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Centre de documentation du Centre national de la recherche scientifique

Le Nouvel immeuble du C.N.R.S., par G. Picard. - La Bibliothèque, par A.-M. Boussion. - Les Laboratoires de photographie, par J.-J. Bastardie

Gabriel Picard

Anne-Marie Boussion

Jean-Jacques Bastardie

On sait l'importance en France et dans le monde du Centre de documentation du Centre national de la recherche scientifique (C. N. R. S.) que dirige M. le professeur Wyart, membre de l'Institut. Les services du Centre ont plusieurs fois été décrits mais comme tout organisme vivant, ils évoluent et se transforment. Les plus récentes transformations ont été conditionnées par le regroupement des services dans un nouvel immeuble, 15, quai Anatole-France, Paris 7e. Trois collaborateurs de M. Wyart nous apportent ci-dessous quelques précisions sur les services actuels.

Le nouvel immeuble du CNRS.

A mi-chemin du pont de Solférino et du pont de la Concorde, face aux Tuileries et dominant la Seine, un vaste immeuble ouvre, depuis quelques mois, ses portes aux usagers des divers services du Centre national de la recherche scientifique et en particulier du Centre de documentation.

La façade étroite et quelque peu impersonnelle cache cependant un important bâtiment qui se développe jusqu'à la rue de Lille en longeant le parc, puis l'Hôtel de Beauharnais.

Six ans d'efforts ont été nécessaires pour réaliser cet édifice.

But de la construction et choix de l'emplacement.

Depuis 1940, date de sa création, le Centre de documentation du C. N. R. S. en plein développement avait été conduit à installer ses services en divers endroits du Quartier latin. Locataire de l'École normale supérieure, 45, rue d'Ulm, des Tables de constantes et données numériques, 18, rue Pierre-Curie, de l'Institut d'orientation professionnelle, 41, rue Gay-Lussac pour un temps, de divers autres établissements, il souffrait de cette dispersion et de l'exiguïté des locaux souvent obligeamment mis à sa disposition.

Un regroupement s'avérait nécessaire. Un terrain s'offrait alors à proximité de l'immeuble occupé par l'administration centrale du C. N. R. S., 13, quai Anatole-France. M. G. Dupouy alors directeur général du C. N. R. S. en demanda l'affectation et l'obtint. Après de longues démarches, les autorisations nécessaires furent accordées et la construction s'ébaucha.

Mise en place du gros-œuvre.

Limité en hauteur par l'urbanisme, en longueur et en largeur par les dimensions du terrain, l'immeuble ne pouvait se développer qu'en profondeur.

On décida de creuser le sol pour réaliser deux étages de sous-sol.

La Seine proche obligea les architectes, M. J.-P. Paquet, architecte en chef des Monuments historiques, M. Naudin, architecte conseil du C. N. R. S. et M. Flaix, à concevoir, dans le but d'éviter l'inondation lors de crues, un cuvelage parfaitement étanche reposant dans le lit d'un ancien affluent de la Seine et ancré sur le rocher; l'immeuble construit dans cette enceinte stabiliserait, grâce à son poids, le bateau ainsi réalisé.

Une collaboration permanente entre les chefs de services et les architectes permit d'adapter la construction aux besoins de ses futurs utilisateurs.

Les sous-sol furent affectés aux collections de périodiques de la bibliothèque, le rez-de-chaussée aux bureaux des bibliothécaires, à la salle de lecture et au laboratoire de prise de vues de documents. Les quatre étages supérieurs furent réservés aux laboratoires, à la salle de conférence et aux bureaux du centre de documentation.

Les trois derniers étages devaient recevoir la direction du C. N. R. S., le Service des brevets, l'Institut de recherche et d'histoire des textes, le restaurant du personnel ainsi que le service médico-social.

Disposition intérieure.

Pour faciliter le cloisonnement des bureaux, un système à cellules fut adopté. Le choix des architectes se porta sur des cloisons mobiles préfabriquées se composant d'éléments interchangeables (portes, vitres, éléments à insonorisation renforcée, etc...). Elles se sont révélées à l'usage très pratiques, mais malheureusement relativement perméables au bruit.

Chauffage, éclairage, ventilation.

Une importante installation de chauffage par plafonds et sols fut réalisée. Pour des raisons d'économie, le schéma ne comportait pas de robinet d'arrêt dans les diverses cellules. On doit maintenant reconnaître qu'il est, de ce fait, presque impossible de conserver à des locaux différemment orientés ou aérés une température uniforme.

L'éclairage général est constitué par des tubes fluorescents dissimulés par des panneaux translucides. Cependant, en divers endroits (couloirs, réserves, laboratoires, bibliothèque) des systèmes particuliers, à éclairages incandescents, furent posés.

