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La place de l'auteur dans l'univers académique

8ème Journée du Livre Electronique – 28 juin 2016

Florence Barré

Claire Nguyen

Catherine Morge

Catherine Weill

Le 28 juin 2016, la 8e Journée du livre électronique organisée par la cellule E-Book de Couperin a réuni plus de 180 professionnels du livre et des bibliothèques sur le sujet « L'innovation et l’expérimentation autour du livre électronique : les auteurs et les éditeurs dans l’univers académique ».

En introduisant la journée, Jean-Yves Mollier (Professeur à l'université de Versailles Saint Quentin) rappelle que l’auteur est maintenant défini par un environnement technique nouveau : de nouveaux intervenants (Amazon, Google Books) prennent la place traditionnelle des éditeurs ou des critiques et des journalistes (blogs et réseaux sociaux).

La chaîne du livre électronique académique diffère du livre académique papier sur trois points : la place de l’éditeur dans la chaîne de publication, des stratégies éditoriales innovantes, et enfin le prêt numérique et la lecture partagée.

L’AUTEUR ET LA PUBLICATION, AVEC OU SANS EDITEUR

Utilisant des technologies numériques et des réseaux sociaux, de nouveaux genres littéraires se créent : ouvrages collaboratifs, ouvrages scientifiques enrichis, etc.

Jean-Claude Assens (Maître de Conférences à l’Institut Supérieur de Management de l’UVSQ) témoigne que, pour un auteur académique, la publication dans un livre apporte une reconnaissance nulle ou presque, à la différence de la publication d’articles. Pour se faire connaître, les chercheurs ont tout intérêt à passer par les publications collectives, par les archives ouvertes, et à être commentés sur les réseaux sociaux.

L’autoédition est-elle une solution ?

Elizabeth Sutton (Consultante IDBOOX) dresse un panorama de l’autoédition, évaluée par la BNF à 16 % des livres déposés. On distingue quatre grandes catégories d’auteurs autoédités : l’indépendant, le créatif, l'hybride (autoédition papier et/ou édition électronique) et enfin l’auteur qui veut tester son écriture, et avoir un retour des lecteurs. Les éditeurs ont réalisé qu'il y a un vivier parmi les auteurs autoédités ; ils soutiennent donc l'autoédition, lancent des concours et publient les lauréats en format papier ou électronique.

Pourtant, les livres autoédités ne sont pas encore proposés en bibliothèque.

Stéphane Amiot (Conseiller pour la transformation numérique chez Actissia) analyse les stratégies des éditeurs vis-à-vis des auteurs. Les stratégies éditoriales ont beaucoup évolué face au numérique.

La première stratégie est basée sur l'ancien modèle. Verrouillant les contrats avec les auteurs par des avenants numériques, elle défend les positions acquises dans les chaînes de diffusion.

La seconde stratégie, novatrice, adopte une culture de réseaux sociaux, et accueille dans les équipes des profils nouveaux, plus techniques et plus communautaires. Les éditeurs font de la veille sur Internet (les meilleures ventes d'Amazon) ou sur les plateformes d’auto publication, afin de ne plus attendre de recevoir des manuscrits ou de participer aux salons littéraires pour acheter des droits.

Les relations avec les auteurs passent alors d'un contrat d'édition à un contrat de service qui adapte les modèles de rémunération.

STRATEGIES EDITORIALES POUR L’EDITION ACADEMIQUE

Plusieurs projets fédèrent les acteurs pour partager les coûts du développement de la plus-value éditoriale. L’édition académique s’investit désormais dans l’accès ouvert.

Pierre Mounier (Directeur adjoint du CLEO) présente le projet OPERAS (Open Access publication in the European Area for the Social Sciences and Humanities) : cette infrastructure européenne, dédiée aux livres de SHS en accès ouvert et regroupant actuellement 18 partenaires provenant de 10 pays, a la structure d’un club et s’inscrit dans les processus ESFRI et H2020.

En fédérant les acteurs, OPERAS souhaite les aider à développer des standards communs et des solutions convergentes, en partageant les coûts Recherche et Développement, en adoptant les bonnes pratiques et en évaluant les modèles économiques pour retenir le plus performant.

Editer est aujourd’hui un processus intellectuel mais aussi technique, économique et juridique : évaluation des manuscrits, relectures, corrections, etc.

Le fonds éditorial n'est plus constitué de stocks, mais d'un ensemble de fichiers textes en unicode, avec des balises dans un vocabulaire normé ; l’ensemble reflète le texte mais également son architecture.

La plus-value éditoriale consiste à faire ce travail de balisage du texte de façon interopérable et standardisée.

Le projet METOPES, présenté par Dominique Roux (BSN, Presses universitaires de Caen), a pour but de fournir une aide aux petits éditeurs de SHS pour adopter ces standards, afin de parvenir à un flux éditorial structuré et de construire différentes stratégies de publications gratuites ou non.

