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Journées d'étude des bibliothèques scientifiques

Paris, 19-20 janvier 1961

Les journées d'étude de la Direction des bibliothèques de France qui se sont tenues à Paris les 19 et 20 janvier 196I dans la grande salle des commissions de la Bibliothèque nationale étaient consacrées aux bibliothèques scientifiques (sections scientifiques des bibliothèques universitaires et bibliothèques des nouvelles facultés des sciences et des collèges scientifiques universitaires). Elles ont réuni des conservateurs et bibliothécaires de bibliothèques universitaires et les responsables à titre provisoire de celles des collèges scientifiques universitaires.

Première séance (jeudi 19 janvier 1961, 9 h 30).

La séance est présidée par M. Julien Cain, directeur général des Bibliothèques de France entouré de MM. Lelièvre, Brun et Masson, inspecteurs généraux, de Mlles Salvan, Ruyssen et Thiébeauld et de MM. Poindron, Bleton et Michel du Service technique de la Direction des bibliothèques de France.

Dans son allocution d'ouverture, M. Julien Cain souligne le caractère exceptionnel de ces journées qui ont lieu un mois seulement après celles des bibliothèques municipales à Tours.

« L'enseignement supérieur est en pleine crise de croissance. Dans un certain nombre de villes universitaires le transfert de la faculté des sciences a été décidé ou est prévu à plus ou moins longue échéance. On envisage même, et c'est le cas à Marseille, plusieurs facultés des sciences. A Paris, outre celles d'Orsay et de la Halle aux vins, une faculté est prévue dans la banlieue nord, à Stains. De nouvelles facultés des sciences ont déjà été créées à Nantes, Nice et Reims.

« Tirant la leçon de cet état de fait, nous sommes obligés de créer des bibliothèques de facultés des sciences, certaines entièrement nouvelles, d'autres constituées, pour une partie tout au moins, par les fonds déjà existants.

« Placés devant un problème important de constructions, il nous fallait d'abord arrêter la structure de ces nouvelles bibliothèques. C'est ce que nous avons fait et M. Lelièvre vous exposera dans quelques instants, dans ses grandes lignes, la structure que nous avons retenue et les raisons de notre choix. Cette adoption pose de nombreux problèmes intéressant l'organisation et le fonctionnement de la bibliothèque. Des dispositions doivent être prises immédiatement pour quelques bibliothèques. Nous avons donc estimé nécessaire, avant de préciser certaines directives, de réunir les bibliothécaires universitaires et leurs collaborateurs, intéressés soit dans l'immédiat, soit dans les années à venir par la réforme des bibliothèques scientifiques.

« Il ne s'agit donc pas, conclut M. Cain, de journées d'étude au sens traditionnel du terme puisque tous les bibliothécaires universitaires n'ont pas été convoqués, mais de séances de travail destinées d'une part à vous informer et d'autre part à recueillir vos observations sur nos projets. »

M. Cain donne alors la parole à M. Lelièvre.

Structure des nouvelles bibliothèques scientifiques.

Le classement purement matériel des collections des bibliothèques universitaires (Instructions de 1878) selon le format et l'ordre d'entrée des volumes, n'est plus adapté aux nécessités de la recherche. Cette structure désuète a entraîné les usagers à ne plus fréquenter les bibliothèques. Parallèlement, on constate une prolifération souvent anarchique de bibliothèques d'instituts.

Le problème posé par le nombre croissant des étudiants et des professeurs ne sera pas résolu par le simple développement des services publics des bibliothèques tels qu'ils fonctionnent actuellement; c'est la structure même de ces bibliothèques qui doit changer.

De 1945 à 1950 de premiers efforts ont été faits à Aix, Caen et Marseille, mais on n'a pas prévu alors le développement considérable qu'allaient devoir prendre les bibliothèques.

Il est impossible, au moment où plus de 15 établissements nouveaux vont être créés, de les concevoir comme les anciennes bibliothèques universitaires.

Les besoins des étudiants du premier cycle en ouvrages généraux, usuels et manuels en de nombreux exemplaires, diffèrent profondément de ceux des étudiants du 2e et surtout du 3e cycle. Ces derniers ont besoin de bibliothèques spécialisées dans chacune des grandes disciplines scientifiques.

Les bâtiments doivent donc offrir des salles « générales », des salles spécialisées et des magasins destinés à conserver les publications d'usage moins fréquent.

