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Recensement des fonds particuliers et des collections singulières

Le Répertoire national des bibliothèques et centres de documentation du CCFr

Édith David

Véronique Mullon

Le Répertoire national des bibliothèques et centres de documentation (RNBCD) rassemble en 2007 les notices descriptives de plus de 4 500 bibliothèques françaises accessibles au public et près de 1 500 notices de fonds originaux (anciens, locaux, particuliers) appartenant à ces bibliothèques. Il fait partie intégrante du Catalogue collectif de France (CCFr), complément indispensable pour obtenir des informations sur les établissements dans lesquels les documents signalés sont consultables.

Bibliothèques universitaires et municipales

Grâce à la richesse et à l’organisation de ses informations, le RNBCD constitue un instrument de recherche efficace aussi bien pour appréhender de grands ensembles thématiques que pour aboutir plus précisément à un fonds très particulier, très spécialisé.

Opérationnel depuis 1998, le RNBCD est constitué en partie des notices de bibliothèques fournies par le Répertoire des centres de ressources de l’Agence bibliographique de l’enseignement supérieur (Abes) et par le Répertoire des bibliothèques de la Direction du livre et de la lecture (DLL) pour les bibliothèques municipales des villes de plus de 10 000 habitants. Ces notices présentent des informations d’ordre pratique (coordonnées des établissements, horaires d’ouverture, services offerts, lien direct avec le catalogue en ligne) et d’ordre scientifique (historique de l’établissement, description de la collection principale, mention de fonds particuliers, publications sur la bibliothèque).

Les mises à jour et les créations de nouvelles notices sont effectuées soit de manière automatique par chargement de lots provenant de l’Abes et de la DLL, soit au fil de l’eau par les bibliothèques elles-mêmes ou par l’équipe du RNBCD. La majorité des bibliothèques décrites actuellement appartient au réseau universitaire ou au réseau municipal.

Ces deux types de bibliothèques conservent principalement des collections centrées sur des disciplines universitaires plus ou moins traditionnelles ou des collections généralistes et encyclopédiques de lecture publique. Mais les unes et les autres possèdent souvent aussi des fonds particuliers, locaux, anciens, des thématiques dominantes, des curiosités qu’elles peuvent signaler succinctement dans la description générale de leurs collections.

La description de la collection générale de la médiathèque Léon-Alègre à Bagnols-sur-Cèze (Gard) en offre un exemple courant dans le RNBCD : collection encyclopédique : fonds spécialisés : fonds local et régional : le Gard rhodanien ; archéologie ; fonds Rabelais et fonds Rivarol.

La description de la collection de la médiathèque de la communauté urbaine d’Alençon (Orne) est plus détaillée : bibliothèque encyclopédique ; fonds patrimoniaux provenant du collège des Jésuites, des abbayes de Saint-Évroult, La Trappe, Saint-Martin-de-Sées, Notre-Dame-de-Silly, la Chartreuse du Val-Dieu, l’évêché de Sées ; fonds spécialisés : La Sicotière (fonds normand et révolutionnaire), Lhoste (échecs), Leclère (Cambodge), Liesville et Gaborria (franc-maçonnerie), Godard (estampes). Chacun des fonds ici mentionnés fait aussi l’objet d’une notice de fonds.

Bibliothèques spécialisées

Le RNBCD décrit également un certain nombre de bibliothèques spécialisées : 1 395 relèvent de ce type d’établissement. Ceci ne permet pas d’affirmer qu’elles représentent 1 395 spécialités mais indique bien qu’un tiers à peu près des bibliothèques du RNBCD ne sont pas « généralistes ».

Si certaines notices de bibliothèques peuvent apparaître relativement (ou même très) sommaires, de nombreuses autres sont extrêmement riches, les bibliothèques elles-mêmes ayant apporté beaucoup de soin à leur rédaction et à la complétude de leurs informations. Ceci est particulièrement vrai pour l’historique de l’établissement et la description générale de la collection. Par exemple, la bibliothèque des Arts graphiques à Paris décrit ainsi ses collections : « Domaines couverts : arts graphiques, histoire du livre, presse, imprimerie, typographie, graphisme, publicité, calligraphie, papier. Le fonds iconographique, outre la collection d’affiches lithographiques du XIXe siècle, comprend un fonds de gravures et de chromolithographies, ainsi qu’une collection de livres illustrés des XIXe et XXe siècles. Les collections comprennent des livres imprimés, dont un fonds de livres anciens sur l’imprimerie et la typographie, un ensemble important d’ouvrages sur l’histoire de la gravure et de la lithographie, une centaine de titres de périodiques courants, presse professionnelle et technique, une collection d’affiches lithographiques signées des meilleurs artistes de l’époque. Les domaines abordés sont multiples : histoire et technique de l’imprimerie depuis Gutenberg, typographie (dont un fonds ancien de 850 catalogues de caractères), histoire et fabrication du livre et de la presse, graphisme, publicité, calligraphie, papier, cartonnage et emballage. »

Puis on lit, en zone de notes : « La bibliothèque conserve en particulier : un fonds de 900 catalogues de caractères d’imprimerie des plus grandes fonderies françaises et étrangères du XIXe siècle à nos jours ; 900 titres de périodiques ; 6 000 volumes particulièrement rares et intéressants pour l’histoire de l’imprimerie et du graphisme entre 1880 et 1940 ; 2 600 estampes et affiches offrant un panorama assez complet des procédés d’impression et de reproduction au XXe siècle ; 1 700 manuscrits et lettres autographes (imprimeurs, éditeurs, graphistes) ; des objets : caractères d’imprimerie, pierres lithographiques, plaques gravées, maquettes. »

La lecture intégrale des notices de bibliothèques permet d’obtenir des renseignements extrêmement précis, parfois pittoresques et souvent très vivants sur leurs collections.

