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Une bibliothèque de plage, pour quoi faire ?

Julien Barlier

Article publié dans le BBF n° 1 de mars 2014


L’été dernier et pour la première fois, la ville de La Seyne-sur-Mer, dans le Var, a ouvert une bibliothèque de plage. Rien de nouveau sous le soleil, arguera-t-on avec la satisfaction d’un jeu de mots à peu près acceptable : en effet, depuis plusieurs années, nombreuses sont les villes côtières à proposer ce type de dispositif, généralement piloté par le service des bibliothèques local ; si bien qu’en montant à leur tour une bibliothèque saisonnière sur la plage la plus emblématique de leur territoire (la plage des Sablettes), les bibliothèques municipales de La Seyne-sur-Mer n’ont certes pas innové. Ceci étant, et quoiqu’on ne réponde pas aux injonctions actuelles de la maîtresse Innovation, reconnaissons qu’il y a de temps en temps quelque avantage à ne rien inventer :

  • On bénéficie de l’expérience (succès et loupés) des collectivités qui nous ont précédés dans ce genre de projet, de sorte que nous pouvons construire de manière plus avisée le nôtre. C’est du benchmarking à la petite semaine, c’est vrai, mais ça nous fait gagner du temps. Car, derrière l’appellation générique de bibliothèque de plage, force est de constater que des installations très variées coexistent. Certaines privilégient la lecture sur place, d’autres intègrent l’emprunt, certaines sont payantes, d’autres font le choix du gratuit, et tandis qu’on trouvera ici une installation légère (tente, cabine, comptoir…), ce sera ailleurs un vrai local électrifié et informatisé (module préfabriqué, chalet…).
  • En termes de décision, les expériences réussies et connues des autres communes vous épargnent les prolégomènes et les débats compliqués avec votre Direction générale et vos élus, étant donné qu’ils ont tous déjà eu vent de bibliothèques de plage et qu’en fin de compte tout le monde est d’accord pour penser qu’une bibliothèque de plage, c’est formidable.

Le réseau de lecture publique à La Seyne

Trois bibliothèques, un bibliobus.

• 100 000 documents, une équipe de 40 personnes

• Ouverture sur les 52 semaines de l’année, amplitude générale de 30,5 heures/semaine

• Adhésions : gratuit (Seynois mineurs), 5 €/an (Seynois majeurs), 10 €/an (extérieurs)

• Taux d’inscription sur la commune : 13 %

    À La Seyne-sur-Mer, on n’a pas de pétrole
    mais on a de l’eau salée

    De fait, quand vous évoquez au sein de votre collectivité l’idée d’une bibliothèque temporaire qui se rapprocherait des lieux de baignade, tout le monde vous dit « très bonne idée, pourquoi pas ? ». Personne, en revanche, ne vous demande « ah bon, mais pour quoi faire ? ».

    À première vue, cette absence de contradiction va faciliter la conduite de notre projet. Cependant, et au risque d’une résipiscence toute rhétorique, cette facilité ne pourrait-elle pas s’avérer piégeante, du fait que le projet se monte sur un constat d’évidence, une espèce d’enthymème (« on a une plage sur notre territoire donc montons une bibliothèque de plage ») qui fasse par trop l’économie de questions qu’il est essentiel de se poser dès le départ (Les usagers de notre plage ont-ils envie de lecture ? La lecture que nous allons leur proposer va changer quoi dans leur vie ? Et dans la nôtre ? Notre bibliothèque va-t-elle s’empiler sur l’offre de distraction déjà pléthorique sur le secteur balnéaire ou va-t-elle chercher plutôt à bouleverser, à transgresser l’espace plage ?…).

    Tout ça pour dire qu’une fois sondés nos édiles (avec la candeur qui convient) sur l’idée d’une bibliothèque de plage, mes collègues des bibliothèques et moi-même avons essayé, non pas de débusquer parmi l’éventail des dispositifs existants sur les côtes françaises lequel nous semblait le plus attractif (ils le sont souvent) mais plutôt, de nous en retourner à nos fondamentaux : la connaissance que nous avons accumulée de notre territoire, nos modalités ordinaires d’action, et bien sûr le sens qu’on essaye de donner chaque jour à notre action culturelle.

