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Quelques bibliothèques d'étude en URSS

Moscou, Léningrad.

Thérèse Kleindienst

Un aperçu général de l'organisation des bibliothèques soviétiques a été donné en 1954, pour les bibliothécaires qui ne lisent pas le russe, par le Bulletin de l'Unesco à l'intention des bibliothèques 1. Sans doute certaines transformations se sont-elles produites depuis cette date dont le même Bulletin a rendu compte. N'ayant pu nous rendre dans une bibliothèque de chaque type, nous ne pouvons apporter à la connaissance de cette organisation que des éléments fragmentaires et des observations parfois concrètes, mais sommaires, et dont certaines incertitudes de traduction ne nous permettaient pas toujours d'apprécier exactement la portée.

Ce qui attire assez rapidement l'attention c'est d'une part l'existence de multiples réseaux parallèles de bibliothèques répondant à des besoins différents, d'autre part la forte hiérarchisation de chaque réseau à partir d'une bibliothèque centrale agissant à l'échelon de l'Union, et au moyen de relais situés à divers degrés de la division territoriale : bibliothèques académiques dirigées par la Bibliothèque de l'Académie des sciences à Léningrad, bibliothèques universitaires dirigées par la Bibliothèque fondamentale de l'Université de Moscou, bibliothèques techniques dirigées par la nouvelle bibliothèque nationale publique scientifique et technique en cours de création à Moscou, bibliothèques médicales dirigées par la Bibliothèque médicale centrale d'État 2, bibliothèques scolaires, bibliothèques syndicales, coopératives, kolkhoziennes, enfin bibliothèques de masse et bibliothèques enfantines dépendant du Ministère de la culture, dirigées du point de vue technique par la Bibliothèque nationale Lénine elle-même, tandis que les fonds étrangers de ces établissements sont sous le contrôle de la Bibliothèque d'État des littératures étrangères.

Sans doute cette subordination est-elle plus ou moins étroite selon les réseaux et selon que les bibliothèques des échelons subordonnés relèvent ou non de la même entité territoriale ou du même département ministériel que la bibliothèque directrice : elle semble complète dans le cas des bibliothèques académiques puisqu'elle s'étend à la gestion du personnel qui est interchangeable entre les divers établissements; en revanche, les bibliothèques syndicales conservent en nombre de domaines une large indépendance. Mais, avec les variantes que peuvent entraîner la diversité des matières et celle des niveaux de connaissance, les mêmes procédés de coordination se retrouvent dans chaque réseau : inspection des bibliothèques d'un certain échelon par celles des échelons supérieurs, stage initial à la bibliothèque inspectrice avant l'entrée en fonction, visites à périodicité rapprochée des bibliothécaires de l'échelon subordonné à la bibliothèque inspectrice (simples visites ou journées d'études), stages généraux pour les bibliothécaires d'un réseau, visites mutuelles des bibliothèques d'un même échelon sous la direction d'un inspecteur, « cabinet bibliothéconomique » dans chaque bibliothèque inspectrice (c'est-à-dire exposition permanente, à l'usage des bibliothécaires subordonnés, d'ouvrages bibliothéconomiques et de spécimens expliqués de registres, fichiers, etc.), centralisation d'une partie des achats, diffusion de listes bibliographiques d'ouvrages recommandés, de plans d'expositions et de conférences aux lecteurs. Cette méthode est inspirée de deux principes dont le premier dépasse très certainement le domaine des bibliothèques et dont le second préside à tout leur fonctionnement : celui de la formation permanente du personnel et celui du « service » de l'usager, qui est ici le bibliothécaire lui-même.

Hiérarchisées au sein de chaque réseau, les bibliothèques soviétiques ont des liaisons organiques avec les autres branches de l'activité de l'Union par les conseils qui ont à connaître de leur fonctionnement : conseils de professeurs pour les bibliothèques universitaires, soviets locaux et conseils de culture pour les bibliothèques de masse, conseil des bibliothèques de l'URSS, siégeant à Moscou, pour l'ensemble des bibliothèques. C'est également par le moyen de conseils qu'on tend à établir une coordination entre les programmes d'achat, de catalographie et de publications bibliographiques des bibliothèques directrices des différents réseaux. Disons tout de suite qu'à première vue cette coordination admet des zones de chevauchement qui semblent larges, du moins à un bibliothécaire français habitué à une certaine économie des moyens; importantes pour l'élévation du niveau culturel et technique de la population et considérées comme telles par le pouvoir 3, les bibliothèques soviétiques sont riches de crédit et de personnel et peuvent se permettre pour une même matière des présentations différenciées aussi adaptées que possible aux diverses couches de cette population 4.

Les notes qui suivent, relatives surtout aux bibliothèques d'étude, illustreront les quelques impressions générales dégagées plus haut.

Les bibliothèques d'étude que nous avons visitées 5 appartiennent à trois catégories différentes : deux bibliothèques d'État, les bibliothèques Lénine à Moscou et Saltykov-Ščedrin à Léningrad; une bibliothèque académique, la Bibliothèque de l'Académie des sciences à Léningrad; une universitaire, la bibliothèque centrale de l'Université de Moscou divisée actuellement en deux, la Bibliothèque fondamentale Gorki et la bibliothèque de la nouvelle université.

Structure.

