BuB : Forum Bibliothek und Information [ex-Buch und Bibliothek], année 2007

 

bbf 2008 - t. 53, n° 2

dossier : La bibliothèque et ses prestataires

BuB : Forum Bibliothek und Information [ex-Buch und Bibliothek], année 2007

Bad Honnef, Bock + Herchen Verlag, 30 cm
ISSN 0340-0301
Abonnement (10 numéros par an) : 88 €
Le numéro : 12,50 €
http://www.b-u-b.de

 

Par Isabelle Duquenne

 

La revue allemande des bibliothèques BuB a été marquée par de nombreux débats sur le numérique et internet en cette année 2007. L’entrée des bibliothèques dans le monde parallèle virtuel de Second Life traduit, de manière symbolique, à la fois leur importance dans le monde de la communication et leur communauté de destin avec les réseaux de communication.

Bibliothèques et internet

De fait, l’avenir des bibliothèques apparaît étroitement lié à leur relation à internet, qu’elles relèvent du domaine universitaire ou de la lecture publique. Le directeur de l’Institut des sciences de l’information et des bibliothèques de l’université Humboldt à Berlin estime vital de développer des méthodes de jugement sur les contenus d’internet et d’organiser ces connaissances pour les communiquer. L’accroissement des fonds électroniques doit coexister avec le format papier, car une bibliothèque numérique n’existe que par les services qu’elle offre et toujours comme partie intégrante d’une bibliothèque réelle.

La publication hybride pourrait représenter un modèle prometteur pour la diffusion des publications universitaires et savantes. Ouvrages et brochures peuvent être publiés à la fois en ligne au format PDF et en « impression à la demande » auprès d’un éditeur. La version internet offre une très grande visibilité dont profite la version imprimée, forme à la fois valorisante pour le chercheur et efficace pour la lecture in extenso.

Le droit d’auteur va-t-il ralentir ces développements ? L’envoi d’articles par mail se heurte à la question des droits de reproduction. Le tribunal de Munich a rendu son jugement dans l’affaire opposant depuis des années le Deutsche Börsenverein (syndicat des libraires et éditeurs allemands) à Subito : l’envoi par mail de documents numérisés tirés des revues scientifiques va à l’encontre du principe du droit d’auteur et ne peut perdurer tel quel. Ce jugement a valeur de modèle et aura des répercussions sur Subito et les autres services de livraison électronique de documents : augmentation des délais, moindre facilité d’exploitation de l’information. La solution serait un accord sur les licences d’utilisation électronique, mais l’augmentation du prix pour les usagers pèsera sur la recherche allemande.

Le web 2.0 ouvre de nouvelles perspectives aux bibliothèques avec les nouveaux outils de création collaborative de contenus, notamment l’enrichissement des Opac au moyen des wikis et des blogs. Les bibliothèques, détentrices de masses énormes d’information, doivent les rendre accessibles sous peine d’être dépassées par d’autres fournisseurs (Wikipédia ou services commerciaux).

Longtemps décriés, les documents contrôlés par des DRM suscitent l’attention des bibliothèques allemandes soucieuses d’élargir et de rendre attractifs leurs fonds. Certaines bibliothèques universitaires testent de manière approfondie le téléchargement d’e-books (format PDF), comme la BU de Munich, ou l’introduction des e-books dans la documentation des étudiants réalisée à Darmstadt. En lecture publique, la bibliothèque musicale de la ville de Dresde s’est associée à Naxos pour proposer de la musique en ligne. Autre expérience en cours, la DiViBib, bibliothèque virtuelle, offre, via ses sites pilotes que sont Cologne, Francfort, Wurzburg, Munich et Vienne, 20 000 médias électroniques (e-books, enregistrements sonores dans un premier temps, puis logiciels et films) sur internet.

