les lecteurs adultes et les enfants par deux entrées séparées. Les services publics tous situés au rez-de-chaussée sont aisément accessibles. La salle de prêt et la salle de travail sont placées en façade sud à l'écart des bruits de la circulation.

L'entrée principale à partir de la rue Kuhn et le hall d'accueil donnent accès à la salle de prêt pour adultes d'une superficie de 700 m2, ainsi qu'à la salle des catalogues et de bibliographies de 100 m2. De cette dernière on accède à la salle de travail d'une superficie de 350 m2.

Attenante à la salle des catalogues, se trouve la discothèque de 96 m2. Sur le hall s'ouvre également une salle polyvalente destinée aux expositions ou aux conférences.

Une deuxième entrée, à partir de la rue Kageneck, dessert une bibliothèque pour enfants. Celle-ci installée sur deux niveaux a une superficie de 350 m2. Par ailleurs, un garage pour deux bibliobus avec magasins à livres donne sur une cour de service avec accès depuis la rue Kuhn.

Le premier étage est réservé aux services intérieurs de la bibliothèque. Celui-ci comprend les bureaux du conservateur et de ses collaborateurs, la grande salle de traitement du livre, l'atelier de reliure, une salle de réunion ainsi que le logement du concierge.

Tous ces locaux sont desservis par une entrée de service à partir de la rue Kuhn.

Les deuxième, troisième et quatrième étages sont occupés par les magasins. D'une superficie totale de 2 056 m2 ils permettent le stockage de 400 000 volumes sur 14 000 mètres de tablettes. Une partie de ces magasins spécialement équipée est réservée aux fonds précieux.

Le sous-sol comprend l'atelier de sigillographie, le laboratoire de photos, un magasin à livres pour le bibliobus, un parking de 45 places pour le personnel, et des locaux techniques.

Pour faciliter l'intégration de cet ensemble moderne dans un cadre ancien et rendre plus intime l'espace compris entre l'église Saint-Jean, son presbytère et sa galerie restaurée, l'architecte a opté pour un savant décrochement du plus bel effet qui lui a permis de créer une zone de verdure sur laquelle s'ouvrent, larges, les baies vitrées de la bibliothèque. C'est également un souci majeur de l'harmonie et de l'esthétique qui a conduit M. Ziegler à moduler la façade des salles de prêt et de lecture en fonction des directions données par les volumes de l'église Saint-Jean et de son presbytère.

Une certaine recherche a présidé au choix des matériaux qui entrent dans la construction. Ont été sélectionnés le béton clair, l'aluminium, le verre et notre traditionnel grès des Vosges. L'utilisation de panneaux préfabriqués en béton clair percés de fenêtres oblongues, disposés en quinconce, donne aux façades du bâtiment principal de la rue Kuhn un relief indéniable et a permis à l'architecte d'éviter l'écueil constitué par la monotonie et la froideur même du matériau utilisé.

Il me paraît presque superflu d'ajouter maintenant que, dans d'innombrables séances de travail, le conservateur, ses collaborateurs et l'architecte ont confronté désirs et réalités. Nous souhaitions construire à Strasbourg une bibliothèque moderne et fonctionnelle répondant à toutes les exigences de la lecture publique dans la cité, exigences que l'architecte a su matérialiser.

La mise en chantier a eu lieu en janvier 1973. Le 13 juin avait lieu la cérémonie de la pose de la première pierre des nouveaux bâtiments par M. Pierre Pflimlin, maire de la Ville et président de la Communauté urbaine de Strasbourg. Les travaux de construction devaient durer plus de deux ans. Nous avons mis à profit ce créneau dans le temps pour choisir un mobilier bien adapté, fonctionnel et harmonieux et pour mettre au point un système de prêt automatisé le plus efficace possible.

Une partie du bâtiment comprenant les services internes et les magasins de livres a pu être mise en service fin 1974, ce qui a permis de déménager les fonds de la place de l'Hôpital à la rue Kuhn et de préparer sur place les nouvelles acquisitions.

Les travaux de construction et l'installation de l'équipement mobilier ont été achevés en août 1975. La bibliothèque a pu ouvrir ses portes en octobre 1975 et a été inaugurée le 9 janvier 1976 par M. Michel Guy, Secrétaire d'État aux affaires culturelles, M. Caillet inspecteur général des bibliothèques, et M. Pierre Pflimlin, maire de la Ville et président de la Communauté urbaine de Strasbourg, en présence des plus hautes autorités de l'administration civile et militaire.

