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Chronique des bibliothèques

Incendie de la Bibliothèque de l'Université d'Alger.

Ce fascicule du Bulletin était à l'impression lorsque nous avons appris l'incendie de la Bibliothèque de l'Université d'Alger par l'O.A.S. le jeudi 7 juin.

Il n'est pas encore possible d'évaluer exactement l'étendue du sinistre auquel nous nous proposons de consacrer un article dans un prochain numéro.

Ce que nous tenons à dire dès aujourd'hui, c'est qu'il ne peut y avoir un bibliothécaire, et particulièrement un bibliothécaire fraraçais, qui n'éprouve un sentiment d'indignation et de profonde tristesse devant cet acte aussi criminel que stupide.

Quel que soit le sort de l'Algérie de demain, il faudra une bibliothèque pour les étudiants et les professeurs de l'Université, musulmans et européens, qui ne peut être qu'une bibliothèque portant la marque de la culture française.

Ce qui a été détruit devra être reconstitué.

Bibliothèque nationale.

Exposition Gordon Craig.

Le mardi 15 mai, a été inaugurée à la Bibliothèque nationale, dans la galerie Mansart, l'exposition Gordon Craig 1, qui présente au public près de quatre cent cinquante documents et objets choisis dans la collection acquise en 1957 pour la Bibliothèque de l'Arsenal, et qui est d'une exceptionnelle variété : Edward Gordon Craig a été, avec Adolphe Appia, à l'origine du renouvellement artistique du théâtre au cours de ces soixante dernières années; en outre, c'est un graveur, un dessinateur de grand talent et un écrivain original. Ces divers aspects de sa personnalité se reflètent dans sa collection qui constitue l'un des plus beaux ensembles réunis par un artiste, non seulement en vue de sa propre documentation et de l'élaboration de son œuvre, mais encore pour satisfaire des préoccupations de collectionneur et de bibliophile. Les éléments qui composent cette collection sont multiples : plus de trois cents maquettes et d'innombrables dessins originaux de Gordon Craig concernant les mises en scène qu'il a entreprises et les recherches effectuées par ses soins; des mises en scène écrites ornées de dessins et croquis; des notes techniques concernant l'architecture et la mise en scène; des recueils de documentation qui révèlent d'une façon précise ses modèles et ses sources d'inspiration; de nombreux manuscrits autographes d'ouvrages et d'articles de Craig ainsi que des jeux d'épreuves corrigées de sa main; les éditions en différentes langues de ses publications; une correspondance extrêmement riche (plus de 8 000 lettres) échangées avec des personnalités telles que Adolphe Appia, W. B. Yeats, Constantin Stanislavski, Eleonora Duse; des dessins et blocs gravés témoignant de son œuvre d'illustrateur; une collection importante de marionnettes, javanaises et birmanes en particulier, et de masques africains, javanais et japonais; quelques costumes de théâtre : certains pour les mises en scène de Craig, d'autres portés par lui comme acteur; un certain nombre de « reliques » qui lui avaient été données par son maître, Henry Irving, enfin, une bibliothèque de plus de 10 000 volumes.

L'exposition est divisée en quatre parties :

La première, Before the theory, the practice (1872-1904) évoque la jeunesse de Craig dans son milieu familial, sa mère la grande actrice Ellen Terry, son père, l'architecte et metteur en scène Godwin, sa carrière d'acteur et ses premières mises en scène.

