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Premières rencontres sur les discothèques de prêt

Le disque trouve désormais sa place au voisinage du livre dans les bibliothèques publiques françaises. Il est également présent dans un nombre important d'autres établissements culturels : bibliothèques d'entreprise, maisons de la culture, centres pédagogiques, maisons de jeunes. Or le développement de collections de disques qui va s'accélérant depuis quelques années conduit, en raison des expériences individuelles tentées çà et là, à la création de services très disparates : classement et classification, équipement matériel (et jusqu'au format des fiches de catalogue) sont diversifiés à l'extrême. Il est apparu à un certain nombre de responsables de discothèques qu'un grand profit serait tiré par ceux qui sont chargés de la gestion et de l'animation d'une discothèque si, après confrontation des expériences et des points de vue, une transmission pouvait être envisagée permettant le recours à un organisme central spécialisé pour la fourniture de prestations à chaque établissement.

Ce sont ces idées qui ont conduit la Discothèque de France, représentée par M. Jean-Marie Daudrix, et la Bibliothèque municipale de Saint-Dié, à organiser une rencontre des responsables de discothèques publiques de prêt dans les locaux de la Bibliothèque municipale de Saint-Dié les 27 et 28 juin 1970.

Ces rencontres, dans un but de grande efficacité, étaient réservées aux personnes participant déjà à l'organisation d'une discothèque de prêt. M. Noé Richter, président de l'Association des bibliothécaires français, accepta de présider ces rencontres qui furent placées sous le patronage de la section des bibliothèques publiques de l'A.B.F. Les quarante-quatre participants représentaient : la Discothèque de France et la Discothèque de Paris (4); la Phonothèque nationale (I); le Conservatoire national d'art dramatique (I); l'Institut national d'éducation populaire (I); les bibliothèques-discothèques municipales (19); les bibliothèques centrales de prêt (I); les bibliothèques et discothèques d'entreprise (3); les maisons de la culture (7); un centre départemental pédagogique (I).

La Direction chargée des bibliothèques et de la lecture publique avait délégué un de ses représentants spécialisé dans le problème des discothèques. Enfin, le directeur et le sous-directeur des affaires culturelles de la ville de Paris avaient tenu à participer aux travaux. Cinq autres personnes inscrites, dont le directeur des maisons de la culture du Ministère des affaires culturelles, trois représentants de comités d'entreprise et un représentant d'une bibliothèque centrale de prêt qui s'étaient inscrits se sont décommandés pour des raisons impérieuses.

Accueillis au nom de la ville de Saint-Dié par M. Ronsin, secrétaire général du Centre culturel communal, représentant le maire, les discothécaires se sont mis au travail le samedi à 14 h. M. Richter, président de séance, présenta le résultat du dépouillement du questionnaire préalable aux rencontres qui avait été expédié aux établissements culturels possédant des discothèques. Des 45 documents retournés il ressort que la majorité de celles-ci sont situées au Nord de la Loire : 18 à Paris et en banlieue, 9 dans l'Est de la France. La moyenne des disques oscille entre 1 ooo et 4 000 par établissement. La plus ancienne discothèque est actuellement celle de la Bibliothèque centrale de prêt de Périgueux créée en 1953, mais la moitié des discothèques ne sont pas antérieures à 1964.

Les préoccupations dominantes exprimées par les questionnaires portent sur l'information discographique, l'équipement matériel des disques, leur classement et leur classification, le prêt et le contrôle des disques. La majorité a souhaité un effort dans ces différents domaines et a exprimé le voeu qu'un organisme central prenne en charge une partie importante des tâches matérielles et même intellectuelles incombant au discothécaire dans la mise à disposition du disque au public Ce sont ces réponses qui déterminèrent l'élaboration du programme de ces journées.

M. Olivier Douchain, bibliothécaire-adjoint à la Bibliothèque municipale de Saint-Dié, responsable de la discothèque, présenta un rapport sous forme de questionnaire sur les problèmes posés par la constitution et le renouvellement d'une collection de disques : choix, documentation, système de classement, fiches. Pour préciser ces différents points, le débat a d'abord porté sur la nature de la discothèque : est-elle réservée à l'étude, est-elle réservée à la distraction (discothèque populaire), est-ce la synthèse des deux (discothèque publique) ? L'assemblée estime indispensable l'existence d'un catalogue, mais sans qu'il soit besoin de rédiger plus de trois à cinq fiches par disque puisque, sauf une exception, tout le monde reconnaît la nécessité absolue de l'accès libre du public au disque. L'un des problèmes évoqués au cours de ce débat fut celui de la classification et du classement. Sur ce point, il faudra qu'une commission travaille pour proposer un système national.