Lecture publique

Accueil

Après avoir franchi une double porte vitrée qui s'ouvre sur la rue Kuhn, le visiteur découvre un vaste hall d'entrée. Un revêtement en « Murlaine » de teinte cognac habille les murs coiffés d'un plafond en acajou d'où tombe une forêt de luminaires disposés en grappes. Seul ce décor contribue déjà à instaurer, dès le seuil franchi, une ambiance des plus chaleureuses.

Plaque tournante de la bibliothèque, le hall d'accueil dessert toutes les salles ouvertes au public adulte : salle de prêt à domicile, face à l'entrée, salle des catalogues sur la gauche, qui toutes deux débouchent sur la salle de lecture et la discothèque. Les cloisons de verre qui séparent le hall des différentes salles du rez-de-chaussée procurent au lecteur une agréable sensation d'espace et de liberté. Dès l'entrée par-delà la salle des catalogues, la vue s'étend jusqu'à la discothèque. Ici couleurs et transparence règnent en maîtres.

Derrière la banque d'accueil siège une hôtesse qui, tout en enregistrant les nouvelles inscriptions, tient le standard téléphonique et renseigne le nouvel arrivé. De cette façon est conféré à cette partie du bâtiment l'indispensable rôle de « dispatching » qui lui est normalement dévolu. Un vestiaire de deux cents places offre aux lecteurs la possibilité de se défaire de leurs manteaux et de se délester de paquets ou cabas trop volumineux.

Une suite de chauffeuses bleu-roi réunies autour de tables basses, le tout agrémenté d'une ample floraison de plantes vertes met un point final à l'atmosphère de détente et de bien-être, qui, au débotté, surprend le nouveau venu. Cette zone de repos toute en longueur borde la rue Kuhn dont, par le truchement de baies vitrées, on peut voir l'animation sans en supporter le bruit.

Face à l'entrée est exposée une tapisserie murale, œuvre de M. Paul Risch, actuellement directeur de l'école d'Aubusson. D'un coût de 60 000 francs, cette composition aux dimensions imposantes éclabousse l'ensemble de ses vifs coloris.

Un panneau d'affichage constamment remis à jour annonce aux lecteurs les manifestations culturelles de notre ville.

Pour être complet, il convient d'ajouter que la remarquable décoration de ce hall d'accueil est due au talent de M. Émile Kuntz, professeur à l'École des Arts décoratifs de Strasbourg.

La salle de prêt pour adultes et adolescents

Divisée en deux parties, livres et périodiques, la salle de prêt pour adultes présente au lecteur la jolie perspective de ses blancs rayonnages d'une capacité de 70 000 volumes. Les têtes de rayonnages portent chacune un panonceau précisant la catégorie de livres présentés. D'autre part, accrochés au plafond formé de lames métalliques, des triangles portant les mentions : « Romans », « Anglais », « Allemand », « Documentaires », « Vient de paraître », fournissent des données généralement suffisantes pour se repérer. Si par hasard l'usager ne devait pas s'y retrouver, la consultation des catalogues auteurs, systématique et titres sous forme de listings, ainsi qu'un catalogue sur fiches peuvent lui être d'une grande utilité. Il peut également s'adresser à l'une des sous-bibliothécaires de la banque de prêt.

D'un blanc cassé se détachant sur un fond acajou et érigée à gauche de l'entrée de la salle, la banque de prêt se prolonge jusqu'aux salles de lecture et de catalogues. Un éclairage non agressif par haut jour et néon inonde d'une douce lumière les murs et les colonnes d'un ton sable sur lesquels viennent se jouer en contrepoint les gammes orange et brun foncé des fauteuils en skaï disposés çà et là dans la salle comme autant de coins-détente.

Zone de 250 m2 réservée aux périodiques, le « kiosque » connaît un succès toujours croissant. Chauffeuses, tables, guéridons, bacs à fleurs, essaimés ici avec profusion comme dans tout le reste de la salle, tout a été conçu pour le confort du lecteur qui, confortablement installé sur place, peut à loisir consulter environ quarante journaux, quotidiens parisiens et presse locale, et plus d'une centaine de revues d'information générale.