Au commencement de la deuxième partie, consacrée aux Années de lutte et de recherche (1905-1928), une section intitulée « Du passé à l'avenir du théâtre » montre l'intérêt essentiel que Craig portait à la documentation, et évoque les artistes et auteurs qui ont inspiré son œuvre, notamment les architectes et les scénographes italiens. Ensuite est illustré par de la correspondance, par des projets de décors restés sans suite, le parti-pris de Craig de méditer sur le théâtre, de « réviser toute la question » et de refuser tout compromis. Cette attitude de retrait est dans une certaine mesure compensée par la rencontre d'un certain nombre de personnalités exceptionnelles (Isadora Duncan, Eleonora Duse, W. B. Yeats, Constantin Stanislavski, Adolphe Appia, Jacques Copeau, Léon Schiller et Johannes Poulsen) avec qui Gordon Craig eut des relations personnelles et artistiques étroites et pour lesquelles il fit de grandes réalisations telles que Rosmersholm à Florence, Hainlet au Théâtre d'Art à Moscou, Les Prétendants à la Couronne au Théâtre royal de Copenhague. Ces mises en scène de Gordon Craig sont illustrées par de nombreux documents graphiques (maquettes, croquis, mises en scène écrites, etc...) et même, pour Hamlet, par une maquette construite présentée avec son éclairage. C'est pendant cette période, que se situe l'essentiel de l'œuvre de « Craig réformateur du théâtre », dont les moyens d'action furent outre l'école de l'Arena Goldoni à Florence, la publication de périodiques (The Page, The Marionette, The Mask) et d'ouvrages sur le théâtre, des expositions et des conférences. Les principes de cette réforme sont dégagés par la projection continue d'une cinquantaine de diapositives.

La troisième partie de l'exposition intitulée Présence de Craig dans le Monde, trace, par une brève rétrospective photographique, un panorama de l'influence exercée par Craig sur les metteurs en scène, les décorateurs du monde entier, en mettant l'accent sur quelques tentatives dites d'avant-garde qui se placent sous son égide.

Une quatrième partie traite, en annexe, de l'œuvre de Craig graveur et illustrateur, représentée par un certain nombre de bois, d'eaux-fortes, et par une très belle édition de Hamlet parue en 1930 à Weimar.

Exposition Léon Blum.

Une exposition en hommage à la mémoire de Léon Blum a été organisée à la Bibliothèque nationale 2 en accord avec le Ministère de l'Éducation nationale. Elle a été inaugurée le 24 mai par le ministre, M. Sudreau.

Cette exposition retrace la carrière de l'écrivain aussi bien que celle de l'homme d'État. On sait, en effet, que Léon Blum s'orienta d'abord vers la littérature et qu'il tint une place importante dans le groupe dit de La Revue Blanche. Tour à tour critique littéraire, critique dramatique, essayiste, sa carrière politique ne commença véritablement qu'après la guerre de 1914. Cette deuxième partie de sa vie, qui s'étendit sur une période d'environ trente années et qui compte plusieurs grandes étapes, est évoquée dans le cadre forcément limité d'une exposition par des documents qui montrent tour à tour le chef du parti socialiste, le chef du gouvernement, le prisonnier politique, le résistant.

Pour la réalisation de cette exposition, la Bibliothèque nationale s'est assuré le concours de la famille et des amis de Léon Blum, qui ont prêté, avec la plus grande générosité, une quantité considérable de manuscrits et d'autographes, des photographies, des livres et des souvenirs divers. La Société des Amis de Léon Blum a contribué, de la manière la plus efficace, à la réalisation de cette exposition.

Exposition Man Ray.

A la Bibliothèque nationale, une exposition (mai-juin) 3 rend hommage à Man Ray, le photographe des mouvements « Dada » et surréaliste.

Man Ray, Américain, est venu se fixer à Paris en 192I; très influencé avant son arrivée par Marcel Duchamp, il a fait partie aussitôt du cercle de Tzara et de celui de Breton.

Il laisse non seulement des portraits très vivants de ses amis, mais il atteste le rôle éminent de la photographie dans les mouvements où le ready made et l'écriture automatique sont de règle. Enfin, étant parti d'expériences picturales, il apporte à la photographie des nouveautés techniques aujourd'hui admises, il continue à travailler et à chercher.

Cette exposition prend place dans l'ensemble qui prépare, à la Bibliothèque nationale, et avec des collections chaque jour enrichies, le musée de la photographie.

Départements des entrées.