    Cette réflexion nous a conduits à extraire les quelques valeurs que nous pensions pouvoir projeter sur un projet de bibliothèque de plage, ces valeurs allant ensuite conditionner l’ensemble de nos options pour le montage de cette bibliothèque provisoire.

    La valeur « vivre ensemble »

    La ville de La Seyne compte plus de 60 000 habitants. Comme d’autres villes en PACA, la problématique du vivre ensemble se pose avec une coloration assez vive, illustrée par l’opposition entre des quartiers nord aux bas revenus (cités HLM issues de l’industrie portuaire) et des quartiers sud marqués par un enchevêtrement de résidences sécurisées et de villas hébergeant des populations mieux loties. À ce clivage structurel (les habitants des quartiers nord ne vont guère au sud, les habitants des quartiers sud n’aiment pas tellement mettre les pieds au nord) se greffe un autre élément perturbateur du vivre ensemble. Celui-ci intervient à partir de la mi-juin, lorsque démarre la saison touristique : à l’instar de nombreuses communes de la Côte d’Azur en effet, la population gonfle considérablement à La Seyne-sur-Mer, où l’idée d’une ville « qui ne nous appartient plus » transparaît en maints endroits chez les habitants, dès lors que les commerces deviennent bondés et la circulation urbaine étouffante.

    Or, dans ce constat d’un vivre ensemble contrarié, que représente la plage sinon, précisément, un espace public qui pendant deux mois et demi rassemble une population hétérogène, locale comme lointaine, aisée comme modeste ? La plage, en jouissant de cet appel atavique à la détente plébiscité par de nombreuses populations, ne représente-elle pas la version effeuillée de ce qu’une bibliothèque publique brigue ? Cette fameuse pluralité, ce temps de respiration dans la vie prosaïque, cet espace où l’individu peut se (re)découvrir dans l’altérité, ce lieu où les notions de partage et de liberté peuvent se féconder ? Bref, en considérant bien les choses, il nous a semblé que la plage et la bibliothèque avaient des choses à se dire et, partant, à faire ensemble. Cette envie de pluralité a alors orienté plusieurs de nos choix, touchant par exemple :

    • Les heures d’ouverture. Vu l’affluence des après-midis, il est patent que les locaux privilégient le plus souvent les matinées pour se rendre à la plage des Sablettes. De ce fait, et dans notre ambition de toucher autant les vacanciers que les Seynois, il nous a paru plus pertinent d’ouvrir la bibliothèque de plage le matin, où une fois qu’elle fut ouverte, nous avons pu observer avec plaisir les échanges générés par des rencontres inhabituelles, comme entre ces deux amateurs de polar, l’un Nancéen, très habitué des bibliothèques de sa ville, et l’autre, une Seynoise âgée habitant le quartier des plages, et qui avant notre bibliothèque saisonnière n’avait jamais franchi les portes d’une de nos bibliothèques municipales.
    • L’accès au service. Pour encadrer la diversité des usagers que nous escomptions et pour continuer de valider l’hypothèse que la bibliothèque est un lieu d’exercice du vivre ensemble, nous avons décidé de donner accès au service par le moyen d’une vraie inscription (mais gratuite et simplifiée), matérialisée par une « carte découverte » dont l’avantage, outre d’ouvrir l’emprunt, était de permettre à chaque souscripteur de se rendre dans les autres bibliothèques seynoises à l’offre plus fournie ; mais aussi, concernant les vacanciers peu coutumiers de l’univers des bibliothèques, de créer chez eux une image, une expérience, une envie de véritable bibliothèque, qui pourrait les inciter, une fois revenus dans leur commune de résidence, à s’inscrire ensuite dans la bibliothèque publique la plus proche de chez eux.