M. Arretche, architecte chargé de la construction de la nouvelle Bibliothèque de la Faculté des sciences de Rennes, a fait, à la demande de M. Lelièvre, deux études sur un même programme. L'une suivant un plan traditionnel avec un magasin à livres important, l'autre suivant un plan « divisionnel » comprenant quatre salles spécialisées conçues avec suffisamment de souplesse pour pouvoir être modifiées. Le plan adopté (voir figures) n'est pas plus coûteux finalement que le plan traditionnel.

- au rez-de-chaussée : des salles d'usuels adossées à un magasin à livres du type normalisé;

- au premier étage on trouvera en entrant une salle comportant le catalogue général, les bibliographies et périodiques généraux, puis une très grande salle, contenant 30 à 40 ooo volumes, divisée intérieurement non par des murs ou des cloisons, mais par des éléments de rayonnages. Ceux-ci sont pour la plupart répartis le long d'un axe correspondant à la partie de plancher qui s'appuie sur le magasin du rez-de-chaussée.

Ce schéma a inspiré la construction de la bibliothèque de la nouvelle Faculté des sciences de Nice. Lorsqu'il s'agit d'une section scientifique issue d'une bibliothèque universitaire, il faut évidemment prévoir des magasins plus développés pour abriter la partie de l'ancien fonds qui ne trouvera pas sa place dans les salles spécialisées, c'est ce qui a été prévu à Lyon, où seule la partie encore vivante des anciens fonds sera placée dans ces salles.

Dans le cas de certaines bibliothèques universitaires comme Toulouse et Poitiers dont les plans ont été approuvés en 1959 et qui ont été mises en chantier sur le type traditionnel, il n'est pas exclu que l'on puisse dans une certaine mesure créer des salles à sections spécialisées.

Le problème que pose la construction des bibliothèques des collèges scientifiques universitaires est assez différent.

Ces collèges, en effet, sont ouverts actuellement à un petit nombre d'étudiants (variant de 100 à 500) et ne deviendront des facultés indépendantes qu'au-delà d'un « seuil » de 2.500 étudiants. Il faut donc trouver une formule suffisamment souple pour que des développements ultérieurs assez considérables soient possibles.

Il faut songer également aux collèges littéraires et juridiques.

Cette nouvelle structure répond si bien à un besoin que le doyen de la Faculté des lettres de Montpellier, M. Jourda, souhaite la voir adopter à la section des lettres et sciences humaines de la bibliothèque universitaire. Il serait prêt à confier à ce moment-là tous les fonds des bibliothèques d'instituts à la bibliothèque universitaire.

Le personnel de ces bibliothèques doit être un peu plus nombreux que celui des bibliothèques traditionnelles et surtout réparti de façon très différente.

Les salles spécialisées demandent la présence d'un personnel scientifique avec connaissances bibliographiques très poussées et ayant acquis une certaine spécialisation.

Le rôle du personnel technique va également en s'amplifiant alors que celui des gardiens diminue.

Le personnel des bibliothèques a considérablement augmenté depuis 1945. Mais devant le nombre de bibliothèques à créer, il faut prévoir un recrutement encore plus important. Il faut songer à un recrutement de caractère plus régional. Enfin, la formation actuelle est mal adaptée aux conditions nouvelles et le diplôme supérieur de bibliothécaire qui marquait un progrès sur l'ancien diplôme technique de bibliothécaire est aujourd'hui dépassé en raison de son caractère trop historique et encyclopédique.

Il s'agit donc d'une réforme très importante et de l'abandon de la bibliothèque encyclopédique, solution qui fut considérée comme idéale, mais que nous serions seuls à défendre aujourd'hui. Quelques-unes subsisteront comme les Bibliothèques nationales de Paris et de Strasbourg; les bibliothèques universitaires au contraire doivent évoluer malgré les partages difficiles entre la médecine et les sciences, le droit et l'histoire, la géographie et la géologie par exemple. Pour y remédier, il faudra envisager l'achat en double de livres communs, mais c'est une difficulté mineure au regard de la nécessité où nous sommes de répondre aux besoins de la recherche « plutôt que d'être considérés comme des intendants faisant des dépôts de livres dans les instituts, ou comme des conservateurs inutiles ».

M. Cain remercie M. Lelièvre de son exposé. Il remercie également les deux autres inspecteurs généraux et les membres du Service technique qui ont permis l'étude de ces « formules nouvelles ». Il insiste sur l'importance du développement des bibliothèques scientifiques au moment où la Commission du plan d'équipement inscrit environ 300 milliards de francs pour les années 1962-1965 dont près de 50 milliards destinés aux seules bibliothèques. Ce chiffre répond non seulement aux besoins de la construction et de l'équipement, mais encore à ceux des moyens de reproduction et des nouvelles méthodes à prévoir pour le catalogage. M. Cain souhaite que la souplesse des nouvelles bibliothèques universitaires leur permette de suivre le développement des facultés pour lesquelles le directeur de l'Enseignement supérieur, M. Capdecomme, ne veut pas s'enfermer dans des formules rigides.