Dans les laboratoires, la bibliothèque, la salle de lecture qui ne pouvaient être aérés normalement, un système de ventilation à air pulsé était nécessaire. Il fut installé de façon que l'air envoyé dans ces différents endroits soit renouvelé, au tiers du volume pulsé, par un apport d'air neuf puisé à l'extérieur et mis à température convenable.

Liaisons verticales et horizontales.

Les liaisons verticales furent résolues par la mise en place de trois groupes d'ascenseurs. Deux aux extrémités du bâtiment et un au centre, ainsi que par des monte-charge et monte-dossiers répartis en divers endroits de l'immeuble et destinés à la communication directe de divers services situés à des étages différents.

Sur le plan horizontal, pour faciliter l'acheminement des publications dans les magasins de la bibliothèque, un tapis roulant a été installé aux deux niveaux inférieurs. Il ne semble pas donner satisfaction, jusqu'alors, aux utilisateurs parce que trop bruyant d'une part et gênant pour la circulation des personnes qui doivent contourner l'installation pour se rendre de la partie gauche à la partie droite de l'appareillage; on ne peut que déplorer, cependant, l'absence d'une installation de transmission par pneumatiques qui permettrait des liaisons plus rapides et plus sûres entre services.

Fonctionnement du Centre.

L'installation du Centre de documentation dans le nouvel immeuble du 15, quai Anatole-France a permis de réaliser un certain nombre de modifications tendant à améliorer la qualité et la rapidité des travaux exécutés.

Bulletin signalétique.

Ainsi pour rendre plus aisée la consultation du Bulletin signalétique, et permettre au Centre de documentation d'accroître encore le nombre des analyses publiées, les trois parties constituant cette publication ont été remplacées, depuis le Ier janvier 196I, par 22 fascicules consacrés à des spécialités scientifiques ou techniques bien déterminées, qui paraissent mensuellement en ce qui concerne les 18 premiers fascicules, et trimestriellement pour les autres consacrés aux sciences humaines.

Section I. Mathématiques.
- 2. Astronomie, Astrophysique, Physique du globe.
- 3. Physique I.
Généralités. Physique mathématique. Mécanique. Acoustique.
Optique. Chaleur. Thermodynamique.
- 4. Physique II.
Électricité.
- 5. Physique nucléaire.
Noyaux. Particules. Énergie atomique.
- 6. Structure de la matière.
Cristallographie. Solides. Fluides. Atomes. Ions. Molécules.
- 7. Chimie I.
Chimie générale. Chimie physique. Chimie minérale. Chimie analytique. Chimie organique.
- 8. Chimie II.
Chimie appliquée. Métallurgie.
- 9. Sciences de l'ingénieur.
- 10. Sciences de la terre, I.
Minéralogie. Géochimie. Pétrographie.
- II. Sciences de la terre, II.
Physique du globe. Géologie. Paléontologie.
- 12. Biophysique. Biochimie.
Chimie analytique biologique.
- 13. Sciences pharmacologiques. Toxicologie.
- 14. Microbiologie. Virus. Bactériophages. Immunologie. Génétique. - 15. Pathologie générale et expérimentale.
- 16. Biologie et physiologie animales.
- 17. Biologie et physiologie végétales.
- 18. Sciences agricoles. Zootechnie. Phytiatrie et phytopharmacie. Aliments et industries alimentaires.
- 19. Philosophie. Sciences humaines.
Philosophie. Sciences religieuses. Archéologie et histoire de l'art. Psychologie. Pédagogie. Sociologie. Sciences du langage.
Histoire des sciences et des techniques (Trimestriel).
- 20. Psychologie. Pédagogie. »
- 21. Sociologie. Sciences du langage. »
- 22. Histoire des sciences et des techniques. »

Plus de 250.000 articles seront ainsi analysés cette année à partir de 6.000 publications périodiques environ. Des index mensuels et annuels d'auteurs ainsi que des index « matières » annuels compléteront chacun des fascicules et permettront des recherches bibliographiques rétrospectives.

On envisage également de faire paraître une liste des périodiques analysés dans chacune des sections du bulletin.

Certains de ces travaux seront préparés par des machines mécanographiques à cartes perforées.

Reproduction de documents.

Une réduction sensible des délais d'exécution des travaux photographiques exécutés par le Centre est à l'étude.

Déjà, l'installation de caméras dans les grandes bibliothèques de Paris permet la reproduction sur microfilm de leurs documents dans un minimum de temps.

L'utilisation d'un appareil de reproduction « xérographique » continu apportera, sous peu, une sensible amélioration dans les temps d'exécution des tirages sur papier et la reproduction, en grande quantité, de ces copies.