Achats. - Le total des accroissements par achat pour 196I est de 4485 entrées; ce chiffre comprend les enrichissements du fonds étranger moderne en livres et en périodiques et les acquisitions de livres rares français. Une place notable est désormais réservée aux reproductions faites selon les techniques modernes, microfilm, microfiches opaques, xérographie, grâce auxquelles des collections peuvent être complétées, des volumes hors d'usage et introuvables en librairie, remplacés, ou encore des documents de diffusion restreinte reproduits. Parmi les plus importantes acquisitions de cet ordre, on citera : un dossier de repro- ductions photographiques représentant plus de 150 numéros de journaux clandestins, le microfilm des comptes rendus des Congrès nationaux du M.R.P. de 1944 à 1960, l'édition sur microfiches opaques des Collected writings d'Einstein, le remplacement par des reproductions xérographiques des volumes les plus fatigués de la Bio-bibliographie bretonne de Kerviler.

a) Acquisitions étrangères courantes.

Axées sur les sciences humaines et la littérature, les acquisitions étrangères comprennent 4 155 titres, dont un millier d'abonnements à des périodiques. En indiquant que les entrées les plus nombreuses proviennent d'Allemagne (577 titres), de Grande-Bretagne (545) et d'Italie (476), il convient de souligner que les chiffres d'acquisition ne peuvent donner un tableau exact des accroissements étrangers de la Bibliothèque nationale puisqu'une quantité équivalente d'ouvrages lui parvient par don ou échange; la production d'un certain nombre de nations étrangères ne parvient même que par ce dernier moyen.

Parmi les acquisitions d'un intérêt large et d'importance marquante, on peut citer :
pour l'histoire du livre : Tammaro de Marinis : La Legatura artistica in Italia nei secoli XV e XVI (Firenze, 1960), vol. I, qui sera suivi de 5 autres tomes;
pour les sciences religieuses : Alphonse-Marie de Liguori : Opere ascetiche
(Roma, 1960), premier volume d'une nouvelle édition critique de l'oeuvre complète ;
pour la philosophie : Aristote : Opera ex recensione I. Bekkeri... editio altera quam curavit Olof Gigon (Berlin, 1960), édition qui se composera de six volumes, où les textes, inchangés par rapport à l'édition Bekker, sont classés suivant un ordre différent, pourvue d'un index et de mises à jour bibliographiques; Les Grands courants de la pensée contemporaine (Milano, 1959-1960, 3 vol.), vaste synthèse à laquelle ont collaboré des spécialistes de tous pays; G. Macchia : Il Paradiso della ragione (Bari, 1960), étude consacrée à la formation de l'esprit français, de Malherbe à nos jours; J. S. Spink : French free thought from Gassendi to Voltaire (London, 1960), contribution particulièrement importante à l'histoire des idées en France pendant un siècle;
pour les sciences et les techniques : Arthur Hughes : A History of cytology (New York, 1959), première histoire complète de cette science; The Space encyclopaedia (New York, 1960), seconde édition d'une encyclopédie de haute tenue scientifique, enrichie de nouveaux chapitres sur les satellites artificiels et les missiles;
pour l'histoire : Michael Curtis : Three against the third Republic. Sorel, Barrès and Maurras (Princeton, 1959), étude importante munie d'une précieuse bibliographie ; L'Europe du XIXe et du XXe siècles. Problèmes et interprétations historiques (Milano, 1959 et sq.), œuvre de synthèse dirigée par un comité international qui cherche à affranchir l'histoire contemporaine des interprétations nationalistes;
pour l'archéologie : Cheng Têkun : Archeology in China, vol. I, II (Cambridge, 1960-196I), ouvrage qui sera complet en 4 volumes; Émile Mâle: The Early churches of Rome (London, 1960), version anglaise de Rome et ses vieilles églises, dont le traducteur, David Buxton, a réuni une intéressante documentation iconographique; Mortimer Wheeler and Kalherne M. Richardson, Hill-forts of Northern France (Oxford, 1957);
pour la littérature : Beryl Smalley : English friars and antiquity in the early fourteenth century (Oxford, 1960) sur un aspect peu connu des débuts de l'humanisme en Angleterre; Pasquale Sposato : Le Lettere provinciali di Biagio Pascale la loro diffusione a Napoli... durante la seconda metà del secolo XVIII (Tivoli, 1960), ouvrage basé sur des documents inédits; Studies in modern French literature presented to P. Mansell Jones by pupils, colleagues and friends (Manchester, 196I), recueil d'articles embrassant la période qui va du milieu du XVIIe siècle à nos jours.

b) Livres précieux.

