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Les Bibliothèques et l'histoire des sciences

Robert Brun

Le développement prodigieux des sciences et de leurs applications pratiques n'a pas seulement transformé les conditions matérielles de la vie moderne; il a eu aussi de profondes répercussions sur les rapports sociaux et même, dans une certaine mesure, sur l'orientation de la culture, et si nous ne réalisons pas toujours l'ampleur de cette révolution, c'est que les bouleversements auxquels nous assistons ne sont plus à l'échelle humaine et que le monde s'est davantage modifié en cent ans qu'il ne l'avait fait au cours de plusieurs millénaires.

Il n'est pas jusqu'aux bibliothèques, traditionnellement conservatrices, qui ne ressentent les effets de ce changement. Nous n'entendons pas parler ici des techniques modernes qui ont été introduites dans leur équipement ou dans la communication et la reproduction des divers documents qu'elles renferment, ni même des problèmes posés aux bibliothécaires par la nécessité où ils se trouvent d'offrir à des usagers toujours plus exigeants les informations scientifiques dont la nature même est d'être en perpétuelle évolution. On sait, par exemple, que dans les universités, la spécialisation de plus en plus grande donnée à l'enseignement, la création de multiples laboratoires, exigent l'acquisition de livres et de périodiques coûteux, si bien qu'aucune bibliothèque ne peut prétendre désormais posséder tout ce qui paraît journellement dans le domaine des sciences appliquées et que les travailleurs sont obligés de recourir à des centres de documentation spécialisés.

Nous voudrions seulement examiner ici le parti que les bibliothèques peuvent tirer des livres anciens qu'elles possèdent concernant l'histoire des sciences, car il nous semble que ces fonds, quelque peu négligés jusqu'ici, sont propres à éveiller la curiosité et à retenir l'attention des chercheurs. Ce sont en effet les textes authentiques qui marquent les étapes franchies par l'homme pour arriver à une connaissance plus approfondie de la nature ainsi que le témoignage des inventions les plus marquantes jalonnant la route du progrès.

La question se pose d'abord de savoir si de tels éléments existent dans la plupart de nos bibliothèques. Si on considère les circonstances qui ont présidé à leur formation et l'origine, en grande majorité monastique, des fonds anciens qui les composent, on pourrait a priori en douter, mais en fait elles sont les héritières des établissements d'enseignement de l'ancien régime et si les livres dont nous parlons semblent peu nombreux c'est qu'ils sont noyés dans la masse des collections théologiques ou historiques et qu'on a rarement songé à les sélectionner.

Les réserves, en effet, ont été généralement constituées vers le milieu du XIXe siècle, suivant les concepts qui inspiraient alors la bibliophilie, par des bibliothécaires humanistes qui attachaient une importance primordiale aux éditions princeps des classiques et aux ouvrages d'archéologie antique. Ils étaient d'autant mieux fondés à dédaigner les vieux livres de sciences qu'à cette époque les traités et les manuels qui commençaient à paraître manifestaient un réel souci d'exactitude et de rigueur scientifique et leur faisaient rejeter comme périmés et méprisables les ouvrages qui avaient eu cours jusque-là. Le seul guide qu'ils pouvaient consulter pour apprécier l'intérêt et la valeur des livres était le Manuel de Brunet. Certes, le docte Brunet a fait une large part aux sciences, puisque dans la dernière édition de son ouvrage, les mathématiques, la physique et la chimie, la médecine et les sciences naturelles remplissent près de 300 colonnes de la table, mais l'auteur, fidèle à sa méthode, néglige souvent les éditions anciennes pour donner la vedette aux éditions récentes, ou tout au moins à celles qui lui paraissent les plus complètes. Ainsi l'édition originale de Harvey 1, un des livres médicaux les plus recherchés aujourd'hui, est mentionnée par une courte note tandis que celle de Leyde, de 1737, fait l'objet d'une notice détaillée. Citant l'édition des œuvres complètes de Paré, publiée par Baillière en 1840, il dit qu'elle doit effacer toutes les précédentes, alors que les bibliophiles se disputent maintenant les traités particuliers tels que la Méthode de traicter les playes (1545), l'Anatomie universelle du corps humain (1561) ou les Dix livres de chirurgie avec le magazin des instrumens nécessaires (1564.). Dans l'article consacré à Newton 2, il est impossible de distinguer l'édition originale où est énoncé pour la première fois le fameux principe de l'attraction universelle; selon lui, la plus estimée serait la troisième donnée à Londres par G. et J. Innys en 1726.