Quelques points de l'exposé de M. Lelièvre sont alors repris, et au cours de la discussion, les problèmes suivants sont entre autres abordés :
I° emplacement de la bibliothèque dans le « campus » universitaire et distance qui la sépare des instituts les plus éloignés;
2° existence des bibliothèques d'instituts parallèlement à la bibliothèque universitaire.

Pour la clarté de l'exposé, nous regrouperons ces données par bibliothèque universitaire :

A Lyon, M. Rocher envisage en plus des salles spécialisées de sciences, une salle de culture générale (littérature, histoire, philosophie...) destinée aux étudiants scientifiques qui se trouvent trop éloignés de la bibliothèque universitaire centrale.

A Montpellier, M. Pitangue signale le cas particulier de l'Institut de botanique qui donnerait toutes ses collections à la bibliothèque universitaire, si l'on créait une bibliothèque spéciale de botanique. Il craint beaucoup le particularisme des instituts et leur dispersion qui risquent de maintenir l'existence de dépôts de livres en dehors de la bibliothèque universitaire.

A Toulouse, Mlle Arduin trouve les distances à parcourir trop considérables, la faculté s'étirant le long d'une route, il faut compter jusqu'à une demi-heure de marche entre la bibliothèque universitaire et certains instituts. M. Bleton précise que la situation de la bibliothèque universitaire est imposée par la proximité des services généraux de la faculté et par celle du restaurant universitaire. D'autre part, les nouveaux plans de la faculté prévoient plusieurs bibliothèques d'instituts en dehors de la bibliothèque universitaire, alors que celle-ci est conçue sur le type traditionnel. M. Lelièvre souhaite que l'on puisse étudier, s'il n'est pas trop tard, une certaine reconversion du projet de Toulouse.

A Rennes, grâce à la prévoyance de la municipalité, un vaste terrain permet le regroupement des instituts dispersés de la faculté des sciences. M. Sansen suggère que le transfert des livres de la bibliothèque universitaire soit échelonné dans le temps et se fasse parallèlement au transfert des instituts auxquels ils correspondent ; par exemple la salle spécialisée des mathématiques de la bibliothèque universitaire serait installée lors du transfert de l'institut de mathématiques.

M. Lelièvre tire les conclusions de cette discussion en rappelant que M. Capdecomme est décidé à « harmoniser » les désirs des professeurs, des doyens et des recteurs, ce qui ne peut être que favorable aux bibliothèques universitaires. Il pense que l'on doit travailler en vue des quinze ans à venir, tout en réservant autour des bibliothèques universitaires des terrains permettant de créer soit de nouvelles salles spécialisées, soit des magasins pour entreposer les publications vieillies, selon l'évolution de chaque bibliothèque. Il ne croit pas que l'on puisse prévoir pour cinquante ans et rappelle les difficultés que rencontre une bibliothèque comme Sainte-Geneviève conçue de façon trop rigide.

Quant au nombre et à la division des salles spécialisées, plusieurs fois évoqués, ils ne semblent pas poser de problèmes importants : il suffira de séparer ou de réunir matériellement, grâce aux rayonnages mobiles, les diverses divisions de la CDU pour avoir 5 ou 7 sections par exemple.

Deuxième séance (jeudi 19 janvier 196I, 14 h 30).

M. Poindron étudie les problèmes posés par le traitement des publications dans le cas de bibliothèques nouvelles et dans celui des bibliothèques transférées.

A. Les bibliothèques nouvelles.

1. Répartition et composition des salles.

Les ouvrages seront répartis en cinq sections correspondant aux spécialisations des salles de travail :
CDU
Généralités............... o, 5/6, 5 et 6
Mathématiques, Astronomie..... 5I/52
Physique, Chimie................ 53/54
Sciences de la terre............... 55/56
Biologie, Zoologie, Botanique...... 57/59

Les ouvrages traitant de sciences appliquées (CDU 6) pourront être groupés dans la salle de la science fondamentale correspondante.

La salle générale comprendra :
- les ouvrages généraux (classe o) et les ouvrages portant sur l'ensemble des sciences fondamentales ou appliquées ou sur l'ensemble des sciences en général (classes 5/6, 5, 6) y compris les bibliographies, encyclopédies, etc...
- les bibliographies courantes d'intérêt commun et les périodiques d'intérêt commun;
- les catalogues généraux.

