entête
entête

La Discothèque de la Bibliothèque municipale de Saint-Dié

Albert Ronsin

La Discothèque municipale a été mise au point après un an d'enquêtes et d'études. Le rapport établi par M. et Mme Douan de Bordeaux, à la suite de leur enquête en France pour le congrès 1967 de l'Association des bibliothécaires français à Bordeaux, l'exposé fait à ce même congrès par M. Dehennin, directeur de la bibliothèque publique d'Hasselt (Belgique), les visites à différentes discothèques de France (Neuilly-sur-Seine, Tours) et de Belgique (Tournai, Malines, Anvers) nous ont permis de définir l'organisation et le fonctionnement de notre discothèque. Au préalable il convient de préciser que nous avons voulu faire une discothèque publique où l'on puisse organiser à la fois le prêt et l'audition pour le grand public. Cette volonté a commandé l'aménagement matériel et le système de prêt 1.

1° Local : Le local étant situé à proximité de la salle de prêt, on y accède depuis cette salle. Les heures d'ouverture sont les mêmes que celles du service de prêt. Pour faciliter l'association livre-disque, les ouvrages sur la musique de la section lecture publique ont été placés à proximité de l'entrée de la discothèque.

2° Accès direct aux disques : Nous avons écarté, malgré l'exiguïté du local (30 m2), le prêt par planning et le prêt sur catalogue qui dressent une double barrière entre le public et le disque, barrière du fichier où l'objet musical n'est seulement qu'une notice de 4 lignes consignée sur une fiche de bristol ou dans une liste multigraphiée, barrière matérielle de la banque de prêt qui fait de l'amateur le client d'un guichet administratif. L'accès libre aux rayons pour les livres étant de nos jours la règle pour les sections de lecture publique, il convient d'adopter le même système pour la discothèque : les abonnés ont le même contact physique avec les disques de cette salle qu'avec les livres du local voisin; du point de vue psychologique cette unité de présentation est importante : bien que le disque soit un objet un peu plus coûteux que le livre (la différence tend d'ailleurs à disparaître) et un peu plus fragile, il est nécessaire, nous a-t-il semblé, de l'offrir avec la même libéralité. Puisque l'un et l'autre sont destinés à être emportés à domicile par le public, le risque de détérioration n'existe pas dans les locaux de la bibliothèque mais bien chez l'emprunteur et le contrôle n'aura lieu qu'a posteriori, quelle que soit la formule de prêt.

Entre le rangement des disques en piles horizontales, possible si le prêt est effectué à une banque par le personnel, et le rangement vertical qui ne laisse apparaître qu'une tranche mince où les indications sont peu lisibles quand elles existent, nous avons adopté un moyen terme : la présentation en bacs suspendus en tôle perforée (32 × 32 cm) ayant la forme d'un V, à fond plat; les disques y sont verticaux ou inclinés à 100/120° au maximum et se consultent de face comme des fiches dans un fichier : l'amateur voit ainsi toute la pochette, il peut la retirer du bac pour examiner à loisir recto et verso.

Les bacs sont suspendus de part et d'autre d'un châssis roulant de 1,60 m de haut, sur des barres fixées à 0,70 m et à 1,15 m du sol (nous avions prévu un 3e rang à 1,60 m de haut, mais il a fallu abandonner l'utilisation de ce niveau trop élevé : il est utilisé comme support des présentoirs de nouveautés). Chaque châssis supporte ainsi 16 bacs; sa capacité est de 300 disques. Deux modèles plus petits supportant 6 bacs ont une contenance de 130 disques environ.

L'inconvénient de ce système est la perte importante de place et nous n'aurions pu l'adopter si nous avions en vue un accroissement indéfini du nombre des disques ; mais notre discothèque doit plafonner à 2 500 disques et leur logement est assuré dans nos bacs.

3° Information, classement et catalogage des disques : les catalogues sur fiches : alphabétique d'auteurs, compositeurs, etc. et systématique par genre, sont à la disposition du public dans le local lui-même. En outre, chaque abonné reçoit avec sa pochette en plastique noir (35 X 35 cm) destinée au transport des disques, un catalogue multigraphié dans lequel l'ensemble du fonds est rangé par genre selon 10 fois 10 divisions qui ont été choisies pour le classement des disques, le cadre de classement figurant en tête du catalogue avec le règlement. Chaque trimestre, la liste des nouveautés sera publiée comme celle des livres dans le bulletin de liaison de la bibliothèque Activités Bibliothèque Contacts. Un sous-bibliothécaire, musicologue averti, est chargé du service. Il reçoit le public, le renseigne, effectue les opérations de prêt et de contrôle et prépare le programme des auditions.

4° Prêt et contrôle des disques : la technique du prêt est adaptée du système de Newark : la fiche de prêt est retirée de la pochette du disque au moment de la sortie et rangée à la date du retour après mention du numéro de l'emprunteur et de la date. Les cartes d'emprunteurs, conservées au service, portent la date et le numéro du disque emprunté. Enfin une feuille collée sur la pochette reçoit la date de retour et le numéro de l'emprunteur. Ce procédé permet de répondre à toutes les questions traditionnelles du prêt : telle personne possède tel disque, tel jour doit rentrer tel disque. Matériellement ces opérations sont longues, elles sont possibles actuellement car le nombre des abonnés est encore réduit; il faudra sans doute l'alléger dans quelque temps.