Enfin, le nouveau portail allemand Bibliotheksportal 1 est une entrée centralisée dans le monde des bibliothèques, avec des informations aussi bien à l’usage des professionnels que des particuliers (données, statistiques, projets des établissements, dossiers sur les thèmes actuels, téléchargements, agendas des bibliothèques...).

Services au public

L’amélioration des services au public est le thème de nombreuses contributions. Citons la bibliothèque de Bavière, qui offre au million de lecteurs qui la fréquentent, un service de consultation sur place ouvert 7 jours sur 7 de 8 h à 24 h. Le coût est de 30 euros par heure d’ouverture supplémentaire, soit 9 centimes par heure et usager supplémentaire. La bibliothèque de l’université de Karlsruhe a misé sur la RFID pour, elle aussi, élargir ses horaires d’ouverture. 7 jours sur 7 et 24 h sur 24, le système assure le prêt, le retour et la sécurité des documents. Le nombre d’usagers a été multiplié par 3, encore que le prêt stagne. 25 % des étudiants travaillent la nuit entre 19 h et 9 h, 10 % viennent le week-end, surtout le dimanche.

Apprécier le prix et l’utilité des services publics, mesurer l’impact économique de l’argent dépensé relève d’une saine démarche. Une méthode, utilisée au départ pour évaluer les politiques environnementales, s’adapte aux bibliothèques. La première à passer par cette évaluation a été la British Library en 2004, avec un résultat plutôt flatteur : retour sur investissement de 4,40 livres par an et par habitant et constat que, sans elle, l’économie du pays se porterait moins bien (280 millions de livres sterling générées en recettes directes et indirectes en moins). Cette expérience séduit nos collègues allemands, qui y trouvent un argumentaire sérieux dans les discussions avec l’administration et les politiques pour défendre la pérennité de leurs établissements.

Côté lecture publique, la conception intégrative des bibliothèques s’impose. L’étude Pisa (évaluation du niveau scolaire des élèves) a mis en avant le faible niveau des garçons en regard des performances des filles, notamment une maîtrise insuffisante de la lecture. Les bibliothèques allemandes ont donc monté des programmes de promotion de la lecture, tels que les « Clubs de mecs » à Ludwigshafen, « Jouer au foot et lire » dans le Land de Bade-Wurtemberg, le rayon « Garçons » à Leipzig ou encore « La caravane de lecture » de la bibliothèque municipale de Hambourg qui rassemble pères et fils autour du livre. Dans le même esprit, la promotion de la « lecture plaisir » s’exerce en direction des enfants de Duisburg et les professionnels, toujours attentifs aux expériences étrangères, étudient l’introduction des jeux électroniques dans les salles de lecture aux États-Unis et son impact sur la jeunesse.

Le 3e Congrès de l’information et des bibliothèques de Leipzig, qui a réuni 2 700 bibliothécaires, a abordé des questions de fond : loi sur les bibliothèques, travail social en bibliothèque, utilisation du web 2.0, livres électroniques, service de renseignement en ligne, nouvelles tendances des bibliothèques pour la jeunesse inspirées des modèles américain et danois, marketing des bibliothèques. Placé sous le thème central « Bibliothèques et éthique », ce congrès a été l’occasion de présenter la charte « Code of Ethics » (accueil des usagers, liberté d’expression, conservation du patrimoine…) signée par l’Allemagne 2 qui rejoint de ce fait les 40 pays déjà signataires 3.

Formation

Tout au long de l’année, le thème de la formation des bibliothécaires a fait l’objet d’articles et de comptes rendus d’expériences. Le numéro d’octobre 2007 a présenté un dossier très complet sur la formation aux métiers des bibliothèques et sur les enjeux liés à l’apparition de nouvelles écoles et diplômes.

