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Évolution technique de la Bibliographie de la France de 1938-1939 à 1961

Marie-Thérèse Dougnac

A la veille de la guerre, la Bibliographie de la France a parcouru cent vingt-huit années de son existence au cours desquelles, nous l'avons vu, maints changements sont intervenus, sans toutefois que soit rompue l'unité de sa conception, ni profondément modifié son dessein original.

Voyons donc quels sont, dans les dernières années qui ont précédé la guerre, et au début de celle-ci, l'aspect et la structure du Journal avant, puisque tel est notre propos, d'en étudier l'évolution.

Essentiellement, la Bibliographie de la France qui paraît tous les vendredis comporte trois parties se retrouvant dans chaque fascicule hebdomadaire : Partie officielle rédigée par la Bibliothèque nationale, Chronique et Annonces sous la responsabilité du Cercle de la librairie. Nous allons suivre étape par étape les variations techniques qu'ont subies ces trois parties.

I. Partie officielle

1. Circa 1940.

Notons tout d'abord la présentation des notices en pleines lignes, qui, à partir du 21 mai 1937 a remplacé la justification traditionnelle sur deux colonnes : cette nouvelle disposition correspondant au format de la fiche internationale, adopté en 1936, permettra désormais l'intercalation dans tous les fichiers et éventuellement la diffusion des notices imprimées directement à partir de la composition du Journal.

Décrivons maintenant la structure de cette même partie officielle : les ouvrages reçus par le dépôt légal constituent la série « Livres » des fascicules hebdomadaires, la plus abondante. A intervalles irréguliers, ce sont les ouvrages reçus en « Dons » (depuis 192I), les « Œuvres musicales », les « Traductions », les « Nouveaux périodiques » et les « Cartes et plans » qui composent certains numéros. Les « Thèses » sont signalées (depuis 1930) dans un supplément à l'un des numéros de la série « Livres » : les notices des thèses sont imprimées - et le seront encore longtemps - sur deux colonnes.

Ajoutons, pour compléter la description matérielle des numéros hebdomadaires, que, depuis 1937, les publications administratives y sont signalées par des astérisques, et, pour en préciser le contenu, que certaines publications, telles que romans à bon marché, missels, catéchismes, catalogues de vente, documents publicitaires en sont éliminés.

Notons enfin qu'en 194I interviendra une heureuse innovation : chaque numéro hebdomadaire sera accompagné d'un index alphabétique, auteurs et anonymes renvoyant au numéro de la bibliographie.

Depuis janvier 1938, au classement uniquement alphabétique, des notices a été substitué un classement systématique. Dans les séries « Livres » et « Dons », les notices sont distribuées entre dix divisions :
I. Ouvrages généraux.
II. Sciences religieuses.
III. Philosophie.
IV. Sciences pures.
V. Sciences médicales.
VI. Techniques. Jeux et sports.
VII. Sciences sociales.
VIII. Histoire et géographie.
IX. Archéologie. Beaux-arts.
X. Linguistique. Littérature.

Cadre très large (c'est celui du Bulletin des nouvelles acquisitions étrangères depuis 1909), facilitant toutefois la consultation de la Bibliographie.

Les autres séries : « Œuvres musicales », « Cartes et plans » comportent des cadres particuliers adaptés à la nature des documents catalogués. Les notices des « Traductions » sont réparties, en vue de l'établissement de l'Index translationum dont elles fournissent la matière, entre six divisions.

Le classement systématique des livres, inauguré en 1938, a été développé en 194I, c'est-à-dire qu'à l'intérieur de chacune des dix séries, les notices sont réparties en autant de listes alphabétiques qu'on a ouvert de sous-séries. Prenons pour exemple le cadre n° III, Philosophie. Les ouvrages y sont signalés sous quatre rubriques : Doctrine et histoire; Morale et psychologie; Pédagogie et enseignement; Sciences psychiques et occultisme, soit en quatre séries alphabétiques.

L'effort de systématisation que dénote cette tentative de classement avait été réalisé dès 1936 dans la rédaction des « Tables annuelles ».

Celles-ci, corollaires indispensables de la Bibliographie hebdomadaire, ont un historique très complexe : dès son origine, nous l'avons vu, la partie officielle de la Bibliographie de la France a été accompagnée de « Tables annuelles ».