C'est le réseau académique qui paraît le plus fortement structuré : il comprend deux cent soixante-dix bibliothèques réparties sur tout le territoire de l'Union, dépendant des sections locales de l'Académie des sciences de l'URSS ou des académies des sciences des diverses républiques, mais dont le travail technique est dirigé par la Bibliothèque centrale de l'Académie des sciences à Léningrad. Celle-ci assure entièrement le fonctionnement de quarante bibliothèques d'instituts académiques à Léningrad : le personnel est interchangeable et les acquisitions gérées par la centrale. La Bibliothèque fondamentale des sciences sociales joue le même rôle à Moscou pour les 200 bibliothèques académiques de Moscou et de la république de Russie; elle a elle-même été formée en 1934 à l'aide de collections prélevées sur la Bibliothèque de l'Académie des sciences et surtout sur les bibliothèques d'instituts académiques de Léningrad.

A l'Université de Moscou, l'administration de toutes les bibliothèques de faculté paraît également fortement centralisée à la bibliothèque de la nouvelle université.

Pour l'organisation intérieure, toutes ces grandes bibliothèques d'étude ont des plans « fonctionnels » assez voisins; celui de la Bibliothèque de l'Académie des sciences à Léningrad est le suivant : Échanges internationaux, Entrées, Catalogue, Conservation (et prêt), Hygiène et restauration, Typographie et reliure, « Service » (salles de lecture et information bibliographique), Livres rares et manuscrits, Cartes et plans, Direction des bibliothèques d'instituts, Centre méthodologique. A la Bibliothèque Lénine, plus jeune que les vieilles bibliothèques de conservation que sont la Bibliothèque d'État Saltykov-Ščedrin et la Bibliothèque de l'Académie des sciences de Léningrad, les sections spéciales sont de création relativement récente (livres rares, manuscrits) ou vont prochainement prendre leur individualité (cartes et plans, musique).

Budget.

Les budgets de semblables établissements sont peut-être moins considérables qu'on ne le supposerait, étant donné la modicité d'un certain nombre de traitements (cf. p. 365) et le fait qu'une grande partie des acquisitions de livres soviétiques est faite à titre gratuit : celui de la Bibliothèque publique d'État Saltykov-Ščedrin est de 20 ooo ooo de roubles, dont II 000 ooo à 12 ooo ooo pour un personnel de 1 174 unités (au nouveau cours officiel du rouble : 10 000 000 NF et 5 500 000 à 6 ooo ooo NF). Notons que 2 % de ce budget est reportable d'une année sur l'autre pour assurer la continuité des travaux scientifiques (expositions, publications). Ces budgets ordinaires ne supportent que partiellement les travaux d'entretien et d'aménagements; d'autres crédits financent de toute façon les constructions nouvelles; des crédits extraordinaires paraissent pouvoir être obtenus sans limitation pour les acquisitions exceptionnelles.

Local et matériel.

A l'exception de la Bibliothèque Lénine - où chaque année, semble-t-il, voit un nouveau bloc entrer en service - et de la Bibliothèque de la nouvelle Université de Moscou, les grandes bibliothèques d'étude sont logées dans des bâtiments anciens, maintenant exigus pour leurs collections et qui doivent être suppléés par des annexes : la Bibliothèque Saltykov-Ščedrin est répartie en deux bâtiments, la Chambre du Livre en six, la Bibliothèque des littératures étrangères en plusieurs immeubles également. Pour ces deux derniers établissements des projets de construction sont en cours et la Bibliothèque des littératures étrangères sera rassemblée dans un immeuble unique, spécialement conçu pour elle.

Il est donc actuellement très difficile de porter un jugement sur le « logement » des bibliothèques russes. Dans l'état présent, de très nombreux rayonnages sont encore en bois et d'un type assez rudimentaire. Les liaisons mécaniques semblent peu usitées sauf à la Bibliothèque Lénine, où elles sont encore imparfaitement coordonnées, et à la Bibliothèque de la nouvelle Université de Moscou où la « chaîne verticale » prête encore à quelques réserves du point de vue de l'orientation des envois et des aires de déchargement. La détection automatique de l'incendie est peu répandue. Les salles de travail sont généralement assez bien éclairées naturellement mais, par temps sombre, le niveau d'éclairement artificiel - par lampes de tables - paraît faible. L'éclairage fluorescent commence seulement à être employé (salle d'exposition de la Bibliothèque Lénine, nouvelle université de Moscou). En règle générale, la surface prévue pour chaque lecteur semble plus restreinte qu'à la Bibliothèque nationale, mais les tables, d'un ou deux lecteurs, sont généralement munies de casiers et dans les salles de chercheurs privilégiés les places sont plus spacieuses que dans les salles d'accès moins limité.

Les locaux de travail - il y en a à même le grand dépôt central de la Bibliothèque Lénine - semblent à première vue surchargés : toujours plusieurs personnes par pièce, parfois plusieurs dizaines (à l'Institut d'information scientifique et technique) avec peu de surface pour chaque travailleur; les bureaux proprement dits paraissent toujours conçus pour deux personnes, même les bureaux de ceux qui assument la responsabilité d'un service; il est vrai qu'en raison de la longue durée de l'ouverture quotidienne, les deux occupants doivent pratiquement se relayer.

Il n'y a encore que peu de mobilier métallique « fonctionnel »; les fichiers intérieurs montent souvent jusqu'au plafond et doivent être consultés à l'échelle; l'on rencontre parfois du mobilier de bois de mauvaise qualité, aux pieds ou aux linteaux effondrés; mais dans l'ensemble les boiseries anciennes ou récentes et de nombreux meubles valent par leur matière et leur appareillage. Les parquets, que l'on pose même sur les sols en ciment, les tapis que l'on trouve même dans certains magasins, les plantes vertes que le personnel place devant chaque fenêtre, achèvent l'aspect cossu de certains locaux.