    Un autre élément du vivre ensemble nous a renvoyés à l’organisation interne de nos bibliothèques : notre service est assuré par 40 agents, répartis dans les trois bibliothèques de la ville, le service de bibliobus, mais aussi les services centraux de la bibliothèque, sis dans un bâtiment annexe de l’hôtel de ville. Avec une ouverture annuelle sur 52 semaines, on se le figure aisément, bon an mal an les équipes des bibliothèques se croisent plus qu’elles ne travaillent ensemble. À tout prendre, et quitte à compliquer les choses pendant l’été en ajoutant une sixième unité à notre réseau, nous nous sommes dit que cela pouvait être aussi l’occasion de travailler sur le vivre ensemble du service et d’assurer un rapprochement entre les équipes des différents établissements. Nous avons donc créé des binômes et fait en sorte que chaque agent déploie son activité sur deux unités tout au long de l’été. Contre les plus prudentes expectatives, il est apparu, lors de l’évaluation du dispositif en septembre, que la grande majorité des agents avait apprécié ce fonctionnement, qui a permis à chacun de voir ailleurs et de découvrir autrement des collègues avec lesquels, parfois, ils n’avaient jamais travaillé.

    Sortie de son contexte de nécessité de service, cette réorganisation nous dit qu’un projet ponctuel peut, in fine, être l’occasion d’élargir nos horizons habituels et, nous donnant l’occasion d’expérimenter de nouvelles manières de travailler, de préfigurer, pourquoi pas, d’autres façons de gérer notre ordinaire et de concevoir notre action de lecture publique.

    Illustration
    Fonctionnement du réseau de lecture publique à La Seyne-sur-Mer depuis l'été 2013

    La valeur de préfiguration

    Hormis les aspects organisationnels, nous nous sommes surtout interrogés sur le sens que pouvait porter sur le long terme une bibliothèque qui n’ouvre que 9 semaines dans l’année.

    Une bibliothèque provisoire,
    plutôt qu’une bibliothèque de plage

    Dans la mesure où cette bibliothèque de plage allait s’ériger loin des murs de nos bibliothèques habituelles, il a paru logique que ce soit notre équipe du bibliobus qui conduise le projet… celle-ci signant ipso facto pour une requalification de ses missions et mutant officiellement en service plus ample de « bibliothèque hors-les-murs », lequel, à côté des tournées de bus, inclurait nos actions en maisons de retraite et foyers, le futur portage à domicile et toutes nos opérations en extérieur. Dans cette perspective, nous n’avons pas conçu la bibliothèque de plage comme un but en soi, un dispositif autosuffisant dont la validité reposerait sur la topographie plage, mais comme un prototype de bibliothèque provisoire qui, à l’issue, pourrait très bien se décliner dans un autre lieu de notre territoire. Deux raisons pour ne pas cantonner à l’écosystème plage notre bibliothèque saisonnière :

    • Ce serait disgracieux envers la plupart des villes françaises qui, elles, n’ont pas la chance d’avoir une plage sur leur territoire (même si aujourd’hui, un certain nombre de municipalités, faisant fi de la géologie la plus élémentaire, reconstituent des ersatz de plage sur les rives de leur cours d’eau ou sur le parvis de leur siège social). Or, quand on monte une bibliothèque de (vraie) plage, on n’est pas en train de témoigner des propriétés magiques qu’aurait ce saint limon sur l’action culturelle. On est juste en train de dire que là, des acteurs de la lecture publique exploitent un lieu rayonnant de leur territoire pendant une période de l’année. Aussi, pourquoi ne pas ouvrir cette piste vers d’autres portions de nos communes, que ces dernières se situent ou pas sur un littoral ? Des lieux saisonniers rayonnants, toute ville doit bien en avoir un ou deux… Si c’est le marché de Noël qui attire les foules en décembre, si c’est ce grand parc municipal extrêmement fréquenté aux beaux jours, si c’est même le centre commercial, la gare RER… ?
    • Une seconde raison, plus triviale et directement indexée à l’oikonomia de notre service, est la suivante : si l’on doit acheter du mobilier (étagères, bacs, salons de lecture, bureau) pour présenter les 2 000 documents de notre bibliothèque d’été, autant que ce mobilier puisse, durant les dix mois restants de l’année, être employé à d’autres actions plutôt qu’être remisé en attendant le prochain cagnard (de toute façon, on n’a pas la place pour le ranger).