La première, « Table alphabétique des auteurs et des ouvrages anonymes », n'a jamais cessé de paraître, et paraît toujours à l'époque qui nous occupe ici. En 1938, nous la trouvons subdivisée en plusieurs sections : Livres (Dépôt légal et dons), nouveaux périodiques, thèses, auxquelles s'ajoute, depuis 1936, une table des illustrateurs, particulièrement importante pour le Cabinet des Estampes. Cette table est précédée, traditionnellement, d'une liste alphabétique des éditeurs, imprimeurs et libraires.

La seconde table, « alphabétique des titres », a disparu définitivement depuis 1857.

Quant à la troisième, elle a subi depuis l'origine de nombreuses modifications qui dénotent un tâtonnement incessant chez ses rédacteurs successifs, une oscillation entre les classements systématique et analytique.

« Table systématique » dès l'origine, nous rappellerons pour mémoire qu'elle fut supprimée à diverses reprises, ensuite rétablie pour de plus ou moins longues périodes.

Rétablie notamment en 1936, après avoir été abandonnée dix années, elle reparaît rédigée selon une nouvelle formule. Elle comporte dix grandes divisions, ces mêmes divisions qui seront reprises deux ans plus tard dans la rédaction des fascicules hebdomadaires de la Bibliographie et que nous avons énumérées ci-dessus. A l'intérieur de ces divisions, les notices sont réparties dans l'ordre alphabétique des vedettes-matières.

La première partie de la division X (langues, philologie, histoire et critique littéraires) est, comme les neuf premières divisions, répertoriée suivant l'ordre alphabétique des vedettes-matières. La seconde partie (œuvres littéraires) est classée dans l'ordre alphabétique des titres dans chacune des sous-sections suivantes : romans, poésie, théâtre, essais et mélanges.

Trois ans plus tard, le classement systématique ne subsistait plus que dans la Bibliographie hebdomadaire, et aux tables systématiques analytiques des années 1936-1938 étaient substituées des tables de matières où les vedettes étaient classées dans un ordre strictement alphabétique. Cette formule prévaudra jusqu'en 1942.

2. 1943-1944.

A partir du Ier janvier 1943, avec la cent trente-deuxième année de son existence, la Bibliographie de la France devait connaître une véritable révolution.

Fondue avec le Bulletin des acquisitions étrangères, la nouvelle publication, qui s'intitule : Bibliographie de la France. Journal général et officiel de la Librairie française et de la Bibliothèque nationale, 3e série, englobe à la fois le dépôt légal, les dons, les acquisitions et les échanges. Elle cesse d'être, comme elle l'était traditionnellement, le reflet de la production française et devient un catalogue général des entrées de la Bibliothèque nationale dont les notices sont fournies par tous les départements : Imprimés, Estampes, Géographie, Médailles, Musique, Manuscrits, Bibliothèque d'histoire contemporaine et Centre de documentation, et éventuellement, Bibliothèques de l'Arsenal et Mazarine.

Transformée dans son esprit, la Bibliographie de la France (qui ne justifie plus ce titre) ne l'est pas moins dans sa structure.

Elle comporte trois parties :
- les Feuilles quotidiennes,
- les Fascicules hebdomadaires,
- les Tables mensuelles.

Nous ferons remarquer que les « Tables annuelles », annoncées dans la note liminaire du n° 1-2 de janvier 1943, n'ont jamais paru.

Les « Feuilles quotidiennes » se présentent sous forme de placards in-folio, reproduisant chacune 10 fiches de format international susceptibles d'être découpées. Ces feuilles sont, chaque jour, au nombre de 4 (40 notices) ou d'un multiple de 4. Elles comportent 6 sections :

Livres : A. Dépôt légal, B. Dons, C. Acquisitions et échanges; Musique; Estampes; Manuscrits; Médailles; Cartes et plans. Classement alphabétique à l'intérieur des sections.

Les « Fascicules hebdomadaires », de format in-4°, qui comprennent 12 ou un multiple de 12 pages dans un seul ordre alphabétique reprennent la matière des feuilles quotidiennes, et comportent un titre, des renvois aux titres, sous-titres, auteurs secondaires, éditeurs, illustrateurs, et aux mots-souches, de sorte qu'ils constituent un « catalogue-dictionnaire ».