Néanmoins, c'est au service d'architecture de la Bibliothèque Lénine, créé en 1959, qu'il faut rechercher ce que sont aujourd'hui les conceptions soviétiques en matière d'architecture et d'aménagement des bibliothèques et ce que pourront être les réalisations de demain. Méthodiquement, ce service, dont l'effectif est de 14 personnes dont plusieurs architectes ou ingénieurs, établit des plans-types de bibliothèques, en partant de la plus petite, la bibliothèque de village de 3 000 volumes. Il compose des albums d'aménagements, monte une exposition permanente de rayonnages et d'accessoires, réalise ou fait réaliser des maquettes, étudie les nouveaux matériaux, donne des consultations, se rend sur les chantiers et tente de tirer la leçon des expériences, heureuses ou moins heureuses, faites dans les constructions récentes. Il s'oriente généralement vers des magasins enterrés, que surmonteraient les salles de lecture, ceci pour exploiter au maximum les liaisons verticales. Mais dans de nombreux plans, et à la Bibliothèque des littératures étrangères elle-même, il semble que la majeure partie des services sera logée en sous-sol, ce qui paraît plus discutable. On s'efforcera d'économiser à la fois le métal et le bois en construisant soit des rayonnages en acier mince, aux montants évidés, comme à la Bibliothèque Lénine et à la nouvelle Université de Moscou, soit même des rayonnages en pâte de bois ou en plastique, ce que l'on étudie actuellement. Économie également sur les moyens de liaisons horizontales qui seraient assurées par électro-car accompagné. Dans les salles de travail enfin apparaît la préoccupation - qui ne se montrait pas dans les locaux que nous avons visités - de faciliter, au moyen de cloisons vitrées, la surveillance des salles contiguës.

Personnel.

Par rapport à l'esprit d'économie qui semble se révéler dans les installations, l'abondance du personnel apparaît au premier abord; mais il faut tenir compte de la longue durée de l'ouverture quotidienne, du nombre des communications et, sous réserve des observations qui seront faites plus loin, de l'importance des collections.

Du point de vue des effectifs la Bibliothèque Lénine vient en tête avec 2 150 personnes, puis la Bibliothèque Saltykov-Ščedrin (I 500). La Bibliothèque de l'Université de Moscou et la Bibliothèque d'État des littératures étrangères ont respectivement 507 et 350 personnes. Partout la proportion du personnel féminin est considérable : 1 800 personnes à la Bibliothèque Lénine; le service des magasins est assuré exclusivement par des femmes qui sont souvent de très jeunes filles; les hommes ne sont en majorité qu'au département méthodologique et à l'architecture.

La plupart du personnel s'occupant de l'accroissement et de la communication des collections semble désigné par le terme de bibliothécaires sans que l'on distingue partout entre le magasinier, le sous-bibliothécaire ou le bibliothécaire. Cependant, la Bibliothèque de l'Université de Moscou considère que la moitié de son personnel est composée de bibliothécaires tandis que le service des communications, dont l'effectif est aussi égal à la moitié de l'effectif total est surtout constitué de sous-bibliothécaires. La Bibliothèque des littératures étrangères indique avoir 280 bibliothécaires. Les bibliothécaires, et les plus qualifiés, sont surtout nombreux dans les services d'acquisitions, de catalogues et les « départements méthodologiques ».

La répartition des effectifs entre les différents services varie évidemment d'une bibliothèque à l'autre : c'est la Bibliothèque de l'Université de Moscou qui semble consacrer la plus forte proportion de personnel aux communications, la Bibliothèque Lénine n'ayant que 230 personnes dans le dépôt central et 460 au « département de service », la Bibliothèque Saltykov-Ščedrin 350 personnes pour les magasins et le service public. Relativement importants sont les effectifs des départements d'hygiène du livre qui sont chargés à la fois de la restauration et du nettoyage des collections dans les magasins : à la Bibliothèque Lénine 61 personnes dont 8 scientifiques, 24 restaurateurs, 25 personnes spécialement chargées de l'hygiène du livre (désinfection et nettoyage) et 3 photographes spécialisés dans les photographies destinées à la lecture et à la reconstitution des documents; à la Bibliothèque Saltykov-Ščedrin, 25 (et bientôt 50) personnes dont 10 pour le nettoyage en place. Les effectifs du personnel chargé du nettoyage des locaux sont très variables, car certains gros travaux sont faits - parfois de nuit - par des administrations spécialisées; il est cependant de 100 personnes à la Bibliothèque Saltykov-Šedrin. Les sections techniques d'entretien (ingénieurs, techniciens, ouvriers) semblent très étoffées (40 personnes dont 5 ingénieurs à la Bibliothèque Saltykov-Ščedrin) eu égard au développement encore modéré de ces installations. Enfin les directions comprennent un état-major aux fonctions spécialisées : adjoint scientifique, bibliothéconomique, au personnel, à l'économat, secrétaire scientifique.

