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Hors-Cadre[s]

Observatoire de l’album et des littératures graphiques

Sophie Van der Linden

La revue Hors-Cadre[s] est née d’un contexte éditorial. Celui qui a vu émerger le terme « littératures graphiques » quand ceux, séculaires, de bande dessinée ou d’album jeunesse ont paru insuffisants pour décrire les évolutions s’opérant en ces deux domaines.

En 2007, le roman graphique est désormais bien installé dans le paysage éditorial, soutenu par la production innovante des éditions Delcourt, Casterman, Cornélius ou encore Denoël Graphic… Son format épais et, surtout, ses larges images comme son rythme narratif le rapprochent du texte illustré ou de l’album. Au même moment, au Seuil ou chez Albin Michel Jeunesse, chez Thierry Magnier ou aux éditions du Rouergue, des créateurs, et non plus seulement des illustrateurs, proposent des images singulières, des thèmes inédits ou des récits complexes, s’adressant de plus en plus souvent – et explicitement – à un public adulte. Hors-Cadre[s] paraît, et porte en sous-titre la mention « Observatoire de l’album et des littératures graphiques ».

Afin de soutenir une production de plus en plus ouverte, croisant les genres et souhaitant s’attirer de nouveaux lecteurs, la revue adopte alors le point de vue des créateurs qui passent aisément d’un type d’ouvrage à un autre, et interviennent sur ces supports de manière inédite, tels Art Spiegelman, Dave McKean ou Marjane Satrapi… Elle ouvre un espace de liberté aux bibliothèques ou aux librairies qui, s’intéressant de près à cette production, sont néanmoins tenues aux catégories et aux cloisonnements dans leurs lieux de diffusion.

Huit années plus tard, force est de constater que le grand rêve d’un espace sans frontière au sein duquel le lecteur passe aisément d’un secteur éditorial à un autre, où l’album pour la jeunesse s’affranchit de son public cible pour devenir album tout court, reste encore bien loin de se réaliser. Les lecteurs, sans doute plus attachés qu’on ne le pense à un genre, à un support, à des collections, ont du mal à faire ce pas de côté, y compris lorsqu’il s’agit de suivre un auteur… Tout comme les critiques, du reste, qui, sauf exception, restent finalement surtout observateurs de leur domaine d’origine. Hors-Cadre[s] est alors devenu ce lieu inédit embrassant des secteurs qui, ailleurs, se côtoient finalement peu.

L’envie était aussi de fournir des articles longs, avec une riche iconographie, sur des publications qui bien souvent ne font l’objet que de courtes critiques, voire uniquement de recensions. Dans le domaine de l’édition jeunesse, la revue est toujours l’un des rares espaces critiques proposant des analyses développées qui, tout en étant fouillées, ne sont pas universitaires. C’est d’ailleurs un axe fort de la politique éditoriale qui entend faire appel à des spécialistes mais privilégie la fluidité d’une écriture journalistique. La présence régulière d’analyses de créateurs adoptant un point de vue critique est d’ailleurs une illustration de ce choix de regards aiguisés et originaux sur la production en textes et images. Yann Fastier, auteur, illustrateur et bibliothécaire, y tient une rubrique régulière pour parler de sa pratique et, surtout, pour commenter d’autres œuvres, dans un style qui n’appartient qu’à lui. Depuis peu, une carte blanche est chaque fois confiée à un illustrateur ou dessinateur. Joëlle Jolivet y a évoqué son goût immodéré pour la documentation et Renaud Perrin rendu hommage aux « écrits bruts ».

Mais l’idée est aussi d’impliquer les créateurs sur leur propre terrain, visuel et conceptuel. La couverture de la revue est le fruit d’une réalisation originale le plus souvent discutée avec un créateur, comme celle proposée par Cruschiform, qui offre un écho à la question de la « métamorphose du documentaire », thème du n° 14 (mars 2004), en instaurant avec le lecteur un jeu de devinettes entre la une et la dernière de couverture. La mise en valeur de l’auteur de la couverture au sein des pages internes, l’appel à des rédacteurs graphistes ou illustrateurs, comme le concours du premier album publié (reproduit à l’échelle d’un mini-livre à assembler) participent de ce lien resserré avec la création.

Laquelle création doit par ailleurs être scrutée en profondeur dans les contenus. Le rythme de publication (semestriel), un thème défini avec une année d’anticipation, impliquent un débroussaillage des tendances évanescentes pour se concentrer sur les mouvements de fond de l’édition. Et prendre le risque d’avancer sur un terrain insuffisamment défriché par la critique. S’intéresser au « retour » de la narration et des écritures littéraires dans l’album ou la bande dessinée, thème du no 15 (octobre 2014) demande ainsi à convaincre nos rédacteurs qu’il s’agit d’une évolution positive et n’implique pas un « repli » sur le littéraire aux dépens du visuel alors que ce point reste sensible, notamment dans le domaine de la bande dessinée. Lorsque des numéros restent d’actualité plusieurs années après leur publication (comme par exemple le numéro sur les productions sans texte (n° 3, octobre 2008) ou que, à leur sortie, des événements ou publications convergent avec notre thématique, on a alors le sentiment d’un pari gagné, tant il est vrai que de programmer des thématiques pertinentes avec ce recul, à l’échelle des différents genres éditoriaux et – complication supplémentaire – d’une prise en compte du marché espagnol – puisque la revue paraît également en traduction – relève parfois d’un jeu d’équilibre, voire de divination !

En France, la revue Hors-Cadre[s] est éditée et diffusée par L’Atelier du poisson soluble. http://www.revue-horscadres.com

En Espagne, elle prend le nom de Fuera [de] Margen ; elle est adaptée et diffusée par Pantalia. http://fuerademargen.tumblr.com/

La revue « Hors-Cadre[s] » est née d’un contexte éditorial. Celui qui a vu émerger le terme « littératures graphiques » quand ceux, séculaires, de bande dessinée ou d’album jeunesse ont paru insuffisants pour décrire les évolutions s’opérant en ces deux domaines.