Le traité d'anatomie de Gamelin 3 nous fournira un dernier exemple. Brunet le mentionne avec cette appréciation dédaigneuse : « ouvrage à l'usage des artistes », or ce livre, riche de cent planches d'une qualité de dessin exceptionnelle où le peintre toulousain a su donner aux squelettes et aux écorchés des attitudes dramatiques, contient en particulier une composition d'un accent unique au XVIIIe siècle et dont le style fait présager l'art cruel de Goya. Ajoutons qu'on chercherait en vain cet ouvrage dans le Cohen qui par contre décrit avec minutie tant de vignettes insignifiantes.

Si nous croyons devoir attirer l'attention sur des livres de cette espèce, ce n'est pas seulement à cause de leur valeur bibliophilique, mais parce qu'on peut craindre qu'ils ne soient en voie de disparition. La compétition dont ils font l'objet dans le monde des libraires et des amateurs est tout à fait comparable à celle qui s'est produite depuis la fin du XIXe siècle pour les relations de voyages. Ceux qui dépouillent les catalogues d'occasion savent bien que les ouvrages concernant les découvertes géographiques, et particulièrement ceux qui sont désignés sous le nom d'americana, n'ont cessé de se raréfier et qu'en dehors même du continent américain, les nations jeunes cherchent à former des bibliothèques avec tous les documents qui se rapportent à leurs origines.

Un phénomène analogue se manifeste, depuis quelques années, pour les livres relatifs à l'histoire des sciences, et à un rythme encore plus accusé, car cette fois ce ne sont plus seulement les fastueux collectionneurs d'outre Atlantique avides d'acquérir les éditions de Cortez, de Champlain ou de Lescarbot, mais les universités du monde entier qui viennent chercher en Europe, et principalement en France, les ouvrages traitant des grandes découvertes scientifiques. Bientôt il ne restera plus de disponibles que ceux qui sont conservés dans les bibliothèques publiques, aussi croyons-nous nécessaire de les entourer de soins jaloux.

On nous objectera peut-être que les bibliothécaires, possédant le plus souvent une formation littéraire, sont assez mal préparés à effectuer la sélection de ces sortes d'ouvrages. Cette observation a d'autant plus de poids qu'il n'existe pas, à l'heure actuelle, de bibliographie sélective et critique pouvant servir de guide. Nous pensons toutefois que les ouvrages généraux sur l'histoire des sciences, ceux surtout qui traitent des inventions et des grandes découvertes, doivent fournir les indications essentielles 4.

Par ailleurs, les bibliographies spécialisées sont très nombreuses, mais leur objectif n'est pas celui que nous poursuivons ici, car elles tendent à être complètes et il en est bien peu qui mettent en relief la rareté des livres cités.

Prenons par exemple, pour l'astronomie, l'ouvrage classique de Houzeau et Lancaster où, dans le deuxième volume surtout, le classement adopté est systématique et où les ouvrages sont annoncés dans l'ordre chronologique, mais où il est exceptionnel de trouver une appréciation sur leur valeur 5, or la date d'un livre n'est pas un critère suffisant pour juger de son intérêt.

Certains catalogues de bibliothèques privées répondent mieux à nos préoccupations car leurs rédacteurs ont négligé les ouvrages secondaires et les compilations pour mettre l'accent sur ceux qui énonçaient pour la première fois des lois scientifiques d'un intérêt majeur ou qui mentionnaient des découvertes importantes.

Nous citerons en particulier la Biliotheca chemica de John Ferguson 6 qui, par son ampleur, peut être considérée comme exhaustive. Les notices y sont accompagnées de notes biographiques et de références qui rendent la consultation de cet ouvrage très pratique. Nous en dirons de même de la Bibliotheca alchemica et chemica de Denis L. Duveen 7. Il s'agit là aussi d'une collection privée, beaucoup moins importante que la précédente, mais où le rédacteur n'a pas manqué de signaler, à propos de chaque ouvrage, tout ce qui touchait aux découvertes scientifiques 8.

Dans le domaine si vaste de la médecine, si on compare la difficulté des recherches dans les bibliographies classiques de Choulant 9 ou de Pauly 10 avec la masse de renseignements utiles recueillis dans un catalogue de collection particulière comme celui d'Osler 11, on sera édifié.

