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Web 2.0 and Libraries : Impacts, technologies and trends

Edited by Dave Parkes and Geoff Walton
Oxford, Chandos Publishing, 2010, 188 p., 23 cm
Coll. Chandos Information Professional Series
ISBN 978-1-84334-346-2 : 55 €

par Joachim Schöpfel

Une lame de fond

Les bibliothécaires universitaires n’ont pas fini d’entendre parler du web 2.0. La clé du succès : sa philosophie de participation et de connectivité correspond à une lame de fond en train de modifier le paysage des bibliothèques universitaires (BU) en profondeur.

L’utilisateur (peut-on encore parler de lecteur ?) est au cœur de cette transformation. Digital natives 1 ou pas, au-delà d’une hypothétique fracture numérique nous adoptons tous aujourd’hui le comportement d’une « génération Google », navigant sur le web dans un univers d’information (presque) illimité, avec une méconnaissance certaine des ressources documentaires et de leur logique d’interrogation, mais avec beaucoup de confiance en nos propres moyens, privilégiant l’immédiateté et la gratuité des outils et des sources et surtout, ignorant de plus en plus les médiateurs historiques.

De la salle de lecture au centre d’autoformation

Sur le terrain, la BU évolue aujourd’hui vers un learning center dont les contours et contenus restent parfois encore flous – centre de ressources et d’autoformation, centre d’accompagnement de la formation, lieu d’événements, d’outils, de projets.

Un tel changement n’est pas facile à mettre en œuvre. Il faut inventer de nouveaux services, trouver un mode de fonctionnement transversal, développer de nouvelles fonctions et compétences. Et surtout, placer l’utilisateur au centre du programme. L’étudiant n’est plus un lecteur mais il devient un acteur, interlocuteur, internaute, apprenti, consommateur aussi, et parfois pilote.

D’autres métiers investissent le terrain : informaticiens, experts de l’audiovisuel, chargés de communication et/ou des technologies de l’information et de la communication pour l’éducation (TICE), ingénieurs et techniciens de formation… Comment se repérer dans cet environnement sans cesse en mutation ?

Un manuel fort utile

Voici donc un livre utile qui tombe à pic. Dirigé par deux collègues de l’université de Staffordshire  2, Web 2.0 and Libraries réunit sept contributions d’une équipe de bibliothécaires, enseignants-chercheurs, community manager et formateurs, tous issus du milieu universitaire anglais.

Quel est l’impact du web 2.0 sur le travail des bibliothécaires ? À cette question, les auteurs répondent par la conviction qu’il faut « saisir le potentiel de changement du web 2.0 comme opportunité avec des possibilités infinies » (p. 11).

Le livre est en même temps somme de réflexion, description de plusieurs projets et initiatives sur le terrain, et manuel de bonnes pratiques. Il est construit autour de trois axes :

  • Place : la bibliothèque comme lieu physique est directement menacée par la virtualité des pratiques et ressources. Mark Hepworth décrit l’environnement, en mutation, de l’enseignement et de l’apprentissage, en mettant l’accent sur le double impact du milieu socioculturel et des nouvelles technologies. Dave Parkes ajoute une analyse très actuelle sur les livres numériques  3 et développe le concept du e-building, du bâtiment numérique et connecté.
  • People : la deuxième partie est consacrée à l’interaction sur le web et plus particulièrement à l’aide des réseaux sociaux. Geoff Walton présente le bilan d’une étude sur l’apprentissage collaboratif en ligne dans le domaine des compétences informationnelles, et Jenny Yorke et Helen Walmsley décrivent comment elles ont utilisé les outils sociaux du web 2.0 (Moodle, Facebook et Ning) pour la formation continue de leurs collègues. Plus qu’une formation, il est question de la création d’une communauté professionnelle et du renforcement de « l’intelligence collective ». Tout un programme.
  • Technology : la dernière partie aborde la stratégie pour déployer les outils du web 2.0 au sein d’une université (Brian Kelly) et décrit la panoplie des technologies émergentes pour l’environnement de travail et d’apprentissage (David Ley). Exemples concrets à l’appui, le lecteur apprendra entre autre comment évaluer les risques d’un projet web 2.0 et comment se servir des technologies de l’apprentissage mobile.

À la hauteur du défi

Meeting the challenge : dans sa conclusion, Liz Hart rappelle les fondamentaux du web 2.0 – partage, collaboration, interaction – et souligne son potentiel pour le développement des bibliothèques universitaires. Il faut placer le lecteur-utilisateur au cœur de la stratégie et développer des projets originaux et novateurs, partir des technologies du web. Elle plaide pour un changement d’attitude, pour considérer les outils du web 2.0 comme opportunités à saisir.

On peut regretter l’absence d’une analyse d’usage de ces nouveaux services, ainsi qu’une comparaison plus détaillée et systématique des nouveaux produits et services du web 2.0.

La particularité de ce livre est ailleurs : écrit par une équipe de professionnels et de scientifiques qui partagent convictions, objectifs et expériences, son message est au fond que la transformation de la bibliothèque universitaire n’est pas l’affaire des seuls bibliothécaires, mais qu’elle concerne et implique tous les acteurs et métiers du campus, dans un esprit de transversalité, de synergie et de partenariat.

  1.  (retour)↑   Notion créée par Marc Prensky. Un « natif numérique » est une personne qui a grandi avec les technologies numériques.
  2.  (retour)↑   Dave Parkes est directeur adjoint des services d’information. Geoff Walton est bibliothécaire formateur et enseigne des compétences informationnelles en première année de licence. Ils travaillent tous les deux à la BU de Stoke-en-Trent (Grande-Bretagne).
  3.  (retour)↑   Les mêmes questions se posent en France, cf. les journées récentes sur les e-books organisées par Couperin à Lille. Disponible sur : http://www.couperin.org