Les salles spécialisées comprendront :
- les collections et ouvrages spécialisés de consultation courante;
- les bibliographies rétrospectives ou courantes n'intéressant que la spécialisation de la salle;
- les périodiques n'intéressant que la spécialisation de la salle;
- certains catalogues propres aux documents de la salle.

2. Les magasins à livres.

Aux cinq salles spécialisées correspondront cinq sections de magasins désignées par les lettres A, B, C, D et E, plus un magasin spécial réservé aux périodiques.

3. Traitement des ouvrages.

a) Les ouvrages que l'on ne juge pas d'une utilisation courante sont envoyés en magasin.

Nous avons le choix entre trois possibilités pour le classement en magasin :
- une série numérique unique selon l'ordre d'entrée,
- un classement systématique développé correspondant à celui des salles spécialisées,
- un classement systématique sommaire en 5 séries numériques correspondant aux 5 grandes divisions adoptées et dans chacune, l'ordre d'entrée. C'est ce dernier parti que nous avons adopté. Cette solution moyenne qui demande 5 inventaires seulement a pour avantage la simplicité du rangement en magasin; les numéros d'inventaire constituent la cote.

Elle réserve l'avenir et peut permettre des modifications ultérieures.

b) Les ouvrages appelés à figurer sur les rayons des salles spécialisées porteront leur numéro d'inventaire au verso de la page de titre. Une cote décimale leur sera attribuée : elle sera reportée dans la colonne appropriée du registre entrée-inventaire. Ces ouvrages pourront être remis en magasin, à leur place normale (numéro d'inventaire) lorsqu'ils auront cessé de faire partie de la documentation vivante.

4. Les catalogues.

On trouvera dans la salle générale :
- un catalogue alphabétique d'auteurs et d'anonymes complet,
- un catalogue systématique complet avec indices développés distincts de la cote, assorti d'un index alphabétique de matières,
- un catalogue alphabétique de matières (dont l'utilité peut être contestée),
- un catalogue de périodiques.

On trouvera dans chaque salle spécialisée :
- un catalogue topographique systématique permettant le récolement,
- éventuellement, un catalogue d'auteurs et d'anonymes limité aux livres de la section.

B. Les bibliothèques transférées.

I° Il faut trier dans le fonds existant les ouvrages qui devront être transférés et reporter sur les anciens registres d'inventaire la mention du transfert.

20 Dans les ouvrages transférés, on distinguera :
a) ceux qui prendront place dans les salles spécialisées. Ils recevront un nouveau numéro d'inventaire, seront cotés suivant la CDU et seront catalogués à nouveau. Lorsqu'ils perdront leur actualité, ils prendront place dans le nouveau fonds en magasin;
b) ceux qui n'ont plus d'actualité au moment du transfert. Ils conserveront leur ancien numéro d'inventaire et seront rangés à part dans les magasins constituant un ancien fonds. On ouvrira un registre d'inventaire spécial constitué de numéros discontinus qui servira au récolement. Les fiches qui auront été retirées des anciens catalogues seront groupées à part pour constituer le catalogue de l'ancien fonds, tout au moins à titre provisoire.

On aura donc dans ce type de bibliothèque :
- des salles spécialisées,
- des magasins divisés par grandes sections pour le nouveau fonds,
- un magasin général pour l'ancien fonds.

M. Cain rappelle qu'il ne s'agit là que d'un schéma, mais il souhaite que chacun reparte convaincu qu'il est réalisable.

M. Piquard fait observer qu'il sera nécessaire d'envisager la question des exemplaires multiples pour le prêt.

La question des vols de livres dans les salles de libre accès est soulevée, mais il semble que ce soit surtout un problème de surveillance.

M. Masson demande si l'on ne pourrait pas fondre la salle des généralités avec celle de propédeutique et M. Poindron répond que leur composition et leur rôle sont trop différents. A propos des salles de propédeutique, MM. Cain et Lelièvre rappellent que les étudiants ont également la possibilité de travailler par petits groupes dans des salles de travail qui ne dépendent pas de la bibliothèque universitaire, mais en sont toutes voisines. Il en existera à Orsay.

M. Rocher souhaite dégarnir la salle générale au profit des salles spécialisées pour des périodiques bibliographiques comme les Chemical abstracts. Il faut cependant, de l'avis général, laisser dans la salle générale les bibliographies d'intérêt commun, même lorsque le titre peut sembler particulier comme dans l'exemple ci-dessus.

