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Michel Roux-Spitz

Architecte en chef de la Bibliothèque nationale

Julien Cain

Michel Roux-Spitz, architecte de la Bibliothèque nationale, est mort le 14 juillet 1957 à l'âge de soixante-neuf ans. Il avait été appelé à cette fonction le 1er juillet 1932. Par arrêté du 28 décembre 1953 il avait été mis à la retraite et remplacé par M. Chatelin. Mais par mesure du 26 janvier 1954 il avait été chargé de l'achèvement des travaux qu'il avait entrepris, c'est-à-dire du magasin central des Imprimés et d'une partie des aménagements du Département des périodiques. Une longue maladie l'avait, au cours de ces dernières années, contraint à réduire son activité de grand bâtisseur.

M. Perchet, directeur général de l'Architecture, lors des obsèques de Michel Roux-Spitz, a souligné les qualités exceptionnelles de son art qui l'ont placé au premier rang. Né à Lyon, fils d'architecte, d'abord disciple de Tony Garnier qui donna au béton armé dans de grands édifices lyonnais toute la place qu'il devait prendre, Roux-Spitz, premier grand prix de Rome en 1920, avait étudié les monuments de l'Antiquité, de la Renaissance et de l'âge classique en même temps qu'il s'était initié aux techniques les plus récentes par l'étude des ouvrages étrangers et des travaux des représentants les plus qualifiés de l'architecture moderne. Devenu architecte en chef des bâtiments et palais nationaux en même temps qu'architecte en chef des P. T. T., il fut chargé de constructions très importantes qui sont décrites, dans deux grands volumes qu'il publia sous le titre Réalisations, par des notices accompagnées de plans et de photographies 1. Un troisième volume est en préparation. Il faut retenir plus particulièrement, à côté des beaux immeubles d'habitation qu'il a créés, la construction du Bureau central des chèques postaux de Paris, l'Hôtel des postes de Lyon, l'Ecole nationale de céramique de Sèvres. Le plan de reconstruction de Nantes et l'édification de son immense Cité hospitalière devaient après la guerre absorber plus particulièrement les forces de Roux-Spitz.

Mais depuis 1932, c'est-à-dire pendant un quart de siècle, il n'a cessé de se consacrer à la Bibliothèque nationale. J'ai exposé dans une suite de rapports sur l'activité de ce grand établissement, ainsi que dans une publication parue en 1936, intitulée Les Transformations de la Bibliothèque nationale 2, le vaste programme que j'avais arrêté et proposé à Roux-Spitz. Il s'agissait d'abord d'apporter un remède à l'encombrement qui menaçait nos collections : un dépôt annexe fut créé à Versailles; Roux-Spitz construisit le premier bâtiment de 1932 à 1934, le second de 1952 à 1953. Une extrême simplicité dans le plan, une parfaite pureté dans les lignes caractérisent ces deux constructions, conçues non comme des bibliothèques fonctionnant avec des services complexes, mais comme de simples dépôts qui ne peuvent disposer que d'un personnel extrêmement réduit.

Il était plus difficile d'entreprendre rue Richelieu les travaux de transformations qui s'imposaient. Pour installer des locaux neufs à l'intérieur de murs auxquels on ne pouvait toucher, il fallait beaucoup d'art, d'ingéniosité et aussi d'audace. J'ai été le témoin des efforts que fit Roux-Spitz pour traduire les programmes qui lui étaient remis. L'utilisation systématique des sous-sols permit la création de nouveaux magasins, d'une salle de bibliographie et de catalogues, l'installation de nombreux services, en particulier le long d'une nouvelle cour anglaise. L'aménagement d'une salle destinée à recevoir le public de la réserve des Imprimés fut suivi d'un agrandissement considérable du Département des manuscrits. Mais c'est à partir de 1937, quand les premiers travaux de décongestion et d'agrandissement furent achevés, que Roux-Spitz put entreprendre les trois opérations majeures qui lui permirent de montrer ses qualités de grand constructeur : derrière les belles façades du XVIIe siècle, qu'il convenait d'abord de consolider, des Départements des estampes et des cartes et plans, il construisit des bâtiments nouveaux qu'il aménagea avec un souci de la perfection dans le détail qui fut rarement égalé et qui fait l'admiration des architectes étrangers. La Galerie Mansart fut rétablie dans ses proportions véritables et redevint une galerie d'exposition. Quant à l'opération, plus hardie encore, de la surélévation du magasin central des Imprimés, qui sera bientôt achevée, elle fut conçue de manière telle que le fonctionnement du département ne devait pas être interrompu.

L'œuvre de Michel Roux-Spitz ne peut être comparée qu'à celle que Labrouste avait accomplie trois quarts de siècle auparavant sous l'impulsion du grand administrateur que fut Taschereau. Des établissements comme la Bibliothèque nationale, qui sont en constante évolution, appellent périodiquement des transformations profondes, qu'il importe de prévoir à temps si on veut les bien ordonner 3.

Il convient, dans ce Bulletin, de souligner que l'action de Michel Roux-Spitz s'est étendue au-delà de la Bibliothèque nationale. La plupart des architectes qui ont eu, au cours de ces dernières années, avec le concours du service technique de la Direction de la rue Saint-Dominique, la charge de construire ou d'aménager des bibliothèques ont pu s'inspirer de ses réalisations.

  1.  (retour)↑  Roux-Spitz (Michel). - Réalisations. - Paris, Vincent Fréal et C° (1932-1950). 2 vol. 32 cm, fig., plans, pl. h.-t.
    Vol. I, 1924-1932. Préf. de Jean Porcher. Vol. II, 1932-1939.
  2.  (retour)↑  Cain (Julien). - Les Transformations de la Bibliothèque nationale et le dépôt annexe de Versailles. - Paris, Ed. des Bibliothèques nationales, 1936. - 25,5 cm, 53 p., ill., plans, front.
  3.  (retour)↑  Voir l'important article publié par M. Jean Bonnerot dans la Revue des Deux Mondes du 15 mai 1957 (pp. 267 à 276) sous le titre : « Les nouveaux aménagements de la Bibliothèque nationale ».