Reconnaissons cependant que pour la médecine il a paru récemment une bibliographie d'un usage commode 12 où les ouvrages essentiels qui ont contribué à l'avancement de cette science figurent, sous chaque rubrique méthodique, dans l'ordre de date, ce qui permet d'apprécier l'antériorité de l'annonce de telle ou telle découverte, qu'il s'agisse des vaisseaux lymphatiques 13, de chirurgie esthétique 14 ou du vaccin contre la rage 15.

Tout dernièrement enfin, le savant conservateur de la Bibliothèque de la Faculté de médecine, M. le Dr Hahn, secondé par Mlle Dumaitre, a eu l'heureuse initiative de publier une série d'articles 16 sur les ouvrages les plus notoires de sa réserve, en soulignant leur valeur documentaire et leur attrait artistique. Cette publication a certainement été une révélation pour beaucoup de nos confrères et aura contribué à faire sortir de l'oubli une quantité de livres curieux qui, même pour les profanes, sont singulièrement évocateurs.

Sans parler des incunables 17 que recommandent leur ancienneté et la singularité de leur illustration, les ouvrages médicaux du XVIe et même du XVIIe siècle, surtout lorsqu'ils sont rédigés en français, fournissent pour l'histoire des mœurs une foule d'observations piquantes et certains d'entre eux, lorsqu'ils traitent d'anatomie, relèvent de l'histoire de l'art 18.

Du point de vue scientifique, les plus recherchés sont ceux qui se rapportent à la gynécologie, aux maladies épidémiques, notamment la peste, aux maladies vénériennes, à la circulation du sang, l'art dentaire, la vaccination, l'auscultation, l'anesthésie.

Le désir qu'éprouvent les bibliothèques médicales étrangères de former des collections aussi complètes que possible, joint au goût bien connu des médecins pour la bibliophilie, fait que des traités relativement récents comme ceux de Jenner, de Laënnec, de Bichat et de Corvisart, jadis communs, commencent à se raréfier et feront bientôt figure de livres précieux.

Il va sans dire que nous n'avons pas la prétention, en quelques pages, d'énumérer les ouvrages dignes de prendre place sur les rayons d'une réserve; nous voudrions seulement citer quelques exemples et formuler quelques conseils.

Dans le domaine des sciences pures, point n'est besoin d'insister sur l'importance des éditions princeps, la plupart incunables, des mathématiciens de l'antiquité classique, Archimède, Euclide, Diophante, Boèce, ni pour le Moyen âge des oeuvres de Nicolas d'Orbelles et de Jordanus Nemorarius, mais il ne faut pas négliger pour autant celles plus récentes de Fermat 19 , de Huygens, du P. Mersenne et de Bernouilli. Ne pas oublier non plus que Descartes et Pascal se recommandent autant par leurs traités scientifiques que par leurs écrits philosophiques. Pour ce dernier, certains opuscules comme l'Essay pour les coniques, publié à Paris en 1640, sous la forme d'un placard in-folio, ou la lettre décrivant la machine à calculer (1645) ne sont connus qu'à quelques exemplaires.

D'autres ouvrages 20, sans offrir la même rareté, ne le cèdent en rien, dans les grandes ventes, à l'attrait que peuvent présenter les éditions originales des Pensées et des Provinciales.

Dans le même ordre de curiosité, bien qu'il s'agisse d'oeuvres mineures, nous citerons les deux premiers traités de géométrie et d'algèbre publiés en français 21.

En astronomie, on peut négliger, dans une certaine mesure, les œuvres de Jean de Monteregio, de Peuerbach et d'Oronce Fine, ainsi que les innombrables traités de l'astrolabe, mais il convient de faire une place d'honneur aux grands novateurs et aux fondateurs des théories modernes, Copernic, Tycho Brahé, Galilée, Kepler 22, Newton 23, Halley.

Ici aussi l'ancienneté de la date de publication n'est pas le critère unique : c'est en 1645 qu'est décrite pour la première fois la planète Mars 24, en 1863 qu'apparaît l'application de l'étude du spectre à l'analyse de la constitution des astres 25.