La discothèque

La discothèque est considérée comme le prolongement de l'action de la bibliothèque. Son succès va croissant et le problème de la place se pose déjà à l'heure actuelle avec acuité.

La capacité des bacs à disques et de présentoirs pour coffrets se monte à 6 ooo unités. A cela il convient d'ajouter les mille cassettes classées sur des présentoirs muraux. Quelques rayonnages accueillent les livres sur la musique, les partitions de poche et les périodiques discographiques. Le long des murs tabac et brun foncé court une rangée d'appliques blanches qui tamisent une douce lumière favorable à l'écoute de la musique. Huit larges fauteuils d'un vert soutenu munis de casques d'écoute sont réservés aux usagers qui n'auraient pas d'appareils de reproduction de son à la maison ou qui aimeraient tout simplement fixer leur choix après écoute d'une ou plusieurs œuvres.

La banque de prêt est pourvue de lumières d'appui et de loupes ainsi que d'une caisse enregistreuse programmée. La servitude des quittances est ainsi résolue.

La salle d'exposition

Du hall d'accueil on accède directement à une vaste salle polyvalente que nous utilisons soit pour des expositions, soit pour des conférences. Un revêtement mural neutre permet de présenter les expositions les plus diverses : tableaux, gravures sont remarquablement mis en valeur par le nombre imposant de panneaux (2 × 2 m et 2 × 1 m) dont nous disposons. Les livres ou autres documents précieux sont présentés dans des vitrines hautes et des vitrines sur tables. Une moquette tabac, des rideaux champagne, un plafond suspendu en éléments structurés en fibres de verre pressées et un isolement phonique impeccable font de ce lieu une salle de prestige qui, depuis l'ouverture de la bibliothèque, a eu l'honneur d'héberger un nombre considérable d'expositions remarquables :
- Imprimerie et édition à Strasbourg au XIXe siècle;
- Une Société Vivante : la RFA à travers son édition;
- Strasbourg et l'Europe;
- Lumière et mouvement, poésie de la matière;
- Pichette : l'œuvre graphique 1956-1976;
- L'Art alsacien : exposition réalisée par M. Haudot à l'occasion de la journée nationale d'information sur le prêt automatisé, le 14 octobre 1976;
- 200 Ans de librairie et d'édition strasbourgeoise : la maison Berger-Levrault;
- Les Métiers d'art du Canada;
- L'Alchimie des philosophes de Salvador Dali;
- L'Œuvre gravé de Max Klinger.

Au titre de l'équipement signalons encore la protection anti-vol qui est assurée par un système d'alarme discret et efficace.

Nous utilisons cette salle que nous avons eu bien soin de sonoriser, pour de petits colloques, des conférences et des causeries, des projections de films ou de dias. Dans ce cas elle peut facilement accueillir deux cents personnes.

La bibliothèque pour enfants

L'une des plus belles réalisations de la bibliothèque est sans aucune contestation la bibliothèque des enfants. Bénéficiant d'une entrée indépendante, celle-ci s'étage sur deux niveaux : rez-de-chaussée pour les enfants de 5 à 10 ans, et mezzanine pour les adolescents. On y découvre un univers en miniature tout droit échappé d'un conte, haut en couleurs, gai, ensoleillé grâce aux larges baies placées dans les façades de la rue Kageneck et du square Saint-Jean. Le moindre détail a été réalisé à l'échelle du petit monde qui hante les lieux. D'un plafond bleu-nuit tombe une multitude de globes luminaires de dimensions et de couleurs variées qui meublent ainsi le volume créé par la disposition sur deux niveaux. Des murs et des poufs orange, une moquette havane, de petits fauteuils jaunes répartis autour de tables basses « accrochent » on ne peut mieux la lumière.

Les rayonnages dont la hauteur ne dépasse pas I,40 m sont prêts à supporter 4 000 livres tandis que les bacs à albums peuvent contenir 3 500 unités. Des panneaux d'expression libre pour l'exposition de dessins faits en bibliothèque couvrent l'une des cloisons.

Bien tentant, le spacieux canapé orange pelucheux aux dossiers dotés de 10 prises pour les écoutes sur place devient, chaque mercredi, le coin de prédilection d'une trentaine d'enfants attirés par l'heure du conte.