Des « Tables mensuelles » (qui n'ont en fait paru que tous les deux mois en 1943), 5 ont vu le jour de janvier à août 1943, dont 4 comprennent chacune 4 listes alphabétiques, auteurs, titres, collections, mots-souches, et dont la cinquième est systématique.

En 1944, ont paru seulement des tables systématiques, non plus sous forme de suppléments, mais encartées dans chaque fascicule.

3. De 1945 à 1961.

Cette fastueuse entreprise devait être éphémère. La confusion de tous les modes d'entrée rompait mal à propos, nous l'avons vu, avec une tradition raisonnable et justifiée; de plus, l'effort financier qu'exigeait la nouvelle formule (une équipe de 12 personnes était adjointe au personnel chargé de la rédaction des fiches) ne pouvait être soutenu, et d'autant moins qu'il était hors de proportion avec les résultats obtenus.

Dès janvier 1945, il était jugé opportun de renoncer à une publication hybride, complexe et coûteuse, pour revenir progressivement à la présentation traditionnelle d'avant-guerre : on reprend pour cette 4e série de la Bibliographie de la France le format in-8°; les feuilles quotidiennes sont abandonnées, la partie officielle (série « Livres ») est réservée aux seuls ouvrages reçus par dépôt légal, une « Liste mensuelle » (qui devra malheureusement disparaître en 1950) signalant les documents entrés par dons, achats, échanges.

Seules, et pendant une année de transition encore, les séries spéciales réservées aux Cartes et plans, à la Musique (toutes deux bisannuelles) et aux Estampes (un numéro annuel) comportent encore les documents entrés par dons et acquisitions.

En 1946 s'ouvre la 5e série. La Bibliographie de la France a repris son caractère de bibliographie nationale, et plus rigoureusement encore qu'avant-guerre, puisqu'alors les dons y figuraient.

A la partie « Livres » qui demeure la plus importante, s'ajoutent cinq autres séries qui font toutes désormais l'objet de suppléments distincts :
A. Périodiques nouveaux.
B. Estampes.
C. Musique.
D. Thèses.
E. Cartes et plans.

Le classement des livres est le même qu'en 1943. Celui des périodiques est calqué sur celui des livres. Chacune des autres séries comporte un cadre adapté à sa spécialité.

La publication des « Tables alphabétiques annuelles » est reprise : on fait paraître en 1947 celles de l'année 194I dont la préparation avait dû être interrompue; puis, encore avec retard, celles de 1945 à 195I. Depuis, le rythme normal est retrouvé, sans que toutefois on soit encore parvenu à reprendre les années 1942, 1943 et 1944.

Désormais, la composition et la structure de la Bibliographie semblent stabilisées : s'il faut regretter la suppression, à partir de 1946, pour des raisons budgétaires de la table des matières, de celle des titres des œuvres littéraires, de celle des thèses, et depuis 1948, de tables pour les Cartes et plans, par contre interviendront certains remaniements destinés, soit à compléter la Bibliographie, soit à en parfaire la forme.

C'est ainsi qu'à partir de 1950 paraît un sixième supplément, F, qui, réservé aux publications officielles administratives, regroupe heureusement les documents traités par un nouveau service créé à la Bibliothèque nationale, et depuis 1958, un septième, consacré aux Catalogues de vente, particulièrement apprécié des amateurs d'art et des bibliophiles.

Depuis 1957, le dernier supplément consacré aux Thèses comporte un index alphabétique des noms d'auteurs, qui compense en partie l'abandon de la Table annuelle des thèses mentionné ci-dessus.

Notons encore que l'index alphabétique des noms d'auteurs et des anonymes accompagnant chaque fascicule hebdomadaire depuis 194I est, depuis 1953, repris trimestriellement sous forme cumulative, de sorte que, dans l'un des premiers numéros de janvier, paraît l'index de tous les auteurs et anonymes de l'année écoulée.

A partir de la même date, les « Suppléments » encartés dans un fascicule sont annoncés au sommaire, ainsi que, depuis 1954, les numéros extrêmes des notices. Les numéros d'ordre des notices figurent en tête de celles-ci, et non plus à la fin, présentation beaucoup plus rationnelle.