Magasins.

Pour le classement par formats, M. Garnier pense que l'on peut réduire leur nombre à deux, mais non pas supprimer complètement cette division matérielle. Faut-il alors doubler les inventaires ou, comme le propose M. Sansen, remplacer en magasin les in-folio par des « fantômes » ?

Catalogues.

M. Sansen se déclare prêt à abandonner le catalogue alphabétique de matières. Mais MM. Masson, Piquard et Poindron sont d'avis de le maintenir, à côté du catalogue systématique, tout au moins à titre provisoire. Mlle Robert, de l'Institut national des sciences appliquées de Lyon, n'établit qu'un catalogue systématique, mais elle constate que l'index alphabétique de celui-ci est très utilisé par les chercheurs.

En ce qui concerne les catalogues des salles spécialisées, malgré les possibilités qu'offre la multigraphie, M. Mironneau pense que de nombreux catalogues dérouteront les lecteurs. Si la présence d'un catalogue topographique dans chaque salle est jugée nécessaire par tous, au contraire le catalogue-auteurs ne recueille que peu de suffrages, soit qu'il entraîne trop de travaux d'intercalation, soit que le lecteur ne trouvant pas un livre dans un catalogue partiel ne songe pas à le chercher dans le catalogue général.

M. Cain ne pense pas que l'encombrement des fichiers serait considérable et s'informe du nombre d'ouvrages dont on envisage le transfert. M. Rocher a dénombré, pour Lyon, environ 26.000 volumes sans compter les thèses et les périodiques. Il donne les précisions suivantes :
918 m pour les 26.000 volumes,
550 m pour 5.000 « boîtes » de thèses,
1.300 m pour les périodiques,
2.768 m

Il prévoit, en outre, un accroissement annuel de 2.000 volumes.

M. Lelièvre juge ces chiffres très rassurants, mais il lui paraît imprudent de multiplier les catalogues sur fiches. Il faut songer que dans un proche avenir, certains catalogues pourront être publiés sous forme de volumes.

Acquisitions.

M. Poindron insiste sur la nécessité d'acheter des bibliographies en double lors de « l'éclatement » de la bibliothèque universitaire en 4 sections (Droit, Lettres, Médecine, Sciences). Dans le cas de créations nouvelles, il faudra faire un programme d'achats de bibliographies et de périodiques encore plus important et envisager des acquisitions rétrospectives variant de 10 à 50 ans selon les disciplines.

Pour les ouvrages épuisés, que le commerce d'occasion n'offre que très rarement, il faudrait étudier un programme de réédition ou de reproduction sur microfilm ou sur microfiche. Il y aurait intérêt à ce que les bibliothèques universitaires de province signalent ces ouvrages au Service technique. Un service bibliographique commun à toutes les bibliothèques universitaires et éventuellement rattaché à une grande bibliothèque scientifique pourrait aider ces bibliothèques sur le plan des acquisitions en diffusant des informations sur les nouveautés scientifiques, il pourrait même envisager de multigraphier des fiches qui porteraient l'indice CDU. Le seul inconvénient d'un service semblable serait le risque de retard dans un domaine où la rapidité est indispensable. Notons que le service de bibliographie rattaché à la Faculté des sciences d'Orsay a déjà établi une Liste des périodiques en cours proposée pour l'équipement de nouvelles sections scientifiques universitaires.

Les professeurs de sciences demandent partout des achats de périodiques de plus en plus nombreux. Sans doute faut-il envisager une bibliothèque centrale possédant de nombreux abonnements et un service de reproduction photographique semblable à celui du C.N.R.S., dont on évoque les difficultés dues au retard dans la livraison des reproductions. Mais les professeurs ne veulent pas seulement des articles de périodiques qu'ils connaissent par les bibliographies et peuvent faire photographier; ils veulent suivre ces périodiques pour leur information et sans savoir d'avance ce qu'ils y trouveront. Le problème du prêt interuniversitaire est évoqué à ce propos. Il semble, par des exemples étrangers, que dans le domaine scientifique l'envoi de reproductions 1 gratuites coûterait moins cher que l'envoi de nombreux volumes avec toutes les opérations que cela comporte, et M. Poindron rappelle à ce propos l'exemple de la Bibliothèque nationale de médecine à Washington.