Une partie du personnel entre assurément dans ces bibliothèques sans autre formation que l' « école de dix ans » (de sept à dix-sept ans, cycle qui ne semble pouvoir s'achever que dans les écoles de districts, celles des villages s'arrêtant à onze ou quatorze ans); mais elle peut acquérir au moyen de cours du soir une formation technique professionnelle. Le niveau suivant est constitué par les élèves des « technicums », qui, après l'école de dix ans, ont étudié deux ans dans un « technicum » de bibliothéconomie : leur traitement irait (en vingt-cinq ans) de 700 à 1 200 roubles. Immédiatement au-dessus viendraient les élèves des Instituts de bibliothéconomie (Moscou, Léningrad, Kharkov) où les études durent trois ans (40 % des bibliothécaires à la Bibliothèque de l'Académie des sciences) : ils débuteraient à 800 roubles comme les professeurs de l'enseignement secondaire, les ingénieurs, les médecins; certains d'entre eux peuvent avoir fait, à l'issue de l'Institut, une thèse de bibliothéconomie (trois ans de préparation) ce qui leur assure un traitement de 2 500 roubles (il y a 65 docteurs en bibliothéconomie à la Bibliothèque Lénine). Le niveau supérieur est formé par les spécialistes et par les docteurs, c'est-à-dire des spécialistes sortant de l'Université et ayant soutenu une thèse (dix ans d'études après l'école de dix ans) : ils doivent suivre, une fois entrés dans les bibliothèques, un enseignement d'un ou deux ans : catalogage, classification systématique, service public, bibliographie générale et spécialisée, un peu d'histoire du livre (seize heures sur le livre rare). Parmi ses bibliothécaires, la Bibliothèque Lénine a ainsi 5 ou 6 médecins et plusieurs ingénieurs. Les docteurs gagnent 3 ooo roubles et n'ont au-dessus d'eux que les professeurs d'instituts de bibliothéconomie (qui, comme les professeurs d'université, gagnent 3 500 roubles) et les directeurs (4 ooo et 4 500 roubles).

Les membres des sections spécialisées (manuscrits, livres rares, estampes) sont au moins pour moitié de formation universitaire et ont reçu après leur entrée à la Bibliothèque une formation proche de celle des archivistes.

Partout on attache beaucoup d'importance à la connaissance des langues étrangères, qui semble d'ailleurs très modeste à la sortie de l'école de dix ans, et des facilités sont données pour l'acquérir en cours de carrière, particulièrement à la Bibliothèque des littératures étrangères où des cours sont donnés le matin par des professeurs de l'université.

Tout ce personnel fait quarante-deux heures par semaine depuis le Ier octobre 1960. Le travail est réparti sur six jours, la séance de travail du samedi ne s'achevant pas avant 15 heures : c'est ce qu'on appelle la « journée courte ». Les sept heures de travail quotidien sont accomplies en équipe de façon à assurer une permanence ininterrompue pendant les treize ou quatorze heures d'ouverture des bibliothèques.

Deux notations seulement en ce qui concerne le rythme de travail : 4 personnes sont jugées nécessaires pour le fonctionnement d'une bibliothèque d'institut académique de 40 000 à 50 ooo volumes dont les acquisitions et le catalogage sont faits par une centrale. A la Chambre du livre, 24 personnes se consacrent à la rédaction de 42 ooo fiches d'ouvrages par an. Comme on le verra plus loin, toutes les opérations paraissent accomplies régulièrement, sans retard, et l'entretien général des locaux est correct.

Collections.

On connaît l'importance quantitative des collections des bibliothèques soviétiques : vingt millions d'unités (dont 8 900 000 livres) à la Bibliothèque Lénine, treize à la Bibliothèque Saltykov-Ščedrin, onze à la Bibliothèque de l'Académie des sciences de l'URSS, et déjà 2 500 000 à la Bibliothèque des littératures étrangères. Le mode de calcul paraît assez voisin de celui qui fournit les statistiques des collections existantes à la Bibliothèque nationale de Paris : on semble compter par unité bibliographique, celle-ci pouvant être un ouvrage isolé (« livre » proprement dit, ou « brochure »), une partie d'ouvrage en plusieurs volumes, un volume relié de périodiques; toutefois les Bibliothèques Lénine et Saltykov-Ščedrin comptent leurs lettres et autographes à la pièce tandis que la Bibliothèque de l'Académie des sciences les compte par volume relié, comme notre cabinet des Manuscrits.

Mais il ne faut évidemment pas confondre ces chiffres avec ceux qui pourraient être avancés pour le nombre des titres ou éditions conservés car la proportion des exemplaires multiples est d'un tout autre ordre que dans nos bibliothèques. La multiplicité est la règle : la Chambre du livre fournit, à titre de dépôt légal, trois exemplaires de chaque publication russe (deux pour les publications des autres républiques de l'Union) aux trois bibliothèques Lénine, Saltykov-Ščedrin et de l'Académie des sciences 6; en outre, un certain nombre d'exemplaires sont stockés par les « collecteurs 7 » pour être acquis par achat au nombre désiré par chaque bibliothèque, nombre très variable, mais qui peut atteindre 15 à la Bibliothèque Saltykov-Ščedrin, 50 à la Bibliothèque des littératures étrangères, 60 à la Bibliothèque Lénine; pour les manuels, la Bibliothèque de l'Université de Moscou a pour règle d'acquérir un exemplaire pour quatre étudiants. Le principe suivi semble être d'acquérir les ouvrages étrangers en deux exemplaires dont l'un au moins par échange; les ouvrages qui ne parviennent qu'en un exemplaire sont presque systématiquement microfilmés à la Bibliothèque Lénine.

Accroissements.

Le nombre des entrées annuelles est évidemment d'une importance comparable à celle des collections existantes : 110 000 volumes à la Bibliothèque Lénine, 50 000 à la Bibliothèque des littératures étrangères, 35 000 à la Bibliothèque de l'Académie des sciences.

On vient de voir l'importance du dépôt légal, non seulement pour la Bibliothèque Lénine et pour les Bibliothèques Saltykov-Ščedrin et de l'Académie des sciences, mais aussi pour d'autres établissements qui peuvent le recevoir soit à titre gratuit, soit à titre onéreux.

La collecte, le catalogue et la répartition du dépôt légal sont assurés par la Chambre du livre.

