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La bibliothèque nationale d'Estonie

Le symbole d'un modèle de développement fondé sur le savoir

Tiiu Valm

L’Estonie met aujourd’hui tout en œuvre pour devenir une société fondée sur le savoir, avec pour premier objectif de trouver un équilibre entre le travail de recherche, le savoir appliqué et les compétences et le développement des ressources humaines. Ces facteurs sont à la clé de la compétitivité de l’économie et du marché du travail, ainsi que de l’amélioration du niveau de vie. Apprendre est désormais autant un mode de vie qu’une nécessité, et cette réalité se traduit par la hausse rapide de la demande d’information.

Les différentes stratégies élaborées dans les domaines de la science, de l’éducation et de la culture (« L’Estonie fondée sur le savoir », « L’Estonie qui apprend », « La politique d’information estonienne ») ont amené la Bibliothèque nationale d’Estonie à s’associer étroitement à ces différents projets, notamment en continuant à développer ses services d’information.

Pour que le public puisse avoir accès aux données les plus récentes, il est indispensable que le pays se dote d’un réseau d’information et de communication performant dont les bibliothèques font bien sûr partie intégrante.

La Bibliothèque nationale, garante de l’avenir du pays

La Bibliothèque nationale est une personne morale de droit public dont le fonctionnement est régi par une loi votée en 1998 et amendée en 2002 et par des statuts approuvés par son conseil d’administration. Depuis sa création, elle a subi de profondes modifications et s’impose aujourd’hui comme l’institution de documentation scientifique et culturelle la plus importante du pays.

Selon la loi, elle a pour mission, comme toute bibliothèque nationale, de collecter, de conserver et de mettre à la disposition du public les documents publiés en Estonie, ou sur l’Estonie, quel que soit leur lieu de publication ; de compiler les bases de données de la bibliographie nationale ; de servir de centre national de statistiques sur la production éditoriale et les bibliothèques du pays ; d’attribuer les ISBN, ISSN et ISMN.

La Bibliothèque nationale est aussi une bibliothèque parlementaire dont les services de documentation et d’information sont destinés au Riigikogu (le Parlement estonien), au bureau du président, au gouvernement et aux diverses organisations gouvernementales.

C’est une bibliothèque de recherche destinée à répondre aux besoins des chercheurs en sciences humaines et sociales.

La bibliothèque est également un centre de formation professionnelle, activement inséré dans la communauté internationale des bibliothécaires. La Bibliothèque nationale d’Estonie est membre de plusieurs organismes tels que l’Ifla, Liber, la CENL (Conférence des directeurs des bibliothèques nationales européennes), l’Iall (Association internationale des bibliothèques juridiques), l’IAML (Association internationale des bibliothèques et centres de documentation musicaux), etc.

La Bibliothèque nationale est, enfin, un centre culturel, où, à côté de grandes expositions consacrées au livre ou à l’art en général, on organise des concerts, des conférences et autres manifestations culturelles.

Collections et services

Au 1er janvier 2004, ses fonds s’élevaient à 3 195 654 documents. Le livre le plus ancien de ses collections est un ouvrage de Lambertus de Monte, Copulata super tres libros Aristotelis De anima (Cologne 1486), et elle détient également le premier livre imprimé en Estonie, une étude du professeur Fr. Menius, de l’Université de Tartu, Historischer Prodromus des Lieffländischen Rechtens and Regiments (Dorpat, 1633).

La Bibliothèque nationale est dépositaire des publications de plusieurs organisations internationales (Union européenne, Onu, OMC, OIT, Unesco, etc.).

En 1995, la Bibliothèque a ouvert à Tallinn un Centre d’information et de documentation sur le Conseil de l’Europe, et, depuis 1998, le Centre d’information sur l’Union européenne diffuse les informations concernant l’UE.

Le système intégré Innopac, pleinement opérationnel depuis 1999, est aujourd’hui utilisé aussi bien pour les acquisitions, la description des ouvrages, le catalogage que pour les services offerts au public.

Ces dernières années, la Bibliothèque a surtout privilégié l’acquisition de documents électroniques, et aujourd’hui ses utilisateurs ont accès à 34 bases de données payantes, et au texte intégral de 12 041 revues scientifiques en ligne. L’amélioration de l’accès à l’information électronique a multiplié par deux le nombre de consultations du site web de la bibliothèque 1 enregistrées en 2003 (elles sont passées de 500 000 environ à 1 million), alors que la fréquentation des salles de lecture est restée à peu près inchangée (environ 260 000 visites par an). La majorité des lecteurs sont des étudiants (13 699), viennent ensuite des dirigeants d’entreprise et des spécialistes (10 643), des lycéens et des collégiens (8 532), des personnes engagées dans une activité créatrice et des chercheurs (1 700).