Actuellement, dans les commissions des bibliothèques universitaires, les scientifiques voient les littéraires s'opposer à leurs très nombreuses demandes de périodiques, au nom d'un équilibre qui devrait peut-être être renversé. M. Sansen propose de scinder le budget de la bibliothèque universitaire par avance et de créer soit plusieurs commissions spéciales, soit une commission générale et plusieurs sous-commissions. Mlle Ruyssen indique qu'à Aix-Marseille il y a 3 commissions : droit et lettres, sciences, médecine. La question des commissions doit faire l'objet d'une étude par le Service technique.

Personnel.

M. Mironneau appelle l'attention sur la crise de recrutement qui sévit actuellement et il craint de voir s'élever des bâtiments que, faute de personnel, nous ne pourrons pas faire fonctionner convenablement. Il signale l'attrait exercé par les salaires du secteur privé. M. Cain répond que le Conseil supérieur de la fonction publique et le ministère des finances ont été saisis de ces problèmes.

M. Rocher pense qu'étant donné le nombre des employés féminins travaillant dans les bibliothèques, il faudrait développer les emplois à mi-temps. Parmi les tâches dont le personnel souhaite légitimement être déchargé, se trouve l'établissement des états de traitement. C'est une question qui a déjà été posée plusieurs fois et qui n'a pas encore trouvé sa solution.

Troisième séance (vendredi 20 janvier 196I, 9 h 30).

Classification.

Mlle Salvan précise que le Service technique s'est trouvé devant le problème délicat du choix d'une classification pour les salles spécialisées et le catalogue systématique.

En effet, mettre le plus possible de livres à la disposition des lecteurs, comme il a été décidé de le faire en adoptant le parti des sections spécialisées, c'est les présenter « dans l'ordre où ils souhaitent les trouver » suivant la formule des manuels anglo-saxons de bibliothéconomie. Mais il est assez difficile de prévoir justement l'ordre où lecteurs et spécialistes désireraient trouver des livres. En adoptant un système de classification, on peut être certain qu'il sera critiqué et même âprement critiqué. Tous les systèmes sont défectueux, et il faut se résigner à quelque chose de relativement acceptable, sans rechercher une perfection inaccessible dans ce domaine et se souvenir que les lecteurs préfèrent un mauvais classement systématique au classement purement matériel.

Ce classement matériel prescrit par les instructions de 1878, il est temps d'y renoncer et de faire une bibliothèque plus accueillante, présentée en accès libre, classée systématiquement, au moins pour la documentation vivante.

Nous espérons ainsi ramener vers les bibliothèques le public scientifique qui les boude parce qu'elles ne sont pas adaptées à ses intérêts.

Parallèlement, il sera souhaitable d'établir des catalogues systématiques englobant aussi bien la documentation actuelle, vivante, fréquemment consultée, que la documentation rétrospective toujours susceptible d'un retour à l'actualité.

En ce qui concerne l'adoption d'un système déterminé, on n'avait pas l'embarras du choix. Il fallait un système bien connu, international, déjà rodé et appliqué dans les grandes bibliographies, aussi fréquemment révisé que possible, comportant des tables développées en version française. La CDU, système ancien, et parfois légitimement critiqué, répond à ces diverses nécessités 2.

Mlle Salvan donne ensuite quelques indications sur le principe de la classification décimale et sur l'utilisation des tables auxiliaires, sur le nombre de subdivisions communes, relativement restreint, à appliquer dans la cotation. Elle précise que les indices figurant dans la cote seront aussi peu développés que possible (correspondant à peu près à l'édition abrégée). En revanche, dans le catalogue systématique, on utilisera des indices plus développés (distincts de la cote) et assortis des subdivisions communes utiles. On emploiera, quand le besoin s'en fera sentir, les signes de relation et d'inclusion. Le catalogue systématique devra être complété par un index alphabétique de matières, indispensable pour les usagers et aussi pour les bibliothécaires.

Mlle Salvan conclut en indiquant qu'on ne peut sous-estimer les tâches à accomplir qui doivent être assumées à la fois par les bibliothécaires et par le Service technique. La nécessité de se tenir au courant des extensions et des révisions de la CDU s'impose, de même qu'il faut suivre dans les revues professionnelles l'évolution de la classification.

L'avantage majeur d'avoir rompu avec les solutions de facilité sera, nous l'espérons, d'établir une véritable collaboration entre les bibliothécaires et les usagers de la bibliothèque. Les bibliothèques universitaires nouvelles devront également accueillir des stagiaires et contribuer à la formation du personnel appelé à utiliser la CDU.

