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La question de l'égalité femmes-hommes en médiathèque

Journée d’étude ABF Alsace – 5 décembre 2016

Céline Hirtz

27 participants et 5 intervenantes se sont donné rendez-vous à la médiathèque Olympe de Gouges de Strasbourg pour une journée d’étude sur la question de l’égalité femmes-hommes en médiathèque.

Le modèle Olympe de Gouges

La journée s’est ouverte avec l’intervention d’Anne Dive (directrice de la médiathèque Olympe de Gouges de Strasbourg), précisant que l’expression « théorie du genre » -comme on a pu l’entendre dans les médias au cours de l’année- n’avait pas sa place durant cette journée. Il s’agit selon l’intervenante d’un concept qui prête à confusion et qui n’a pas lieu d’être employé. Faire attention à la question de l’égalité, c’est déjà choisir plus justement ses mots : nous parlerons d’identité des sexes plutôt que de théorie du genre.

Le lieu de la journée n’a pas été choisi par hasard : Olympe de Gouges est une femme de lettres française et femme politique. Elle est considérée comme l’une des pionnières du féminisme français. Elle est souvent prise pour emblème par les mouvements pour la libération des femmes. Ouverte le 28 octobre 1975, la médiathèque a été renommée en mars 2012 par les élus et dispose désormais d’un fonds de référence : l’espace Egalité de Genre sur les questions d’égalité de droits entre les hommes et les femmes.

Le manifeste de l’UNESCO sur la bibliothèque publique est cité à titre de rappel : « La bibliothèque publique est le centre local d'information qui met facilement à la disposition de ses usagers les connaissances et les informations de toute sorte. Les services de bibliothèque publique sont accessibles à tous, sans distinction d'âge, de race, de sexe, de religion, de nationalité, de langue ou de statut social. »

Anne Dive présente la manière de procéder employée par son équipe : il convient de revoir la charte des collections, en regroupant dans un premier temps les documents déjà présents dans le fonds de la médiathèque avant de faire une sélection plus pointue lors des achats. Plusieurs aspects sont traités à travers la politique documentaire : achats d’ouvrages sur l’identité sexuelle, l’homosexualité, l’égalité femmes-hommes. Des sacs thématiques sont également proposés (exemple : « les machos expliqués à mon frère »). Enfin, des expositions sont proposées : « Les publicités sexistes », « Les métiers ont-ils un sexe ? », « Joséphine Baker » ou encore « Les clandestines de l’Histoire », accompagnées de cycles de conférences.

Il est souligné plusieurs fois pendant la journée qu’une certaine neutralité s’avère obligatoire, il n’est pas question de militantisme. Il faut renvoyer le public vers des associations –telles que CIDFF, Osez le féminisme67, le planning familial, etc., si le besoin s’en fait sentir.

Il faut être vigilant pour éviter les discriminations dans les collections, mais aussi dans la communication (porter une attention particulière aux couleurs choisies par exemple). A Strasbourg, le violet a été choisi pour identifier l’espace et les documents.

Il s’avère également nécessaire de former l’équipe -voire toute la commune- à la question de l’égalité femmes-hommes. A Strasbourg, cela s’est fait grâce à une volonté politique forte et grâce à la motivation de plusieurs personnes de l’équipe, qui ont été un réel moteur dans cette démarche. Huit volontaires ont bénéficié de trois journées de formation.

Légothèque - Historique et état des lieux en bibliothèque

Camille Hubert, bibliothécaire, présente la Commission Légothèque de l’ABF créée en 2012. Cette commission regroupe des bibliothécaires ayant souhaité travailler sur les questions d'inclusion en bibliothèque, de lutte contre les stéréotypes et de construction de l'individu.

Le terme « Légothèque » fait référence à la construction de soi (ego : soi, thèque : bibliothèque + jeux de mots avec le jeu de construction Lego).

La commission regroupe les questions d’orientation sexuelle et sentimentale, d’égalité femme-homme, de multiculturalisme et d’interculturalité.

Elle a diverses missions : partager des informations et des expériences (un article publié chaque mardi, une veille partagée via Giigo, Twitter et Facebook), sensibiliser les professionnels (ateliers, tables rondes, journées d’études, prise de position, articles).

Elle produit et alimente également divers outils : le blog Légothèque, un compte Diigo, une carte des centres de ressources sur le genre, une exposition sur le genre, des textes fondamentaux, une bibliothèque vivante (échanges avec des personnes pour déconstruire des préjugés), le signalement et la production de bibliographies, la traduction de conférences professionnelles et d’un thésaurus thématique.

Plusieurs centres de ressources sont identifiés à ce jour : l’espace Egalité de Genre à Strasbourg, mais aussi la bibliothèque Marguerite Durand, le centre audiovisuel Simone de Beauvoir, le centre Hubertine Auclert, le centre Louise Labé, l’espace ressources H/F Rhône-Alpes, le Point G.

