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Journées ABES 2017

Montpellier – 10-11 mai 2017

Élisabeth Noël

Traditionnel rendez-vous depuis 10 ans au Corum de Montpellier, les Journées ABES 2017 (les JABES) ont cette année particulièrement traduit l’effervescence, la richesse et la complexité de l’Information Scientifique.

En écho aux dernières évolutions de l’Agence Bibliographique de l’Enseignement Supérieur, les interventions ont illustré la structuration des différents organismes autour de la constellation de sources, de données et d’applications existantes, et ont permis de faire le point sur plusieurs des initiatives mises en place dans des efforts de mutualisation à l’échelle nationale, pour lesquelles l’ABES joue un rôle essentiel. La première journée, le mercredi 10 mai 2017, était spécifiquement consacrée aux systèmes de gestion des bibliothèques, en particulier avec les premiers retours d’expériences sur le SGBm 1, alors que le jeudi 11 mai déclinait diverses initiatives autour du signalement et des ressources. Il reste bien sûr difficile de retracer ces deux journées, à la fois denses, techniques et stimulantes, mais il est possible de signaler quelques points saillants.

David Aymonin (nouveau directeur de l’ABES depuis la mi-septembre 2016), a accueilli les 450 participants en rappelant le parcours de l’agence, qui a su évoluer, depuis le SUDOC, catalogue collectif des origines, à une constellation de services qui permettent maintenant aux bibliothèques universitaires d’irriguer le monde avec des données de qualité. Alain Abécassis (chef du service de la coordination des stratégies de l’enseignement supérieur et de la recherche, au Ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche), a introduit les journées en insistant sur l’importance des structures documentaires dans les Universités. Pour lui, la fonction Documentation est une de celle qui structure le mieux, efficacement et discrètement, les politiques de sites - les transformations des bibliothèques précédant les transformations pédagogiques. Ce qui permet aussi que les BU soient plébiscitées par les étudiants et que, cette année encore, elles soient en tête du classement des services publics les plus appréciés 2.

La matinée a illustré - de manière parfois aride pour les non spécialistes, mais c’est la loi du genre - la diversité des activités de l’ABES, dans le désordre ici : travail sur les autorités et leur dédoublonnage, sur les données des thèses, le chantier Cercles en lien avec Brain, Bacon, la transition bibliographique, l’évolution de CBS, Colodus, Calames et EAD, Idref et Star, le guichet d’assistance ABESstp traitant plus de 5 000 tickets par an, Conditor, les web services, l’enquête sur les usages professionnels du Sudoc (qui montre que les collections invisibles disparaissent), un reportage photo sur la réorganisation des serveurs en octobre 2016…on en oublie. Mais on a bien noté la création d’un Labo de l’ABES 3, qui, sur des projets courts (deux à quatre mois) travaillera sur de nouveaux concepts et des développements…ainsi que la place essentielle des partenariats, avec la BNF et d’autres organismes, qui contribuent à structurer l’univers des données d’une façon beaucoup plus transversale.

Avant les premiers retours, très attendus, sur le SGBm, deux retours d’expériences : François Renaville a illustré à quel point un projet de réinformatisation de bibliothèque (sur la base de l’expérience récente de la BU de Liège, passée à Alma primo) est, en vérité, un projet d’évolution de la bibliothèque, et non strictement un projet informatique. La prise en compte de l’humain, du relationnel est indispensable pour réussir, et la communication essentielle. Si cette période de réinformatisation semble par ailleurs idéale pour réorganiser des circuits internes, tout ne peut être remis à plat, et il est difficile de former une équipe à un outil qu’on ne maitrise pas encore. Pablo Iriarte (BU de Genève), a présenté le panorama suisse, jusqu’à peu encore structuré autour de trois grands réseaux : IDS (Informationsverbund Deutschschweiz), Schweizerische Nationalbibliothek et RERO (réseau roman des bibliothèques). Le canton de Vaud a quitté RERO en août 2016. Ce « Vaudxit 4» a entrainé le lancement d’un projet national : SLSP 5 (Swiss Library Service Platform), mettant fin aux réseaux « linguistiques ». Un temps strictement minuté a ensuite été proposé aux différents porteurs de solutions SGBm : Ex Libris, OCLC et JISC, Datamanagement et Decalog, sans oublier un rappel de la solution Koha via l’association Kohala 6.

Démarré en 2010, le projet SGBm est donc actuellement en déploiement dans neuf sites pilotes. La table ronde sur ce sujet présentait un retour d’expériences, autour des situations de coopération diverses pour les marchés subséquents portés par l’ABES : le fonctionnement en solo (Bordeaux) a permis de travailler à une meilleure implication des partenaires internes, les membres du trio Toulouse – Montpellier – Nimes ont apprécié la préparation commune du marché, même si ensuite chacun a repris sa liberté ; enfin, les compétences du sextet (Clermont-Ferrand, Le Havre, Caen, Rouen, Littoral, Universciences) ont bénéficié à tout le groupe, la coopération a été appréciée, même si l’éloignement géographique a entrainé une réelle complexité. Dans tous les cas, le travail préparatoire classique d’une réinformatisation (nettoyage du catalogue, analyse des circuits, paramétrages) est lourd, le saut dans le vide, salutaire, permet de prendre du recul sur les procédures classiques, même si l’atterrissage n’est pas encore réalisé.

