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Zoom sur le public de la Bibliothèque nationale de France

Véronique Michel

Cécile Touitou

Photographie du profil des usagers 2009 du site François-Mitterrand

Sur son implantation du site François-Mitterrand, la Bibliothèque nationale de France (BnF) rassemble deux bibliothèques, l’une dite d’étude (haut-de-jardin) accueillant tout public à partir de 16 ans ; l’autre, la bibliothèque de recherche (rez-de-jardin) accessible sur accréditation.

Le haut-de-jardin  1 propose, en accès libre, des collections encyclopédiques réparties selon les disciplines dans dix  2 salles de lecture. Sont également disponibles dans ces salles la consultation des catalogues informatisés et des ressources électroniques ainsi qu’internet. L’accès aux salles du haut-de-jardin est soumis à l’acquisition de titres d’accès sous forme d’abonnement annuel ou de tickets journaliers qui dispensent de la procédure d’inscription  3.

Le rez-de-jardin propose, outre des collections encyclopédiques en accès libre, la consultation des collections conservées dans les magasins de la BnF, principalement constituées par les collections patrimoniales enrichies de façon permanente par le dépôt légal de la production française, mais également par l’acquisition d’ouvrages étrangers. L’accès à la bibliothèque de recherche est soumis à une accréditation et à l’acquisition de titres d’accès sous forme d’abonnement.

La nature de l’offre sur chacun des deux niveaux détermine assez largement le profil des publics les fréquentant, qu’il s’agisse des caractéristiques sociodémographiques ou des pratiques de lecture. On parle ainsi du public du haut-de-jardin et du public du rez-de-jardin. Toutefois, l’accès au rez-de-jardin permettant également d’accéder au haut-de-jardin, une part significative du public du rez-de-jardin (25 %) fréquente complémentairement les salles de lecture du haut-de-jardin.

Au-delà d’une abondante production statistique autour de la fréquentation et de la communication des documents, la bibliothèque s’est engagée depuis maintenant quatre ans dans une exploitation annuelle approfondie des données d’inscription des lecteurs et des données du système de contrôle d’accès aux espaces de lecture. Les travaux d’exploitation menés sur le public de l’année 2009 ont permis d’établir une photographie détaillée du public du site François-Mitterrand pour le niveau haut-de-jardin et le niveau rez-de-jardin.

Le public de la bibliothèque d’étude (haut-de-jardin)

La fréquentation globale des salles du haut-de-jardin a atteint, en 2009, près de 550 000 entrées réparties entre les lecteurs abonnés détenteurs de cartes (87 % des entrées) et les lecteurs occasionnels (13 % des entrées). Au sein des usagers abonnés, 48 % sont issus du public 2008, les nouveaux adhérents de l’année 2009 représentent 40 %, et les réinscriptions après une période d’interruption correspondent à 12 %.

L’âge moyen des lecteurs abonnés est de 26 ans et ce public est majoritairement composé de femmes (53 %). Dans cet ensemble d’environ 44 000 lecteurs, la population étudiante – 56 % de femmes –, constitue plus des trois quarts du public et déclare pour 29 % s’intéresser au droit et à l’économie, 17 % aux sciences, 12 % à la littérature et aux langues, 10 % à la médecine. À la différence des autres disciplines, les disciplines scientifiques sont majoritairement masculines (58 % d’hommes). Les étudiants de nationalité étrangère représentent 12 % du public abonné, chiffre équivalent à celui constaté à l’échelle de l’ensemble de l’enseignement supérieur en 2009.

Résidant en France pour 97 % d’entre eux, les lecteurs abonnés sont parisiens à près de 50 %, franciliens (hors Paris) à hauteur de 46,4 % et provinciaux pour 3,6 % d’entre eux.