De plus en plus de bibliothèques de musées, de sociétés savantes, de fondations, de bibliothèques de villes petites ou moyennes, de centres de documentation spécialisés mais ouverts à tout public sont décrits, à leur propre demande ou bien à l’initiative de l’équipe du RNBCD lorsque celle-ci dispose de suffisamment d’informations pour créer une notice.

Parmi les demandes d’inscription les plus récentes figurent ainsi la médiathèque du Muséum d’histoire naturelle de Toulouse, l’association Mémoires vives (centre de documentation et de sauvegarde du patrimoine oral en Bourgogne), le centre de documentation et d’archives du Parc national des Cévennes, le centre de documentation du musée d’Art et d’Industrie de Saint-Étienne, le Centre de liaison de l’enseignement et des moyens d’information (Clemi) à Paris qui assure l’archivage, la conservation et la valorisation des publications réalisées par des élèves en milieu scolaire.

Bibliothèques de musées, archives municipales…

Suite à l’intégration de notices dans la Base patrimoine 1 et à la création d’une nouvelle base qui inclura deux grands catalogues de manuscrits – le Répertoire des manuscrits littéraires français du XXe siècle (Palme) et le Catalogue général des manuscrits (CGM) –, il a fallu intégrer dans le RNBCD des institutions qui, jusqu’à présent, n’y figuraient pas systématiquement, telles des bibliothèques de villes de moins de 10 000 habitants, de très petites villes parfois, des bibliothèques de musées, de maisons d’écrivains, des archives municipales, des bibliothèques diocésaines, des bibliothèques d’abbayes, comme :

  • le musée départemental d’Art contemporain de Rochechouart (Haute-Vienne) qui contient, dans sa bibliothèque, un « fonds Raoul Hausmann: collages, photographies, peintures, dessins, ensemble des textes et correspondance de Raoul Hausmann, figure majeure du dadaïsme et de l’art du XXe siècle, qui s’est installé en 1949 à Limoges » ;
  • le musée Colette à Saint-Sauveur en Puisaye (Yonne) qui conserve « correspondance, dédicaces, photos et objets personnels de Colette » ;
  • les archives de la critique d’art à Château-Giron (Ille-et-Vilaine) dont la « collection s’enrichit grâce aux versements des critiques d’art, des éditeurs de livres d’art et par le dépôt des travaux de recherche des étudiants inscrits à l’université Rennes II – Haute-Bretagne en histoire de l’art contemporain » et qui offrent un « fonds de référence sur la critique d’art et l’histoire de l’art contemporain, avec des catalogues d’expositions monographiques et collectives, des périodiques français et étrangers, des travaux de recherche en histoire de l’art contemporain », composé de 360 mètres linéaires de dossiers d’archives, avec plus de 10 000 lettres d’artistes ;
  • la bibliothèque de l’ancienne école de médecine à Rochefort, annexe du musée de la Marine dont les 8 175 notices ont été versées dans la Base patrimoine. Description générale : fonds scientifique de botanique, zoologie, médecine, chimie, pharmacie. Exploration scientifique et littérature de voyage. Histoire locale de l’Aunis et de la Saintonge.

Ainsi le RNBCD compte, en 2007, 138 musées, 144 établissements d’archives (les archives municipales et départementales principalement mais aussi, et entre autres, les archives de la critique d’art, les archives des Houillères du Bassin de Lorraine, les archives de la Fondation de l’automobile -Marius Berliet, le Centre des archives diplomatiques de Nantes), 15 abbayes, 26 observatoires, 17 conservatoires, 75 sociétés savantes (sociétés archéologiques, sociétés des lettres, sociétés astronomiques), 18 bibliothèques diocésaines, et aussi des académies comme celle des Jeux floraux de Toulouse, des sociétés d’amis d’écrivains, d’artistes, ou d’autres personnes célèbres, des fondations (par exemple celles de Le Corbusier, de Teilhard de Chardin, de Marguerite et Aimé Maeght, de Saint-John Perse), des laboratoires, des offices professionnels, des bibliothèques d’ordres d’avocats, de médecins.

Des ensembles cohérents

Les 1 500 fonds décrits dans le Répertoire se définissent comme « des ensembles cohérents de documents constitués autour d’un thème, d’un donateur, d’un support original… accessibles au lecteur dans leur globalité grâce à un outil (catalogue, inventaire, registre d’entrée) ou à une identification spécifique (rangement à part, cote spécifique) ».