Dans les services qu’elle propose à son public, la Bibliothèque nationale a surtout mis l’accent sur les sciences humaines et sociales, ainsi que sur les services électroniques de pointe – neuf salles de lecture y rassemblent la documentation en ces disciplines. Les bibliothécaires qui y travaillent sont spécialisés dans ces domaines.

Les utilisateurs se disent très satisfaits des produits documentaires créés par la bibliothèque, qu’ils peuvent consulter en ligne à partir de sa page d’accueil, comme la base de données des articles de périodiques ISE (Information Systems Engineering), ou le portail permettant d’accéder aux ressources documentaires électroniques, des publications en ligne de la bibliothèque, etc. De nouveaux produits sont proposés au grand public depuis mars 2004 : les bases de données de la bibliographie nationale et de la bibliographie juridique, ainsi que la collection des journaux estoniens numérisés.

À l’heure actuelle, en se connectant à la page d’accueil de la bibliothèque, il est possible de déposer une demande de renseignement en sciences humaines et sociales ; de chercher et de réserver des livres, des périodiques, des partitions de musique ou tout autre document ; de lire des publications en ligne ; d’utiliser les services du prêt entre bibliothèques ; de s’informer sur les bases de données en ligne et les collections numérisées de la bibliothèque ; d’utiliser les bases de données créées par la bibliothèque.

Le centre culturel

Le centre de conférences, en activité depuis 1993, a amplement justifié son installation dans les locaux de la bibliothèque. Les quelque 500 événements qu’il organise chaque année font maintenant intrinsèquement partie de la vie quotidienne de l’institution. La grande salle de conférences (près de 300 places) accueille des colloques internationaux, des rencontres de chefs d’État, mais aussi des spectacles de chant, de danse, des présentations de films, des représentations théâtrales ; c’est sur sa scène que se produit en particulier la chorale féminine de la bibliothèque, très appréciée de la critique nationale et internationale.

Les expositions organisées en coopération avec des partenaires estoniens ou étrangers ont toutes rencontré un vif succès. Une dizaine environ est présentée simultanément, ce qui porte à environ 400 leur nombre annuel (les expositions de peintures et de photos représentent 15 à 20 % du total).

De même que la Bibliothèque nationale héberge des expositions de livres en provenance de Lettonie, de Lituanie, de Russie, de la République tchèque, de Finlande et d’ailleurs, celles qu’elle se charge elle-même de préparer trouvent un second souffle dans d’autres villes comme Riga, Vilnius, Kiev, Saint-Pétersbourg, Moscou, Madrid, Prague, Paris, Budapest, Toronto. Plusieurs d’entre elles répondent à des projets internationaux menés à bien avec l’aide des ambassades d’Estonie à l’étranger.

La Bibliothèque nationale a ainsi exposé des œuvres d’arts appliqués et de peinture chinoises, du design français, l’art graphique israélien, des tableaux de peintres vénézuéliens, des œuvres de photographes tchèques, finlandais, suédois, etc. Parmi les événements artistiques notables de ces dernières années, il faut mentionner l’exposition d’antiquités prêtées en 2000 par le musée Pergamon de Berlin, et, l’année suivante, celle des archives de l’État allemand intitulée « KGB et Stasi : les instruments du totalitarisme ».

La réputation du centre culturel est un précieux complément à l’exécution des tâches quotidiennes et à l’accomplissement de ce qui est la mission première de la bibliothèque : la fourniture de services d’information.

Programmes

Une des clés du succès du développement de la bibliothèque a été la volonté délibérée de le planifier. Le premier des grands programmes qu’elle ait adopté (« Mise en route. Plan de développement stratégique 1996-2000 ») fut élaboré dans la première moitié des années 1990. L’importance croissante prise par l’information scientifique et technique, ainsi que le rôle joué par la Bibliothèque nationale dans l’essor de la société estonienne, dans les infrastructures informationnelles nationales et dans le réseau des bibliothèques du pays, ont amené la bibliothèque à présenter dans un deuxième temps un « Plan de développement de la Bibliothèque nationale d’Estonie jusqu’en 2010 », et un « Plan de développement des technologies de l’information pour 2002-2006 ».

La préparation de ces programmes qui définissent les grandes perspectives a conduit la bibliothèque à réfléchir, non seulement à son rôle et à sa place dans la société, mais aussi à la manière dont elle pouvait contribuer à préserver l’identité, la culture et l’indépendance de l’Estonie, et à l’aider à progresser au même rythme que les autres pays européens.

