Religions en bibliothèque

Ce e-dossier propose une sélection de ressources en ligne qui vient compléter les articles du dossier « Religions en bibliothèque » figurant dans le Bulletin des bibliothèques de France n° 1 de 2010.

e-dossier élaboré par Élise Tappon

 

Selon Régis Debray, le fait religieux imprègne toutes les sphères de la société. En conséquence, les bibliothèques ne peuvent légitimement le laisser de côté, comme l’explique Anne-Marie Bertrand dans l’éditorial du Bulletin des bibliothèques de France « Cultures et religions » de 2003.

 

Les bibliothèques : des institutions laïques et républicaines

Les bibliothèques sont des établissements publics qui s’insèrent dans le contexte de la laïcité française, régie par la loi de séparation des Églises et de l’État du 9 décembre 1905. Elles sont donc soumises à la charte de la laïcité qui prévaut dans tous les services publics. Le Rapport de la commission de réflexion juridique sur les relations des cultes avec les pouvoirs publics présente le panorama religieux de la France comme un lieu de brassage des religions, et engage une réflexion sur les rapports entre les différents cultes et la législation française.
Dans ce contexte, il est possible de faire un rapprochement entre les bibliothèques et l’école, fer de lance de la laïcité française et qui a d’ailleurs fait l’objet d’un rapport sur l’enseignement du fait religieux à l’école laïque en 2002. Ce rapport peut être complété par les actes du colloque de 2002 sur l’enseignement du fait religieux et par la bibliographie élaborée par l’Institut européen en sciences des religions sur l’enseignement du fait religieux. L’histoire de cet enseignement est décrite par un article de Jean Carpentier dans les Cahiers d’histoire.
Les bibliothèques ont adapté leurs pratiques selon les principes de la laïcité française et les ont transcrites dans les textes de déontologie de la profession : Charte des bibliothèques du Conseil supérieur des bibliothèques de 1991 ou Code de déontologie du bibliothécaire de l’Association des bibliothécaires de France de 2003. On remarque cependant que, s’il ne faut pratiquer aucune censure, le fait religieux, mis au rang des opinions, est traité sur le mode défensif. Les recommandations de l’IFLA en la matière sont plus souples dans le Manifeste sur la bibliothèque multiculturelle de 2006 ; les religions sont des éléments de la culture, et doivent donc être prises en compte par les bibliothèques.

 

Les bibliothèques doivent s’inscrire dans la réalité des pratiques religieuses et de lecture de leur public

Les pratiques religieuses en France ont beaucoup évolué au cours du XXe siècle, comme le présente un dossier de la Documentation française. Les différents types de bibliothèques doivent donc s’adapter pour être en phase avec leur public. C’est particulièrement le cas des bibliothèques de lecture publique, comme le montre le mémoire de conservateur de Tristan Clémençon. La Bibliothèque publique d’information est l’une des bibliothèques dont le fonds en religion est le plus développé, comme l’explique Annette Peiffer dans un Bulletin BPI. Selon Dominique Arot, dans le numéro du Bulletin des bibliothèques de France de 2003, Les bibliothèques sont le lieu où le fait religieux est mis à l’épreuve de la raison, par la présentation et la comparaison des différentes religions dans les collections . Ainsi deviennent-elles des lieux de diversité et de neutralité.
Si les bibliothèques se sont longtemps focalisées sur le christianisme, comme en témoigne l’orientation chrétienne américaine de la classe 200 de la Dewey, de nouvelles pratiques religieuses font leur apparition dans les collections. L’ésotérisme, évoqué par Christophe Evans dans un article du Bulletin BPI et dans le mémoire de David Benoist, Julien Brault, David Soret, Chantal Weill, est par exemple très demandé par le public ce qui n’est pas sans poser certains problèmes éthiques pour les bibliothécaires qui s’occupent de ce type de fonds.