L’assiduité moyenne des lecteurs abonnés, établie pour l’année 2009 à 9,5 entrées, neutralise le caractère plus soutenu de la fréquentation masculine, 11 entrées pour une moyenne de 8 entrées pour les femmes. De même, la circulation entre les salles, pratique partagée par les hommes et les femmes, est plus soutenue chez le lectorat masculin. C’est également une pratique plus marquée chez les lecteurs occasionnels que chez les abonnés.

Au plan des pratiques, sur l’ensemble du haut-de-jardin, près de 41 % du lectorat abonné se limite à la fréquentation d’une seule et même salle tout au long de l’année ; on qualifie ces lecteurs de « sédentaires ». 19 % de ce lectorat fréquentent de façon préférentielle une seule salle et, très ponctuellement, une ou plusieurs autres salles ; 39 % fréquentent de façon régulière plusieurs salles. Cette répartition en trois comportements types, variable selon les salles, a permis de déterminer le lectorat propre de chacune des salles en distinguant les lecteurs « habitués » et les lecteurs « ponctuels ». Cette distinction a pu être établie à partir d’un dénombrement des entrées de chaque lecteur dans chacune des salles.

À la différence des autres salles, la salle droit, économie, politique (salle D) rassemble un public d’habitués quantitativement plus nombreux que le public ponctuel. Les « habitués » représentent plus de 60 % de l’ensemble du lectorat de la salle D pour 29 % en salle de presse (salle A). Sans pouvoir affirmer que la fréquentation de telle ou telle salle correspond systématiquement à un choix délibéré, l’analyse détaillée de la fréquentation sur une période significative permet d’énoncer plusieurs constats. À l’évidence, les choix de salles sont sous-tendus par plusieurs logiques :

La salle fréquentée correspond à un choix délibéré : dans ce cas, on peut faire l’hypothèse que les collections qu’offre la salle considérée présentent un intérêt réel pour le lecteur concerné. 75 % du lectorat de la salle D déclarent ainsi s’intéresser au droit et à l’économie.

La salle fréquentée correspond à un « choix par défaut » : la saturation fréquente de certaines salles oblige parfois le lecteur à s’installer dans une autre salle que celle ayant habituellement sa préférence.

Les salles fréquentées présentent une cohérence intellectuelle de leurs collections : c’est notamment le cas des salles D et J.

Les salles fréquentées correspondent à des usages complémentaires, un usage « académique » et un usage « détente », c’est notamment le cas des salles A et B largement fréquentées en complément d’une ou plusieurs autres salles.

Les constats énoncés s’appliquent aux lecteurs abonnés et concernent donc 87 % des entrées de l’ensemble du haut-de-jardin. Les entrées par le biais des tickets (un peu plus de 58 000 en 2009) sont traitées du seul point de vue de leur répartition au sein des différentes salles indépendamment des lecteurs qui les ont générées (tableau 1).

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Tableau 1

Le public de la bibliothèque de recherche (rez-de-jardin)

Le public de la bibliothèque de recherche du rez-de-jardin, soit 28 000 personnes en 2009 et 330 000 entrées, est sensiblement différent du public du haut-de-jardin. Les lecteurs du rez-de-jardin ont 38 ans en moyenne, regroupent 53,5 % de femmes, plus jeunes en moyenne (36 ans) que les hommes (42 ans). En 2009, la part des lecteurs de nationalité étrangère dépasse les 30 %. Parmi les lecteurs résidant en France, soit 84 %, 56 % résident à Paris, 28 % en Île-de-France (hors Paris) et 16 % en province.

Près de 50 % du lectorat déclare s’intéresser à l’histoire, aux langues et à la littérature. L’art et l’architecture sont cités par 10 % du lectorat, de même que le droit et l’économie. Les disciplines scientifiques sont nettement moins représentées que dans le public du haut-de-jardin.

