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Sophie Trelcat

Lilliad Learning Center Innovation

Archibooks, 2017, 120 p., ill.
ISBN 978-2-35733-462-5 : 22 €

par Clarisse Marandin

Cet ouvrage, consacré à l’histoire de la transformation de la bibliothèque de l’université de Lille 1 en learning center – le Lilliad Learning Center ouvert en septembre 2016 –, est publié chez l’éditeur Archibooks spécialisé en architecture, urbanisme et design dans une collection qui consacre un livre à un bâtiment. Il est coordonné par Sophie Trelcat, auteure et critique en architecture. Il relève de la catégorie « beau livre », avec un portfolio d’une cinquantaine de pages qui retrace différentes étapes du projet et donne un aperçu des espaces et de leur ambiance. Dates clés et fiche technique clôturent l’ouvrage.

Les contributions des différents acteurs du projet se succèdent pour rappeler l’histoire du bâtiment d’origine, les visions stratégiques, fonctionnelles et de services qui ont guidé les choix, tandis que Sophie Trelcat, les architectes de l’agence Auer Weber et la société chargée des prestations de structure apportent un éclairage architectural et technique.

Si la bibliothèque, construite dans les années 1960, avait déjà pour atout d’avoir été pensée comme un lieu central du campus rassemblant les savoirs et rayonnant sur les bâtiments répartis par spécialités autour d’elle, cette configuration s’était peu à peu brouillée et l’inadéquation avec l’évolution des usages avait entraîné sa nécessaire refondation.

C’est sur cette base, après un premier projet inabouti, que la transformation va s’appuyer, avec une perspective élargie, répondant à la fois à des besoins non couverts dans l’université et à une volonté d’intégration des différents composants fédérés autour de la culture de l’innovation : bibliothèque, espace événementiel, Xperium – vitrine de la recherche auprès d’un public diversifié, salle d’expérimentation pédagogique.

Ce qui frappe à la lecture de l’ouvrage c’est la cohérence de la démarche et du concept qui permet d’atteindre des objectifs ambitieux : un lieu emblématique et fédérateur pour redynamiser le cœur du campus, changer l’image de l’université, diffuser les savoirs et faire rayonner la culture scientifique et de l’innovation sur le territoire local, décloisonner et s’ouvrir à tous les publics, en particulier le monde socio-économique et scolaire.

Volonté d’inscrire les sciences dans l’ensemble du territoire local et volonté de toucher toutes les catégories de la population ont d’ailleurs été deux des axes particulièrement appréciés par le jury du Grand Prix Livres Hebdo des bibliothèques francophones 1  qui a primé Lilliad en décembre 2017.

Les contributions de Julien Roche, directeur, et de ses collègues Laurent Matejko, chef de projet responsable du département accueil, et Jacques Sauteron, responsable du département Médiation, donneront une vision d’ensemble utile avant une visite – à compléter par l’article de Julien Roche dans le BBF d’avril 2015 2  –, et sont intéressantes également pour étayer et confronter ses propres questionnements et réflexions sur les transformations envisagées dans son établissement. En effet, les aspects multidimensionnels et complexes de ce type de projets sont systématiquement déclinés avec les choix et réponses qui ont été apportés : projet de service, diversification des espaces intérieurs-extérieurs, inscription dans le campus et ses flux, interactions avec les autres bâtiments environnants, réflexions pour éviter la juxtaposition des fonctions et des services…

La partie consacrée à l’architecture permettra également une première approche pour porter son attention sur des points toujours séduisants à la description mais dont il est intéressant de constater sur place comment ils tiennent leurs promesses, comme l’acoustique.

On reste un peu sur sa faim en lisant l’entretien avec la société Maning qui évoque la complexité du projet du point de vue structurel et sécurité. Plus d’exemples sur les problèmes et les solutions apportées auraient été les bienvenus.

Enfin, dans l’entretien avec le cabinet d’architecte, on relèvera les questionnements de Philipp Auer sur la tension créée par la vitesse d’évolution de l’enseignement, la disponibilité des médias et les formes de communication en lien avec la « digitalisation de la société », et la livraison de bâtiments qui, une fois construits, sont « statiques ». À quoi devra ressembler l’architecture pour s’adapter à ces processus ? La conception devra-t-elle être plus « élastique », terme préféré à celui de « flexible » ? Il précise « [qu’] à l’avenir, nous pourrions comprendre et concevoir les bâtiments comme des scènes de théâtre, créant des expériences humaines sans cesse renouvelées. »