entête
entête

Association des documentalistes et bibliothécaires spécialisés. Groupe sectoriel médecine, pharmacie, biologie. Table ronde utilisateurs et documentalistes, réunion du 26 avril 1976

Les membres du Groupe sectoriel médecine, pharmacie, biologie de l'Association des documentalistes et bibliothécaires spécialisés avaient demandé à rencontrer quelques utilisateurs pour une table ronde au cours de laquelle serait évoquée la conception de la documentation et des services des documentalistes vus par les usagers.

Au nombre des personnes qui participèrent à cette réunion, M. le Pr Bonfils (Hôpital Bichat), Mme Chéret (chercheur à l'Hôpital Bichat), le Pr Ducrot (Hôpital Necker), le Pr Goguel (Hôpital A. Paré), le Pr Turpin (Reims), le Dr Wagniart (Centre cardiologique du Nord) représentèrent le point de vue des chercheurs, celui des chefs d'unités de recherches, des cliniciens hospitaliers, des responsables de banques de données. Les documentalistes au nombre de 35 environ représentaient les laboratoires pharmaceutiques, les centres de documentation du Centre national de la recherche scientifique et de l'Institut national de la santé et la recherche médicale, les centres de diagnostic (de Belgique), les bibliothèques universitaires, les bibliothèques d'instituts spécialisés. Des différents avis en matière des besoins des usagers exprimés au cours des débats peuvent être retenus les aspects suivants :

Besoins d'une documentation médicale immédiate, pour des médecins au sein de l'unité de soins, telle que seul peut le fournir un système automatisé interrogé en temps réel : MEDLINE, où la question qui se pose à un médecin est immédiatement traduite en langage approprié et la réponse reçue sur le champ. Ceci suppose une bibliothèque bien garnie à proximité qui fournisse aussitôt le document signalé. Mais si pour certains médecins le problème du temps d'accès à l'information le plus court possible est essentiel, pour d'autres le système automatisé n'offre qu'une « demi-sécurité », car le critère de valeur n'est pas donné par le système.

Pour un chef d'unité de recherche les besoins documentaires sont différents, il lui faut être au courant en permanence de l'ensemble de la documentation de son domaine et lui seul peut déterminer la valeur des documents qu'il reçoit. Des profils régulièrement fournis lui seront utiles, de même que les revues générales pour orienter le travail de l'équipe de recherche. Il est aussi indispensable qu'une présélection des documents se rapportant aux différents thèmes de recherche soit effectuée, une fois que ces thèmes ont été étudiés avec l'équipe de chercheurs et traduits en « concepts » sans ambiguïté. Alors seulement le documentaliste peut faire l'analyse conceptuelle de ce qu'il trouve dans les sommaires et discussions.

Pour le chercheur lui-même, il semble que personne ne puisse lui fournir à coup sûr une documentation 100 % pertinente; lui seul est à même de juger de la valeur scientifique d'une information, puisque ni un titre de revue ni un nom d'auteur ne sont une garantie de fiabilité absolue.

Plusieurs sources très intéressantes pour leur richesse ont été signalées :
- les preprints qui circulent entre chercheurs d'un même domaine et dont la lecture permet quelquefois de gagner 6 mois sur la publication de l'article,
- la littérature souterraine qui circule d'un laboratoire à l'autre, sous forme de communications, lettres etc., riche d'information mais difficile à trouver, de même que les communications prononcées lors de symposia ou colloques d'envergure nationale ou régionale à l'étranger.

A ce niveau on est assez loin des références fournies par les systèmes automatisés car ce sont plutôt les personnes qui sont en cause, leur connaissance mutuelle et leurs relations au sein de réunions communes qui alimentent l'information permanente.

- Les profils généraux ou personnalisés, en offrant une présélection de références bibliographiques paraissent utiles, mais il semble que l'état d'affinement du système ne permette pas de juger de la pertinence, ni de moduler l'interrogation pour enrichir la pertinence.