Enfin, en 1960, ont été substituées aux « didot » employés jusqu'ici, des caractères « plantin » plus clairs et plus élégants; la vedette est détachée sur une seule ligne. Le Supplément D (Thèses) est imprimé comme la partie « livres », non plus sur deux colonnes, mais en pleines lignes.

Ces derniers aménagements, mineurs, il est vrai, rendent toutefois plus plaisant l'aspect de la Bibliographie, et plus facile son maniement.

Notons encore que le cadre méthodique de la partie « Livres », un peu étroit, a été remanié en 1959. Notamment les sections « Généralités », « Philosophie », « Sciences mathématiques, physiques, naturelles et médicales » ont été développées et la section « Linguistique et littérature », subdivisée en « Linguistique et philologie », « Histoire et critique littéraires » et « Textes littéraires », en raison de l'accroissement du nombre des romans, et pour établir une distinction entre des genres essentiellement différents.

Enfin, en 196I, le Supplément A, « Périodiques », considéré à juste titre comme supplément courant du Répertoire de la presse publié par le département des Périodiques de la Bibliothèque nationale abandonne le classement qui lui était commun avec les « Livres », pour utiliser le cadre de classement systématique de cette publication, 16 grandes divisions au lieu des 10 de son cadre antérieur, et 82 sections.

Les « Tables annuelles », d'autre part, ont été l'objet de quelques améliorations.

Depuis 1959, la « Table des illustrateurs » comporte le nom de l'éditeur commercial. Enfin, les « Tables annuelles » pour l'année 1960 ouvriront une nouvelle rubrique, celle des « Suites en cours ».

Rappelons que toutes ces innovations qui, insensiblement, ont amené la Bibliographie de la France à sa forme actuelle, d'une rigueur et d'un « fini irréprochables, ont pu être réalisées avec l'accord et grâce à l'extrême obligeance du Cercle de la librairie.

II. Partie non officielle

Si, depuis vingt-cinq ans, la partie officielle de la Bibliographie de la France nous a menés, de remaniement en remaniement, par des chemins bien sinueux, par contre, la partie non officielle, qui relève du Cercle de la librairie, restée fidèle à son plan primitif, a échappé à ces multiples transformations qui ont, nous le craignons, rendue aride et fastidieuse la description technique, si mouvante, de notre bibliographie nationale.

1. « Chronique ».

La « Chronique » qui constitue la seconde partie du Journal de la Librairie, aujourd'hui comme à la veille de la guerre, s'en tient à un même programme : elle publie des documents d'intérêt professionnel concernant l'édition, l'imprimerie et la librairie, les comptes rendus des Assemblées générales et des Conseils d'administration du Cercle de la librairie, des nouvelles corporatives, informations législatives et fiscales, renseignements sur les cours d'édition et de librairie, avis d'expositions, distinctions honorifiques, notices nécrologiques, calendrier des anniversaires littéraires, etc...

Reflet au jour le jour de la vie de l'édition, la « Chronique » a donné, pendant l'occupation, des listes d'auteurs dont les ouvrages étaient à proscrire; en 1945, paraissaient d'autres listes, communiquées par le contrôle militaire des Informations, d'ouvrages à retirer de la vente...

A ce fonds d'informations s'ajoutent, paraissant selon une périodicité plus ou moins régulière, d'importants articles de documentation professionnelle, telles une étude générale sur la statistique de la production intellectuelle, les statistiques du commerce extérieur du livre, établies d'après les documents douaniers, les dispositions concernant la protection de la propriété intellectuelle, littéraire et artistique en France et à l'étranger, ainsi que la jurisprudence, très suivie, des cas jugés en pareille matière.

Une table analytique annuelle, par matières, des chroniques hebdomadaires, rendait de grands services. Il est infiniment regrettable que son abandon, en 194I, soit, semble-t-il, devenu définitif.

Tout récemment, à partir de 1953, le Cercle de la librairie joint aux Chroniques hebdomadaires de copieux articles qui paraissent en annexes, toujours centrés sur l'édition, mais qui, par leur ampleur, leur qualité, leur intérêt non plus seulement professionnel mais général, souvent historique ou littéraire, s'adressent à un public plus étendu.