Parmi les pièces rares qui ont enrichi les fonds de la Réserve, il convient de rappeler celles qui ont été acquises à la vente de la bibliothèque M. Goudeket, décrites dans le numéro de mai 1961 du présent Bulletin; ce sont : l'exemplaire de Bossuet, à ses armes, avec des notes de sa main, des Principes de la Philosophie, de Descartes (Paris, 1668); les épreuves de la Réponse à sir Walter Scott sur son Histoire de Napoléon par Louis Bonaparte, annotées par l'auteur; l'édition originale de La Tentation de saint Antoine de Flaubert, exemplaire auquel ont été jointes des lettres de l'auteur à P. Chéron; enfin l'édition originale d'Averroès et l'averroïsme de Renan avec trois lettres autographes de l'auteur.

Deux précieux volumes qui devaient quitter la France ont pu être retenus et acquis par la Bibliothèque nationale, grâce à la bonne volonté du vendeur français et de l'acquéreur étranger; l'un est un exemplaire du Decameron de Boccace édité par Roffet en 1545, relié par l'éditeur, provenant de la bibliothèque de Fugger dont il porte l'ex-libris manuscrit; l'autre, édition par P. Le Caron des Faiz d'Alain Chartier, porte l'ex-libris manuscrit du poète Amadis Jamyn. Ces deux provenances exceptionnelles ne figuraient pas encore dans les collections de la Réserve.

On notera également, parmi les livres anciens, le Débat du corps et de l'âme (Lyon, vers 1490) dont on ne connaît qu'un autre exemplaire, conservé à la Bibliothèque Pierpont Morgan, à New York; une reliure à dentelle portant la signature d'un atelier lyonnais du XVIIIe siècle, celui d'Artaud, sur une édition des Œuvres de Marot (La Haye, Moetjens, 1700).

La bibliophilie contemporaine est représentée par l'édition de La Fable du monde de Supervielle illustrée par Lurçat (Lausanne, 1960).

Deux ensembles de documents d'éditeur, enfin, témoignent du travail accompli en collaboration par l'auteur, l'éditeur et, éventuellement, l'artiste en vue de la réalisation d'un beau livre; l'un de ces dossiers, relatif à l'édition par M. Darantière de Charmes de P. Valéry avec commentaires d'Alain, comprend, avec les épreuves corrigées, l'abondante correspondance dictée par Alain pour régler les détails de présentation; l'autre dossier contient un texte resté inédit de Gertrude Stein sur Epsom, Chantilly et Deauville vus par Dufy ainsi que la correspondance et les projets de mise en page concernant cette édition qui n'a pas vu le jour.

Département des manuscrits.

Acquisitions des manuscrits de Marcel Proust. - A plusieurs reprises, la presse a signalé que les manuscrits de Marcel Proust allaient prochainement entrer dans les collections de la Bibliothèque nationale. Le fait peut aujourd'hui être confirmé : cet ensemble d'exceptionnelle importance, conservé pendant de longues années par Mme Gérard Mante-Proust, nièce et unique héritière du grand écrivain, vient d'être l'objet d'une acquisition. Il est entré au Département des manuscrits le II mai 1962.

