Au numéro « Controverses » du Bulletin des bibliothèques de France, répond la partialité assumée, et même revendiquée, du présent e-dossier qui, lui non plus, n’essaiera pas de ménager (comme on disait joliment) la chèvre et le chou, mais affichera bien haut ses partialités : partisans du consensus, s’abstenir (ou répondre ?).
De toute façon, la gratuité est l’avenir de l’économie, et c’est Chris Anderson, l’inventeur de la « longue traîne », qui le dit, alors! À sa suite, nombre de bibliothécaires, jeunes… et moins, la célèbrent avec évidence, ainsi de Silvère Mercier qui explique pourquoi les bibliothèques doivent être gratuites. Laurent David plaide lui aussi pour la gratuité des bibliothèques et les commentaires à son billet valent aussi la peine d’être lus. Et, même s’il date de 2007, le texte de Thierry Giappiconi reste d’une grande actualité, d’envisager la question de la gratuité non d’un point de vue politique, mais d’un point de vue de gestionnaire.
Ces unanimismes, bien sûr, doivent être contrastés, comme le fait Benoît Tuleu en évoquant les petits arrangements avec la gratuité, ou un certain Loïc qui évoque quelques retours d’expérience sur tarifs et tarifications, avec là encore d’intéressants commentaires. Car, comme le souligne Olivier Tacheau, la gratuité, ce peut être aussi la quadrature du cercle. À ces billets parfois lapidaires, on peut préférer, si on a un peu de temps, le solide travail de DCB réalisé par Olivier Ploux (sous la direction d’un des contributeurs du numéro, Daniel Le Goff), sur l’impact de la gratuité sur l’activité et la fréquentation des bibliothèques municipales.
Et puis, quelques témoignages plus anecdotiques permettent encore de contraster ce débat, notamment à la bibliothèque de Tours, où la fin de la gratuité divise… en images ! En revanche, la gratuité des bibliothèques, ça marche à Pessac ! – on ne peut pas mieux dire ! La BDP du Calvados, elle, pèse (pour conclure) le pour et le contre sur l’adhésion gratuite ou payante dans les bibliothèques.
Les critiques de Google, il ne faut pas croire, abondent. D’ailleurs, sur Wikipédia, un article leur est consacré. En français, ça s’appelle critiques de Google, et, en anglais, c’est plus étoffé encore, Criticism of Google. Google semble toujours être sous le feu des critiques, et, si c’est vrai pour l’année 2009, c’est aussi vrai de toutes les années depuis !
On parle, souvent, des dangers du géant Google, même expliqués… par Borges. Pour Pierre Vandeginste, et il n’est pas le seul, Google, c’est le monopole de tous les dangers, voire… le Diable, comme dans ce texte (en anglais) sobrement intitulé Google’s Evil Eye.
Il y a peu de services de Google qui trouvent grâce (la rançon du succès ?) aux yeux de certains internautes, que ce soit des sujets fondamentaux comme la neutralité du web ou l’algorithme qui a permis son éclatante réussite, le PageRank, ou des sujets plus anecdotiques comme les craintes au sujet de Google Street View ou le bombardement Google, que, peut-être, on découvrira à l’occasion.
S’il n’y avait qu’un article (ou plutôt une série d’articles) sur le sujet, ce serait les synthèses, remarquables, d’Hubert Guillaud sur la « société de la requête », et notamment « De la Googlisation de nos vies », « Comprendre la nouvelle économie cognitive » et le bien-nommé « Subvertir Google ». Toutes lectures qu’on pourra compléter avec « La googlisation est dans l’Entonnoir ».
Enfin et par contre, il n’est pas sûr que la lecture de « Et si je vaincais [sic] ma phobie de Google ? » s’impose. Ou alors pour les commentaires ?
Même à l’heure de la révolution numérique, les bibliothèques conservent dans leurs fonds des merveilles qui en font la valeur, et qui suscitent toujours l’admiration et la fascination des foules, usagers ou non, d’ailleurs, des publics de la bibliothèque. Beaucoup de bibliothèques proposent (sous forme numérique…) leurs collections remarquables en ligne, comme la bibliothèque municipale de Lyon, celles de Valenciennes ou celles des médiathèques de Montpellier.
Mais aussi la petite galerie des collections précieuses de la bibliothèque de la ville de Compiègne.