Le dépôt est fait par les imprimeries, au nombre de 6 600. Bien qu'il s'agisse d'organismes d'État, il doit être contrôlé au moyen des « actes » des 270 « maisons d'éditions » (également d'État) et des 2 ooo autres institutions qui peuvent jouer le rôle d'éditeur. Ce pointage occupe 13 personnes et doit être suivi d'inspections dans les imprimeries et les maisons d'édition. La Chambre du livre répartit 180 exemplaires de chaque titre, dont 13 à titre gratuit et les autres à titre onéreux, par l'intermédiaire de 150 « collecteurs ».

Mais, par rapport aux acquisitions intérieures, les acquisitions étrangères semblent particulièrement importantes, bien que, dans certains établissements, on doive, semble-t-il, compter avec la rareté des devises. Ainsi entrent 85 000 volumes étrangers à la Bibliothèque Lénine, 30 000 à la Bibliothèque des littératures étrangères. La proportion des périodiques est peut-être plus intéressante encore : 12 ooo titres à la Bibliothèque Lénine (contre II 000 seulement pour l'ensemble de l'Union) et 6 ooo à la Bibliothèque des littératures étrangères. Dans le mécanisme de ces accroissements, les échanges ont une importance considérable 8, quoique variable selon les établissements. La Bibliothèque Lénine fait ainsi 40 à 50 % de ses acquisitions étrangères et considère cette voie comme au moins aussi rapide que celle de l' « organisation du livre international »; elle semble tenter en premier lieu une acquisition par la voie des échanges. La Bibliothèque des littératures étrangères ferait sa première acquisition par achat et recevrait le second exemplaire par échange. La Bibliothèque de l'Académie des sciences au contraire, qui dispose des publications de l'académie, monnaies d'échange mais plus encore dispensatrices de devises, achète directement à l'étranger tout ce qu'elle tient à recevoir rapidement. Ajoutons que les services d'échanges internationaux ne sont pas seulement en relation avec des bibliothèques, des institutions ou des sociétés mais aussi avec quelques éditeurs commerciaux.

Les budgets d'achats semblent importants : 4 500 000 roubles à la Bibliothèque de l'Académie des sciences pour les seules acquisitions courantes de livres russes destinés aux collections. En outre les achats exceptionnels souhaités par ces bibliothèques semblent automatiquement couverts par des subventions extraordinaires. Les bibliothèques de conservation né se désintéressent pas des collections anciennes : elles les recherchent systématiquement en librairie d'occasion et peuvent même les demander par appels radiodiffusés; elles se tiennent en contact avec les collectionneurs privés et organisent dans certaines régions de l'Union des missions de recherche et de microfilmage de manuscrits.

Catalogues.

Les grandes bibliothèques soviétiques ont toujours deux collections de catalogues, l'une destinée au personnel et dont certaines séries sont en principe complètes, l'autre destinée au public et pouvant ne débuter qu'à une date assez récente (1930 à la Bibliothèque Saltykov-Ščedrin, 1950 à l'Académie des sciences). Comme dans toutes les bibliothèques, les séries auteurs, qui sont en principe les plus complètes, peuvent être divisées pour des raisons matérielles en plusieurs tranches chronologiques. En outre, les catalogues sont généralement subdivisés par pays ou groupes de pays et par écritures : ouvrages russes, ouvrages en autres langues de l'Union soviétique (par langue), ouvrages des démocraties populaires, ouvrages en caractères latins, arabes, hébreux, etc.; pour ces catalogues, des translittérations des langues orientales sont faites, à la Bibliothèque Lénine, en caractères latins. Les catalogues matières sont presque exclusivement du type systématique, qui semble recueillir seul l'estime des bibliothécaires soviétiques. Pourtant la Bibliothèque de l'Université de Moscou a entrepris en 1932 un catalogue alphabétique de matières d'un million environ de fiches, qui sert de « clef » au catalogue systématique, et le personnel de la Bibliothèque de l'Académie des sciences dispose également d'un catalogue alphabétique de matières pour les livres étrangers postérieurs à 1918 et les livres russes postérieurs à 1930. Le cadre systématique est généralement, pour les catalogues mis à la disposition des lecteurs, une adaptation de la classification décimale universelle établie en 1952 sous l'impulsion de la Bibliothèque Lénine et qui fait l'objet d'une révision concertée entre cet établissement, la Chambre du livre, la Bibliothèque Saltykov-Ščedrin, la Bibliothèque de l'Académie des sciences et la Bibliothèque de l'Université de Moscou. La révision de la tranche relative à la chimie semble parvenue à un stade satisfaisant en collaboration avec l'Institut d'information scientifique et technique de l'Académie des sciences; elle va être publiée et c'est sur cette tranche que cet Institut utilisera ses premières machines électroniques.

Tout le travail catalographique est évidemment simplifié par le fait que les fiches des ouvrages soviétiques sont établies et distribuées par la Chambre du livre dans un délai qui paraît entièrement satisfaisant : c'est dans les cinq jours qui suivent leur entrée que les livres, périodiques, articles de revues, articles de journaux et comptes rendus font l'objet d'une fiche imprimée; 200 000 notices sont ainsi établies chaque année et tirées à une moyenne de 1 ooo exemplaires, le total des fiches imprimées étant de 200 millions; elles sont groupées par matières en 31 séries auxquelles on peut s'abonner séparément. Dans les Annales du livre (Knižnaja letopis'), hebdomadaires, les ouvrages sont signalés quinze jours après leur arrivée à la Chambre du livre. En ce qui concerne les comptes rendus de travaux scientifiques soviétiques et étrangers publiés dans ses publications périodiques par l'Institut d'information scientifique et technique, le délai est plus important et il est considéré comme long par la Bibliothèque de l'Université de Moscou; l'Institut d'information scientifique et technique lui-même a pour programme de le ramener à cinq mois environ entre la réception d'une revue et la publication des analyses.