Signalons aussi que des théories intéressantes se cachent parfois dans des ouvrages généraux que leur sujet semblerait devoir faire écarter. C'est le cas pour la De concordantia catholica de Nicolas de Cusa 26 qui contient des renseignements sur le projet de réforme du Calendrier présenté au Concile de Bâle, une théorie sur la quadrature du cercle et un projet de réforme des tables alphonsines.

Enfin certains sujets devenus à l'ordre du jour ont fait exhumer des bibliothèques bien des livres oubliés mais qui contiennent les prémices des inventions nouvelles. Tels sont par exemple les premiers ouvrages traitant du magnétisme 27, de la constitution de la matière 28, de la théorie de l'atome 29 ou de la découverte de la radioactivité 30.

Il se trouve, dans le nombre, des livres relativement récents, mais qui marquent plus dans l'évolution de l'humanité qu'un chef-d'œuvre littéraire, et on peut penser que dans une centaine d'années ils figureront dans les réserves au même rang que les ouvrages les plus rares. C'est pourquoi nous ne saurions trop recommander aux bibliothécaires de veiller à la conservation de tous les mémoires originaux qui apportent pour la première fois le témoignage des découvertes scientifiques dont on peut supposer qu'elles auront des répercussions notables.

C'est dans le secteur des inventions et de leurs applications pratiques que des bibliothécaires non spécialisés peuvent, avec le plus de fruit, se livrer à des investigations. Le domaine est vaste, encore peu exploité, et permet de curieuses trouvailles. Les libraires, les anglo-saxons surtout, l'ont bien compris et déploient une ingéniosité extrême, si ce n'est même parfois une certaine puérilité, à mettre en vedette, dans leurs catalogues, des livres qui à première vue paraissent insignifiants, mais qui contiennent d'une façon plus ou moins explicite la mention d'une loi physique ou d'une formule chimique ou encore la description d'une nouvelle machine.

Les collectionneurs ont suivi le mouvement et montrent désormais autant d'ardeur à acquérir de tels livres que leurs prédécesseurs le faisaient pour les éditions aldines, les elzevirs et les éditions originales de nos grands classiques. Ainsi est née une nouvelle bibliophilie qui a elle aussi ses manies et ses travers.

Qu'on nous permette cependant de puiser, sans aucun souci de méthode, quelques exemples dans ces catalogues souvent si instructifs. Tout le monde connaît le père de la photographie et ses travaux 31, mais se douterait-on qu'un certain Jean Hellot est le premier à avoir soumis un papier sensible à l'action de la lumière 32 et qu'en 1760, dans un roman intitulé Giphantie, Tiphaigne de La Roche décrit les effets de la lumière sur une surface couverte de nitrate d'argent?

N'est-il pas curieux de constater que la première mention de montres de poche, fabriquées à Nuremberg, se trouve dans la Cosmographie de Pomponius Mela publiée par J. Cochlaeus en 1512, que l'invention de l'acide nitrique apparaît dans un livre de médecine 33, que le premier livre contenant des figures d'objets vus au microscope date de 1630 34?

Grâce à ces mentions parfois inattendues, certaines découvertes nous apparaissent plus anciennes qu'on aurait pu le supposer. Le caoutchouc est décrit par La Condamine dès 1751 35, les conserves alimentaires en 1810 36, le chauffage au gaz en 1801 37, la dynamo et le moteur électrique en 1831 38, l'aluminium en 1851 39.

Par contre certains termes d'un usage si courant aujourd'hui ont été introduits à une date relativement récente, celui de calorie n'apparaît qu'en 1868 40, celui de vitamine en 1922 seulement 41.

Avant de clore cette énumération déjà trop longue, nous voudrions encore dire quelques mots sur des livres de sciences naturelles qui se recommandent par leur beauté mais qui nous paraissent cependant injustement méconnus. Nous entendons parler surtout des grands recueils de zoologie et de botanique illustrés de planches qui ont été publiés entre 1750 et 1850 environ et qui comptent parmi les plus importantes entreprises de la librairie ancienne 42.

Leur format incommode les a fait négliger, en général, des bibliophiles et leur manipulation, comme leur conservation, posent aux bibliothécaires des problèmes délicats. Ces livres sont devenus extrêmement rares car ils ont été la proie des marchands d'estampes qui les ont dépecés pour en faire des sous-verres et on ne les rencontre guère plus que dans les collections publiques.