Si l’on reprend simplement cette typologie pour faire un tri dans les fonds signalés, certains thèmes apparaissent :

  • liés au lieu : fonds locaux et régionaux dans (presque) toutes les bibliothèques municipales, œnologie à Dijon, fonds taurin à Nîmes ;
  • liés à la spécialité de l’établissement : fonds d’histoire de la construction au Conservatoire des arts et métiers (Paris), catalogues de caractères d’imprimerie à la bibliothèque des Arts graphiques (Paris), fonds des livres de prix à l’Institut national de recherche pédagogique (Lyon).

De même, nul ne s’étonne de trouver un fonds Ungerer dans la bibliothèque des musées de Strasbourg, Blaise Pascal à la bibliothèque de la Société de Port-Royal (Paris), les fonds des éditions Pierre Fanlac, et celui d’Eugène Leroy à la BM de Périgueux.

Si l’on s’en tient au support, le fonds d’affiches de la bibliothèque des Silos à Chaumont 2, le fonds de partitions de chanson française de la Médiathèque musicale de Paris constituent la base même des collections des établissements…

Des collections variées

À côté de toutes ces collections facilement repérables, de nombreux fonds ne laissent pas deviner leur thème. Ainsi, les fonds Pol Neveux (bibliothèque Carnegie de Reims) et Alphonse Ochs (Bibliothèque historique de la Ville de Paris) sont consacrés tous deux à l’affaire Dreyfus ; et les fonds Le Nir à la bibliothèque municipale de Brest et Raymond Lhoste à la médiathèque de la communauté urbaine d’Alençon, au jeu d’échecs.

Voici quelques exemples pour illustrer la variété des fonds conservés, sans souci de hiérarchisation liée au volume des collections ou à la surface des établissements.

À Paris, la bibliothèque Medem, du nom de Vladimir Medem, idéologue du Bund, conserve et diffuse le patrimoine yiddish, en particulier un fonds de « Livres du souvenir ». Autre bibliothèque spécialisée sur fonds privés : l’association « Ancêtres italiens » (Ivry) a développé des collections sur les origines des Français venus d’Italie.

Non loin de là, à Villejuif, la bibliothèque Michel-Brezillon présente plusieurs originalités : collection constituée autour des documents personnels d’un directeur des Antiquités, elle s’adresse à tous les publics et fait partie des 13 fonds départementaux du Val-de-Marne financés par le conseil général et le Centre national du livre, développés pour compléter les collections des bibliothèques de lecture publique.

Des bibliothèques municipales de petites villes telles La Riche et Saint-Pierre-des-Corps, toutes deux dans l’agglomération tourangelle, conservent l’une un fonds de presse alternative rassemblé par l’imprimeur -Dominique Mureau, l’autre des milliers de titres sur les chemins de fer.

Autre réseau, la Fédération des associations de musiques et danses traditionnelles (FAMDT) valorise les cultures populaires dans toutes les régions : les « Enquêtes ethnobotaniques en Luberon » dirigées par Pierre Lieutaghi, « Les femmes et la poli-tique à Marseille » par Yvonne -Kniebiehler à la phonothèque de la Maison méditerranéenne des sciences de l’Homme (Aix-en-Provence), « Xavier Vidal – art campanaire » du centre de documentation du Conservatoire occitan (Toulouse) », « La Marchoise de Gençay » enquête ethnographique déposée au Cerdo (Centre d’études, de recherche et de documentation sur l’oralité, à Parthenay).

Outre une simple recherche par nom, le RNBCD offre un accès par sujet, domaine ou discipline dans les notices de bibliothèques et de fonds qui va du plus généraliste (classification Dewey) au plus spécifique (mots-clés).

Ainsi l’interrogation par le sujet « mazarinades » amène en réponse une notice de fonds et quatre notices de bibliothèques ; le « protestantisme », six fonds et onze bibliothèques ; les « volcans » une bibliothèque, celle de la maison du Volcan à la Réunion ; les « cartes à jouer », une bibliothèque et un fonds ; l’« espéranto » deux bibliothèques ; les « marionnettes » quatre bibliothèques. Et l’on peut aussi trouver des bibliothèques répondant à l’interrogation par les mots : Belle Époque, fauconnerie, surréalisme, vélo, tsiganes, cinéma, explosifs, Résistance… La liste est illimitée, mais il n’y aura pas toujours de réponse !

Une refonte du Répertoire est en cours pour améliorer l’ergonomie mais aussi mieux mettre en valeur les spécificités des collections et des établissements signalés. L’optique restera la même : offrir aux chercheurs et aux curieux des pistes pour repérer et découvrir des richesses documentaires encore inexploitées.

Mai 2007

  1.  (retour)↑  La Base patrimoine, nouveau nom de la base BMR (Bibliothèques municipales rétroconverties), gérée par le CCFr contient 2,5 millions de notices de fonds anciens locaux ou spécialisés provenant de 63 institutions.
  2.  (retour)↑  Voir, à ce sujet, dans ce numéro, l’article de Joël Moris, « La Maison du livre et de l’affiche de Chaumont : aux origines des collections », p. 61.