La carte d'abonné à la bibliothèque publique (5 F par an) donne le droit d'emprunter des disques au même titre que les livres. Les disques sont prêtés par 4 à la fois au maximum, pour 2 semaines, moyennant 1 F quel que soit le format. Il n'a pas été possible d'instaurer le prêt gratuit des disques à l'égal des livres, pour le moment, car notre budget doit supporter à la fois l'accroissement des collections durant 4 ans et le renouvellement des disques usés. Lorsque la discothèque possédera la quantité de disques jugée convenable, nous supprimerons le droit de 1 F par quinzaine. Intentionnellement le droit est uniforme : il facilite la comptabilité certes, mais il montre surtout que la participation demandée n'est pas un loyer proportionnel à la valeur de l'objet mais une contribution temporaire à la mise en place d'un fonds à l'usage du public. Nous avons expliqué que le nombre de disques était au départ insuffisant (600) mais que nous ne voulions pas attendre d'avoir la quantité minimum jugée indispensable avant d'offrir nos services. Dès la fin de 1968 le fonds sera de 1 100 disques.

Le contrôle des disques se fait au retour grâce à un ampliviseur. Le verso de la fiche du disque, conservée dans le fichier par date, comporte 2 cercles sur lesquels sont figurées les rayures apparues au contrôle. Une légère amende, proportionnelle à la gravité de la détérioration, sanctionne le manque de précautions de l'emprunteur.

5° Fonds de disques : Constitué au départ avec un fort pourcentage de musique classique (symphonique, lyrique, religieuse et musique de chambre), les achats de l'année vont tendre à donner la répartition suivante :
- musique classique : 50 % (dont 10 % de musique contemporaine)
- folklore : 10 %
- voix parlée : 20 % (y compris les méthodes pour l'acquisition des langues étrangères)
- jazz : 5 %
- variétés : 15 %.

La dominante classique n'est pas un témoignage de puritanisme, mais dans la production actuelle cette musique ne représente que 8 à 12 % du marché du disque; les amateurs acquièrent les variétés « sans lendemain » tandis que nous nous efforçons d'offrir des œuvres ayant une valeur culturelle. Ainsi dans les variétés il est nécessaire que texte, musique et voix soient de qualité pour être admis, ce qui conduit pour certains chanteurs en vogue à retenir tel disque et non l'œuvre complète.

Des partitions de poche seront, dans le courant de l'année, mises à la disposition des amateurs avertis, désireux de suivre l'écriture d'une œuvre empruntée, pendant son audition.

6° Auditions commentées : Plusieurs discothèques sont équipées de matériel pour les auditions collectives ou individuelles à la manière des magasins de disquaires. Telle était notre intention première. Mais l'expérience de nos collègues nous a été profitable : beaucoup nous ont montré l'audition individuelle libre comme une source d'allées et venues d'habitués monopolisant l'employé préposé à la discothèque et obligeant à une surveillance constante. De plus cette formule satisfait une minorité d'esthètes et paraît peu compatible avec le fonctionnement normal et la vocation culturelle d'une discothèque publique. C'est donc vers l'audition commentée que nous nous sommes orientés. Le petit nombre des auditeurs aux concerts classiques nous a montré que la plus grande partie de la population manquait de culture musicale. Si la discothèque voulait atteindre la plus grande clientèle, elle devait former les auditeurs. Nous avons fait le choix d'une chaîne haute fidélité qui a été installée dans le local même. Deux fois par semaine, le jeudi de 14 à 15 h et de 20 h 30 à 21 h 30, selon un programme arrêté pour le mois et diffusé par la presse et par le calendrier des manifestations culturelles publié par le Centre culturel communal, une œuvre est présentée aux auditeurs par une personne très avertie des problèmes musicaux (musicien, professeur de l'école de musique, etc.) : commentaire avant l'écoute, audition, échange de vues après l'audition.

Cette formule qui vise à éduquer musicalement le public jeune (l'après-midi) et le public adulte (le soir) a été accueillie avec intérêt par la municipalité et le Centre culturel communal. Ce dernier a financé entièrement l'équipement de la chaîne.

Lors des séances les châssis roulants porteurs des bacs à disques, habituellement disposés en épis dans la salle, sont poussés le long des parois et libèrent ainsi la place de 20 à 30 chaises.

L'ouverture récente de cette discothèque, inaugurée le 16 janvier 1968 en présence du sous-préfet de Saint-Dié, du maire, des conseillers municipaux, des membres du conseil d'administration du Centre culturel communal et du corps enseignant, ne permet pas de juger du résultat de ces initiatives, mais le succès obtenu dès le début (160 inscrits et 1 913 disques empruntés en 3 mois) semble montrer que la formule a rencontré le succès espéré.

Illustration
Annexes (1/3)

Illustration
Annexes (2/3)

Illustration
Annexes (3/3)

  1.  (retour)↑  C'est dans une perspective plus générale que Mlle J. Chassé avait traité de l'utilisation du disque au sein de nos établissements (in : B. Bibl. France, 1re année, n° 4, avril 1956, pp. 249-267.)