De toute façon, les effectifs des services de catalogues sont importants : 250 personnes à la Bibliothèque Saltykov-Ščedrin, 40 à la Bibliothèque des littératures étrangères. Le catalogue systématique doit absorber une partie de ces effectifs (7 personnes pour l'indexation à la Bibliothèque des littératures étrangères) et requiert un degré assez poussé de spécialisation. Par l'effort qu'il exige ainsi, peut-être contribue-t-il au prestige dont semblent jouir les bibliothèques soviétiques, de même que par la difficulté qu'il paraît opposer aux lecteurs. A la Bibliothèque de l'Académie des sciences comme à celle de l'Université de Moscou, des conférences sont faites aux lecteurs pour les initier à l'usage du catalogue; partout, à proximité des fichiers, on trouve les petites tables des « bibliothécaires consultants » chargés de guider le lecteur dans sa consultation.

Ajoutons que, malheureusement, la complexité de certaines cotations (qui peuvent traduire la localisation topographique dans les magasins, ou bien la langue et la période de publication) est souvent telle que le lecteur de la bibliothèque n'a pas à transcrire lui-même la cote portée par la fiche dont il dispose, cette cote étant ajoutée ensuite au catalogue de service.

On sait que le catalogue collectif en cours d'élaboration ne porte actuellement que sur les collections des quatre grandes bibliothèques : Lénine, Saltykov-Ščedrin, Académie des sciences, Chambre du livre. La Bibliothèque de l'Université de Moscou se préoccupe d'avoir, à la nouvelle université, le catalogue collectif de toutes ses sections : en attendant, les catalogues de toutes les bibliothèques de facultés sont rassemblés au bureau d'information bibliographique voisin de la section du prêt.

Conservation.

La lecture de ce qui précède concernant les magasins des bibliothèques russes pourrait donner des conditions de conservation qui peuvent y régner une opinion qui doit être nuancée. Sans doute de nombreux magasins sont-ils actuellement surchargés, avec des livres sur deux rangs, et parfois sur le sol; les anciens rayonnages de bois peuvent paraître sommaires, les nouveaux rayonnages métalliques et les liaisons mécaniques moins « confortables » pour le livre que ceux que choisissent les grandes bibliothèques françaises de conservation; on peut aussi s'étonner que certaines bibliothèques ne connaissent pas la division par format et « couchent » les livres trop hauts; en outre les matériaux constitutifs, et particulièrement le papier, semblent assez souvent de qualité médiocre. Mais en regard il faut considérer que la production nationale est conservée pratiquement intacte en un exemplaire à la Chambre du livre (après utilisation pour le recensement bibliographique, il n'est communiquable que pour quelques jours à la Bibliothèque Lénine, aux fins de microfilm); de plus le premier exemplaire de dépôt légal de la Bibliothèque Lénine et les deux exemplaires de la Bibliothèque Saltykov-Ščedrin, bien qu'ils soient placés dans les magasins généraux, ne doivent pas, en principe, être communiqués; de toute façon, la multiplicité des exemplaires diminue proportionnellement le rythme de communication de chacun d'eux. Il faut aussi considérer l'importance des effectifs de relieurs attachés à chaque établissement, de sorte que tous les livres étrangers sont reliés à leur entrée. Les collections, grâce au nombreux personnel affecté exclusivement au nettoyage des locaux ou à l' « hygiène » des collections sont en parfait état de propreté. Enfin, le département de restauration de la Bibliothèque Lénine 9 qui compte 61 personnes dont 24 restaurateurs et 25 agents affectés à l'hygiène du livre, a 8 collaborateurs scientifiques (biologistes, chimistes, physiciens), et publie des recueils d'études dont on peut beaucoup attendre.

Communications.

Les bibliothécaires soviétiques sont particulièrement fiers de leurs « départements de service » caractérisés aujourd'hui par la multiplicité des salles de lecture 10, l'importance, dans certaines d'entre elles, des fonds en libre accès dépassant la notion proprement dite d'usuels, les facilités accordées pour conserver pendant un certain temps la disposition des volumes communiqués et celles, plus étendues, données aux chercheurs privilégiés pour leurs enquêtes bibliographiques.

La Bibliothèque Lénine a actuellement 20 salles de travail, la Bibliothèque Saltykov-Ščedrin 28, la Bibliothèque des littératures étrangères 6 et la Bibliothèque de l'Université de Moscou 20I, avec des salles d'études pour les étudiants disséminées dans tous les bâtiments de l'université et des cités universitaires, et des guichets de prêt de manuels aussi largement répartis. Dans un même établissement les salles de travail peuvent être spécialisées soit par discipline, soit par type de documents, soit par catégorie de lecteurs : enfants, adolescents, adultes sans spécialisation, étudiants, docteurs et académiciens à la Bibliothèque Lénine (les dernières catégories ayant des salles spéciales par disciplines); grand public (enfants, adultes) ou chercheurs (avec salles spéciales pour les sciences philologiques, les sciences sociales, les sciences naturelles et techniques) à la Bibliothèque Saltykov-Ščedrin; étudiants débutants, avancés, professeurs à la Bibliothèque de l'Université de Moscou (avec salles spéciales par disciplines).

Dans toutes les bibliothèques une salle (ou des vitrines spéciales) est réservée aux nouvelles acquisitions, généralement exposées pendant deux semaines, dont la seconde par spécialités. Les fiches des nouvelles acquisitions restent pendant un certain temps dans les fichiers des salles d'exposition. Il n'est pas indifférent de noter qu'à la salle des techniques de la Bibliothèque Lénine les prospectus et catalogues commerciaux sont exposés avec les nouvelles acquisitions.