Alors qu’auparavant, seule l’université de Berlin était habilitée à délivrer le diplôme de bibliothécaire, la création de nouvelles filières, en lien avec la réforme universitaire LMD, bouleverse le paysage. Outre la Bayerische Bibliothek, qui forme les conservateurs fonctionnaires pour les bibliothèques scientifiques et les grands établissements, la formation se partage désormais entre l’université de Berlin et les écoles supérieures spécialisées. Là où le parcours universitaire repose sur la maîtrise préalable d’une matière scientifique (droit, lettres, mathématiques, etc.) assortie d’une formation de bibliothécaire d’une durée de quatre ans, les écoles spécialisées proposent des filières plus courtes (à partir de trois ans), accessibles directement après le baccalauréat, délivrant des diplômes en sciences de l’information et métiers des bibliothèques : le Bachelor (licence) et le master. Une autre formation, elle aussi en trois ans, soutenue par la chambre de commerce et le syndicat Verdi, et préparant au diplôme d’« agent spécialisé des services documentaires et d’information », renforce encore la concurrence. Ces nouveaux diplômes, qui rencontrent un véritable succès auprès des étudiants, trouveront-ils leur place sur le marché du travail ? La qualification acquise sera-t-elle reconnue financièrement ou bien cette pléthore d’offres débouchera-t-elle sur une déqualification ? Le syndicat des bibliothécaires allemands (VDB), représentant les agents du service public des bibliothèques universitaires ou des grandes bibliothèques municipales, défend sa conception dans un pays où le statut universitaire conserve son aura. Les promoteurs des nouvelles filières pensent que les diplômes peuvent coexister et se compléter utilement et que les bibliothèques doivent prendre la mesure de l’intérêt de ces nouvelles qualifications, plus techniques souvent, mais tout aussi indispensables.

International

Au sein de la rubrique « International », deux articles sont à relever. Les bibliothèques coréennes peuvent-elles tirer profit de l’expérience allemande de la réunification ? Ces pays partageant l’expérience d’une séparation, les Corées du Nord et du Sud pourraient s’inspirer du modèle allemand pour la réunification et l’association de leurs bibliothèques. Un système de bibliothèques centralisé, les normes et standards, mais aussi la formation et l’évaluation ont fait l’objet de débats lors d’un congrès organisé en Corée qui, de surcroît, a évoqué le travail de mémoire. Les bibliothèques ont leur rôle à jouer dans le processus de rapprochement entre les deux Corées.

La nouvelle présidente de l’Ifla, Claudia Lux, est aussi directrice de la plus grande bibliothèque publique allemande à Berlin. Au congrès de l’Ifla à Durban en Afrique du Sud, elle a réaffirmé l’importance des bibliothèques et des valeurs démocratiques et culturelles qu’elles véhiculent et a affiché son intention de renforcer leur influence politique.

Enfin, il est toujours tentant d’observer les expériences et projets français qui trouvent un écho outre-Rhin. La Conférence des bibliothèques nationales européennes a salué la contribution décisive de la France dans le développement de la bibliothèque numérique européenne, suite à la communication de la Bibliothèque nationale de France sur l’ouverture de son nouveau portail Europeana.

Un autre article est consacré aux médiathèques de proximité pour les quartiers difficiles. Lancé en 2003 par le ministère de la Culture et de la Communication, le programme national, baptisé « médiathèques de proximité » ou plus communément « ruches », a attiré l’attention de nos collègues allemands. Ils y voient un modèle de développement en rupture avec la centralisation à la française, tourné vers les campagnes et les quartiers en difficulté et surtout l’affirmation du rôle social des bibliothèques en regard de la mission culturelle traditionnelle.


1.  http://www.bibliotheksportal.de  (retour)

2.  http://www.bideutschland.de  (retour)

3.  http://www.ifla.org/faife/ethics/codes.htm  (retour)

Notice bibliographique :

« BuB : Forum Bibliothek und Information [ex-Buch und Bibliothek], année 2007 », BBF, 2008, n° 2, p. 92-93
[en ligne] <http://bbf.enssib.fr/> Consulté le 09 février 2012

 

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