Conformément aux objectifs fixés pour l’horizon 2010, la bibliothèque s’engage :

– en tant que ressource majeure pour la société de l’information et l’un des principaux moteurs d’une société estonienne fondée sur le savoir, à s’attacher résolument à mettre l’information à la portée de tous les individus, de toutes les catégories sociales et de l’ensemble de la société ;

– à travailler en lien étroit avec la société, en s’employant en priorité à consolider le réseau des bibliothèques, à assurer la conservation du patrimoine culturel estonien, la rédaction de la bibliographie nationale, le développement de ses ressources documentaires électroniques et de ses services en ligne ;

– à offrir des services d’information flexibles et accessibles, conçus autour des technologies modernes de l’information et de la communication ; priorité est donnée à la satisfaction des besoins des utilisateurs, à l’accès aux ressources, et à la création de services ciblés ;

– à soutenir activement le développement de la politique informationnelle et culturelle de l’Estonie ; dans ce but, la bibliothèque soutient la création artistique et collabore avec d’autres institutions et organisations afin de propager la culture mondiale.

Pour réaliser ces objectifs, la Bibliothèque nationale participe activement à l’élaboration de la politique informationnelle et culturelle du pays et encourage à tous les niveaux le développement de services documentaires de qualité. Elle s’efforce aussi d’améliorer le fonctionnement des établissements publics tant nationaux que régionaux en collaborant en permanence avec la totalité d’entre eux.

Des missions clairement définies

En tant que Bibliothèque nationale et pour assurer la conservation du patrimoine national estonien et permettre aux générations futures d’y avoir accès, la bibliothèque s’est fixé un certain nombre d’objectifs.

Elle doit constituer une collection exhaustive de documents en estonien ; œuvrer à améliorer les conditions de conservation en appliquant en 2003-2004 les dispositions prévues par le « Plan pour la préservation et la conservation des publications nationales » ; mener à terme la conversion rétrospective des catalogues sur papier en complétant le catalogue en ligne Ester, en coopération avec le consortium Elnet. D’ores et déjà, la rétroconversion des documents imprimés en estonien est achevée pour les livres publiés en Estonie entre 1945 et 1991, les revues en estonien, les périodiques peu diffusés et ceux qui ont été publiés en Estonie entre 1918 et 1944, les livres en estonien publiés entre 1918 et 1944, les livres en langue étrangère publiés en Estonie entre 1941 et 1944, ainsi que les livres, les publications périodiques, les cartes, les affiches et les cartes postales en rapport avec l’Estonie et imprimés ailleurs entre ces deux mêmes dates.

La Bibliothèque nationale doit aussi créer un système pour rassembler, enregistrer et archiver les publications électroniques en estonien (projet erik.@). En 2003, la bibliothèque a commencé à rédiger un ensemble de propositions visant à amender la loi sur le dépôt légal. Elle se propose de scanner les microfilms des journaux et des revues en estonien afin de constituer des archives de presse numériques (projet Midas). Ce projet pilote a démarré en 2003, avec la numérisation d’un des plus grands quotidiens nationaux, Postimees.

Ses objectifs sont aussi de créer un catalogue électronique des articles publiés dans des périodiques estoniens plus anciens ; de constituer un fonds d’archives numériques pour les documents imprimés en estonien, de grande valeur culturelle et historique mais en mauvais état de conservation (projet Hermes). Les procédures de vérification des équipements nécessaires ont été engagées et la bibliothèque réfléchit aux méthodes d’archivage de ces futurs fichiers d’images, mais le manque de moyens freine la réalisation de ce projet. Son objectif est, enfin, d’élaborer des plans de numérisation et d’archivage des publications nationales en coopération avec d’autres bibliothèques, des musées et des archives.

En tant que bibliothèque parlementaire, la bibliothèque doit assurer, dans les domaines du droit, de la politique, de l’histoire et de l’économie, la collecte et la mise à disposition des documents en estonien et en langues étrangères, des publications des organisations internationales et des informations électroniques ; augmenter jusqu’à 30 % la part des documents électroniques dans les acquisitions, se charger du développement des services d’analyse documentaire (des textes et des informations s’y rapportant) et des services d’information en ligne ; assurer en outre l’accès électronique à l’ensemble de ces services depuis l’immeuble du Parlement. Sur ces différents points, les objectifs fixés pour 2003 ont été remplis, et les nouveaux services ont été jugés de manière positive par leurs utilisateurs. La bibliothèque doit aussi œuvrer à la diffusion des informations concernant l’Union européenne. À cet égard, le Centre d’information sur l’Union européenne joue désormais un rôle de premier plan.

En tant que bibliothèque de recherche responsable de la collecte et de la mise à disposition des ressources documentaires dans les domaines des sciences humaines et sociales, les objectifs de la Bibliothèque nationale sont d’offrir aux chercheurs une documentation aussi large et pointue que possible ; de rénover ses salles de lecture pour que les utilisateurs aient accès à des services d’information spécialisés en sciences humaines et sociales – plusieurs salles ainsi modernisées fonctionnent depuis 2001-2002 pour le plus grand bonheur des lecteurs ; d’assurer dans toute la mesure du possible l’accès aux bases de données électroniques des publications scientifiques internationales : les utilisateurs peuvent aujourd’hui consulter vingt et une de ces bases de données.