 

Les religions en bibliothèques de recherche

Les bibliothèques spécialisées et de recherche ne sont pas dans le même cas de figure que les bibliothèques publiques. Si elles conservent le principe du pluralisme, nécessaire à la laïcité, elles peuvent s’affranchir du cadre et se déployer vers des formes religieuses non reconnues, ou jugées dangereuses. Ces bibliothèques sont indispensables à l’étude du fait religieux. Certaines sont généralistes comme le CADIST en sciences religieuses de Strasbourg qui, malgré une histoire ancrée dans le christianisme a su développer des collections importantes sur les autres religions, selon un article de Sonia Bosc dans le Bulletin des bibliothèques de France de 2003.
D’autres bibliothèques sont davantage spécialisées comme la bibliothèque du centre d’anthropologie religieuse européenne. La bibliothèque de l’Institut du monde arabe est spécialiste de l’islam et propose, en association avec la bibliothèque Alexandrina, une bibliothèque numérique  avec certains ouvrages sur les religions dans le monde arabe. La bibliothèque de la section sciences religieuses de l’École pratique des hautes études est quant à elle axée sur les religions antiques et les trois monothéismes. Les bibliothèques de l’Institut catholique de Paris réunissent différentes spécialités telles que les sciences bibliques, les études byzantines, le droit canonique ou les études augustiniennes.

 

Les bibliothèques confessionnelles

Les différentes religions ont développé leurs propres bibliothèques, le plus souvent issues de congrégations religieuses ou de centres de formation pour les ministres des cultes.
En ce qui concerne le christianisme, les bibliothèques sont nombreuses. Dans le cas du catholicisme, le rôle des bibliothèques a été souligné par les autorités de l’Église, à l’instar de la lettre de Mgr Marchisano de la commission pontificale pour les biens culturels de l’Église. On peut citer la bibliothèque dominicaine du Sauchoir, présentée dans un article du BBF de 2003 ou encore le fonds jésuite des Fontaines qui se trouve aujourd’hui à la bibliothèque municipale de Lyon. La bibliothèque de la société de Port-Royal est, elle, consacrée au jansénisme. Pour le protestantisme, on peut évoquer la bibliothèque de la Société d’histoire du protestantisme français, qui propose une médiathèque virtuelle du musée virtuel du protestantisme français, ou encore les bibliothèques des instituts protestants de théologie.
Le judaïsme est représenté par les collections de la bibliothèque de l’Alliance israélite universelle, du séminaire israélite de France ou encore de la médiathèque du Musée d’art et d’histoire du judaïsme.
Ces bibliothèques religieuses sont souvent regroupées en associations ou en réseaux, en France et en Europe. C’est le cas de l’association des bibliothèques chrétiennes de France, dont l’histoire est retracée dans un article d’Irénée Noye, du réseau européen des bibliothèques protestantes, du réseau Patchwork des bibliothèques protestantes françaises et de Rachel, le réseau européen des bibliothèques hebraica et judaica. Certains, dont le réseau Rachel, (http://www.bnf.fr/PAGES/infopro/journeespro/po_2008.htm), font partie des pôles associés à la BnF. BETH est quant à lui un réseau de bibliothèques européennes de théologie. D’autres réseaux existent, tel le Virtueller Katalog Theologie und Kirche en Allemagne.

 

Les outils pour l’appréhension du fait religieux

Pour se tenir au courant de l’actualité des religions, le site EUREL, élaboré par des chercheurs en sociologie religieuse, contient des données sociologiques et juridiques sur les religions des différents pays européens. Le site Religioscope présente des articles, des entretiens et des documents, en français et en anglais, sur l’actualité religieuse. La revue Archives des sciences sociales des religions propose des articles en texte intégral.
En ce qui concerne les sectes, le site de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires permet se s’informer. Le rapport de la commission d’enquête sur les sectes de 1996 dresse une liste des mouvements à risque.
L’institut européen en science des religions [http://www.iesr.ephe.sorbonne.fr/] est un lieu de recherche et de conseil sur l’histoire et l’actualité des questions religieuses. Il se consacre aussi à la formation des professeurs et des formateurs à l’enseignement des faits religieux. Sur son site, une bibliothèque virtuelle présente des notices indexées et des critiques d’ouvrages scientifiques sur les religions. Un répertoire de liens permet également d’approfondir ses connaissances en sciences religieuses.
D’autres outils comme des bases de données bibliographiques], fournies par PRISME – société, droit et religion en Europe, unité de recherche du CNRS, permettent de se documenter sur le droit des religions dans l’Union européenne (base Drel, base Jurel et base Legirel) ou sur l’islam contemporain en Europe (base Eurislam).
Pour le judaïsme, la base Jpress donne la version complète de journaux juifs du passé publiés dans le monde entier, la base RAMBI est un index de périodiques sur les études juives et le portail Akadem est un campus numérique juif.

   

Le Bulletin des bibliothèques de France est publié par l'École nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques
Enssib - 17-21, boulevard du 11 novembre 1918 - 69623 Villeurbanne Cedex
© enssib - www.enssib.fr