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Le fonds en langues asiatiques à la médiathèque Jean-Pierre-Melville à Paris

Yves Alix

Implantée dans le XIIIe arrondissement de Paris, au cœur de l’un des deux grands quartiers chinois de la capitale, la médiathèque Jean-Pierre-Melville, ouverte en 1989, propose un fonds de livres et de revues en chinois et en vietnamien *, dont le succès dans le quartier et au-delà ne se dément pas.

L’embryon du fonds avait été constitué au début des années 80 à la bibliothèque Italie voisine, à la demande d’une association qui souhaitait répondre aux besoins des jeunes du quartier. Tout ce secteur du XIIIe, reconstruit dans les années 70 selon les canons de l’urbanisme d’alors (dalles piétonnes, tours d’habitation, forte densité), attirait en effet une population croissante d’immigrés du sud-est asiatique et cette communauté encore non francophone ne fréquentait pas la bibliothèque.

Aujourd’hui, presque vingt ans après, ce qui caractérise le fonds asiatique de la médiathèque est au contraire son implantation presque naturelle dans ce secteur fortement métissé, non comme une étrangeté au sein d’une collection en français, mais comme un élément parmi d’autres de l’offre documentaire de base proposée aux publics desservis.

Lectures de loisirs

En effet, le fonds, riche de près de 6 000 documents aujourd’hui, et renouvelé avec un budget annuel de l’ordre de 12 000 euros, est d’abord une collection de livres en prêt. Ce n’est nullement une collection de référence ou d’étude, mais bien de bibliothèque de quartier, où on trouve le tout-venant de l’édition contemporaine, des romans populaires, des livres d’actualité, des essais, des livres de cuisine… et des best-sellers internationaux. Bref, un fonds « loisirs », avec plus de 90 % de romans. Quelques journaux et revues en chinois sont également proposés, dont les quotidiens chinois publiés à Paris (voir illustration).

Les romans contemporains chinois, très demandés, sont soit des romans de mœurs, soit des livres sur des canevas classiques du roman chinois (« amour et arts martiaux »). La bibliothèque, qui achète dans le cadre d’un marché avec la librairie Le Phénix, est tributaire des disponibilités en magasin (les achats se font sur place), où on trouve surtout les auteurs les plus connus et les livres qui ont le plus de succès. Cependant, une partie des commandes fait l’objet d’un repérage préalable sur internet. Mais dans ce cas-là, le délai de livraison peut être très long, de trois à six mois.

Le taux de renouvellement de la collection est élevé : 21,4 %, ce qui permet de satisfaire les besoins de lecture « fraîche » d’un public qui, au fil des ans, s’est sensiblement modifié : aux Vietnamiens du quartier qui en constituaient le noyau initial, largement francophone d’ailleurs, sont venus s’ajouter les Chinois du quartier, puis des étudiants chinois de Paris et de banlieue, attirés par la réputation du fonds et venant s’approvisionner ici pour leurs lectures de loisir dans la langue maternelle. La bibliothèque propose aussi quelque 400 usuels, essentiellement des dictionnaires et des encyclopédies, mais pas de documentation spécialisée, ce que regrettent quelques lecteurs.

Les enfants ne sont pas oubliés, la section jeunesse de la médiathèque propose albums, contes, romans pour adolescents, etc. Une balade dans les rayons permet d’apprécier les différences de graphisme, de présentation ou de goût entre la production occidentale et l’école chinoise ou vietnamienne.

Un support fragile

Un élément intéressant dans l’évolution récente, pour les livres en chinois, est d’ordre linguistique : si la plupart des livres en provenance de Hong Kong ou de Taiwan sont encore, pour l’essentiel, en chinois (mandarin) traditionnel, une part croissante des ouvrages publiés en Chine continentale est désormais en « chinois simplifié », à l’écriture allégée et plus facilement accessible.

Sur cet aspect linguistique, d’ailleurs, la prochaine révolution de la bibliothèque sera dans le catalogue : le vieil outil encore en usage ne connaît pas Unicode et ne supporte pas les idéogrammes chinois. Mais la prochaine réinformatisation du réseau devrait être l’occasion, dans ce domaine, d’un « grand bond en avant ».

Dans l’intervalle, le travail de catalogage est assuré par un vacataire chinois, également chargé des acquisitions. De ce côté, la médiathèque souffre depuis l’origine du caractère précaire de l’expertise attachée au traitement de ce fonds : la bibliothécaire d’origine a changé de poste et le contractuel en fonction actuellement est sur le départ.

Mais ces vicissitudes – ou ces incertitudes – n’empêchent pas que l’expérience, commencée et continuée avec des moyens limités mais une conviction inaltérée, se poursuive et se développe. On ne peut que lui souhaiter de trouver chaque jour plus de soutien, du côté des tutelles comme dans le public.

Merci à Christine Orloff, directrice de la médiathèque, et à son adjointe Annie Will, pour leur accueil.

Médiathèque Jean-Pierre-Melville

Bibliothèque adultes, jeunesse, discothèque et vidéothèque

79, rue Nationale

75013 Paris

Tél. : 01 53 82 76 76

Fax : 01 45 83 15 93

Accès handicapés

matériel de lecture pour déficients visuels

Contact : christine.orloff@paris.fr

Catalogue : www.paris.fr, rubrique Culture, ou www.bibliotheques-paris.fr

  1.  (retour)↑  Et aussi, en plus faible quantité, en laotien et cambodgien.