Enfin, les grandes orientations du secteur recherche et développement en bibliothéconomie et sciences de l’information consistent à responsabiliser les centres de formation professionnelle intégrés aux structures de la Bibliothèque nationale pour qu’ils s’emploient à mieux représenter leur domaine d’intervention dans la société estonienne ; et à créer un centre de développement scientifique dans le domaine de la bibliothéconomie et des sciences de l’information, qui aura notamment qualité pour :

– recueillir sur les bibliothèques des données statistiques dont l’analyse permettra d’établir des plans de développement ;

– définir des projets de coopération associant les bibliothèques, les archives, les musées d’Estonie, ainsi que l’association Elnet ; travailler sur le financement de ces projets et en coordonner la mise en œuvre ;

– effectuer des recherches dans les différents domaines de la bibliothéconomie et des sciences de l’information ;

– participer activement à la définition du cadre juridique des bibliothèques, ainsi qu’aux projets de coopération impliquant l’administration publique ;

– prendre part à la normalisation ;

– organiser la formation professionnelle ;

– coordonner la mise en œuvre des projets de développement scientifique nationaux et internationaux ;

– soutenir les activités de recherche et de développement et encourager l’innovation, autant pour renforcer la collaboration entre les bibliothèques et les entreprises que pour répondre aux besoins d’information des utilisateurs.

Une gestion efficace

La mise en œuvre des plans de développement s’appuie sur les principes adoptés par la Bibliothèque nationale en matière d’organisation et de gestion. Une bonne politique de gestion repose sur des décisions fermes, une délégation du pouvoir de décision, une définition des responsabilités des dirigeants dans la limite des droits qui leur sont reconnus.

Chaque unité structurelle en charge d’un plan de développement se voit assigner des objectifs et des tâches précisément ciblés. La bibliothèque a obtenu des résultats prometteurs en analysant l’utilisation des moyens financiers et leur répartition entre les différentes unités, afin de vérifier qu’ils sont bien affectés conformément aux dispositions du plan de développement ; en motivant le personnel, à l’aide, entre autres, d’incitations financières ; en améliorant la formation continue et en augmentant son efficacité par une mise en concordance avec les compétences demandées dans les différents services. Enfin, la bibliothèque s’est engagée dans une politique de communication active vis-à-vis de différents groupes cibles poursuivant les mêmes objectifs.

L’harmonisation du réseau des bibliothèques avec les autres composantes de l’infrastructure informationnelle nationale, dont il est l’élément essentiel, simplifiera la diffusion de l’information, et abaissera considérablement son coût.

Il reste encore à identifier les moyens technologiques et organisationnels les plus performants pour réunir dans un même environnement électronique les ressources des bibliothèques, des archives, des musées et des autres institutions patrimoniales, pour étendre aux autres établissements publics le dictionnaire des équivalences composé à la Bibliothèque nationale, pour harmoniser les services publics d’information quels que soient leur tutelle et leur financement.

Une loi sur les services d’information, encore à l’état de projet, devrait, sur le plan national, réglementer ces services, définir les critères auxquels ils doivent répondre, leur nature et leurs domaines de responsabilité respectifs. Telles que les choses se présentent, cette loi s’étendrait également à la bibliothèque numérique, dans une acception large qui couvre l’ensemble des ressources en information dans les domaines scientifique, culturel et éducatif ; le texte de loi précisera aussi le rôle des institutions chargées de conserver ces ressources et de remplir des missions de service public.

En Estonie, l’information est aujourd’hui diffusée à tous les niveaux – aussi bien individuel qu’institutionnel, régional, national et international. Parce qu’elle compte parmi les plus grandes institutions du pays, la Bibliothèque nationale d’Estonie se doit d’en assurer l’accès, la protection, la conservation et l’analyse.

Avril 2004

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Estonie

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Les bibliothèques estoniennes

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Vue aérienne de la Bibliothèque nationale. © Photo : Teet Malsroos.

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La Bibliothèque nationale

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Hall d’entrée de la Bibliothèque nationale. © Photo : Teet Malsroos.

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Salle de lecture en sciences humaines et sociales. © Photo : Teet Malsroos.

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Salle de consultation. © Photo : Teet Malsroos.

  1.  (retour)↑  Traduit de l’anglais par Oristelle Bonis.
  2.  (retour)↑  Traduit de l’anglais par Oristelle Bonis.
  3.  (retour)↑  http://www.nlib.ee