M. Masson pose une question préalable sur l'extension de la CDU aux sections de lettres et de droit, pensant notamment aux Bibliothèques universitaires de Nancy et de Montpellier. M. Sansen propose que, dès maintenant, les nouvelles acquisitions soient classées par grandes divisions de la CDU et que l'on établisse des inventaires en conséquence. Mlle Salvan craint que la CDU ne soit actuellement moins satisfaisante dans ces domaines.

Sur une question de M. Guinard concernant le classement des bibliothèques médicales, Mlle Salvan indique que lors de la réorganisation des bibliothèques des écoles de médecine et de pharmacie, et lors de la création de la section médicale de la Bibliothèque universitaire de Clermont-Ferrand, c'est la classification Cunningham qui a été adoptée. En l'absence des bibliothécaires médicaux, il est décidé de ne pas prolonger ce débat.

Mlle Chevalier, MM. Garnier et Sansen se demandent s'il sera facile de partager la classe 6 de la CDU consacrée aux sciences appliquées, pour rapprocher les techniques des sciences fondamentales dont elles découlent, ou s'il ne vaudrait pas mieux créer une section spéciale avec les sciences appliquées.

La discussion s'oriente ensuite sur le problème des thèses. Dans les bibliothèques universitaires, où se trouvent des collections complètes, il paraît plus rationnel de les laisser groupées par facultés et par universités, classement auquel bibliothécaires et lecteurs sont habitués. Au contraire, dans les collèges scientifiques universitaires, qui ne possèdent que quelques thèses isolées, elles seront traitées comme des ouvrages ordinaires et classées selon la CDU.

Pour la présentation matérielle des fiches, Mlle Salvan précise que l'on devrait porter les indications suivantes :
- en haut et à gauche : l'indice décimal développé,
- à gauche de la notice : la cote de la salle spécialisée,
- en bas, à droite : le numéro d'inventaire servant de cote en magasin. Lorsque le livre retourne en magasin, la cote sera masquée d'une manière quelconque.

Mlle Robert présente quelques fiches-guides portant chacune : l'indice de la CDU, la vedette correspondante en clair et, éventuellement, des renvois.

M. Richter souhaite le développement d'un véritable enseignement de la CDU aussi bien à l'intention des étudiants que des bibliothécaires. On peut envisager la rédaction d'un guide élémentaire multigraphié à l'usage des lecteurs de la bibliothèque. D'autre part, la réforme récente du certificat d'aptitude aux fonctions de bibliothécaire 3 accorde une plus large place aux problèmes de classification.

M. Cain ayant dû se retirer au cours de la séance, M. Lelièvre tire alors les conclusions de ces journées d'étude : « Nous sommes dans une période de transition où un grand effort est demandé aux bibliothécaires. En effet, le fonctionnement des bibliothèques universitaires demandait une réforme et nous devons tenir compte également aujourd'hui de l'évolution rapide de l'enseignement supérieur. » M. Lelièvre propose que les prochaines journées d'étude des bibliothèques scientifiques aient lieu sous forme de stage dans la première bibliothèque nouvellement équipée qui fonctionnera.

Quatrième séance (vendredi 20 janvier 196I, 14 h 30).

Cette séance restreinte est réservée aux bibliothécaires municipaux et aux sous-bibliothécaires de bibliothèques d'écoles de médecine et de pharmacie chargés les uns et les autres des collèges scientifiques universitaires.

M. Cain adresse d'abord des remerciements à tous ceux qui, en plus de leur tâche déjà lourde, ont bien voulu assurer le fonctionnement de ces bibliothèques naissantes.

Personnel.

En attendant la nomination d'un bibliothécaire par collège, quelles sont les solutions adoptées et quels sont les souhaits pour l'avenir ? Plusieurs municipalités ont engagé un employé temporaire, quelques directeurs ont proposé un assistant ou même des étudiants, mais cette dernière formule paraît peu satisfaisante. La surveillance des salles pose surtout des difficultés (livres volés à Mulhouse). On souhaite un auxiliaire d'une bonne culture générale ou un sous-bibliothécaire. Temporairement, M. Lelièvre propose l'envoi de stagiaires possédant le diplôme supérieur de bibliothécaire, la Direction des bibliothèques de France continuant quelque temps les envois de livres et de fiches à tous les collèges.

Bâtiments.

M. Bleton présente un plan-type très simple qui se rapproche, pour des raisons d'économie, du type traditionnel :
- salle de lecture,
- salle de périodiques,
- salle des catalogues et de bibliographie,
- magasin pour 50.000 volumes,
- salles de travail libre, sans livres, ouvertes plus longtemps.