Plus diversement composé que le public du haut-de-jardin au plan des catégories socioprofessionnelles, le public du rez-de-jardin rassemble une population étudiante majoritaire (51 %) 4, composée à hauteur de 52 % de doctorants. Les femmes sont très largement représentées au sein de la population étudiante (61 %). Sont également largement représentés les chercheurs et enseignants universitaires (24 %). Les retraités, présents à hauteur de 4,5 %, constituent moins de 1 % du public abonné du haut-de-jardin. À l’inverse, le lectorat sans activité professionnelle ou demandeur d’emploi représenté à hauteur de 8 % en haut-de-jardin n’est présent que pour 2 % du public en rez-de-jardin.

La fréquentation du rez-de-jardin est en progression tous les ans depuis son ouverture. L’augmentation de la fréquentation résulte d’une hausse du nombre de lecteurs mais également d’une assiduité plus soutenue. La part des « grands lecteurs  5 » a progressé de 7,8 % entre 2008 et 2009.

La consultation des documents patrimoniaux  6 constitue la motivation première des lecteurs fréquentant le rez-de-jardin. Toutefois, on peut noter que l’évolution de la fréquentation profite assez largement à une évolution des pratiques, notamment du libre accès et autres usages. La part des lecteurs fréquentant le rez-de-jardin uniquement pour le libre accès et autres usages  7 est passée de 14,5 % en 2008 à 18,5 % en 2009.

Bien que destinés, en raison de leurs offres et de leurs modalités d’accès, à des publics différents, l’analyse de la fréquentation du site François-Mitterrand montre qu’une part significative, et stable dans le temps, du public du rez-de-jardin (25 %) fréquente complémentairement le haut-de-jardin.

À brève échéance, la BnF se donne pour objectif de compléter ces éléments de connaissance de son lectorat avec des repères plus précis sur son utilisation des ressources électroniques et numériques.

L’intérêt du baromètre : mesurer les variations

Parallèlement à l’analyse constante qui est faite du lectorat des bibliothèques d’étude et de recherche, au travers des résultats présentés dans la première partie de cet article, la Bibliothèque nationale de France a entrepris, avant même l’ouverture du site François-Mitterrand, la conduite d’enquêtes barométriques sur ses publics  8. Alors que les études du lectorat permettent de mesurer précisément sa composition et son évolution dans le temps, ses usages des salles de lecture et des collections, les enquêtes barométriques présentent l’intérêt d’ouvrir l’observation (ou plutôt l’interrogation) à d’autres champs plus difficiles à capter par le biais des traces informatiques que laissent les lecteurs dans les salles. S’appuyant sur l’administration d’un questionnaire en face à face auprès d’un nombre significatif d’usagers (1 500 en 2008 sur le site François-Mitterrand et 150 sur les autres sites – Richelieu, Louvois, Arsenal…), ces questionnaires permettent à la fois de mesurer la fréquentation et de la qualifier précisément, de connaître les pratiques, les usages et les attentes des répondants, d’évaluer l’impact de l’offre qui est proposée et de mesurer la satisfaction des usagers. L’enquête de 2008 permettait de mesurer la satisfaction globale de la visite et les satisfactions « partielles » qui la composent, ceci permettant d’ajuster rétroactivement les composantes de l’offre.

La première enquête globale portant sur l’ensemble des lecteurs de la bibliothèque a été effectuée en 1992 par l’École des hautes études en sciences sociales, sous la direction de Christian Baudelot, et l’Institut Louis Harris  9. En 1994, une enquête spécifique sur les futurs publics du site Tolbiac a été conduite. Dès 1997, le dispositif d’enquête périodique d’observation de la satisfaction des publics sur le site François-Mitterrand a été mis en place. Cette enquête a été reconduite en 1999, 2002, 2005 et 2008. Une nouvelle édition doit se dérouler en 2011.