Parmi les pièces les plus importantes de la collection, on retiendra :
I. Plus de soixante cahiers manuscrits concernant des brouillons et des ébauches;
2. Le manuscrit complet de Jean Santeuil;
3. Les vingt cahiers du manuscrit définitif de A la Recherche du temps perdu, depuis Sodome et Gomorrhe jusqu'au Temps retrouvé;
4. Un recueil de plus de deux cents pages, ébauche manuscrite du volume Du côté de chez Swann;
5. Du côté de chez Swann, première dactylographie complète avec nombreuses corrections autographes;
6. Du côté de chez Swann, deuxième dactylographie définitive avec corrections autographes;
7. Du côté de chez Swann, épreuve corrigée de l'édition Grasset;
8. A l'ombre des jeunes filles en fleur, épreuves avec corrections autographes;
9. Le Côté de Guermantes, épreuves manuscrites, dactylographie avec corrections autographes corrigées;
10. Sodome et Gomorrhe, dactylographie et épreuves;
II. La Prisonnière, dactylographie et épreuves;
12. Albertine disparue, dactylographie et épreuves;
13. Le Temps retrouvé, épreuves corrigées par Robert Proust;
14. Un lot de devoirs scolaires de Marcel Proust;
15. Les Plaisirs et les jours, manuscrit, dactylographié et placards d'épreuves;
16. Pastiches et Mélanges, manuscrits et placards d'épreuves;
17. Traductions de Ruskin, manuscrits et placards d'épreuves;
18. Contre Sainte-Beuve, brouillon manuscrit;
19. Divers articles manuscrits (sur Baudelaire, Montesquiou, etc.).

A cet ensemble, succinctement résumé, Mme Mante-Proust a tenu à ajouter, à titre de don, deux émouvantes reliques :
I° Les précieux lavis représentant Marcel Proust sur son lit de mort, exécutés par Dunoyer de Segonzac en novembre 1922;
2° Les lettres intimes adressées par Marcel Proust à Robert Dreyfus.

Département des médailles.

Le Cabinet des médailles vient d'acquérir douze pièces d'or du XVIe siècle qui présentent un grand intérêt. Elles proviennent d'un trésor de monnaies d'or récemment découvert dans des bâtiments en cours de démolition à Poitiers; 500 pièces environ étaient enfermées dans un sac en peau de chamois et avaient été déposées là en 158I probablement. Elles étaient d'origines très variées; plus d'un tiers d'entre elles étaient étrangères, surtout espagnoles et portugaises; les monnaies françaises se répartissaient sur cent cinquante ans, les plus anciennes datant de Charles VII, les plus récentes d'Henri III. Le grand étalement dans le temps des monnaies est un phénomène courant qui apparaît dans presque tous les trésors français de cette époque. La proportion relativement forte de pièces espagnoles et surtout portugaises est plus surprenante. La circulation des monnaies étrangères en France n'était pas aussi importante que pourrait le faire croire la composition de ce trésor. D'autre part, ces monnaies ne sont pas en assez grand nombre pour qu'on puisse, à coup sûr, assigner une origine étrangère à cette thésaurisation dont la genèse n'apparaît pas clairement. Cet ensemble renfermait un certain nombre de raretés dont quelques-unes font maintenant partie de nos collections.

La plus importante est un écu au soleil de François Ier frappé à Marseille en 1540. Il n'était connu que par les textes et cet unique exemplaire (sur les 400 émis) est d'une conservation superbe. Il faut noter, parmi les pièces de François Ier, le deuxième exemplaire connu d'un écu, dit à la petite croix, émis à Bordeaux entre octobre 1540 et mars 154I, une très rare pièce du Dauphiné : un écu à la croisette frappé à Romans. Outre diverses pièces de François Ier, Charles IX et Henri III qui manquaient à ses séries, le Cabinet des médailles a retenu deux monnaies fausses du temps : la première est l'imitation d'un écu au soleil de François Ier, la seconde d'un « Henri », pièce à l'effigie d'Henri II. Cette dernière pièce est fort curieuse car elle a été faite non pas d'après une monnaie réelle mais d'après des placards de changeurs. C'est le deuxième Henri d'or connu qui présente cette particularité ce qui laisserait à penser que ces pièces ont une origine étrangère. Toutes ces monnaies sont très bien conservées; presque toutes sont à fleur de coin.

