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Les 1001 livres d'enfants qu'il faut avoir lus pour grandir

Sous la direction de Julia Eccleshare et, pour l’édition française, de Nathalie Beau
Préface de Quentin Blake
Paris, Flammarion, 2010, 960 p., 21 cm
ISBN 978-2-0812-4010-0 : 32 €

par Céline Meyer

Après Les 1001 tableaux qu’il faut avoir vus dans sa vie ou Les 1001 inventions qui ont changé le monde, c’est au tour de la littérature jeunesse de paraître dans cette collection de Flammarion sous le titre attrayant des 1001 livres d’enfants qu’il faut avoir lus pour grandir. Certes, l’ouvrage ne s’adresse pas véritablement aux enfants qui souhaiteraient gagner des centimètres spirituels, mais plutôt à leurs parents confrontés à l’épineuse question : quel « bon » livre mettre entre les mains de mes enfants ? Face à la surabondance de la production éditoriale, au manque de repères critiques parfois et à l’attirance « naturelle » des jeunes pour la culture d’écran, les parents d’aujourd’hui mesurent toute l’importance de choisir des œuvres littéraires de qualité pour leur progéniture.

L’ambition des 1001 livres d’enfants qu’il faut avoir lus pour grandir n’est pas sans rappeler celle de Sophie Van der Linden avec son éclairant Je cherche un livre pour un enfant  1 qui propose des pistes de lecture et une analyse du rapport de l’enfant aux livres. L’objectif des auteurs – Julia Eccleshare qui a dirigé l’édition originale et Nathalie Beau pour l’adaptation française  2 – est néanmoins différent. Dans un inventaire non exhaustif, leur guide cherche à réunir, classés par tranche d’âge et par ordre chronologique, les 1001 livres qui ont fait de la littérature jeunesse du monde entier ce qu’elle est aujourd’hui. C’est pourquoi on trouvera les couvertures de la première édition en langue originale, mais aussi les œuvres préférées de certains écrivains contemporains connus, qui nous éclairent en retour sur leur propre création. Remarquons que certains livres sélectionnés n’ont pas fait l’objet d’une édition française ou sont épuisés en librairie.

Du coup, on n’est plus si sûr que ça que Les 1001 livres d’enfants soit prioritairement destiné aux parents : il intéressera plus sûrement les professionnels du livre et de la lecture pour son approche historique, la richesse de ses entrées et la diversité de ses collaborateurs. Quentin Blake, un des auteurs majeurs pour la jeunesse et premier « Ambassadeur du livre de jeunesse », a préfacé l’ouvrage, car les livres destinés aux enfants, dit-il, « lorsqu’ils sont très bons, jouent un rôle essentiel dans le développement des émotions, de la morale et de l’imagination. Et ils peuvent glorifier l’être humain. C’est en cela qu’ils sont importants ».

Bien entendu, certains partis pris des auteurs sont discutables : le découpage par tranche d’âge engendre des contrariétés sur lesquelles nous ne reviendrons pas. La production anglo-saxonne est surreprésentée, même si la production française n’est pas oubliée (avec des titres comme Petit ours brun, Jojo la mache, Okilélé, Oh, boy !, Le combat d’hiver). L’absence presque totale de certains genres – poésie, théâtre, bandes dessinées, mangas, documentaires – est remarquable. Par ailleurs, peut-on dire d’un livre comme Twilight qu’il est un essentiel pour faire « grandir » les enfants (les petits des vampires, nous n’en mettrions pas la main au feu) ? Mais voilà, Julia Eccleshare s’en défend : « Les livres sélectionnés reflètent une certaine perception de l’enfance à travers les époques et dans les différents pays du monde. Ils montrent que celle-ci peut être parfois idolâtrée ou diabolisée et combien des récits peuvent témoigner des changements sociaux affectant les enfants ». On peut ainsi voir « l’évolution des attentes et des perspectives d’avenir des enfants au fil du temps, ainsi que le rôle joué par la littérature chargée d’éduquer les jeunes, de les divertir ou simplement de les aider à s’évader du réel. »

Cet angle perspectiviste constitue donc le principal apport des 1001 livres d’enfants par rapport aux sélections existantes  3. Gageons que ces 1001 livres vous plongeront dans un voyage littéraire et artistique dans le monde des livres qui ont marqué votre enfance – ou qui marqueront votre vie d’adulte et celle des enfants que vous souhaitez, en tant que parent ou prescripteur, aider à grandir…

  1.  (retour)↑   Sophie Van der Linden, Je cherche un livre pour un enfant, Gallimard Jeunesse, 2011.
  2.  (retour)↑   Julia Eccleshare est écrivain, éditrice, maître de conférences et rédactrice en chef du département des livres pour enfants du Guardian. Nathalie Beau est responsable du secteur international du Centre national de la littérature pour la jeunesse – La Joie par les livres au sein de la Bibliothèque nationale de France.
  3.  (retour)↑   Citons Marc Soriano, Guide de la littérature pour la jeunesse, Delagrave, 2002 ; La Joie par les livres, Escales en littérature de jeunesse, Éd. du Cercle de la librairie, 2007 ; Denis Escarpit, La littérature de jeunesse : itinéraires d’hier à aujourd’hui, Magnard, 2008 ; Joëlle Turin, Ces livres qui font grandir les enfants, Didier Jeunesse, 2008 ; Olivier Piffault, Livres d’enfants d’hier et d’aujourd’hui. Babar, Harry Potter et Cie, BnF, 2008.