Aussi paradoxal que cela paraisse dans un monde numérique, les documents manuscrits, et notamment les manuscrits enluminés, sont parmi les documents que les bibliothèques mettent les plus en valeur dans leurs sites web. Deux bases de données recensent les trésors en ce domaine des bibliothèques de France, la base des manuscrits enluminés des bibliothèques de France et la base Liberfloridus, auxquelles on peut adjoindre les signets de la Bibliothèque nationale de France sur le sujet. De nombreuses bibliothèques proposent des « vues » sur leurs trésors en la matière, évidemment parisiennes, comme la bibliothèque Mazarine ou les trésors carolingiens de la Bibliothèque nationale de France, sans oublier celles du Centre culturel irlandais. Mais, en province aussi… encore à la bibliothèque municipale de Lyon ou le joli blog joliment nommé des Enlumineuses.
On pourra aussi trouver quelques trésors outre-manche, voire outre-Atlantique, comme à l’Oxford University, à la British Library ou à la Free Library of Philadelphia. Et comment faire autrement que de conclure par le Livre des livres, la Bible de Gutenberg, dont il existe de nombreuses versions numérisées disponibles, par exemple à la British Library ?
Paradoxe ou pas, la « haine du numérique » ne semble pas faire recette… sur le Net. Certes, il y a bien quelques personnalités à s’y essayer, comme l’orgie numérique de Yann Moix, ou la discussion un peu aigre entre Frédéric Beigbeder et François Bon (sobrement ?) intitulée « le livre numérique est-il une apocalypse ? »
Ou le compte rendu plus que mitigé de l’inauguration d’un « temple du numérique », La Gaîté Lyrique, mais c’est bien peu de chose, si l’on excepte la décisive contribution de Richard Stallman, pourtant peu suspect d’antipathie à l’égard du numérique sur les dangers du livre électronique.
Et il faut aller… sur des sites de santé pour savoir ce que vous risquez devant votre ordinateur ou les « connivences » entre ordinateur et problèmes de santé.
Peut-être et tout simplement parce qu’il n’y a qu’UN SEUL SITE vraiment pertinent sur ces sujets et sur ceux, plus larges, de l’emprise technologie sur nos vies et sur nos esprits, celui de Pièces et main d’œuvre.
Enfin, comme l’éditorial du numéro, ce e-dossier emprunte quelques éléments au chef-d’œuvre rhétorique que constitue L’art d’avoir toujours raison de Schopenhauer, dont on conseillera la lecture intégrale, dont on oubliera pas cependant, avant que d’en user et abuser, que le sous-titre est : « et de se faire détester de tous ».
Stratagème VI : « Postuler ce qui n’a pas été prouvé » : « Les ventes de livres papier en chute libre aux États-Unis » (du coup, ce sera forcément pareil ailleurs).
Stratagème XI : « Généraliser ce qui porte sur des cas précis » : « Les bibliothèques sont-elles tendance dans le futur ? » (trop de généralisations tue la généralisation).
Stratagème XI : « Généraliser ce qui porte sur des cas précis » : « Pourquoi un administrateur à la direction d’une bibliothèque est une bonne chose » (l’argument qui peut se retourner contre lui-même).
Stratagème XIV : « Clamer victoire malgré la défaite » : « 12 suggestions for how Librarians can build the future » (tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les bibliothécaires sans jamais oser le demander).
Stratagème XV : « Utiliser des arguments absurdes » : « Quarante-deux idées saugrenues pour les bibliothèques » (et plus si affinités).
Stratagème XXIX : « Faire diversion » : « Nous allons bâtir des numéricothèques » (comme ça, ça change tout).
Stratagème XXIII : « Forcer l’adversaire à l’exagération » : « Vie et mort des bibliothèques » (des fois, on préfèrerait choisir ses amis).
Stratagème XXIV : « Tirer de fausses conclusions » : « La bibliothèque risque-t-elle de disparaître ? » (chantez, il en restera toujours quelque chose).
Stratagème XXX : « Argument d’autorité » : « Ma médiathèque mute » (c’est comme ça et pas autrement).
Stratagème XXXI : « Je ne comprends rien de ce que vous me dites » : « Petite Poucette », la génération mutante » (et pourquoi pas « Petit Poucet » ?).
Stratagème XXXIII : « En théorie oui, en pratique non » : « Californie : de la bibliothèque au cybercafé, sans café » (rien à ajouter).
Le Bulletin des bibliothèques de France est publié par l'École nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques
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