Somptueusement illustrés et, le plus souvent, avec une scrupuleuse exactitude, presque toujours coloriés par des artistes d'une habileté prodigieuse, ces grands recueils offrent non seulement un intérêt documentaire de premier ordre mais un attrait artistique exceptionnel et on peut s'étonner que les manuels d'histoire du livre les passent, d'ordinaire, sous silence, alors qu'ils donnent une place exagérée à de fastidieuses galeries du XVIIIe siècle ou à tant de livres à vignettes décrits abondamment par Cohen ou Carteret.

En botanique, et pour nous limiter à la France, on peut noter les œuvres complètes de Buffon, publiées par l'imprimerie royale, dont les exemplaires sur grand papier ont été coloriés avec un soin particulier, et, à la fin du XVIIIe siècle, les nombreux recueils du fécond Buch'oz, mais ces ouvrages s'effacent devant la splendeur des albums illustrés par Redouté, le célèbre peintre de fleurs de Joséphine, en particulier les Roses ou le Bouquet royal, ou bien encore des recueils publiés par Bessa et Prévost 43.

A l'étranger, nous citerons seulement l'ouvrage de Catesby 44 consacré à la flore d'Amérique, où des planches d'un effet décoratif surprenant montrent des oiseaux et des insectes dans leur milieu naturel, et surtout ce merveilleux Temple of Flora 45, chef-d'œuvre de la gravure en couleurs, dont chaque planche offre toute la séduction du pastel.

Pour le règne animal, nous nous contenterons de signaler, les Oiseaux dorés d'Audebert et les recueils d'oiseaux exotiques de Levaillant, publiés en fascicules au début du XIXe siècle à des prix très élevés, et à petit nombre, mais dont Brunet nous dit qu'ils étaient, de son temps, tombés au tiers de leur valeur initiale, ce qui, joint à l'usage barbare qu'en ont fait les marchands de gravures et les bouquinistes, explique qu'il soit si difficile aujourd'hui d'en trouver des exemplaires complets et en bon état.

Les poissons et les reptiles eux-mêmes 46 ont donné lieu à des publications d'une qualité artistique exceptionnelle, tel l'ouvrage de Bloch 47 d'un coloris d'une délicatesse étonnante, avec des rehauts d'argent qui reproduisent à s'y méprendre les reflets moirés et scintillants des écailles 48.

Ceux qui ont eu l'occasion de feuilleter ces magnifiques volumes nous pardonneront probablement cette longue nomenclature, car ils savent le plaisir qu'ils procurent et les ressources infinies qu'ils offrent pour organiser des expositions attractives. Les autres, même s'ils ne possèdent pas dans leur bibliothèque des ouvrages comparables à ceux quc nous venons de citer, trouveront peut-être sur les rayons quelques curiosités dignes d'être sauvées de l'oubli et qui viendront grossir les richesses de leur réserve.

Qu'il nous soit permis, en terminant, de formuler un vœu. Considérant en effet la diversité et la complexité extrême des bibliographies spécialisées et la difficulté que la plupart des bibliothèques ont à se les procurer, nous souhaiterions vivement voir paraître un guide pratique de l'histoire des sciences qui s'attacherait, comme Rahir l'a fait dans sa Bibliothèque de l'amateur pour la bibliophilie traditionnelle, à signaler tous les ouvrages capitaux relatifs aux grandes découvertes. C'est là, nous le reconnaissons, une entreprise considérable, mais qui nous paraît susceptible de tenter des bibliothécaires, ceux surtout qui possèdent à la fois une formation scientifique et le goût des beaux livres.

Un tel ouvrage rendrait d'inappréciables services et nous garantissons à ses auteurs un gros succès de librairie.

Sur un plan plus élevé, et en dehors de toute spéculation pratique, il nous semble enfin que les bibliothèques ne peuvent se désintéresser du mouvement de curiosité qui pousse les savants à chercher dans les ouvrages de leurs lointains précurseurs l'annonce de toutes les découvertes qui devaient modifier si profondément les conditions de vie du monde moderne.

Qu'on le veuille ou non, la culture traditionnelle, fondée sur la connaissance des valeurs littéraires, a beaucoup perdu de son prestige et nous assistons à la naissance d'un nouvel humanisme empreint d'une foi absolue dans les progrès indéfinis de la technique et l'asservissement total de la nature au profit de l'homme.