    Bref, pour ces raisons et de nombreuses autres, nous sommes partis sur l’idée d’une bibliothèque « pour de vrai », qui préfigurerait pour nous un modèle de bibliothèque-relais, aussi polyvalente que peut l’être notre bibliobus, adaptant ses stations aux flux et aux habitudes de vie propres à notre commune. Sans le développer plus avant, ce type de micro-bibliothèques peut par ailleurs nous interroger sur la notion de « réseau de lecture publique », couramment fondée sur le modèle d’une bibliothèque centrale appuyée par quelques satellites. Peuchère, a-t-on le retour d’une collectivité qui aurait jamais fait le choix de s’affranchir de cet idéal-type pour, par exemple, déployer ses ressources en maillant exclusivement son territoire d’une constellation de mini-bibliothèques (100 m², 3 000 à 8 000 documents, 1 à 2 agents) ?

    La bibliothèque, un compagnon du territoire

    Par ses missions et les facilités d’accès qu’elle offre à la population, une bibliothèque publique est éminemment proche de son territoire. Cependant, elle l’est sans doute plus encore, quand elle travaille non seulement en direct auprès de la population, mais en camaraderie avec toutes les structures qui accueillent elles aussi, sur d’autres missions ou objectifs, cette même population.

    Cela n’a rien d’original, ça s’appelle le partenariat et tout le monde en connaît les vertus. Comme l’aloe vera, en effet, le partenariat a mille vertus :

    • notre communication monte en puissance (chaque partenaire la relaye) ;
    • ça nous fait économiser des sous (l’indépendance est vite dispendieuse) ;
    • ça nous fait du travail en moins (dilution de l’action).

    En ouvrant une bibliothèque de plage, nous avons essayé de pousser au maximum cette notion de partenariat : le local de 80 m² nous a été aimablement prêté par le service des sports de la ville, des commerces (certains ouverts jusqu’à minuit) ont hébergé nos boîtes de retours de documents, l’office du tourisme a orné sa façade d’un kakemono présentant notre bibliothèque, les secouristes nous ont permis d’utiliser leur sonorisation pour faire des annonces sur la plage, la plupart des hôtels et des restaurants du secteur ont distribué nos flyers sur leurs comptoirs…

    Outre le bénéfice logistique, les connexions partenariales offrent surtout un intense sentiment de bien-être au bibliothécaire, quand celui-ci, sortant de son image de médiateur culturel sanctuarisé par ses missions, se sent enfin exister comme un acteur du territoire parmi les autres, comme un membre de la grande et belle famille du développement local, à côté des commerces, des autres espaces publics, des structures associatives… Une bibliothèque de plage, de ce point de vue, n’est-ce pas l’occasion idéale de sortir de notre sphère par trop culturelle et de dire une bonne fois pour toutes que malgré nos circonvolutions architecturales, notre réglementation passéiste et notre humour pas toujours très frais, nous, bibliothécaires, faisons partie du paysage et appartenons à la galaxie de ces troisièmes lieux authentiques que sont le bar emblématique du coin, le terrain de boules, le chalet des sports, l’espace jeunesse, le carrousel, le parc paysager et la plage ?

    Une bibliothèque-laboratoire,
    où on essaye de nouvelles choses

    Une fois mis de côté le plaisir ressenti par tous les gens qui ont pu profiter de ses services, on sera tous d’accord pour dire que les bienfaits d’une bibliothèque de plage ne peuvent se résumer à revitaliser nos statistiques annuelles de prêts ou à nous réjouir d’une opération de communication rondement menée et auréolée de quelques pages bien senties dans les journaux locaux. De façon supérieure, une bibliothèque de plage peut nous amener à interroger nos modèles habituels de bibliothèque publique et à repenser nos services réguliers. Deux exemples :