Acquisitions et animations jeunesse :
la boîte à outils anti-discriminations

Estella Peverelli, assistante du patrimoine section jeunesse à la médiathèque Olympe de Gouges , prévient l’assemblée : après un état des lieux des collections, nous devons être plus vigilants quant au choix des documents -les documentaires notamment- mais pas uniquement. Elle rappelle que parmi les missions de base d’un bibliothécaire, se trouve celle de la défense des droits humains pour tous et toutes. Elle cite également la Loi de 2014 sur l’égalité réelle entre femmes et hommes ainsi que la Convention européenne sur la prévention et la lutte contre les violences à l’égard des femmes et la violence domestique (mai 2011).

Les champs disciplinaires concernés sont variés : sciences humaines et sociales, sciences dures, littérature, fiction adulte et jeunesse, récits, art, histoire, pédagogie, santé, sport.

Il faut collecter des informations grâce aux sites de ressources féministes, LGBTI, revues, bibliographies d’ouvrages.

Les animations quant à elles peuvent permettre de contribuer à visibiliser les femmes scientifiques, par exemple.

D’autres questions sont également soulevées, comme la place de la table à langer en bibliothèque : elle ne doit pas être dans les toilettes pour femmes uniquement : être neutre c’est déjà lutter contre la discrimination. C’est un peu le paradoxe du bibliothécaire… être neutre et lutter à la fois.

Outils d’aide aux acquisitions

La médiathèque Olympe de Gouges propose un catalogue collectif en ligne sur les femmes et le genre, des abonnements à des revues de presse, des lettres d’information (celle du planning familial par exemple), des notes de lecture, des réseaux (EFIGIES).

Il reste un point à développer à Strasbourg : la littérature grise (affiches, flyers,…), collecte de thèses, mémoires, documents filmés. Quelques éditeurs sont également cités : Editions iXe, Editions des Femmes – Antoinette Fouque, La dispute (le genre du monde), Les empêcheurs de penser en rond, L’Harmattan (bibliothèque du féminisme, des idées et des femmes, genre et éducation, questionner le genre et ouvrages sur le transsexualisme).

Communiquer

La communication est le point clé de la journée. La médiathèque met plusieurs moyens en œuvre pour desservir ses choix : des bibliographies, des sacs thématiques, un onglet « Egalité de genre » se trouve dans la rubrique « Parcours thématique » de son portail internet, mais aussi les participations aux actions de la ville et l’indexation des documents (« Egalité de genre »).

Animer l’égalité

Les animations sont tout à fait propices aux échanges sur le sujet : l’égalité filles-garçons est encouragée par l’heure du conte, les accueils de classes (cible privilégiée : CE-CM) ainsi que les expositions.

Les principes généraux défendus sont ceux de la mixité, de la représentativité, de l’égalité de la parole (utilisation du bâton de parole), mais aussi le travail sur la langue et sur les modèles d’identification (donner aux filles des modèles pour se projeter dans l’âge adulte).

Séances types d’accueil de classe

Le format « débat » est privilégié, et plusieurs séances avec la même classe sont nécessaires. Au préalable, les enfants sont mis en confiance : on s’écoute, on se respecte, tout le monde peut prendre la parole, un climat de confiance règne alors. Il est important d’être dans une « zone sécure », sans jugement. Les participants se mettent d’accord : les propos tenus ne doivent pas être répétés à l’extérieur pour que les enfants se sentent moins limités.

Limites de nos actions

Une certaine résistance au sein des équipes peut apparaître, il est important de se former. Les actions envers le public adulte semblent un peu plus complexes mais néanmoins réalisables, sous forme d’interventions, de formations, ou d’ateliers (exemple : avec le personnel de la petite enfance) dialoguer et conscientiser les adultes sur les comptines sexistes est déjà un premier pas.

Etat des lieux des discriminations femmes – hommes :
impacts sur le développement et le vivre ensemble

L’après-midi a débuté sous forme de questions-réponses, menées par Joëlle Braeuner, chargée d'enseignement et doctorante à la Faculté de Strasbourg. Qu’est-ce qui définit une femme ? Un homme ? Des questions qui semblaient de prime abord assez simplistes, mais qui nous ont permis d’identifier certains préjugés ainsi que certaines formes de pressions sociales (une participante annonce : « une femme accouche », celle qui n’accouche pas n’est-elle donc pas femme ?) et autres traces du sexisme présent au quotidien. La discussion visait à comprendre d’où viennent les stéréotypes, et cela en remontant de la deuxième révolution néolithique jusqu’à nos jours.

Clôture de la journée : l’importance du soutien politique

Pour terminer cette journée, Bernadette Geisler, chargée de mission Droits des femmes et égalité de genre à la Ville de Strasbourg a présenté les missions et l’engagement de la Ville de Strasbourg.

Strasbourg est une ville qui s’implique : cette question était dans le programme de candidature du maire, M. Roland Ries. Un plan d’action précis a été mis en place, avec notamment la création d’un observatoire des questions d’égalité de genre et la création d’un poste de catégorie A, directement rattaché à la Direction des Services. Un élu est également délégué à la question du droit des femmes et de l’égalité de genre.

Il s’agit selon Bernadette Geisler d’une logique conflictuelle : il faut s’engager vers la transformation sociale, remettre en cause ce qui semblait être jusque-là des évidences, voir des choses qui sont peu perceptibles. Les intervenantes s’accordaient sur le fait qu’il s'agit bien d’une évolution de la civilisation nécessaire, seule la remise en cause nous permettra de parvenir à une transformation sociale durable.