Tout porte à croire que dans l'avenir, l'attrait qu'on ressentait pour les vénérables monuments de l'imprimerie et les éditions originales des grands classiques s'atténuera au profit de ce qu'on nomme déjà les « incunables des sciences », et c'est, pensons-nous, le devoir des bibliothécaires, non seulement d'assurer la conservation de ces documents, mais de songer dès maintenant à en faciliter la connaissance et la communication au public.

  1.  (retour)↑  Exercitatio anatomica de motu cordis et sanguinis. - Francfort, 1628. - In-4°, 2 pl.
  2.  (retour)↑  T. IV. Col. 40 à 51.
  3.  (retour)↑  Nouveau recueil d'ostéologie et de myologie... - Toulouse, 1779. - 2 parties en 1 vol. In-fol.
  4.  (retour)↑  Voyez notamment : G. SARTON. - A guide to the history of science... - Waltham, Mass. 1952. - In-8°. On y trouve une liste importante d'ouvrages et de bibliographies.
  5.  (retour)↑  A l'exception peut-être de Copernic. - De revolutionibus orbitum coelestium libri VI. - Nuremberg, 1543.
  6.  (retour)↑  Glasgow, 1906. - 2 vol. In-8°.
  7.  (retour)↑  Londres, 1949. - In-4°.
  8.  (retour)↑  Pour notre objet, ces deux ouvrages sont très supérieurs à celui de H. Carrington Bolton. - A Select bibliography of chemistry, 1492-1892. - Washington, 1893. - 3 vol. In-8°.
  9.  (retour)↑  Handbuch der Bücherkunde für die ältere Medicin. - Leipzig, 1841 et Bibliotheca medico-historica sive catalogus librorum historicorum de re medicina. - Lipsiae, 1842.
  10.  (retour)↑  Bibliographie des sciences médicales... - Paris, 1872.
  11.  (retour)↑  Bibliotheca Osleriana. A Catalogue of books illustrating the history of medicine and science. - Oxford, 1929. - In-4°.
  12.  (retour)↑  Garrison et Morton. - Medical bibliographie... 2e éd. - Londres, 1954.
  13.  (retour)↑  Aselli. - De lactibus... - Milan, 1627. Ouvrage également remarquable parce qu'il est un des premiers dans lequel apparaissent des planches gravées en couleurs.
  14.  (retour)↑  Mercuriali. - De decoratione liber... de varicibus... de reficiendo naso... - Francfort, 1587.
  15.  (retour)↑  Pasteur. - Nouvelle communication sur la rage (In : Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1885).
  16.  (retour)↑  Voyez : La Semaine des hôpitaux de Paris. 1949, n° 33 et 95 ; 1950, n° 41 et 95 ; 1951, n° 95 ; 1953, n° 77.
  17.  (retour)↑  De préférence à la bibliographie de Klebs, nous conseillerons le catalogue de la bibliothèque médicale de Boston, rédigé par J. F. Ballard (Boston, 1944) car il contient des reproductions et des notices assez développées.
  18.  (retour)↑  Tous les historiens d'art connaissent et apprécient ceux de Charles Estienne, avec es belles gravures de Mercure Jollat, de Vésale, avec les planches dessinées par Le Titien, de Vidio Vidius, de Tagliacozzi, de Laurent, et enfin celui de Gamelin que nous citions plus haut.
  19.  (retour)↑  Varia Opera mathematica. - Toulouse, 1679. - In-fol.
  20.  (retour)↑  Nouvelles expériences touchant le vuide faites dans les tuyaux avec diverses liqueurs... - Paris, Margat, 1647; Lettres de A. Dettonville contenant quelques-unes de ses inventions de géométrie. - Paris, Desprez, 1659; Traitez de l'équilibre des liqueurs et de la pesanteur de la masse de l'air. - Paris, 1663; etc...
  21.  (retour)↑  Ch. de Bouelles. - Géométrie en françoys. - Paris, 1511. - In-4°; Et. de La Roche. - L'Arithmétique... - Lyon, 1520. - In-4°.
  22.  (retour)↑  Max Caspar. - Bibliographia Kepleriana. - Munich, 1936. - In-4°. De nombreux facsimilés accompagnent la liste des éditions classées par date, avec des descriptions minutieuses, la localisation des exemplaires conservés dans les bibliothèques publiques et une appréciation sur la valeur scientifique des ouvrages.