Les collections en libre accès, généralement importantes, sont pourtant de composition et de quantité variables. La salle commune de la Bibliothèque Lénine a un fonds satisfaisant à 80 % des communications qui y sont faites, mais qui ne comprend pas d'ouvrages étrangers; la salle des techniques a 35 000 volumes en libre accès, celle des sciences humaines 40 000 volumes. La salle commune de la Bibliothèque Gorki de l'Université de Moscou (accessible aux étudiants des trois premières années) a 20 000 usuels; ceux-ci sont également nombreux, et particulièrement les périodiques étrangers, dans la grande salle de lecture et la salle des périodiques de la Bibliothèque de l'Académie des sciences, accessibles aux personnes sortant de l'université ou des instituts ou préparant une thèse; ils paraissent plus rares à la Bibliothèque Saltykov-Ščedrin. Enfin, une mention particulière doit être faite de l'abondance des collections bibliographiques, que ce soit au « bureau d'information bibliographique » de la Bibliothèque Lénine, à la Bibliothèque Saltykov-Ščedrin ou à celle de l'Académie des sciences, bien que le nombre des places de lecteurs paraisse un peu faible (très petite salle à la Bibliothèque Lénine, 24 places à Saltykov-Ščedrin).

L'usage de ces collections est facilité par la longue durée d'ouverture des bibliothèques (de 8 h. 30 ou 9 h. à 23 h.), par la quantité en principe illimitée du nombre des communications simultanées et la durée de « réservation » (quinze jours ou un mois) : ceci doit pallier dans une certaine mesure le temps d'attente de la communication qui est d'une heure à une heure et demie à la Bibliothèque de l'Académie des sciences, deux heures à la Bibliothèque Saltykov-Ščedrin et sans doute autant à la Bibliothèque Lénine, du moins pour les ouvrages du fonds général. Ajoutons que les chercheurs privilégiés (académiciens, professeurs, docteurs et candidats docteurs) peuvent un peu partout remettre des bulletins sans cote, qui sont complétés par les bibliothécaires, et qu'ils ont accès aux magasins de la Bibliothèque de l'Université de Moscou.

Les statistiques de communications sont élevées : 160 000 lecteurs inscrits et II millions de communications (y compris le prêt entre bibliothèques) à la Bibliothèque Lénine, 20 ooo communications par jour et 7 millions par an à la Bibliothèque Saltykov-Ščedrin, 30 000 lecteurs inscrits et 5 500 000 communications à la Bibliothèque de l'Université de Moscou. Certaines salles sont cependant loin d'être pleines à toute heure.

Le prêt semble, quantitativement, plus libéral encore que la communication sur place, et surtout, ce qui est important, à la Bibliothèque de l'Université de Moscou : 15 à 20 volumes simultanément et pendant un mois pour les étudiants, 30 volumes pour les professeurs; les manuels sont prêtés pour six mois; il y a dans tous les cas possibilité de prolongation. Il faut noter que ce prêt ne se limite pas aux ouvrages d'étude : la salle de prêt de la faculté de géologie comporte un petit fonds de belles-lettres et même de littérature enfantine pour les loisirs des étudiants et de leur famille. Le personnel de la Bibliothèque Lénine a un fonds de prêt spécial mais ne peut emprunter de livres du fonds général qu'après dix ans de service.

Pour le prêt entre bibliothèques, les bibliothèques Lénine et Saltykov-Ščedrin ne disposent que de leurs doubles - mais elles en ont beaucoup - et de microfilms.

La communication se prolonge par un effort d'information bibliographique qui s'adresse à la fois au public et aux bibliothécaires. L'activité des centres méthodologiques des bibliothèques Lénine et des littératures étrangères est en relation directe avec le développement des bibliothèques de masse, mais le travail bibliographique de la Chambre du livre, celui de la Bibliothèque Saltykov-Ščedrin et de la Bibliothèque de l'Académie des sciences seraient plutôt adaptés aux bibliothèques d'étude et aux lecteurs universitaires : on citera seulement les monographies de la Chambre du livre sur les origines de la bibliographie française, les filigranes, les affiches soviétiques de 1918 à 192I. Aussi bien toutes ces bibliothèques ont-elles des services relativement importants de typographie et de photographie, mais la diffusion des reproductions photographiques semble peu libérale dans quelques domaines : certains établissements ne fourniraient pas les microfilms des manuscrits qui n'ont pas encore été publiés ou étudiés par les savants soviétiques.

Les départements spécialisés ont sans doute moins de richesses et moins d'individualité que ceux de la Bibliothèque nationale de Paris. La Bibliothèque Lénine n'en a actuellement que deux (manuscrits, livres rares) possédant une salle de travail spéciale, encore la salle des manuscrits n'a-t-elle que 20 places; les estampes sont installées dans un niveau du magasin général, les cartes et plans et la musique n'ont pas encore leur autonomie. La Bibliothèque Saltykov-Ščedrin a trois départements spécialisés : manuscrits et incunables; estampes, livres illustrés, cartes et plans; livre rare. La Bibliothèque de l'Académie des sciences a un département des manuscrits et des livres rares. Si ces services ont relativement peu de lecteurs (150 lecteurs inscrits pour les manuscrits de la Bibliothèque de l'Académie des sciences), ils entretiennent des expositions permanentes ou temporaires de caractère didactique : aux livres rares proprement dits sont joints des imprimés de valeur surtout historique : constitutions, actes des congrès du parti communiste d'URSS à la Bibliothèque Lénine. Le personnel est relativement nombreux : 34 personnes pour 200 ooo volumes à la section du livre rare de la Bibliothèque Lénine; 12 bibliothécaires pour les estampes et photographies (600 000), les livres illustrés et les cartes, 6 personnes pour les manuscrits (3 000 000 pièces) et les incunables (3 500), 6 aussi pour 40 000 livres rares à la Bibliothèque Saltykov-Ščedrin; 6 pour les manuscrits et 8 pour les livres rares à la Bibliothèque de l'Académie des sciences. Mais on est en plein travail de catalogage : le catalogue de la bibliothèque de Voltaire conservée à la Bibliothèque Saltykov-Ščedrin (6 689 volumes) paraîtra cette année; celui des manuscrits de la Bibliothèque de l'Académie des sciences n'en est qu'à son troisième volume imprimé.