Mais l'exemple présenté, adopté pour le Collège de Tours, n'est pas applicable tel quel à Pau et à Rouen, qui ont déjà vocation de faculté. Devant l'incertitude du développement des collèges, il faut prévoir des salles assez grandes dans lesquelles on soit libre d'implanter le mobilier selon les besoins et réserver du terrain pour un accroissement ultérieur. M. Lelièvre insiste pour qu'on ne fasse guère de programme pour plus de 10 ans.

Information bibliographique.

Il faut penser à développer le rôle du prêt interuniversitaire et faire appel aux ressources des bibliothèques universitaires et bientôt à celles d'une bibliothèque centrale de prêt, dont la création est prévue. Les collèges auront d'abord un rôle de centres de documentation scientifique et technique, axé sur les industries de la région où ils se trouvent. Ils posséderont bibliographies, catalogues et répertoires qui permettront d'orienter les recherches.

Acquisitions.

Mlle Ruyssen insiste sur les listes d'achat des professeurs. Parfois trop spécialisées, elles servent à compléter les achats collectifs effectués par le Service technique. En général, les professeurs sont satisfaits des achats de la Direction des bibliothèques de France, spécialement à Mulhouse et à Limoges où ils s'intéressent activement à la bibliothèque.

En 196I, Mlle Ruyssen propose des abonnements de périodiques, en particulier pour le Bulletin signalétique du C.N.R.S. : une liste de périodiques sera adressée prochainement aux Collèges scientifiques universitaires 4. Les professeurs pourront choisir dans cette liste ceux qui les intéressent particulièrement.

M. Logié souhaiterait recevoir des années anciennes de périodiques, mais les moyens financiers dont on dispose actuellement ne permettent pas de prévoir des attributions de caractère rétrospectif.

Les volumes faisant partie de collections étant traités selon la CDU comme les autres volumes, il est demandé aux bibliothécaires de tenir un fichier ou un registre spécial permettant de connaître l'état de leurs collections.

Catalogues.

Dans l'immédiat, il est peut-être inutile d'établir un index alphabétique de matières pour le catalogue systématique topographique. L'édition française abrégée de la CDU peut en tenir lieu actuellement.

Conclusion.

Plusieurs bibliothécaires se félicitent du caractère technique et de l'animation de ces journées d'étude et souhaitent voir désormais les problèmes abordés de façon aussi concrète.

M. Poindron lève la séance en remerciant les participants.

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Fig. 1 - Plan du rez-de-chaussée

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Fig. 2 - Plan du premier étage

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Fig. 3 - Coupe

  1.  (retour)↑  Au cours de la discussion, plusieurs bibliothécaires souhaitent des informations sur les méthodes de reproduction actuelle. M. Poindron rappelle l'existence d'un article : La Microcopie en France dans les bibliothèques et centres de documentation, paru dans le Bulletin des bibliothèques de France (avril 1959, pp. 161-182 ; mai 1959, pp. 229-248 et il annonce celui de Mlle Guéniot sur la xérographie, qui est publié ce mois-ci. Il conseille de se reporter également au Bulletin du C. I. M. A. B. (Centre d'information du matériel et des articles de bureau) et au Bulletin de l'Unesco à l'intention des bibliothèques.
  2.  (retour)↑  Parmi les éditions actuellement disponibles :
    Classification décimale universelle. Ed. abrégée française. - La Haye, F. I. D., 1958. - 204. p. (F. I. D. publ. 306).
    Dezimal Klassifikation. Dreisprachige Kurzausgabe. - Universal decimal classification. Trilingual abridged ed. - Classification décimale universelle. Éd. abrégée trilingue. F. I. D. 277. - Berlin, Köln, Beuth Vertrieb; London, British standards institution, 1958. - 515 p. (Deutscher Normenausschuss. British standards institution. Association belge de documentation. Union française des organismes de documentation).
    Universal decimal classification... B. S. 1000 A : 1957. (F. I. D. n° 289.) Abridged English ed... 2nd ed. rev. 1957. - London, British standards institution, 2 Park Str., London W. I, 1957. - 252 p.
    Dezimal-Klassifikation. Deutsche Gesamtausgabe. 3. internationale Ausgabe. - Berlin, Beuth-Vertrieb, 1934-1958. - 10 fasc.
    On doit également se tenir au courant des extensions et corrections. Voir: Extensions and corrections to the U. D. C. - The Hague, Int. federation for documentation, 196I. - 63 p.
  3.  (retour)↑  Voir : B. Bibl. France, 5e année, n° 11, nov. 1960, pp. 422-424.
  4.  (retour)↑  Elle a été envoyée le 7 février 196I.