Enfin, la mise en place d'un appareil de reproduction automatique sur papier des documents mis en lecture à la bibliothèque donne au lecteur la possibilité d'emporter immédiatement la copie du document dont il vient de prendre connaissance.

Service de traduction.

Sur l'initiative de l'Agence européenne de productivité, un Centre international de traduction pour les langues slaves et chinoises a été créé à Delft. Le Service de traduction du C. N. R. S. a été désigné comme correspondant français de cet établissement et l'informera, à ce titre, des traductions entreprises ou exécutées dans les services publics ou privés français. Il pourra, en échange, se procurer certaines traductions exécutées dans les pays qui ont adhéré à cette entreprise et les diffuser, à la demande, parmi les utilisateurs français.

L'accroissement du nombre des revues de la bibliothèque, joint à l'acquisition de nouveaux procédés de reproduction, contribuera à rendre plus rapide et plus efficace encore le service des reproductions de documents.

Le Centre de documentation reçoit un nombre plus important chaque année de stagiaires étrangers qui viennent s'initier aux méthodes documentaires françaises. Il a le vif désir de voir se développer ces contacts fructueux qui se prolongent, assez fréquemment, sous la forme de conventions de travail ou d'échanges de documents entre le C. N. R. S, et les centres étrangers. Outre l'intérêt que présentent, pour ses utilisateurs, la modernisation et le développement des services, c'est là un des résultats les moins négligeables. Il est dû, en grande partie, aux efforts constants de l'ensemble de son personnel.

La bibliothèque

Qui pense « bibliothèque » pense « lecteur ». Or la bibliothèque du Centre de documentation du C. N. R. S., créée il y a plus de vingt ans, n'est ouverte aux lecteurs que depuis le mois de mars 1961 1.

Elle n'était en effet à l'origine qu'un des services intérieurs du Centre de documentation, chargé de fournir à la rédaction du Bulletin signalétique et au service photographique la matière de leur travail. Elle n'avait aucun contact avec l'extérieur. Il devint cependant impossible de refuser la communication de revues dont certaines étaient difficiles à trouver ailleurs, et un embryon de salle de lecture fut ouvert rue d'Ulm en 1945, dans la mesure où les locaux qu'occupait alors la bibliothèque le permettaient.

Obligée d'abandonner une partie de ses locaux en 1957, la bibliothèque dut pendant plus de trois ans refuser la communication des revues qu'elle possédait.

La bibliothèque dispose aujourd'hui des trois éléments qui doivent normalement la constituer : bureaux, magasins et salle de lecture. Mais ses clients prioritaires sont toujours le Bulletin signalétique et le service photographique et elle reste spécialisée dans les périodiques, suivant l'orientation qui lui a été donnée à l'origine. A ces périodiques s'ajoutent le début d'une collection de comptes rendus de congrès scientifiques et une assez importante collection de thèses françaises. Elle n'a pas, à proprement parler, de collection de livres.

L'installation du Centre de documentation au 15, quai Anatole-France, dans des locaux communs à l'administration du C. N. R. S. ainsi qu'à d'autres de ses services a posé des problèmes qui ont été particulièrement graves en ce qui concerne la bibliothèque. On peut penser qu'ils ont été résolus au mieux, compte tenu de leurs données.

La plus grosse difficulté était d'incorporer de vastes magasins pourvus de rayonnages suffisants pour contenir plus de 10.000 collections, dont certaines remontent à vingt ans, dans un bâtiment dont les dimensions étaient maintenues dans d'étroites limites aussi bien en hauteur qu'en surface par les règlements qui régissent la construction dans ce quartier de Paris. La solution était, compte tenu de la surface à réserver et du poids à prévoir pour les rayonnages, de creuser le sol, problème délicat à quelques mètres de la Seine. Les magasins se trouvent donc disposés en profondeur, sur deux étages de 2 mètres de hauteur environ, dans une cuve étanche, aérée et climatisée par une installation d'air conditionné. Pour éviter l'aspect déprimant qu'auraient pu présenter les 12 kilomètres de rayonnages métalliques, la maison Ronéo qui a été chargée de l'installation des magasins a fourni des rayonnages dont les montants de couleurs vives, en sections alternées, contrastent avec les tablettes gris foncé, éclairées par des tubes fluorescents. Les magasins sont reliés directement par des moyens mécaniques (monte-charge, monte-documents) avec les bureaux de la bibliothèque et avec les ateliers du service photographique.

Les bureaux de la bibliothèque et la salle de lecture sont logés à l'étage immédiatement supérieur à celui des magasins dans la moitié nord du bâtiment et se trouvent en partie sous la terrasse qui borde le C. N. R. S. à l'ouest et en partie sous le corps même du bâtiment. Cette situation ne leur permet pas de jouir de l'aération et de l'éclairage naturels qui leur sont fournis seulement par des lanterneaux placés sur la terrasse et quelques soupiraux légèrement au-dessus de la chaussée du quai.