La première enquête, réalisée sur le site Richelieu, alors que l’implantation de la bibliothèque sur le site de Tolbiac n’était encore qu’un projet, avait permis de recueillir, sur une période de douze mois, un très grand nombre de données par voie de questionnaires (4 513 questionnaires recueillis), d’entretiens et d’observations. Par la suite, et compte tenu de l’enrichissement de l’offre et de la diversification des sites, le questionnaire a connu de nombreuses modifications et s’est notablement enrichi. On est passé dans la période d’un questionnaire comprenant 102 questions en 1992 à 221 en 2008. Cependant, comme on le constate sur le tableau 2, une armature commune a permis de jeter les bases de l’analyse barométrique, qui a pour principe l’observation régulière du public, de ses pratiques et de sa satisfaction, en vue de mesurer des variations ou des écarts à partir de mêmes indicateurs ou de mêmes questionnements.

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Tableau 2

Sur le plan des indicateurs mesurant les pratiques socioculturelles, comme sur l’ensemble des sujets abordés, les observations peuvent être faites sous un angle diachronique (on compare un même indicateur à deux périodes données pour mesurer les variations dans le temps), mais aussi sur le plan synchronique : il est possible de comparer les réponses données par les usagers de la BnF à celles obtenues dans le cadre d’enquêtes proches, par exemple celle du DEPS sur Les pratiques culturelles des Français 10. Enfin, s’il est intéressant de revenir sur les questions traitant proprement des pratiques socioculturelles, dont la plus élémentaire, présente en 1992 comme en 2008, est celle concernant le nombre de livres lus  11, il convient de mettre en place les bons filtres qui permettront de croiser les réponses « de fond » à celles qui construisent une éventuelle catégorisation des lecteurs. À ce titre, nous trouvons toujours les questions relatives au sexe et à l’âge des usagers, à leur lieu de résidence et à leur niveau d’études. Notons pour l’anecdote qu’en 1992, on demandait également aux lecteurs de Richelieu la situation maritale ainsi que le nombre d’enfants, questions qui ont disparu au cours des enquêtes ultérieures. On comprend ici l’importance de conserver sur la durée les mêmes questions, afin de préserver la comparabilité des résultats d’une enquête à l’autre. Cependant, les pratiques culturelles ayant notablement changé dans les trente dernières années, il est très difficile de préserver le contenu des questions à l’identique. On voit, dans l’exemple ci-contre que si, en 1992, on demandait « Chez vous ou sur votre lieu de travail, utilisez-vous un micro-ordinateur 12 ? », la question est devenue en 2008 : « Utilisez-vous internet… 1 – À votre travail 2 – Chez vous 3 – Ailleurs ? 4 – Je n’utilise pas internet 13. »

Appréhender la qualité, les pratiques, les attentes, les besoins et la satisfaction du public

Compte tenu de ces différents impératifs et contraintes, et dans le contexte d’une pratique d’observation des publics des bibliothèques qui, dans les années quatre-vingt-dix, en était aux balbutiements, il nous a semblé intéressant de rappeler la structure du questionnaire utilisé dès 1992 à la BnF. Dans le tableau 2, l’évolution des questions à plus de quinze ans d’écart est significative.

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Tableau 2

Les questions relatives aux pratiques socioculturelles sont reprises dans le tableau 3. On remarque que, finalement, peu de questions sont posées aux lecteurs sur leurs pratiques socioculturelles en dehors de la bibliothèque, comme si la connaissance de leurs caractéristiques sociodémographiques suffisait à en déduire leurs pratiques. Si cette affirmation est certainement globalement vérifiable, il convient de conserver à l’esprit que la BnF, depuis l’ouverture du haut-de-jardin, et en raison des modalités d’accès et de l’offre qui y est proposée, a considérablement diversifié son lectorat et qu’en conséquence, les pratiques socioculturelles de ses lecteurs ne sont plus si « évidentes ».

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Tableau 3

Finalement que peut-on dire des pratiques socioculturelles des lecteurs de la BnF ?