Trois pièces portugaises, témoins de l'annexion du Portugal par Philippe II, ont également été choisies en raison de leur très grande rareté qui compense leur frappe défectueuse.

Bibliothèques universitaires.

Dijon (Côte-d'Or).

Au cours d'un voyage en Bourgogne, une vingtaine d'élèves de l'École de bibliothécaires rattachés à l'École d'études sociales de Genève, dirigés par leur directrice, Mlle M.-L. Cornaz, ont visité le II mai la nouvelle bibliothèque universitaire de Dijon en cours d'achèvement et la bibliohèque municipale.

Bibliothèques municipales.

Bordeaux (Gironde).

Dans le cadre du XVIIIe mai musical de Bordeaux, une exposition Claude Debussy 4 a été présentée au foyer du Grand Théâtre de cette ville du II au 26 mai 1962, pour commémorer le centenaire de la naissance du musicien. Préparée par M. François Lesure, bibliothécaire au Département de la musique de la Bibliothèque nationale, et organisée sur place par M. Louis Desgraves, conservateur de la bibliothèque municipale, elle rassemblait environ cent cinquante documents qui seront transférés dès la fin du mois de juin à la Bibliothèque nationale où une exposition Debussy sera ouverte pendant tout l'été.

L'inauguration, qui coïncidait avec la célébration du deuxième centenaire de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux, a été faite par M. Jacques Chaban-Delmas, président de l'Assemblée nationale, maire de Bordeaux, en présence du président en exercice de l'Académie, le cardinal Richaud, archevêque de Bordeaux, et de M. Julien Cain, directeur général des Bibliothèques de France, représentant l'Académie des beaux-arts. M. Pasteur Vallery-Radot, président du Comité national pour le centenaire de la naissance de Claude Debussy, consacra à celui-ci son discours de réception à l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux.

Colmar (Haut-Rhin).

Fédélation des Sociétés savantes d'Alsace. - Cette année, pour fêter dignement le dixième anniversaire de sa création, la Fédération s'est réunie à Colmar dans la grande salle de lecture de la Bibliothèque de la ville.

A cette occasion, la Bibliothèque a tenu à présenter une exposition digne de ses visiteurs. Et le sujet, l' « Héraldique alsacienne », proposé quelque temps auparavant par le conservateur, avait recueilli une approbation unanime et enthousiaste. La Bibliothèque de la ville de Colmar ne s'est pas contentée de puiser dans son fonds ancien. Elle fit aussi, pour la circonstance, appel aux dépôts d'archives et aux bibliothèques de l'Alsace et également à quelques particuliers. C'est une exposition d'une singulière richesse qui est ainsi réalisée, et, après les historiens et les érudits réunis le 13 mai dernier, les Colmariens peuvent à leur tour, pendant quelques semaines, venir admirer maints documents rares et précieux, et se replonger dans le cours des siècles, grâce à des textes vénérables - les plus anciens sont datés de 1257, 128I et 1333.

