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Les Sciences en bibliothèque

Sous la direction de Michel Netzer
Éditions du Cercle de la librairie, collection « Bibliothèques », 2017, 171 p.
ISBN 978-2-7654-1525-1 : 42 €

par Julie Couffignal

Treize ans après Science en bibliothèque, les Éditions du Cercle de la librairie reviennent avec Les sciences en bibliothèque, savant mélange de réflexions sur les sciences, leur diffusion, le rôle du bibliothécaire dans celle-ci, ainsi que des propositions concrètes pour la mettre en œuvre. Ce livre est aussi bien destiné aux professionnels de bibliothèques territoriales qu’universitaires.

Ici, pas de sciences humaines et sociales, mais des sciences que l’on nomme généralement « dures » (sciences de la matière, de la Terre, de l’univers, du vivant, de la santé, mathématiques) ainsi que les techniques (l’informatique, les sciences de l’ingénieur). La médiation de ces sciences aura une place centrale car il s’agit d’un fonds qui demande beaucoup d’attention pour trouver le public, public qui peut souvent s’en sentir trop « éloigné » car non issu de filières scientifiques. Cela peut d’ailleurs aussi être le cas pour le bibliothécaire qui peut éprouver certaines réticences ou difficultés avec ces sujets.

La première partie, « Regards sur la science », nous fait entrer dans cet univers avec tout d’abord une « brève histoire des sciences » où ne sont traitées que les sciences qui possèdent une longue empreinte dans le temps, comme les mathématiques ou l’astronomie. Ce chapitre permet de mettre à jour ses connaissances sur les grands noms qui ont fait l’histoire, ou du moins une partie d’entre eux. Elle permet également de comprendre l’évolution des sciences, les différentes méthodes utilisées, avec en vis-à-vis l’évolution des mentalités des érudits et de la société dans laquelle ils ont travaillé. Un bref encart résume, à la fin de ce chapitre, l’évolution des sciences biologiques qui n’ont pas été traitées. Suit une approche épistémologique des sciences, avec une explication des différentes méthodes scientifiques, leurs enjeux et leurs objectifs.

C’est donc naturellement que vient ensuite la question du partage des savoirs, plus communément qualifiée de « vulgarisation », et son histoire marquée par l’arrivée d’une nouvelle profession : vulgarisateur scientifique. Cependant, l’auteur pose la question du risque d’une adaptation des sciences qui pourrait être « une perte de sens et de substance ». Comment transmettre à un public non spécialiste ces sciences sans trahir le contenu des recherches scientifiques ?

Le chapitre suivant répondra en partie à cette question. Il s’agit d’un entretien avec Jean-Marc Lévy-Leblond 1 qui évoque les sciences aujourd’hui, du travail des chercheurs et de leurs contraintes, ainsi que de la vulgarisation scientifique. Le physicien dénonce depuis des années une « déculturation de la science ». En effet, il existe un clivage entre les sciences « dures » et les sciences humaines et sociales qui pourtant peuvent avoir un niveau de « sophistication théorique au moins aussi élevé ». Pourtant, pour ces dernières, sans recours au mot « vulgarisation ». Jean-Marc Lévy-Leblond souhaite « remettre la science en culture », et il ne tient qu’à nous, avec les autres médiateurs de la culture scientifique, technique et industrielle (CSTI), d’y remédier. La suite de l’ouvrage va nous y aider.

La deuxième partie de Sciences en bibliothèques nous propose un panorama de l’édition scientifique, adulte et jeunesse (revues, livres, archives web).

Sont également présentés une liste de prix scientifiques du livre (prix Roberval, prix « La Science se livre », etc.), un descriptif du groupe Sciences pour tous 2  ainsi qu’un tableau des éditeurs de livres de vulgarisation scientifique adulte (liste non exhaustive), tous forts utiles pour l’acquéreur. À la fin, on trouvera une sitographie scientifique destinée à la formation du bibliothécaire et/ou du grand public, ainsi que des ouvrages de référence et des revues spécialisées en littérature de jeunesse pour aiguiller le professionnel dans ses choix d’acquisition et se former tout au long de sa carrière.

Les livres ne sont bien sûr pas les seuls documents vecteurs de culture scientifique et technique dans nos médiathèques. Les ressources audiovisuelles (DVD, VOD, télévision, vidéos gratuites sur le web) trouvent ainsi également leur place dans cet ouvrage, comme dans les espaces. L’histoire de ces médias est évoquée, ainsi qu’un tour d’horizon de leur actualité. Radio et podcasts ne feront qu’une brève apparition plus tard, dans la quatrième partie sur « La médiation dans tous ses états ».

La troisième partie est, quant à elle, constituée de cas concrets en bibliothèque, de retours d’expérience d’animations et de constitutions de fonds (Bibliothèque municipale de Lyon, Médiathèque départementale de Seine-et-Marne, INSA Lyon, BnF, BPI, BSI). On pourra emprunter des idées ici et là pour sa propre bibliothèque. De même, la documentation professionnelle mise en ligne par la Bibliothèque publique d’information pourra aider le bibliothécaire dans ses missions.

Les bibliothèques numériques patrimoniales sont également abordées, comme Gallica 3  qui possède son propre chapitre, ainsi que de nombreuses autres qui raviront les curieux comme les initiés (Medic@ 4, NUMDAM 5, BIBNUM 6, etc.).

Mais qui parle de web ne peut éviter de parler de big data. Un dernier chapitre est ainsi consacré aux données massives, les bibliothèques et les chercheurs en étant de grands producteurs, et à la formation des citoyens et chercheurs à la compréhension et à la maîtrise de ces flux de données.

L’ouvrage s’achève sur une partie centrée sur la médiation scientifique et ses acteurs, qu’elle s’effectue ou non en bibliothèque. Grâce à cela, il est possible de se faire un petit carnet d’adresses d’acteurs de la médiation scientifique (centres de culture scientifique, technique et industrielle – CCSTI –, associations locales ou nationales, sites internet, bases de données), bien utile pour notre travail de médiation, mais aussi pour notre culture personnelle. Le nombre de sites et de bases de données scientifiques accessibles gratuitement en ligne est une agréable surprise.

Cette ultime partie cherche également à faire réfléchir le lecteur sur le rapport du bibliothécaire aux sciences.

Enfin, comme en bibliothèque, les sciences ne sont pas une discipline solitaire mais nécessitent de nombreux échanges et la construction de réseaux. Cet ouvrage se termine donc sur les blogs de sciences, leur fonctionnement et leur apport aux recherches du scientifique blogueur comme au grand public.

Pour conclure, Les sciences en bibliothèque est un ouvrage qui m’a fait profondément réfléchir à mon rapport aux sciences, moi, professionnelle des bibliothèques issue d’une filière littéraire. Les sciences ne m’ont jamais paru aussi dynamiques qu’avec ce livre qui fourmille d’idées, d’initiatives de la part de collègues et d’autres médiateurs de la CSTI. En somme, il s’agit d’un livre essentiel pour qui débute dans la gestion et la médiation d’un fonds scientifique, comme pour ceux qui souhaitent approfondir leurs connaissances sur le sujet.