En 1992, les lecteurs interrogés sur le site de Richelieu étaient à 50,3 % des femmes. L’âge des lecteurs était relativement élevé, avec une répartition équilibrée des lecteurs selon les tranches d’âge. Cependant, comme le soulignaient les auteurs du rapport, le lectorat était en fait composé de « jeunes lectrices et de vieux lecteurs », distinguant deux populations : « Un public féminin nettement plus jeune où la proportion d’étudiantes est particulièrement élevée (60 % contre 39 % chez les hommes) et un public masculin plus âgé et plus intégré dans la vie active (61 % des universitaires professionnels sont des hommes). »

Avec l’ouverture du site François-Mitterrand et le maintien sur le site de Richelieu de la majeure partie des collections spécialisées (arts du spectacle, cartes et plans, estampes et photographie, manuscrits, monnaies, médailles et antiques, musique), la composition du lectorat par âge de la bibliothèque de recherche a varié comme le montre la figure 1. Les lecteurs les plus jeunes ont eu tendance à privilégier la bibliothèque du rez-de-jardin sur le site François-Mitterrand, alors que les lecteurs les plus âgés sont venus proportionnellement en plus grand nombre à Richelieu (les plus de 50 ans constituaient 23,8 % du lectorat de Richelieu en 1992, ils en constituent 31,6 % aujourd’hui).

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Figure 1. Répartition des lecteurs par âge en bibliothèque de recherche (1992/2008)

En 1992, les auteurs de l’étude sur les publics notaient deux catégories de lecteurs : « D’un côté, les lecteurs que rien ne distraira. C’est un groupe important puisqu’il rassemble un vrai tiers d’entre eux. Jamais ou presque jamais ceux qui le composent sortiront, se désaltéreront, verront un visage familier, échangeront ou noueront de nouvelles connaissances. Parmi eux, bien évidemment de tout nouveaux – ou récents – lecteurs, mais pas seulement. On rencontre parmi ces “grands solitaires” de vrais habitués, des doctorants et quelques universitaires, moins nombreux toutefois que les professionnels, l’un des noyaux de ce groupe.

Radicalement opposés, les lecteurs “expansifs”. C’est également un groupe important (25 %) où l’on retrouve plus fortement encore les grandes caractéristiques des lecteurs de la Bibliothèque nationale. »

Cette catégorisation semble se retrouver aujourd’hui partiellement entre les deux niveaux du site François-Mitterrand si l’on observe les déclarations faites en 2008 au cours de l’enquête (figure 2) où les lecteurs du haut-de-jardin viennent travailler au calme sur leurs propres documents (60 % vs 27 % pour les lecteurs du rez-de-jardin), consulter des documents (21 % vs 46 % pour les lecteurs du rez-de-jardin), retrouver des personnes de leur entourage (2,3 % vs 0,8 % pour les lecteurs du rez-de-jardin).

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Figure 2. Répartition des lecteurs de la Bibliothèque nationale de France selon l’usage (2008)

En 1992, Christian Baudelot et Claire Verry avaient demandé aux lecteurs de la bibliothèque le nombre de romans qu’ils avaient lus au cours du mois précédent (figure 3). La part des lecteurs ayant répondu « aucun » était alors de 32,6 %  14. Au cours du mois passé, 67 % avaient lu au moins un roman, 68 % étaient allés au cinéma, 31 % au théâtre, 30 % avaient assisté à un concert et 14 % étaient allés à l’opéra. Les auteurs concluaient : « Dans l’ensemble, les pratiques culturelles que nous décrivent les lecteurs de la BN sont proches de celles qui sont recensées auprès des Français les plus diplômés. À une nuance près, le lecteur de la BN est peu téléspectateur. »

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Figure 3a. Fréquence de lecture des usagers de la Bibliothèque nationale de France (1992)

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Figure 3b. Fréquence de lecture des usagers de la Bibliothèque nationale de France (2008)