    • La presse : ordinairement en bibliothèque, la proposition de presse passe par la formule de l’abonnement. Or, est-on bien assuré que c’est le meilleur truchement pour valoriser cette offre documentaire auprès du public, dont il est singulièrement éprouvé que les habitudes privées de lecture de la presse ne passent pas majoritairement par l’abonnement ? Pour ce qui regarde notre bibliothèque estivale de deux mois, nous n’avons évidemment pas contracté de nouveaux abonnements à des périodiques mais, profitant de la proximité avec un kiosquier, nous sommes allés tous les jours, avant l’ouverture, acheter le journal du matin ainsi que des périodiques dans différents domaines. Pourquoi ne pas travailler de la même manière dans nos bibliothèques publiques ? Sans aller jusqu’à le formaliser sur l’ensemble du panorama documentaire, pourquoi ne consacrerait-on pas, sur certains segments (les hebdos d’actualités, les magazines de décoration, de voyages, de musique…), une partie de nos crédits à l’acquisition régulière de titres hors abonnements, après un feuilletage avisé en kiosque chaque semaine ?
    • La boîte de retour : outil communément ratifié par les bibliothèques qui veulent faciliter le retour de leurs collections, nous l’avons d’autant plus envisagé pour cette bibliothèque de plage, où nous allions nécessairement toucher des publics plus volatils, pas forcément rompus au respect des temps de prêt propres aux bibliothèques. Or, la boîte de retour, comme dispositif unique et contigu aux murs de la bibliothèque, est-elle là encore la solution la plus adaptée ? Pour maximiser les possibilités de retour, nous avons pris le parti de proposer non pas une boîte de retour, mais cinq, dont quatre dispersées en divers endroits du secteur (office du tourisme, commerces), assurant à la fin de la saison un taux estimable de 100 % de retour (sur 2 000 documents prêtés). Et si l’on faisait la même chose pour nos bibliothèques ouvertes à l’année ? Et si, à côté de la traditionnelle boîte que nous enchâssons à nos équipements, nous déployions des urnes de retours dans les commerces et les administrations les plus fréquentées du territoire, ainsi que les boîtes postales ou les bennes de tri sélectif ?

    Détails de l’installation

    • Installation gracieuse dans un local municipal (base nautique de Saint-Elme) d’environ 80 m².

    • 4 boîtes de retours (urnes électorales customisées) hébergées en quatre lieux quadrillant le secteur des plages (office du tourisme, commerces) pour faciliter le retour des documents.

    Inscription gratuite et ouverte à tous, autorisant l’emprunt de 6 documents pour 15 jours renouvelables (établissement d’une « carte découverte ») ouvrant en outre l’accès à toutes les bibliothèques municipales.

    • Espace informatisé, prêts directement gérés par le SIGB des bibliothèques.

    • 2 agents en poste (binômes par rotation dans les équipes issues des différentes bibliothèques).

    • Ouverture matinale de 9 h à 13 h, du mercredi au samedi pendant 9 semaines.

    • 2 000 documents présentés (fond rafraîchi par des bacs de réassort) issus des collections ordinaires des bibliothèques (livres, CD et DVD couvrant la majorité des segments documentaires, avec accent mis sur certains fonds : ouvrages touristiques sur la région, romans policiers, BD, nouveautés musicales…).

    • Un coin presse renouvelé par des achats de journaux et magazines en kiosque chaque jour.

    Budget communication : 1 000 € (bannières pour localiser la bibliothèque depuis la plage, beach-flags, affiches, tracts…).

    • Acquisition d’un mobilier polyvalent (étagères, bacs, salon de lecture) qui est employé sur d’autres actions le reste de l’année : 3 500 €.

    • Des animations en plein air chaque semaine (heures du conte, lectures, concert…).

      La valeur de débrouillardise

      La Seyne-sur-Mer est la seizième ville la plus endettée de France. Même si l’on peut toujours ergoter sur les critères qui régentent ce type de palmarès, il est un fait que la crise économique, prégnante en notre ville marquée comme beaucoup d’autres par la désindustrialisation, nous contraint à réfléchir la viabilité de toute nouvelle initiative – notamment culturelle, et à s’assurer qu’elle n’apparaisse ni comme une insulte à la nécessité de rigueur budgétaire qui s’impose à nous, ni qu’elle puisse être considérée comme superflue ou cosmétique de la part d’une population qui la trouverait par trop éloignée de ses préoccupations du moment. C’est un truisme, mais il nous faut encore et toujours rappeler que l’acteur culturel qu’on appelle bibliothécaire continue de traîner une méchante réputation. Et pas seulement à cause de la méconnaissance dont pâtit son travail (qu’on imagine parfois à mi-chemin entre celui d’une dame pipi et d’une institutrice ratée) : la renommée du bibliothécaire tient aussi à cette propension qu’on lui prête, à ne jamais vouloir parler de sous, ou pis, à en demander systématiquement dès qu’il veut améliorer son ordinaire ou monter le moindre projet.