Dans les laboratoires pharmaceutiques, la synthèse documentaire est le travail le plus demandé au niveau de la documentation médicale.

D'une manière générale, l'information à l'usage des médecins sur les outils et les systèmes documentaires existants et sur leur valeur respective, ne semble pas assez répandue. Quel que soit le système utilisé, ce qui importe surtout à l'utilisateur, c'est l'établissement d'un dialogue qui permette sans ambiguïté à l'utilisateur de faire comprendre ce dont il a besoin et au documentaliste de savoir interpréter cette demande. La traduction en concepts des recherches en cours ou des éléments de diagnostic est essentielle et suppose une rapidité d'adaptation aux besoins de l'utilisateur qui doit être une des qualités maîtresses du documentaliste.

Incidemment se pose la question de la formation préalable de celui-ci : et s'il est avéré qu'une formation scientifique permet de gagner du temps grâce à une connaissance de la terminologie scientifique et médicale, il semble qu'une formation littéraire, surtout s'il s'agit de langues étrangères, est un bon atout au départ. Toutefois on conçoit mal que le travail d'alimentation des fichiers documentaires, c'est-à-dire l'indexation et l'analyse des textes, puisse être fait en dehors d'une formation spécifique à la fois dans le domaine à explorer et dans la technique documentaire proprement dite.

A ce sujet un cardiologue a rapporté combien difficile était le travail de recherche de documents lorsque les thesaurus utilisés ne contiennent ni le terme, ni la notion du symptôme étudié. C'est alors seulement une confrontation commune entre utilisateur et documentaliste qui permet enfin de déterminer la « notion » plus que le terme à explorer dans les fichiers.

Il apparaît nécessaire que les utilisateurs soient formés jeunes à la formulation de la demande, pour s'ouvrir à la documentation. Or dans les quelques cours à option mis en place dans certaines facultés les étudiants manifestent très peu d'enthousiasme pour s'initier à l'informatique documentaire. Pourtant, dans le cas des banques de données par exemple, où il faut formaliser la question, la formation de l'utilisateur est assez simple et les réponses faciles à interprèter. Cette formation « logique » des médecins pourrait être donnée aisément, ce qui leur permettrait d'utiliser au mieux les services d'information des documentalistes. Peut-être qu'en donnant accès aux systèmes implantés les utilisateurs se formeraient-ils par nécessité.

En fait tout ceci reste en deçà de l'utilisation majeure du système de l'information documentaire médicale. Et l'on cite l'exemple de l'Hôpital de Glasgow. A partir de l'ordinateur de cet hôpital on peut interroger tous les hôpitaux anglais. Le problème est celui du diagnostic par ordinateur rendu problématique à cause du développement médical plus lent dans certaines parties du monde. Pour les officiers de santé par exemple l'ordinateur représente un auxiliaire précieux. Il n'est pas impossible de penser que le problème du diagnostic par ordinateur puisse être couplé avec le problème de l'information automatisée : on aurait alors diagnostic et références bibliographiques, le tout transmis par téléprint. En France une orientation de recherches en cours concernant le diagnostic automatisé consiste à sortir un ensemble de descripteurs correspondant à un certain nombre de maladies d'un même groupe (maladies du sang par exemple), ces descripteurs permettant de construire une chaîne de recherches biologiques conseillées.

L'usage de l'ordinateur reste une aide au diagnostic, de toute façon il ne peut se substituer à l'intelligence de l'homme.

En conclusion, le chercheur, au point d'avancement qu'il est seul à connaître dans sa recherche doit lui-même justifier de la pertinence de l'information, mais le documentaliste lui est nécessaire pour préparer le terrain, lui faire gagner du temps en effectuant la présélection des documents, qu'il s'agisse de thèmes précis ou de grande synthèse ou de revue générale. Quand il s'agit de trouver la réponse à un problème important, le rôle du documentaliste est d'être une plaque tournante entre l'équipe du laboratoire et la bibliothèque et d'interroger tous ceux qui peuvent enrichir de leur information personnelle, le médecin ou l'équipe au travail.