Comme le montrent les réponses apportées à cette question en 2008 (qui entre-temps ne concerne plus que les seuls romans), 5 % de l’ensemble des lecteurs ou visiteurs interrogés alors (62/1 226) déclaraient ne lire aucun livre (y compris les lectures de travail !). Cette réponse, pour surprenante qu’elle soit, doit nous mettre en garde sur l’image que l’on a des pratiques socioculturelles des usagers de la bibliothèque. Si une majorité de lecteurs est effectivement composée d’usagers bien connus dont les pratiques socioculturelles sont également bien identifiées, une part croissante de lecteurs peut aujourd’hui surprendre les professionnels par ses pratiques nouvelles et inattendues qu’il devient difficile d’anticiper, voire de comprendre. Ainsi, parmi les lecteurs ou visiteurs ayant déclaré ne lire aucun livre en 2008, 74 % avaient moins de 25 ans. Mieux connaître les pratiques socioculturelles des usagers des nouvelles générations, notamment, et mieux les comprendre, nous permettra de mieux répondre à leurs besoins et d’atteindre l’objectif de fidélisation et de diversification des publics qu’à la BnF comme dans toute bibliothèque nous nous fixons.

Pour dresser à grands traits le profil des publics de la BnF, on peut dire que si les collections ne sont plus le déterminant le plus fort de la visite physique, elles demeurent la motivation des internautes allant sur Gallica par simple curiosité ou dans l’optique d’une recherche précise. La mise à disposition d’une large collection de documents numérisés permet à un public de plus en plus large, de plus en plus diversifié et de plus en plus cosmopolite de la consulter pour le plaisir ou le travail.

Le public de Gallica

S’il est relativement facile de suivre le public qui fréquente physiquement les salles de lecture ou les expositions de la BnF, il est plus difficile et plus aléatoire de cerner le profil des internautes, entité par essence volatile et anonyme. Cependant, quelques enquêtes ponctuelles présentent des photographies intéressantes sur le profil de ces nouveaux usagers.

L’effet ciseau que l’on connaît au niveau national entre usagers des bibliothèques et internautes  1 selon les genres se retrouve, amplifié, dans la composition des publics de la BnF, où l’on constate une même prépondérance des hommes sur internet. La répartition hommes/femmes dans le public des sites François-Mitterrand, Richelieu et Arsenal est par contre relativement équilibrée, avec un léger avantage pour les hommes  2.

Alors que le site François-Mitterrand attire une grande partie d’étudiants, notamment dans sa composante haut-de-jardin (qui pèse pour 59 % dans le total de la fréquentation des différentes salles de lecture), le site institutionnel (www.bnf.fr) comme celui de Gallica (www.gallica.bnf.fr) attirent un public légèrement, voire beaucoup plus âgé pour Gallica. Les résultats de l’enquête menée début 2009  3 révèlent une très faible part d’internautes de moins de 30 ans visitant le site Gallica.

Le site de la BnF ainsi que le site Gallica permettent sans surprise de toucher une population très éloignée de l’implantation géographique de la bibliothèque, qui demeure logiquement un déterminant fort pour la fréquentation physique. Les données 2009 de fréquentation du site Gallica ont permis de mesurer 60 % d’internautes français et 40 % d’internautes étrangers, dont environ 10 % de francophones. La fréquentation de Gallica constitue donc un record dans l’éventail des services offerts par la bibliothèque dans et hors les murs.

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Typologie des publics

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Répartition des publics de la BnF selon les âges

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Répartition géographique des publics de la BnF

V.M. et C.T.

  1.  (retour)↑   Selon la dernière enquête PCF 2008, 13 % des hommes et 21 % des femmes sont inscrits en bibliothèque, et 42 % des hommes et 31 % des femmes pratiquent tous les jours ou presque internet pour des raisons personnelles. http://www.pratiquesculturelles.culture.gouv.fr
  2.  (retour)↑   Tous les chiffres sont issus de données 2008, sauf mention spéciale (enquête 2008 sur les publics de la BnF).
  3.  (retour)↑   Étude d’évaluation de l’expérimentation de la mise à disposition d’ouvrages sous droits via la bibliothèque numérique de la BnF Gallica 2, Ourouk, 2009.