      Or, étonnamment, si on relie la crise économique avec l’émulation et l’inventivité que connaît le métier de bibliothécaire depuis quelques années, on remarque que ces deux phénomènes sont à peu près concomitants (même si bien sûr, c’est plus directement le boom de l’économie digitale qui a poussé les bibliothécaires à chercher de nouvelles voies). À tout le moins, on constate que l’érosion des budgets des bibliothèques publiques ne s’est, loin s’en faut, accompagnée nulle part d’une diminution des prestations que les bibliothèques présentent à leur population. Vu d’un directeur des finances, cela signifie qu’on peut faire plus avec moins. Vu du bibliothécaire, que la raréfaction des crédits n’est pas un obstacle mais une contrainte, et qu’à l’instar de toute contrainte, on peut y trouver matière à progresser à condition de se creuser le ciboulot.

      La chose est dite, et nous savions qu’on ne pourrait pas ouvrir une bibliothèque de plage désignée par un architecte en vogue ni compter sur des emplois saisonniers ou un mobilier qui flatte la rétine. Qu’à cela ne tienne, notre bibliothèque de plage ne serait pas la plus affriolante de la région mais elle aurait la bonne idée de voir toutefois le jour et de faire son office, en s’appuyant sur ses seules qualités d’offre et d’accueil. D’autre part, dans une France avachie par la sinistrose, exprimer qu’on peut faire dans la débrouillardise sans faire dans l’amateurisme peut aussi faire sens… Et ce professionnalisme débrouillard peut, de manière accessoire, fournir une jolie réponse aux estocades parfois portées à notre culture métier, je pense à ces fameuses solutions clefs en main que certains élus ou directeurs généraux nous offrent de temps en temps (des bénévoles peuvent faire le job, un seul automate vaut trois bibliothécaires, internet rend caduques nos espaces audiovisuels, musicaux ainsi que les trois quarts de nos fonds imprimés…). Des professionnels pas riches, mais des professionnels, debout.

      Au total, nous avons tout de même pu consacrer 4 500 € à ce projet (3 000 € de mobilier pris auprès d’une célèbre centrale d’achat, 1 000 € de communication et 500 € pour l’achat de la presse), sachant que la plus grosse dépense (le mobilier) a été considérée sous l’angle d’un investissement sur plusieurs années et que pour être reconduit, notre dispositif n’aura désormais besoin que d’un budget annuel de 1 000 à 1 200 €.

      La modestie des moyens mis à disposition ne donne assurément pas plus de prix à la réussite d’un projet culturel ; pour autant, je pérorerais dans les grandes largeurs si je disais que nous n’avons pas tiré une joie particulière à monter cette première bibliothèque de plage avec un budget contraint et un calendrier serré (quatre mois entre l’idée et l’ouverture). Pas tant parce que nous aimons éperdument les défis, que parce que dans cette petite aventure nous nous sommes expérimentés, nous nous sommes découverts, capables de choses nouvelles et porteuses, sans nous être une seule fois asservis à la question des moyens. Il y a sans doute beaucoup de promesses dans une telle attitude. Je rends hommage à tous mes collègues qui ont porté ce projet.

      Éléments de bilan

      • 800 personnes différentes touchées sur les deux mois.

      • 2 000 documents prêtés.

      • 12 nouvelles inscriptions par jour.

      • Suite à l’engouement manifesté par la population résidant près des plages, nous avons ouvert dès la rentrée un nouvel arrêt du bibliobus, à 50 mètres du lieu où se tenait notre bibliothèque d’été.