La deuxième journée a permis de faire le point sur diverses initiatives. D’après la récente enquête présentée, ISTEX semble encore trop peu connu quant aux modalités d’accès 7 et aux usages possibles ; en effet, techniquement ISTEX propose plusieurs systèmes d’intégration via des API ou des widgets, peu utilisés. Par ailleurs, trop peu d’établissements ont pour l’instant des projets avec des chercheurs sur ces corpus (par exemple l’INRA, l’Ifremer et l’École des ponts ParisTech). Une présentation de la démarche d’intégration des corpus ISTEX a permis de faire comprendre la lourde gestion nécessaire avant que les millions de documents fournis par les éditeurs soient mis à disposition et enrichis : analyse quantitative et qualitative, normalisation et harmonisation des données, travail de classification automatique.

Sophie Mazens a présenté le nouveau dispositif CollEx-Persée 8, en cours de constitution, qui succède en quelque sorte aux CADIST. L’objectif est de proposer une politique nationale d’acquisition, de diffusion et de valorisation des collections scientifiques, prenant en compte le numérique, pour une meilleure offre vers les chercheurs. La conservation pérenne des ressources numériques est visée, en partenariat avec d’autres établissements. La Bibliothèque Nationale Universitaire de Strasbourg est porteuse du GIS pendant 5 ans, le dispositif intégrant un ensemble de bibliothèques délégataires, associées ou labellisées.

La matinée se terminait par un point sur le réservoir d’autorités IDRef, qui aboutit à la constitution d’un vrai patrimoine vivant, de qualité, base de l’interopérabilité de plusieurs applications comme Conditor et Qualinca, mais aussi avec le fichier national des entités (FNE), projet en cours de la BnF qui va regrouper toutes les entités produites par des organismes documentaires.

L’après-midi a donné lieu à plusieurs sessions parallèles, dont un knowledge café (sans café !) consacré au signalement, autour des restitutions d’une enquête sur les usages professionnels du SUDOC 9 et d’une enquête de la commission signalement et système d’information de l’ADBU. Les échanges, dynamiques, ont permis de rappeler que, au-delà des outils et des pratiques, le signalement est aussi une question politique, avec des niveaux variables à prendre en compte (du local au national, du général au spécialisé, de l’article à la collection). Si tous conviennent que dans les équipes, le catalogage de supports traditionnels reste encore malheureusement premier par rapport à la documentation électronique, l’objectif essentiel reste la satisfaction des besoins des usagers.

David Aymonin et Christine Fleury ont donné rendez-vous les 23 et 24 mai 2018 pour les prochaines JABES. Une véritable énergie s’est dégagée de ces journées, qui ont mis en valeur la force du collectif et la nécessité de valoriser l’or noir - les données (de qualité) et les référentiels - de ces raffineries que sont les bibliothèques. L’ouverture et la réutilisation des données, qui passent par des applications multiples, ne peut se faire qu’à travers des partenariats, devenus indispensables pour toutes les institutions concernées, et qu’illustrait la présence de nombreux acteurs lors des JABES.

L’ensemble des communications est disponible sur le site de l’ABES

Petit vocabulaire

Que serait une journée d’étude bibliothéconomique sans nos acronymes professionnels? Pour ne pas trop perdre la tête, un guide de survie est indispensable

- ABES : agence bibliographique de l’enseignement supérieur
- ABESstp : guichet d’assistance de l’ABES
- Bacon : BAse de COnnaissance Nationale, dispositif pour favoriser le partage de métadonnées
- Calames : catalogue des manuscrits et archives de l’enseignement supérieur
- CBS : base de données sur laquelle est construit le SUDOC
- Cercles : dispositif qualité (Correction et Enrichissement par le Réseau de Corpus de l'Enseignement Supérieur) d’enrichissement des notices
- Colodus : application pour exemplariser les documents dans le SUDOC
- Conditor : référencement de la production scientifique française (projet BSN)
- IdRef : référentiel des autorités Sudoc
- ISTEX : négociation et achat de documentation électronique (rétrospectives et archives) mise à disposition sous forme de licences nationales (corpus numérisés)
- Périscope : application pour comparer les collections de périodiques
- Qualinca : Qualité et interopérabilité de grands catalogues documentaires (projet de recherche, clos en 2016)
- SGBm : Système de Gestion de Bibliothèque mutualisé
- Star : application nationale de signalement, de dépôt et d’archivage pérenne à destination des établissements habilités à délivrer des doctorats
- Step : signalement des thèses en préparation
- SUDOC : catalogue collectif de l’enseignement supérieur, qui recense les collections de 165 établissements documentaires universitaires ou de recherche
- Theses.fr : moteur de recherche des thèses françaises
- Transition bibliographique : évolution des normes de catalogage via RDA (Ressources : Description et Accès), pour l’exposition et la visibilité des collections des bibliothèques sur le web.