Actes officiels sur parchemins, tel le traité attestant le rétablissement de la paix entre l'évêque et la ville de Strasbourg et les seigneurs de Lichtenberg, d'une part, et les villes de la Décapole, d'autre part (1360); un traité d'alliance « contre les Anglais » (1362), le « Schwoerbrief » (Serment) des bourgeois de Strasbourg (1393), avec plus de cinquante sceaux, et une lettrine magnifique, décorée des armes et du porte-drapeau de la ville; le brevet d'armoiries, octroyé en faveur de la ville de Thann, par Sigismund, archiduc d'Autriche (1469); la lettre d'anoblissement de Beatus Rhenanus, par Charles-Quint (1523), avec lettres d'or et armoiries enluminées. A côté de ces chartes figurent des arbres généalogiques extrêmement riches : celui des chanoinesses de Masevaux, celui de Charles de Lorraine, celui de la famille des Rathsamhausen, celui des familles de Reinach...; le livre des fiefs de l'abbaye de Murbach, magnifique manuscrit écrit sur parchemin, du XIVe s. : les fiefs y sont dénombrés dans l'ordre des vassaux, dont les armoiries illustrent les marges, les premières étant celles des Habsbourg; et des armoriaux hauts en couleur : celui des comtes de Ribeaupierre (XVIe s.), celui des Stettmeister et Ammeister de Strasbourg, peint par Sebald Bühler en 1589, le registre des administrateurs de la Chartreuse de Strasbourg (1629), le livre d'or de la Corporation des tailleurs de Strasbourg (XVIIe s.). Quelques imprimés ont été joints, dont deux précieux incunables, avec gravures sur bois, représentant des scènes de chevalerie : le Heldenbuch, de Wolfram von Eschenbach, imprimé à Augsbourg en 1477, et l'un des deux seuls exemplaires connus du Livre du vaillant et preux chevalier Artus, fils du duc de Bretagne, imprimé à Lyon, par Jean de La Fontaine, en 1493. Moins anciens, mais importants à un autre titre, les premiers traités de l'art du blason, de Sibmacher (édition princeps en 1605). Plus près de nous, les ordonnances royales relatives aux armoiries, de particuliers ou de villes, enregistrées à l'Armorial général de France, pour la série « Alsace », en 1698-1699 (brevets délivrés par d'Hozier), et, plus tard, les lettres patentes de Louis XVIII ou de Charles X, confirmant ou rectifiant ces armoiries.

Quelques reliures avec armes ajoutent, çà et là, une note particulière, de même qu'une pièce extrêmement rare, un insigne de prévôt de Westhalten (Haut-Rhin), Tobie Schilling, Schultheiss en 1768.

Congrès national des libraires. Colmar, mai 1962. - Le Congrès national des libraires s'est tenu cette année à Colmar, du 18 au 20 mai. Parmi leurs travaux et séances, les libraires de France (ils vinrent au nombre de 180) avaient inscrit la visite de la Bibliothèque de la ville dont ils admirèrent le cloître du xve siècle de l'ancien couvent des Dominicains, les installations très modernes des différents services et l'exposition sur l'héraldique alsacienne.

Ils firent part du grave problème que pose, à eux, tout comme aux bibliothécaires, l'âge critique de l'adolescence, souci auquel le Conseil Colmarien de la Jeunesse essaie depuis quelques années de faire face. Au nombre des réalisations effectives de ce Comité figurent depuis cinq ans une enquête sur le cinéma et une sur la lecture chez les jeunes, la rédaction d'un catalogue sélectif de romans, que suivra bientôt un catalogue de documentaires, et la création d'un « Théâtre des jeunes », qui, d'une année à l'autre, prend de l'ampleur.

Les libraires partirent en exprimant leur satisfaction d'avoir vu de près une bibliothèque riche à la fois par son fonds ancien et son fonds moderne, ouverte à l'étude et à la lecture publique, et d'avoir mieux compris le rôle et la mission des bibliothécaires.

Dijon (Côte-d'Or).

A l'occasion du bicentenaire du Contrat social, des « Journées internationales d'études Jean-Jacques Rousseau » ont eu lieu à la Faculté de droit de Dijon les 3, 4 et 5 mai. Dans le cadre de cette manifestation la Bibliothèque municipale a organisé, avec le concours de l'Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, de la Bibliothèque du Conservatoire et de la Bibliothèque universitaire de cette ville, ainsi que de plusieurs collectionneurs dijonnais, une exposition qui est restée ouverte jusqu'au 26 mai.

Des volumes et documents présentés les uns rappelaient comment, en mettant au concours en 1750 la question « Si le rétablissement des sciences et des arts a contribué à épurer les mœurs », l'Académie de Dijon a rendu Rousseau célèbre et s'est fait connaître elle-même; d'autres montraient le retentissement, prouvé par de nombreuses éditions, des deux ouvrages parus il y a deux cents ans, le Contrat social et l'Émile ; d'autres enfin la variété du talent de Rousseau et notamment son œuvre comme musicien et théoricien de la musique. L'exposition était complétée par des œuvres illustrées, quelques représentations de l'auteur, et une vue de Genève à l'époque.

