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Gail Anderson

Steven Heller

Nouvelle typographie ornementale de l'ère numérique

Paris, Thames & Hudson, 2010, 189 p., 25 cm
ISBN 978-2-87811-344-0 : 34,95 €

par Jérôme Séjourné

Ce livre, traduit de l’anglais, présente des réalisations graphiques basées sur des typographies ornementales. Il ne s’agit pas d’un catalogue d’alphabets mais de lettrages réalisés pour des affiches, des pages de magazines, des logos, des pochettes de CD.

Chaque réalisation est commentée, mais il s’agit avant tout d’un livre d’images (360 illustrations) construit en trois grandes parties : « Leçon d’histoire », « Au naturel » et « Éclectique ». Ce dernier terme pourrait résumer l’ouvrage, tant est grande la variété des styles de ces lettrages ornés, déformés, inspirés de styles anciens ou récents, symboliques, figuratifs ou constitués de matériaux insolites.

Les auteurs, Steven Heller (coprésident de la School of Visual Arts de New York) et Gail Anderson (directrice de création chez SpotCo à New York), ne proposent pas une véritable définition de la typographie ornementale. Ils expliquent toutefois l’opposition de ces écritures au fonctionnalisme et aux typographies « de labeur ».

Ils analysent également les différentes fortunes qu’a connues l’ornement typographique au fil du temps : à l’inventivité de l’époque victorienne et de l’Arts & Crafts succédera l’Art nouveau et sa « folie des motifs floraux ». Cette quintessence du décor sera jugée « obsolescente », voire « immorale » par les théoriciens du Bauhaus. L’ornement ne disparaîtra pas pour autant : comme un « désir véritablement compulsif », il resurgira notamment dans les années 1970, en opposition au « Style international suisse », dans le postmodernisme et le graphisme psychédélique.

Avec la généralisation des outils informatiques permettant de simplifier les travaux graphiques complexes, les années 2000 voient un véritable retour en force de l’ornementation typographique sous la forme de résurgences de styles anciens ou d’expérimentations contemporaines.

Du neuf avec du vieux

La première partie de l’ouvrage présente des styles de lettrages « historiques ». Il s’agit de compositions récentes, mais directement inspirées d’écritures comme le gothique ou d’autres, issues de l’époque victorienne, jusqu’au « Hip-hop » ou au « Tech », développés à partir de vocabulaires formels contemporains. Cette partie présente aussi des écritures non latines – cyrillique, arabe ou chinoise – particulièrement intéressantes pour leurs formes évocatrices (est-il besoin de lire pour comprendre ?).

Retour en avant

La deuxième partie, « Au naturel », s’inscrit dans la continuité des recherches formelles de la fin du xixe siècle : les créateurs s’inspirent de motifs végétaux (branches et fleurs), mais aussi de fumées ou de liquides ! C’est aussi le « fait main » qui réapparaît dans la recherche d’une esthétique authentique ou artisanale, à contretemps des productions mécaniques et industrielles.

Le poids des mots, le choc des lettrages

Dans la dernière partie, « Éclectique », est réuni tout ce qui ne peut pas l’être ailleurs ! Dans un foisonnement de formes et d’inspirations, la lettre devient tour à tour objet, image, dessin, calligramme, puzzle, broderie, monument ou personnage. Ces créations atteignent parfois les limites de la lisibilité, mais se suffisent à elles-mêmes, en devenant motif, illustration ou photographie. C’est ainsi que ces lettres arrivent à dire plus que les mots qu’elles composent, parfois même le contraire !

« L’ornementation est un des moyens de mesurer le passage du temps dans l’histoire de la création. » C’est aussi un moyen de constater l’immense richesse de la création typographique, au travers d’une multitude d’exemples qui, mises à part certaines réalisations célèbres (notamment celles de Stefan Sagmeister), sont pour la plupart inédites.

Même si les frontières de la création sont depuis longtemps poreuses, ces typographies n’en demeurent pas moins liées à leurs origines – anglaises ou américaines –, issues de cultures plus enclines à laisser la lettre devenir image.

Ce livre n’a pas vocation à être un document historique, encore moins un ouvrage théorique. Mais la très belle qualité des images présentées et le foisonnement des créations pourront en faire une source d’inspiration pour les professionnels autant qu’une lecture réjouissante pour les amateurs.