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Bibliothèques au XXIe siècle

Centre Pompidou, 21 septembre 2017

Tiphaine Foucher

Marie Le Mer

Organisée le jeudi 21 septembre par le ministère de la Culture, au centre Pompidou à Paris, la journée « Bibliothèques au XXIe siècle » correspondait au lancement de la mission confiée à Erik Orsenna sur la lecture et les bibliothèques en France. La journée s’est déroulée en deux temps : le matin, la parole a été donnée au Président du Centre Pompidou et à la directrice de la BPI, ainsi qu’à la ministre de la culture ; puis, une table ronde – animée par Erik Orsenna – a donné la parole aux élus sur les questions d’ouverture des horaires des bibliothèques. L’après-midi a vu se succéder deux tables rondes, cette fois-ci animées par des professionnels des bibliothèques, l’une sur les horaires d’ouverture encore une fois, et la seconde sur les missions des bibliothèques au XXIe siècle.

Lecture publique et accès à la culture

Alors que la Bibliothèque Publique d’Information (BPI) fête cette année ses quarante ans d’ouverture, Serge Lasvignes, président du centre Georges-Pompidou, a rappelé qu’il s’agit d’un lieu ouvert six jours sur sept, où la bibliothèque et le centre sont complémentaires et constituent un véritable lieu de vie. Ces propos ont été confirmés par Christine Carrier, directrice de la BPI. Celle-ci, s’interrogeant sur les missions des bibliothèques, explique que ces dernières n’ont pas changé, mais qu’elles doivent être réinterrogées sans cesse, dans un souci d’innovation.

La ministre de la culture, Françoise Nyssen, a ensuite présenté plus en détail la mission Erik Orsenna, que celui-ci réalisera appuyé par Noël Charpin. Ensemble, ils vont se rendre dans les collectivités françaises pour chercher à dessiner les ambitions pour la lecture publique sur les différents territoires du pays. L’objectif de cette mission est double : développer le goût de la lecture chez les enfants et les adolescents, et réduire les inégalités territoriales d’accès à la culture. Les bibliothèques ont vocation à devenir des maisons de vie culturelle, et l’un de leurs défis est d’ouvrir plus et mieux, afin de toucher les 60% de la population qui ne s’y rendent pas ou plus.

Paroles d’élus

Erik Orsenna a animé la table ronde « Ouvrir plus nos bibliothèques, paroles d’élus ». Les participants à cette première table ronde étaient : Jean-Luc Gagliolo (conseiller municipal délégué au Patrimoine historique, à la Littérature, à la Lutte contre l’illettrisme, au Théâtre, à la Langue niçoise et à l’Archéologie de la Ville de Nice), Déborah Munzer (présidente de la Fédération nationale des collectivités pour la culture, maire adjointe de Nogent-sur-Marne, conseillère départementale du Val-de-Marne), Jean-Marc Puchois (maire de Lampaul-Guimiliau) et Nathalie Sarrabezolles (Présidente du conseil départemental du Finistère). Ensemble, ils ont décrit l’importance des aménagements des horaires d’ouverture des bibliothèques afin de mieux s’adapter aux usagers. Il n’est pas nécessaire d’ouvrir plus, mais il est important que les horaires conviennent aux publics. D’autres projets présentés permettent aux habitants d’un territoire de cesser de se sentir illégitimes quand il s’agit de rentrer dans une bibliothèque, dans la mesure où les bibliothèques sont des lieux de vie ouverts à tous. Les élus et les agents doivent travailler ensemble en fonction des réalités territoriales afin de développer des synergies et de croiser les publics. La diversité des élus présents, allant d’une ville d’environ 2 000 habitants – comme Lampaul-Guimiliau – à une commune comme celle de Nice, a permis de montrer la diversité des territoires français et d’exprimer les attentes et les réalités différentes entre des zones rurales et des métropoles. L’importance de l’action des ministères (ministère de la Culture et ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation), des DRAC et des bibliothèques départementales a été soulignée pour l’harmonisation des pratiques, entre autre pour tout ce qui a trait aux horaires d’ouverture.

Comment ouvrir mieux ?

L’après-midi a été consacrée à deux tables rondes. La première, animée par Noël Corbin (inspecteur général des affaires culturelles), portait sur un retour d’expérience sur l’élargissement des horaires d’ouverture sous le prisme des enjeux, de la méthodologie et de l’évaluation. Alain Abécassis (ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation), François Cavard (directeur général des Services de la ville du Havre), Xavier Galaup (président de l’Association des Bibliothécaires de France et directeur de la médiathèque départementale du Haut-Rhin), Nathalie Moigne (responsable de la médiathèque de Lampaul-Guimiliau) et Sylvie Robert (sénatrice d’Ille-et-Vilaine), nous ont livré leurs expériences. L’essentiel de la discussion était tourné vers les éléments favorables pouvant conduire à augmenter ou réorganiser les horaires d’ouverture d’une bibliothèque afin qu’ils conviennent davantage aux usagers. Dans ce cadre, l’analyse du territoire et des besoins des usagers, la volonté politique ainsi que le soutien des équipes semblent primordiaux à la réussite de tels projets. Dans un contexte de restrictions budgétaires, les bibliothèques qui se lancent dans un projet d’extension ou de réorganisation des horaires doivent faire des choix et hiérarchiser les actions prioritaires à l’échelle de l’établissement pouvant entrainer le sacrifice de certains services. L’ouverture élargie de la bibliothèque peut, dans ce cadre, être envisagée de manière ponctuelle et seulement sur certaines périodes (périodes de vacances scolaires ou d’examens pour les étudiants).

Toucher tous les publics

La deuxième table ronde de l’après-midi, animée par Anne Verneuil (présidente de la commission Advocacy de l’Association des Bibliothécaires de France et directrice des affaires culturelles d’Anzin), était consacrée aux missions à destination de tous les publics dans les bibliothèques du XXIe siècle. Les participants : Amaël Dumoulin (directrice des bibliothèques de Dunkerque), Nicolas Galaud (directeur des bibliothèques, de la lecture publique et des médias culturels de Bordeaux), Colette Modion (directrice du livre et du multimédia du département de la Loire) et Françoise Muller (directrice de la médiathèque communautaire de l’agglomération de Moulins) ont relaté leurs différentes expériences et pratiques sur le sujet. Dans cette table ronde, comme dans la première, les baisses de budget et leur impact ont été fréquemment abordés. L’importance de la communication interne et externe, des partenariats avec diverses institutions/associations culturelles et de la formation des agents ont été mis en avant pour augmenter la fréquentation de la bibliothèque ainsi que l’usage des services mis en place. La place de l’usager au sein du processus de réflexion sur de nouveaux services ou sur l’élargissement des horaires d’ouverture a été analysée par les participants. La bibliothèque de Dunkerque a, par exemple, mis en place des actions participatives afin d’associer les habitants de la ville pour repenser totalement leur bibliothèque.

Nicolas George (ministère de la Culture, directeur-adjoint de la DGMIC, directeur du Service du livre et de la lecture) a conclu cette journée en rappelant l’importance d’un travail collectif entre tous les acteurs des bibliothèques pour mener à bien un projet de réflexion sur les horaires d’ouverture.