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Sciences de l'information et de la communication

objets, savoirs, discipline

sous la dir. de Stéphane Olivesi. Grenoble : Presses universitaires de Grenoble, 2006. – 286 p. ; 22 cm. – (La communication en plus).
ISBN 2-7061-1294-8 : 20 €

par Nathalie Marcerou-Ramel

Vulgariser les sciences de l’information et de la communication (SIC) sans pour autant « dénaturer la connaissance scientifique », tel est l’objectif ambitieux que vise cet ouvrage collectif publié aux Presses universitaires de Grenoble. Seize contributions équilibrées, rédigées par des enseignants-chercheurs spécialistes du domaine, structurent la réflexion autour d’une sélection d’objets d’étude et de savoirs, présentent la discipline dans sa dimension institutionnelle, tout en favorisant confrontations et parcours interdisciplinaires.

Objets d’étude et savoirs : une sélection

La première partie de l’ouvrage consacre neuf chapitres aux objets d’étude les plus représentatifs des SIC : analyse des publics des produits médiatiques ; construction de la notion de « médiation culturelle » et de ses approches de la culture ; étude des déplacements à l’œuvre dans les relations entre journalistes, sources et publics ; communication politique, publique, territoriale ; rôle économique des technologies de l’information et de la communication (TIC). Une étude traite de l’information-documentation, un domaine souvent négligé dans les ouvrages consacrés aux SIC. Le chapitre consacré à la communication des organisations, d’une rigueur méthodologique remarquable, s’interroge sur ce qu’est un champ de recherche en SIC.

L’analyse des cinq principales formes de savoirs élaborées dans les SIC s’ouvre par une approche socio-économique des industries culturelles et médiatiques ;  suivent une présentation des grilles d’analyse que les SIC ont empruntées à l’anthropologie, une exploration des rapports historiques qui unissent rhétorique, pouvoir et espace public et deux contributions consacrées à l’analyse du discours et aux approches sémiologiques.

Les auteurs ne prétendent pas présenter un état complet des SIC : leur démarche se veut sélective, propre à respecter à la fois les contraintes éditoriales et l’originalité du champ disciplinaire. Malgré la richesse du panorama proposé, le lecteur aurait cependant apprécié de connaître le mode de sélection de ces objets et savoirs « représentatifs des recherches et des enseignements propres à la discipline ». La communication publicitaire, par exemple, n’est que peu abordée et pas en tant qu’objet d’étude. Inversement, l’article polémique consacré à la communication politique invite à ne pas la considérer comme un champ du savoir spécifique.

Cartographie d’une discipline institutionnalisée

La troisième partie, composée de deux chapitres conclusifs sur la discipline elle-même, son institutionnalisation et la configuration de sa communauté de chercheurs, développe un discours réflexif sur les conditions de production de la recherche en SIC. R. Boure revient aux origines de ces sciences encore récentes, constituées en discipline académique autonome en 1975, mais pas toujours considérées comme disciplines scientifiques à part entière. H. Cardy et P.  Froissart dégagent pour leur part les principales caractéristiques de la communauté des enseignants-chercheurs qui s’est créée à la suite de cette institutionnalisation.

Confrontations et interdisciplinarité

Entre objets et savoirs, deux concepts que la brève introduction aurait d’ailleurs gagné à définir davantage, la ligne de partage est mince : comment évoquer des objets sans décrire les savoirs que l’on a développés pour les analyser ou en les analysant ? L’ouvrage évite cependant l’écueil de la répétition et favorise des confrontations interdisciplinaires autour de thèmes fédérateurs tels que la connaissance des publics, le développement des pratiques professionnelles, la presse, les relations entre communication et politique, les mutations engendrées par le développement des TIC et les savoirs empruntés à la sociologie.

Très logiquement, la réflexion sur l’interdisciplinarité sous-tend l’ouvrage : elle est en effet fondatrice des SIC, qui, depuis leur création même, partagent objets, méthodes et connaissances avec d’autres disciplines scientifiques. R. Boure nous rappelle qu’elles ont « toujours assumé et revendiqué ce métissage ». L’approche résolument pédagogique, les nombreuses clés méthodologiques et bibliographiques que propose l’ouvrage, offrent une traduction pratique de ce propos et permettent en quelque sorte de voir l’interdisciplinarité à l’œuvre dans les SIC.

« Vulgarisation : mission impossible ?  * » Certains chapitres, entre vulgarisation et communication scientifique, et malgré une réelle intention pédagogique, ne peuvent prétendre viser le grand public. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un manuel, cet ouvrage s’adresse plutôt aux étudiants et aux professionnels des sciences de l’information-documentation et de la communication. À ceux-ci, il offre un parcours exigeant dans le champ des SIC et un cadre théorique et pratique facilitant l’exploration de leurs territoires.

  1.  (retour)↑  Pierre Fayard, La communication scientifique publique : de la vulgarisation à la médiatisation, Chronique sociale, 1988, p. 23.