  1.  (retour)↑   Salle A : presse ; salle B : audiovisuel ; salle C : sciences et techniques ; salle D : droit, économie, politique ; salle E : recherche bibliographique ; salle F : art, langues et littératures latines et grecques ; salle G : littératures étrangères ; salle H : littératures d’expression française ; salle I : littérature pour la jeunesse ; salle J : histoire, philosophie, religion.
  2.  (retour)↑   Constituant deux ensembles géographiquement distincts, la salle G et la salle H sont traitées comme un ensemble unique. La salle « livres et littérature pour la jeunesse » (salle I), dont l’ouverture a eu lieu le 22 septembre 2009 n’est pas intégrée dans l’étude présentée.
  3.  (retour)↑   Depuis septembre 2009, les salles de lecture du haut-de-jardin sont accessibles gratuitement à partir de 17 h.
  4.  (retour)↑   Les étudiants représentaient 60 % en 2005 : enquête barométrique réalisée au printemps.
  5.  (retour)↑   Caractérise les lecteurs fréquentant les salles du rez-de-jardin à raison d’un jour sur trois tout au long de l’année.
  6.  (retour)↑   Ces documents représentent une large part des collections du rez-de-jardin et sont uniquement disponibles sur demande par opposition aux documents en accès libre.
  7.  (retour)↑   Regroupe tout ce qui n’a pas trait aux documents patrimoniaux.
  8.  (retour)↑   Romuald Ripon, « L’observation des publics à la Bibliothèque nationale de France », BBF, 2006, n° 6, p. 32-35.
  9.  (retour)↑   Christian Baudelot, Claire Verry, « Profession : lecteur ? », BBF, 1994, n° 4, p. 8-17.
  10.  (retour)↑   Voir, dans ce numéro du BBF, l’article d’Olivier Donnat, « Les pratiques culturelles à l’ère numérique ».
  11.  (retour)↑   En 1992, on demandait : « Depuis un mois avez-vous lu des romans ? » En 2008 : « Pourriez-vous me dire combien de livres vous lisez en moyenne par mois, en tenant compte de vos lectures de travail, de vacances et de loisirs ? » La question posée dans l’enquête du DEPS était en 2008 : « Au cours des douze derniers mois, combien de livres avez-vous lus environ, en tenant compte de vos lectures de vacances ? » (On exclut les lectures professionnelles et les livres lus aux enfants).
  12.  (retour)↑   En 1992, 12 % seulement des personnes de 18 ans et plus disposaient d’un ordinateur à domicile (Source : Crédoc, La diffusion des technologies de l’information et de la communication dans la société française, 2008. http://www.arcep.fr/uploads/tx_gspublication/etude-credoc-2008-101208.pdf).
  13.  (retour)↑   En 2008, 67 % des personnes de 18 ans et plus disposaient d’un ordinateur à domicile et 58 % disposaient d’une connexion internet à leur domicile (Source : Crédoc, La diffusion des technologies de l’information et de la communication dans la société française, 2008).
  14.  (retour)↑   Quelques années auparavant, Olivier Donnat pour l’édition 1989 des Pratiques culturelles des Français avait obtenu les réponses suivantes à la question « Au cours des 12 derniers mois, combien de livres avez-vous lu environ, en tenant compte de vos lectures de vacances ? » : • aucun, 25 % • 1 à 9 livres, 32 % • 10 à 24 livres, 25 % • 25 livres et plus, 17 %.
  15.  (retour)↑   Selon la dernière enquête PCF 2008, 13 % des hommes et 21 % des femmes sont inscrits en bibliothèque, et 42 % des hommes et 31 % des femmes pratiquent tous les jours ou presque internet pour des raisons personnelles. http://www.pratiquesculturelles.culture.gouv.fr
  16.  (retour)↑   Tous les chiffres sont issus de données 2008, sauf mention spéciale (enquête 2008 sur les publics de la BnF).
  17.  (retour)↑   Étude d’évaluation de l’expérimentation de la mise à disposition d’ouvrages sous droits via la bibliothèque numérique de la BnF Gallica 2, Ourouk, 2009.