Les départements spéciaux participent donc dans leur domaine à l'effort d'information bibliographique qui semble bien une des caractéristiques des bibliothèques soviétiques 1. Les grandes bibliothèques d'étude participent même, par leurs listes sélectives de documentation et leurs listes d'ouvrages recommandés, par leurs salles ouvertes au grand public et par l'activité du département méthodologique de la Bibliothèque Lénine, au travail qui est plus proprement celui des bibliothèques de masse. Nous nous sommes moins bien rendu compte du rôle qu'elles jouaient dans l'information bibliographique destinée au travail de recherche. Il faut en effet reconnaître qu'elles ont laissé à la Chambre du livre le recensement exhaustif de la production bibliographique et à l'Institut d'information scientifique et technique l'établissement des bibliographies destinées aux savants. Des liaisons réelles semblent cependant exister entre ces deux organismes et les grandes bibliothèques d'étude, notamment pour la mise au point du système de classification. Il est également intéressant de noter que depuis plusieurs années les bibliothèques d'étude soviétiques ont ouvert la voie où semblent devoir s'engager également la Bibliothèque d'État de Bavière et le « British Museum », celle de la pluralité des salles spécialisées destinées aux chercheurs; mais, mise à part peut-être la Bibliothèque de l'Université de Moscou qui se constitue en autant de bibliothèques spéciales que de facultés (plus nombreuses que les nôtres), il ne s'agit encore que de salles spécialisées par très grands groupes de disciplines. Sans doute faudrait-il une étude plus poussée de la composition de leur public et de celle des communications pour apprécier le rôle de ces salles par rapport à celui des bibliothèques spécialisées proprement dites. Du moins cette spécialisation relative des salles et des services publics des grandes bibliothèques paraît-elle soutenir l'effort des bibliothécaires soviétiques pour une pleine efficacité de leurs fonds.

  1.  (retour)↑  L'Organisation des bibliothèques en URSS, in : Bull. Unesco bibl., vol. VIII, nos 5-6, mai-juin 1934, pp. 53-55.
  2.  (retour)↑  Voir, sur ces trois types de bibliothèques, dont nous n'avons vu aucun établissement : Stages d'études pour les bibliothécaires des bibliothèques techniques (URSS), in : Bull. Unesco bibl., vol. XIV, n° I, janv.-févr. 1960, p. 38; Vlasov (V. V.). - Transfert d'une bibliothèque scientifique en Sibérie, in : Bull. Unesco bibl., vol. XIV, n° 5, sept.-oct. 1960, pp. 23I-232 et 25I; Les Bibliothèques médicales de l'URSS, in : Bull. Unesco bibl., vol. XII, nos 2-3, févr.-mars 1958. Voir aussi : Thompson (Anthony). - A Report on special library work in the USSR, in : Aslib Proc., vol. 12, n° 6, June 1960, pp. 213-245.
  3.  (retour)↑  Les Bibliothèques en URSS à la lumière des dernières décisions gouvernementales. C. R. par Ida Forest, in : B. Bibl. France, 5e année, n° 7, juill. 1960, pp. 205-206.
  4.  (retour)↑  Conférence sur les problèmes de bibliographie en URSS, in : Bull. Unesco bibl., vol. XIII, nos II-12, nov.-déc. 1959, pp. 287-288. - Travaux bibliographiques en URSS en 1960, in : Bull. Unesco bibl., vol. XIV, n° 3, mars 1960, p. 147.
  5.  (retour)↑  Du 16 au 30 novembre 1960. M. Pierre Vaillant, conservateur de la Bibliothèque municipale de Grenoble, exposera ses impressions sur les « bibliothèques de masse » dans le Bulletin d'informations de l'Association des bibliothécaires français, numéro d'octobre 196I.
  6.  (retour)↑  Toutefois, la Bibliothèque Saltykov-Ščedrin a renoncé récemment à son troisième exemplaire, qu'elle jugeait inutile, et les trois exemplaires attribués à l'Académie des sciences sont répartis entre Léningrad, Moscou et Novosibirsk.
  7.  (retour)↑  Il s'agit de l'organisation de diffusion du livre dans les bibliothèques d'étude d'une part et dans les « bibliothèques de masse » de l'autre.
  8.  (retour)↑  Backus (Oswald). - Recent experiences with Soviet libraries and archives uncommon resources and potential for exchange, in : College and research libraries, vol. XXI, n° 6, nov. 1959, pp. 469-473, 499.
  9.  (retour)↑  Beljakova (L. A.) et Kozulina (O. V.). - La Préservation des livres dans les bibliothèques de l'U R S S, in : Bull. Unesco bibl., vol. XV, n° 4 juill.-août 196I.
  10.  (retour)↑  Grigoriev (Y. V.). - Les Services de lecture spécialisés des bibliothèques scientifiques de l'URSS, in : Bull. Unesco bibl., vol. XII, nos II-12, nov.-déc. 1958, pp. 280-283.
  11.  (retour)↑  Plan septennal des travaux bibliographiques en URSS, in : Bull. Unesco bibl., vol. XV, n° 5, mai-juin 1961, pp. 159-161.