Après la première séance, les participants se rendirent dans le local de la discothèque de Saint-Dié afin d'en faire une visite critique très détaillée, prélude à l'exposé sur l'organisation du prêt des disques : mobilier, protection des disques, règlement de la discothèque, vérification, etc. dont se chargea M. Jean-Marie Daudrix, directeur de la Discothèque de France.

Après avoir présenté la Discothèque de France et la Discothèque de Paris, laquelle est chargée de l'implantation des discothèques dans les bibliothèques publiques de la ville de Paris, M. Daudrix fit une présentation trés détaillée des techniques d'équipement dans quelques établissements. Les participants souhaitèrent que la Discothèque de France, qui a déjà équipé nombre de discothèques à Paris et en banlieue, puisse devenir fournisseur de matériels d'équipement pour toutes les discothèques qui s'adresseront à elle.

Le contenu même de la discothèque retint en fin de séance l'attention des discothécaires. La discothèque doit-elle proposer seulement de la musique enregistrée ou, le disque étant considéré comme moyen de culture complémentaire du livre, quelle part de « voix parlée » (théâtre, poésie, actualité politique, interviews de personnalités) doit être réservée dans les collections ? La séance fut levée après un dernier débat sur l'animation musicale : part de l'artiste ou de l'orchestre présenté au public et part de la seule audition de musique enregistrée.

A 21 heures, les congressistes se mêlaient, sous les voûtes de la cathédrale de Saint-Dié, aux auditeurs venus écouter l'orchestre radio-symphonique de Strasbourg et les choeurs de Stuttgart, qui interprétaient Les Saisons de J. Haydn. Une visite libre dans le cloître illuminé avec présentation sur les pelouses de quelques sculptures contemporaines de De Angeli, artiste local, achevait cette première journée.

A 10 heures, le dimanche 28, M. Albert Ronsin conservateur de la Bibliothèque municipale de Saint-Dié posait la question : Discothécaire, est-ce un métier? Avant de répondre affirmativement, il devait mettre en évidence ce qui, dans la gestion et l'organisation d'une discothèque est semblable aux travaux matériels à effectuer avec les livres (équipement, rangement, prêt), ces tâches pouvant être confiées à un employé de bibliothèque, et ce qui est particulier au disque (choix, classification, conseil aux amateurs) qui relève de la compétence d'un discothécaire. La discothèque, section de la bibliothèque, est comme telle, placée sous la responsabilité administrative et financière du directeur de l'établissement, elle participe donc à l'activité générale culturelle de la bibliothèque ou de la maison de la culture à laquelle elle appartient.

La discussion a rapidement montré que la part de connaissances particulières dans le domaine du son et de la musique, nécessaires pour qu'un discothécaire joue pleinement son rôle, exigeait une formation approfondie : le baccalauréat option musique préparé dans certains lycées et même dans des conservatoires régionaux de musique dont le programme devrait être adapté a paru souhaitable à certains pour accéder à la fonction de sous-discothécaire, recruté sur épreuves spéciales de musique au niveau du sous-bibliothécaire. Les discothécaires recevraient un enseignement plus complet constitué par des cours techniques et des stages de formation pratique (C.A.F.B., option discothèque).

En fin de matinée les participants décidaient de mettre sur pied une association professionnelle facilitant les contacts et la mise en commun des expériences.

A midi, le maire de Saint-Dié recevait les discothécaires dans le grand salon de l'hôtel de ville et montrait tout l'intérêt qu'il attache à la diffusion de la culture par le disque. Quelques danses folkloriques exécutées par le groupe déodatien réputé de « La Soyotte » donnait un petit aperçu d'une vieille tradition musicale vosgienne. A l'issue du repas, le même groupe régalait l'assistance d'un concert d'épinettes vosgiennes.

L'après-midi fut consacré à l'adoption du projet de création d'une association et à la nomination d'un comité provisoire. Trois commissions de travail se réunissaient ensuite : la première demandait que le disque soit prêté gratuitement au même titre que les livres, la seconde souhaitait qu'une commission technique définisse les normes et les instructions relatives au fonctionnement des discothèques de prêt par référence à celles en usage dans les bibliothèques publiques, la troisième travaillait sur les problèmes de la formation professionnelle et du recrutement des discothécaires et demandait que l'emploi soit reconnu dans la hiérarchie de la fonction publique. Les commissions continueront à travailler régulièrement.

A 18 heures le président M. Richter leva la séance. L'Association des discothécaires français était née et se promettait d'œuvrer au développement et à l'extension de la culture par le disque.