Elle a été présentée aux participants à ces journées d'étude le 4 mai, en présence des autorités locales. S'apercevant au cours de la visite qu'une édition de 1762 du Contrat social avait été empruntée à un collectionneur, M. Van der Ven, doyen de la Faculté de droit d'Utrecht, a aussitôt fait don à la Bibliothèque de son propre exemplaire.

Mulhouse (Haut-Rhin).

Dans le cadre des « Journées indiennes » de Mulhouse, la Bibliothèque municipale a présenté une exposition de documents sur Rabindranath Tagore et offert à la libre consultation du public un choix d'ouvrages sur les arts de l'Inde. Les documents et les livres exposés ont été prêtés par l'ambassade de l'Inde à Paris.

Valenciennes (Nord).

En présence de M. Cavous, député-maire de Valenciennes et de M. Vochel, sous-préfet, M. Julien Cain, membre de l'Institut, directeur général des bibliothèques de France, a inauguré dans la salle restaurée de la Bibliothèque municipale, le 28 avril 1962, l'exposition « Florilège » organisée par M. Paul Lefrancq, conservateur, à l'occasion des Floralies, exposition groupant des ouvrages rares consacrés aux plantes et aux fleurs.

Bibliothèques centrales de prêt.

Loir-et-Cher.

Mlle A. Thaveau, Directrice de la Bibliothèque centrale de prêt de Loir-et-Cher, a fait paraître un catalogue de 22 pages « Moyen âge », en complément des articles parus dans l' « Almanach des amis du Bibliobus » sur le même sujet.

Bibliothèques municipales de Paris.

Le Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris publie dans son numéro du 25-26 mars 1962, les statistiques des bibliothèques municipales de Paris pour l'année 196I. Le nombre de livres prêtés passe de 3 002 448 en 1960 à 3 071 18I en 196I. La hausse des prêts a en particulier été sensible aux bibliothèques du Ier arrondissement et du 16e. Une bibliothèque a été fermée rue Tiquetonne (2e). Une bibliothèque a été transférée du I, rue Camou (Paris 7e) au 35, avenue de la Bourdonnais. La bibliothèque d'art et d'industrie Forney s'est partiellement transférée à l'hôtel de Sens qui lui sera attribué entièrement dès que possible.

Phonothèque nationale.

Une exposition consacrée à la documentation phonographique a été inaugurée le 9 mai par Darius Milhaud. A cette occasion a été inauguré le livre d'or sonore de la phonothèque nationale, première réalisation de ce genre dans le monde, qui est composé déjà des réflexions de Jean Wiener, Darius Milhaud, Francis Poulenc, Georges Auric, Henri Busser, Henri Sauguet.

  1.  (retour)↑  Bibliothèque nationale. Paris. - Gordon Craig et le renouvellement du théâtre. [Préf. de Julien Cain.] - [Paris, les Presses artistiques,] 1962.-20,5 cm, 102 p., 4 pl., fac-similé, couv. ill.
  2.  (retour)↑  Bibliothèque nationale. Paris. - Léon Blum. [Préf. de Julien Cain.] - [Paris, impr. Tournon et Cie,] 1963. - 20,5 cm, X-42 p., fac-similé et portr. sur la couv.
  3.  (retour)↑  Bibliothèque nationale. Paris. - Man Ray. L'œuvre photographique. [Catalogue par Jean Adhémar et Évelyne Pasquet, préf. de Julien Cain, introd. de Jean Adhémar.] - Paris, Bibliothèque nationale, 1962. - 26,5 cm, II-16 f., multigr.
  4.  (retour)↑  Bordeaux. - Claude Debussy (1862-1918). [Préf. de Julien Cain.] - Bordeaux, impr. E. Taffard, 1962. - 20,5 cm, 50 p., 4 pl.