La salle de lecture, prévue pour une soixantaine de lecteurs, jouit cependant d'une ambiance agréable grâce à un éclairage général atténué, complété par un éclairage individuel sur table, et au choix fait par les architectes de teintes de murs, sols et plafonds qui réchauffent le chêne clair des rayonnages et des tables.

Les problèmes posés par l'aération et l'éclairage n'ont pas permis le cloisonnement de la surface réservée aux bureaux où a été adopté, par force, le système de la grande salle commune et des bureaux rangés symétriquement autour du fichier général. Une solution satisfaisante concernant l'éclairage est encore à l'étude.

Grâce à ses nouveaux locaux, la bibliothèque peut, pour la première fois de son existence, considérer sans crainte, pour quelques années, l'accroissement des collections des 7.000 périodiques courants qu'elle reçoit et se consacrer à en augmenter le nombre. Elle a l'intention d'étendre plus largement les échanges pour lesquels elle dispose, en plus du Bulletin signalétique et des revues éditées par le C. N. R. S., d'un certain nombre de périodiques français subventionnés par le Centre. La question du manque de place cependant va se poser à nouveau à brève échéance, et déjà sont à l'étude les différentes solutions qui pourront y remédier.

Les laboratoires de photographie

Le service photographique est installé dans des laboratoires modernes aux dimensions variables à volonté, méthode qui permet une utilisation plus rationnelle des locaux. A l'intérieur de l'enceinte des laboratoires, les adductions diverses d'eau chaude ou froide, d'air comprimé ou de liquide réfrigérant sont strictement normalisées au même titre que l'électricité, qui est distribuée au moyen de rails industriels convenablement isolés.

La disposition même des divers organes est commune à tous les laboratoires, le personnel n'est donc en aucun moment désorienté, même lorsque son travail l'appelle à changer de laboratoire. L'aspect de ces laboratoires a été rendu plus attrayant par l'utilisation de matériaux plastiques stratifiés, de caoutchouc comprimé, de matières plastiques diverses.

Les différentes machines sont alimentées à travers des caniveaux creusés dans le sol selon des modules constants. Comme nous l'avons indiqué plus haut, la dimension des laboratoires peut varier en quelques secondes, chacun d'entre eux étant séparé par une cloison plastique en accordéon. Il est alors possible d'obtenir des collectifs de 20 mètres de long pouvant totalement être obscurcis immédiatement.

Tous ces laboratoires sont reliés entre eux par des gaines directement accessibles. Ces dispositions permettent une grande souplesse d'organisation et assurent au personnel un travail équilibré dans une ambiance agréable.

L'air distribué est débarrassé des poussières et conditionné à une température égale. Un chimiste surveille en permanence la distribution des différentes solutions chimiques, leur contrôle et leur stabilisation assurent à l'ensemble de la production une qualité constante.

Pour déceler toutes les anomalies photographiques ou bibliographiques qui auraient pu se glisser pendant les différentes opérations, un contrôle soigné est effectué avant la livraison des microcopies et des photocopies à la clientèle. Les besoins des chercheurs ne se limitent pas à la demande de documentation déjà énumérée. Souvent ils sollicitent les services de l'organisation photographique du C.N.R.S. pour réaliser l'illustration d'un diplôme ou d'une conférence.

Le service photographique exécute donc à leur intention des photographies d'objets divers, voire d'animaux, etc., ceci en micro ou macrophotographie. Le C. N. R. S. est composé d'un ensemble de laboratoires dont l'activité est connue du grand public à l'occasion d'expositions scientifiques. Le service photographique se rend souvent dans ces laboratoires pour y effectuer les prises de vues qui figurent actuellement, par exemple, à l'Exposition du travail intellectuel de Turin ou dans quelque temps également à l'Exposition française de Moscou.

Des photographes spécialisés exécutent sur manuscrits des échantillonnages d'écritures anciennes ou reconstituent des collections dont l'étude était abandonnée parce que difficilement accessibles.

Comme dans toute grande entreprise, le fonctionnement du Centre de documentation exige un ensemble d'imprimés qui sont tirés au fur et à mesure des besoins par le service photographique.

Le service photographique du Centre de documentation a besoin de se développer en raison de l'augmentation sans cesse croissante des demandes; les nouvelles méthodes, actuellement à l'étude, permettront de le rendre plus efficace dans les prochaines années.

  1.  (retour)↑  La salle de lecture est ouverte tous les après-midi, y compris le samedi, de 14 h. à 2I h.