La mezzanine marque en quelque sorte la jointure entre la bibliothèque pour enfants et la bibliothèque pour adultes. L'enfant s'y initie à cet instrument de travail et de loisir qu'est une bibliothèque. Cette mezzanine fait office de salle de travail puisque les enfants de 10 à 14 ans sélectionnent eux-mêmes, éclairés, si besoin est, par les conseils d'une bibliothécaire, les documentaires, les usuels, les encyclopédies ou autres livres destinés à parfaire le travail de classe. Trente places assises, des rayonnages comprenant 7 000 volumes sont mis à leur disposition.

Ainsi ce nouvel équipement est parfaitement adapté pour offrir les types d'activités proposées aux jeunes lecteurs dans les bibliothèques modernes : le prêt de livres de toutes disciplines en libre accès, la lecture silencieuse, l'étude et la recherche documentaire, l'audition de documents sonores de genres divers, la documentation audio-visuelle, l'heure du conte, les lectures à haute voix, les rencontres écrivains-lecteurs.

Étude et recherche

La salle de catalogues et de bibliographies

On y accède par le hall d'entrée. Les rayonnages peuvent accueillir environ 5 000 répertoires bibliographiques. Sur une cinquantaine de présentoirs nous exposons un échantillonnage de revues professionnelles et toutes les revues bibliographiques françaises. C'est ici que se trouve le fichier central (auteurs et systématique) de la bibliothèque qui recense tous les ouvrages que nous conservons dans les différentes sections en accès libre et dans les magasins. Vingt places de travail complètent l'équipement.

Une bibliothécaire y est présente en permanence pendant les heures d'ouverture. En principe, elle a pour tâche d'effectuer avec les lecteurs les recherches bibliographiques souvent difficiles en raison même de la conception archaïque du catalogue systématique.

La classification utilisée a été réalisée par le bibliothécaire de la Ville au siècle dernier. Les indices utilisés sont donc difficilement lisibles pour un lecteur non habitué. Aussi l'une des tâches les plus urgentes consiste à remplacer ce catalogue systématique par un catalogue alphabétique matières.

Une part importante du travail de la bibliothécaire présente dans cette salle, consiste à mettre les nouveaux lecteurs au courant de toutes les richesses de la maison, et à leur apprendre comment y accéder. (Rapide initiation à la classification Dewey, lecture des catalogues auteurs, titres, systématique, édités par le service informatique).

La salle de lecture

Elle est séparée de la salle de prêt par un mur ajouré. Des tables d'une, de deux ou de quatre places regroupent 120 sièges. Sur les rayonnages d'une capacité de 10 000 volumes sont disposés les dictionnaires, les encyclopédies ainsi que les usuels et livres de références indispensables dans toutes les disciplines.

La bibliothèque ne possède pas de salle réservée aux périodiques. Aussi avons-nous regroupé dans la salle de prêt la presse de lecture courante. Les périodiques de haute érudition au nombre d'environ deux cents sont présentés dans la salle de lecture.

Que dire du cadre ? Sinon qu'il est le fidèle reflet de la salle de prêt : même moquette neutre, mêmes tons chauds avec par-delà les larges baies, la verdoyante vision du square de l'église Saint-Jean.

Les magasins et la réserve

Les magasins s'étagent sur les trois derniers niveaux du bâtiment central. Environ 400 ooo volumes peuvent être stockés sur 14 km de tablettes de rayonnages autoporteurs.

Quoique la bibliothèque municipale ait été totalement sinistrée lors du bombardement de Strasbourg pendant la guerre de 1870, on a pu dès 1872 recommencer à reconstituer les collections, si bien que nous disposons de nouveau à l'heure actuelle de 300 000 volumes environ. Si nos collections conservées dans les magasins n'ont évidemment plus le prestige de celles d'avant 1870, il convient cependant de citer des fonds particulièrement intéressants : en premier lieu il faut signaler le fonds local riche de 15 000 volumes environ; remarquable aussi la collection « Reussiana » du nom du donateur Rodolphe Reuss. Ce fonds est une collection de 350 recueils de pièces classées chronologiquement du XVIe au XIXe siècle. La plupart des pièces concernent l'histoire de France et l'histoire d'Alsace. Le fonds « Schnitzler » regroupe, quant à lui, 2 ooo volumes environ sur l'histoire de la Russie au XIXe siècle.