  23.  (retour)↑  G. John Gray. - A Bibliography of the works of sir Isaac Newton. - Cambridge, 1907. - In-4°.
  24.  (retour)↑  F. Fontana. - Novae Coelestrium terrestriumque rerum observationes. - Naples. - In-4°.
  25.  (retour)↑  G. Kirchhoff. - Unterschung ueber das Sonnenspectrum. - Berlin.
  26.  (retour)↑  Paris, J. Bade. - 1511.
  27.  (retour)↑  William Gilbert. -De magnete, magnetisque corporibus... - Londres, 1600. - In-fol. et Mark Ridley. - A short treatise of magneticall Bodies and Motions. - Londres, 1613. Pour l'histoire des découvertes des phénomènes électriques, on peut consulter avec fruit P. F. Mottelay. - Bibliographical history of electricity and magnetism... - Londres, 1922. - In-8°.
  28.  (retour)↑  Walter Charleton. - Physiologia epicuro-gassendo charltoniana... - Londres, 1654.
  29.  (retour)↑  John Dalton. - New system of chemical philosophy. - Manchester, 1808-1827.
  30.  (retour)↑  A. H. Becquerel. - Sur les radiations émises par la phosphorescence... - Paris, 1896; Mme Curie. - Sur une substance nouvelle radio-active contenue dans le pechblende. - Paris, 1898.
  31.  (retour)↑  Daguerre. - Historique et description des procédés du Daguerréotype et du Diorama. - Paris, 1839.
  32.  (retour)↑  Sur une nouvelle encre sympathique... - Paris, 1737.
  33.  (retour)↑  Vitalis de Furno. - Pro conservanda sanitate. - Mayence, 1531.
  34.  (retour)↑  Fr. Stelluti. - Persio tradotto... - Rome.
  35.  (retour)↑  Mémoire sur une résine élastique nouvellement découverte à Cayenne.
  36.  (retour)↑  Appert. - L'Art de conserver... toutes les substances animales et végétales... - Paris.
  37.  (retour)↑  Ph. Lebon. - Thermolampes ou poëles qui chauffent et éclairent avec économie... - Paris.
  38.  (retour)↑  Faraday. - Experimental researches in electricity. - London.
  39.  (retour)↑  Sainte-Claire Deville. - De l'aluminium.
  40.  (retour)↑  P. A. Favre. - Recherches sur l'électrolyse. - Paris.
  41.  (retour)↑  Raguar Berg. - Die Vitamine. - Leipzig.
  42.  (retour)↑  Sans oublier pour autant les traités généraux antérieurs, tels ceux de Fuchs, Gessner, Belon, Aldrovandi, déjà remarquables par l'abondance et la précision des figures.
  43.  (retour)↑  Collection de fleurs et de fruits, dessinés d'après nature, avec un discours sur l'usage de cette collection... - Paris, 1805. - Gr. in-fol., 48 pl.
  44.  (retour)↑  Histoire naturelle de la Caroline, de la Floride... - Londres, 1731-1743. 2 vol. gr. in-fol. Admirez en particulier les planches représentant des magnolias.
  45.  (retour)↑  Thornton. - A new illustration of the sexual systems of Linnaeus, and the temple of Flora... - Londres, 1799. - 2 part. en 1 vol. in-fol. Brunet indique que cet ouvrage qui avait coûté 30 livres sterling aux souscripteurs, et était resté inachevé, ne conservait que le quart de son prix. Les choses ont bien changé depuis. Pour apprécier l'intérêt de ces livres, la bibliographie classique de Pritzel est de peu d'utilité et on doit lui préférer celle de Dunthorne. - Flower and fruit prints of the 18th and early 9th centuries... - Londres, 1938. Elle a malheureusement le défaut d'être elle-même très rare.
  46.  (retour)↑  Salvianus. - Aquatilium animalium historiae, cum eorumdem formis, aere excusis. - Rome, 1554. Les gravures de cet ouvrage sont d'une telle finesse qu'on a cru longtemps qu'elles avaient été gravées sur planches d'argent.
  47.  (retour)↑  Ichtyologie, ou histoire naturelle des poissons. - Berlin, 1785-97. - 12 vol. in-fol., 432 pl.
  48.  (retour)↑  Les papillons, dont la qualité décorative est encore plus marquée, n'ont pas été moins biens servis, comme l'attestent les livres de Cramer, Ernst et Engramelle que les bibliophiles disputent aux naturalistes.