Infoclio.ch, présenté par son directeur Enrico Natale (Directeur du projet Living books about history), est un portail web d'informations scientifiques au service des historiens pour la publication en open access de livres académiques.

Ce portail porte une initiative pilote, les Living books about history : des auteurs sont sollicités pour constituer une anthologie thématique à partir de livres électroniques (mais aussi de vidéos ou d’émissions de radio) sélectionnés sur le web, ils ajoutent une introduction originale et la collection ainsi constituée est accessible librement.

Malheureusement Infoclio souffre d’un relatif désintérêt des personnes qualifiées en raison du modèle économique (publication sans rétribution).

Claude Kirchner (INRIA) présente la réappropriation par les communautés scientifiques des processus d’édition et de publication à travers les usages de Episciences et SciencesConf.org. Les besoins des scientifiques reposent sur l'accès et la maîtrise de l'information. Pour cela, des outils existent : outils institutionnels (HAL, CCSD, ISTEX), réseaux sociaux (ResearchGate, Mendeley -racheté par Elsevier-, LinkedIn -racheté par Microsoft-), cahiers numériques de laboratoire (racheté par Elsevier). Pour que les chercheurs se réapproprient la publication scientifique, il faut aller vers de nouveaux modèles qui leur permettent de maîtriser les accès tout en appartenant aux réseaux sociaux scientifiques. La publication d’un article scientifique suit habituellement des processus successifs de publication, qualification (par le biais des relectures et commentaires) et validation. Avec l’open access, un nouveau modèle de qualification par les pairs apparaît (open peer-review), grâce à un « collège invisible » qui lit les publications et les évalue, en particulier, via les réseaux sociaux.

PRET NUMERIQUE ET LECTURE PARTAGEE DE DOCUMENTS ACADEMIQUES

La lecture partagée des documents académiques intéresse les plateformes commerciales, qui tâchent d’améliorer leur offre en ce sens.

Le Prêt Numérique en Bibliothèque (PNB), présenté par Claire Peloux de Reydellet (Dilicom) est un projet mis en œuvre par DILICOM en 2012, afin que les libraires restent impliqués dans le développement de la lecture numérique, et puissent commander les livres numériques auprès des fournisseurs de leur choix.

PNB est un dispositif technique, collectif et interprofessionnel, qui se veut ouvert, qui laisse le choix du prestataire, du fournisseur et qui permet aux éditeurs de définir librement leur offre envers les bibliothèques.

DILICOM rassemble près de 104 866 titres en janvier 2016 soit 63 % des offres grand public, sous DRM Adobe.

TEA (The Ebook Alternative), présenté par David Dupré (Directeur général de TEA) est une plateforme de diffusion du livre numérique née en 2011. Elle permet aux professionnels de vendre des livres électroniques sans être prisonnier d’un format propriétaire et avec un niveau de service satisfaisant.

Dans l'environnement de l'enseignement supérieur, le CNAM a sollicité TEA pour un projet de solution complète pour la diffusion des cours numériques de l’établissement, qui permet également à chaque étudiant de stocker ses documents et ses notes. Le CNAM dépose ses fichiers PDF dans l'entrepôt TEA (depuis le Moodle du CNAM), et TEA sécurise les fichiers, gère les accès selon les profils des étudiants, offre un environnement de lecture et d’annotation.

L’étape suivante sera la mise en place de la librairie numérique du CNAM : proposer à l’étudiant d’acheter éventuellement auprès des éditeurs commerciaux les suggestions de lectures complémentaires.

Pour terminer, Benoît Epron (ENSSIB) présente deux exemples de manuels universitaires numériques. The discipline of organizing (ed. MIT Press, 2013) est un ouvrage régulièrement enrichi de façon collaborative par la production de contenus annexes; l'ouvrage présente plusieurs fonctionnalités de structuration dynamique, de sorte qu’on peut sélectionner ce qu’on lit par discipline ou par niveau d’approfondissement.

Le 2ème exemple, Pratiques de l'édition numérique de Marcello Vitali-Rosati et Michael E. Sinatra, publié aux Presses Universitaires de Montréal en 2014, n’est pas imprimable : l'ouvrage propose une navigation en 3D, et l’intégration de contenus et de ressources variées. Il s’agit d’ouvrages qui ne se lisent plus de façon linéaire, mais en fonction des besoins.

Le passage au format numérique change significativement les pratiques dans toute la filière du livre :

- Pour les auteurs/universitaires : comment intégrer ces potentialités dans leurs projets éditoriaux, tout en restant un auteur reconnu ?

- Pour les éditeurs : comment déployer des capacités d’accompagnement technologique et juridique de ces nouvelles modalités et définir de nouveaux modèles économiques ?

- Pour les bibliothèques : comment médiatiser ces ressources complexes dans les ENT et ailleurs ?

C’est la richesse de cette journée que d’avoir pu mettre en lumière tant d’évolutions à venir.