Notons encore au passage les collections très riches de périodiques du siècle dernier que nous conservons.

La liaison verticale avec la salle des catalogues et la salle de lecture est réalisée par pneumatique et par un monte-charge. Comme la bibliothèque ne dispose que d'un seul magasinier, un panneau lumineux derrière la banque de prêt indique l'endroit où il travaille (2e, 3e ou 4e étage). Les bulletins de prêt à domicile ou de consultation sur place sont expédiés à l'étage voulu. Le magasinier dépose les documents sollicités dans le monte-charge qui les achemine en salle de lecture.

Au deuxième étage, derrière de lourdes portes blindées et nanties d'un système de détection d'incendie et d'effraction, se trouve la Réserve. Nous y conservons les incunables au nombre de 343 et environ 1 600 livres du XVIe siècle, sortis pour la plupart des presses d'ateliers strasbourgeois. Les 1 560 manuscrits qui s'y trouvent également remontent pour la plupart au XIXe siècle.

L'atelier sigillographique

Innovation en France et en Europe, la bibliothèque municipale abrite un service original, peu connu, mais qui est un reflet incontesté et incontestable de l'identité alsacienne et rhénane.

Charles Haudot, sigillographe de la ville de Strasbourg, s'efforce depuis des décades de rassembler dans le domaine de la sigillographie ce qui est épars.

Situer, identifier, ficher, restaurer, réaliser creux et fac similés, photographier, telle est la tâche de ce sigillographe grâce auquel l'Alsace découvre un aspect très peu connu de son histoire.

En effet, pour les XIIe et XIIIe siècles, la glyptique de ces empreintes est le seul témoignage iconographique de la vie des communes : évocation du quotidien au travers des costumes, de l'armement, de l'outillage, des animaux, de l'architecture et de la spiritualité par l'hagiographie et la symbolique chrétienne.

L'empreinte sigillographique possède le rare avantage d'être un document archéologique indiscuté et indiscutable pour le sociologue, le théologien et l'historien. Il est la représentation concrète de considérations exhaustives qui peuvent parfois échapper aux non initiés.

Les services intérieurs

Au premier étage du bâtiment principal sont regroupés les vastes services intérieurs de la bibliothèque centrale. Il s'agit en effet d'assumer le rôle de bibliothèque centrale qui, avant sa construction, comportait déjà cinq succursales installées dans les quartiers périphériques. La construction de trois nouvelles succursales est prévue. De plus, un bibliobus urbain dessert les quartiers où nous n'avons pas de bibliothèque.

Nous disposons d'une très grande salle où, grâce à quatorze postes de travail, se déroule tout le circuit de traitement de livre. A côté, se trouve un grand atelier de reliure qui comprend 7 postes de travail.

Les bureaux sont vastes et nombreux. Il convient de signaler en outre une salle de réunion pour une vingtaine de personnes et une salle de repos pour le personnel, équipée d'une cuisinière et d'un réfrigérateur, chose indispensable avec le nouvel horaire et la journée continue.

Clarté et lumière sont le dénominateur commun de ces diverses salles. De nombreuses fenêtres, une moquette orange ( sauf en atelier de reliure), un ameublement gris clair, constituent un cadre de travail agréable et chacun aime à le retrouver avec plaisir chaque matin.

Et maintenant...

En présence d'un succès hors de toute prévision, nous nous trouvons devant le difficile problème de satisfaire des lecteurs dont le nombre est passé de 2 500 à 21 ooo. Il nous faudrait avant tout la création de nouveaux postes qui permettraient l'exploitation complète de nos possibilités.

Le jour est proche où cette bibliothèque étant saturée, la municipalité très favorable à la lecture publique devra la faire essaimer en construisant d'autres unités, qui, à leur tour, apporteront des possibilités nouvelles aux lecteurs strasbourgeois.

Dans le Bulletin des bibliothèques de France de décembre sera publié un article relatif à l'automatisation du prêt à la Bibliothèque municipale de Strasbourg.

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Tableau 1 - Fiche tehcnique (1/2)

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Tableau 1 - Fiche tehcnique (2/2)

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Tableau 2 - Programme quantitatif (1/2)

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Tableau 2 - Programme quantitatif (2/2)