Tous méritent d'être au moins cités :
1953 P. Monnet. - Nouveau memento de la propriété littéraire en France et à l'étranger.
1954-55 Guide des prix littéraires.
1955-56 C. Baudry et P. Marange. - Comment on imprime.
1956 P. Monnet. - Monographie de l'édition.
- V. Zoltowski. - Le Cycle de la création intellectuelle et artistique.
- Jules Fache. - La Dorure et la décoration dans la reliure.
- Additif au Guide des prix littéraires.
1956 Mission de productivité en Allemagne fédérale.
- Escourou. - Le Papier.
1957 Raoul Castelain. - Histoire de l'édition musicale.
- Guide des prix littéraires.
1958 Raymond Manevy. - Évolution des formules de présentation de la presse quotidienne.
- J.-E. Bersier. - Goya, inventeur de la gravure moderne.
1958-59 L. Febvre et P.-H. Martin. - L'Apparition du livre.
1959 Ch. Bruneau. - La Langue du Journal.
- Gérard Martin. - Physico-chimie du papier.
1960 L.-N. Malclès. - La Bibliographie.
- Alb. Flocon. - L'Univers des livres.
196I D. Bécourt. - Livres condamnés. Livres interdits.

2. « Annonces ».

La troisième partie de la Bibliographie de la France, la plus vivante, constituée par les « Annonces » des nouveautés passées chaque semaine par les éditeurs, n'a que bien peu varié depuis les années d'avant-guerre, et même à vrai dire, depuis que, en 1918, elle a succédé, sous sa rubrique nouvelle, à l'ancien « feuilleton ».

Une liste alphabétique des annonceurs renvoie aux pages où figurent les notices, sans ordre apparent - elles sont insérées au fur et à mesure de leur réception au Cercle de la librairie et suivant les besoins de la mise en page. Ces annonces se présentent avec beaucoup de fantaisie, les unes tenant en quelques lignes, d'autres occupant une pleine page et même une double page, certaines débordant les feuillets qui leur sont réservés, et envahissant la couverture du fascicule.

Ici, toutes les hardiesses typographiques sont permises. De gros titres, le mélange des caractères, des cartouches et des encadrements frappants, toutes les variétés de présentation qui peuvent attirer et retenir l'attention du lecteur interviennent. Les images abondent : photographies des couvertures, des jaquettes ou de pages choisies, ou bien illustrations originales. Tout ce luxe, au gré (et aux frais, bien entendu), de l'annonceur.

Chaque annonce comporte, en plus de la mention de collection s'il y a lieu, du nom de l'auteur et du titre de l'ouvrage, son format, son prix, le nombre de pages, des précisions sur le tirage. Ces indications s'accompagnent de plus en plus souvent d'une courte analyse indiquant le sujet et les tendances de l'ouvrage, et parfois aussi d'extraits des critiques de presse. A côté des « nouveautés » annoncées apparaissent des réimpressions (qui ne sont pas toujours signalées comme telles) et parfois à titre rétrospectif le rappel des volumes précédents d'une collection.

Tous ces éléments, une telle variété qui flatte l'optique publicitaire, rendent extrêmement attrayante la consultation des « Annonces ». Il n'est que de feuilleter un fascicule pour, d'un coup d'œil, saisir l'actualité littéraire, depuis le savant traité qui, peut-être, apporte une révélation dans le domaine scientifique jusqu'à l'éventuel « best-seller » cher aux amateurs de fiction.

Il convient, toutefois, de remarquer que les « Annonces » étant payantes, seuls, les éditeurs qui font des frais de publicité figurent dans cette partie du Journal. Il s'ensuit que les « nouveautés » de la semaine ne paraissent pas en totalité dans les « annonces », lesquelles ne constituent qu'un choix, très large à la vérité, mais basé sur des considérations commerciales.

Des tables, il va sans dire, compensent l'apparent et séduisant « désordre » des annonces, apportant toute la méthode souhaitable à la consultation des annonces.

Ce sont d'abord « Les Livres de la semaine ou table méthodique des nouveautés », encartés dans chaque fascicule hebdomadaire. Puis, les « Livres du mois », table également systématique, fusion des 4 ou 5 tables hebdomadaires, comportant deux séries d'index alphabétiques, l'un des noms d'auteurs, l'autre des titres. Les « Livres du mois » sont publiés en fascicules séparés, sous couverture bleue.

En 1952, deux nouvelles tables apparaissent : les « Livres du trimestre », index alphabétique des noms d'auteurs et des titres, en deux listes distinctes, fascicule sous couverture jaune; et les « Livres du semestre », table rédigée selon les mêmes principes, publiée sous couverture rose.

Dans chacune de ces deux nouvelles séries, l'index des titres est précédé d'une « Table récapitulative des spécialités » (c'est-à-dire du cadre systématique utilisé), et mentionne, à la fin de chaque titre, la section sous laquelle l'ouvrage figure dans les Tables systématiques des « Livres du mois » parus antérieurement.

Enfin, sur le même plan que les « Livres du mois », les « Livres de l'année », table annuelle et systématique, regroupent les annonces des douze fascicules mensuels que viennent toutefois compléter les notices de livres ayant fait l'objet du dépôt légal, mais n'ayant pas figuré parmi les « annonces ». Une table par titres, une table alphabétique des auteurs, et une liste des mots-vedettes constituent les deuxième, troisième et quatrième parties de cette publication.

Ces trois tables systématiques, hebdomadaire, mensuelle, annuelle (qui datent de 1920) ont, jusqu'en 1934, groupé les notices, assez arbitrairement, par ordre alphabétique des noms d'auteurs sous les rubriques des diverses disciplines classées elles-mêmes alphabétiquement. En 1935, les rédacteurs des tables ont adopté la classification décimale universelle.

On ne manquera pas de souligner, comme une anomalie, la différence entre les 10 divisions des tables systématiques des annonces, et les 10 divisions de la Partie officielle. Anomalie, sans doute, dont le principe peut paraître choquant, mais qui en fait et pratiquement, ne complique en rien la consultation des tables. Rappelons, d'ailleurs, que le classement systématique de la Partie officielle, adopté en 1938, n'était destiné qu'à répartir succinctement les quelque 300 notices d'un numéro hebdomadaire en sections correspondant au « lettrage » traditionnel de la Bibliothèque nationale.

Notons enfin que, annuellement, deux répertoires spécialisés, dont les notices sont extraites des « Annonces », élargissent encore l'éventail des références qui par recoupements, facilitent toutes les recherches. Tous deux concernent particulièrement la jeunesse. L'un, consacré à l'enseignement, comprend deux parties : Livres scolaires proprement dits, et ouvrages pouvant être utilisés dans les diverses branches des études, précédées d'une table alphabétique des auteurs et d'une table alphabétique par ordre des matières et par titres d'ouvrages. Ce catalogue paraît à la fin de l'été, en prévision de la « rentrée des classes ».

L'autre répertoire est publié au début de l'automne. Il est intitulé « Livres d'étrennes. Publications périodiques pour l'année... ». On y trouve, accompagné des mêmes tables que le précédent, un choix abondant d'ouvrages pour les enfants, et aussi de livres d'art, avec de nombreuses illustrations, en noir et en couleurs.

Toujours semblable à elle-même, en dépit des vicissitudes qu'elle a pu connaître au cours de sa déjà longue existence, notre Bibliographie nationale entre aujourd'hui dans sa cent cinquante et unième année : longévité qui témoigne assez de sa qualité...

Sous une couverture que rajeunit une typographie nouvelle, caractères élégants et nets (dits « méridiens] »), harmonieux équilibre de la composition, la Bibliographie de la France continue à présenter, apparemment emmêlées, ses diverses parties : complexité qui ne doit plus étonner puisqu'elle trouve sa raison dans la variété même des desseins de la publication. Bibliographes, libraires et juristes apportent leur contribution à une œuvre qui sert également la science, le commerce et le droit.

Il ne faut pas perdre de vue que Partie officielle et Annonces se complètent sans se recouvrir : la première, tributaire du dépôt légal, compense par sa rigueur et sa précision les délais que son élaboration même lui impose. Les « Annonces » rédigées par les éditeurs eux-mêmes sous la responsabilité du Cercle de la librairie diffusent une information moins exacte, mais avec une rapidité à laquelle la Partie officielle ne saurait prétendre.

Il nous reste à souhaiter - nous n'ignorons pas que le mieux est souvent l'ennemi du bien - que dans notre louable désir de jeter quelque lumière sur une publication dont, aux yeux du profane, les éléments s'enchevêtrent, il faut bien le dire, assez malignement, nous n'ayons point contribué à force d'insistance, à en accroître la complication...