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Bibliothek : Forschung und Praxis, année 1999 et n° 1 de l'année 2000

München : K.G.Saur. ISSN 0341-4183 ; Abt annuel (3 numéros) : DM 320/285 F/163,61 e/Au n° : DM 128/114 F/65,45 e.

par Dominique Lahary

Bibliothek: Forschung und Praxis 1 (recherche et pratique), périodique publié par l’éditeur allemand Saur, bien connu dans le monde des bibliothèques, paraît trois fois par an, et est dirigé par le Prof. Dr. Elmar Mittler, directeur de la bibliothèque d’État et universitaire de Basse-Saxe, à Göttingen, assisté de Monika Cremer, du même établissement. Le comité éditorial comprend sept autres membres, tous allemands : six directeurs de bibliothèque et le président des archives de la radio allemande.

Si Buch und Bibliothek peut être approximativement comparé au Bulletin d’informations de l’Association des bibliothécaires français, comme le note Dominique Arot 2, Bibliothek: Forschung und Praxis se rapproche davantage du Bulletin des bibliothèques de France.

Une présentation austère

D’une présentation plus austère que ce dernier, il propose sur une centaine de pages des articles allant d’une page à plusieurs dizaines, les plus élaborés étant de véritables traités très structurés suivis de longues bibliographies. Chaque article semble disposer de sa propre structure sans que l’unité de la publication se manifeste autrement que par l’emploi d’une seule police et la constance de l’utilisation des doubles colonnes. Les très longs paragraphes sont fréquents, les illustrations (images d’écrans, schémas) restent exceptionnelles.

Sont analysées dans la présente note quatre livraisons (celles de 1999 et la première de l’an 2000). La langue allemande y domine de façon écrasante (80 % des articles), mais on trouve aussi sept textes en anglais et un en français. Quant à la nationalité des auteurs, elle est à près de 70 % allemande, mais on compte également deux Suisses, trois Néerlandais, deux Britanniques, deux Français, un Danois, un Suédois, un Hongrois et un Espagnol. Bien que leur fonction n’apparaisse pas – seule figure leur adresse, professionnelle ou non –, il est probable que la très grande majorité des auteurs sont des bibliothécaires.

Les articles proprement dits sont généralement divisés en deux rubriques : Aufsätze (dissertations) et Praxis (pratique), cette dernière étant bien moins abondante. On trouve également dans une partie des numéros des rubriques telles que Zur Diskussion (pour la discussion), Projekte (projets), Dokumente (documents). Le numéro 1-2000 comprend pour l’essentiel un dossier sur la formation professionnelle dans plusieurs pays européens.

Tous les numéros comprennent des comptes rendus d’ouvrages ou de périodiques, notamment électroniques : les Rezensionen (recensions), très développées, et les Literaturhinweise (références bibliographiques), plus succincts, mais proposant malgré tout de solides notices analytiques. Les publications analysées dans ces deux rubriques sont majoritairement de langue allemande, mais aussi de langue anglaise et parfois française. On trouve aussi, occasionnellement, des bibliographies thématiques, des comptes rendus de congrès et colloques, des présentations de produits informatiques. Chaque fascicule comprend un résumé de chaque article en allemand, anglais et français, cette dernière version étant parfois très médiocre. Enfin, un encart annuel comprend à la fois la liste des articles de l’année classés par rubrique et un index unique par auteur et sujet des articles publiés, mais aussi des ouvrages analysés.

Sur 39 articles de fonds publiés dans les quatre livraisons analysées, 6 sont des études spécialisées sur une bibliothèque, un ensemble de bibliothèques ou un type de service. Sont ainsi présentées la bibliothèque universitaire de Florence, les bibliothèques universitaires suisses, ou les artothèques. Un long rapport de recherche sur les bibliothèques en Afrique présente des vues intéressantes, notamment sur le rôle spécifique des bibliothèques et des bibliothécaires dans un contexte de culture orale.

Sous le titre Bibliotheca utopica, Tom Becker livre un véritable traité sur les bibliothèques publiques allemandes, qui offre une vue historique sur leur développement depuis la guerre, y compris en République démocratique allemande (RDA). Il s’interroge sur leur place dans la société de l’information, énonce les contradictions entre missions de service public et nouveaux modes de gestions d’inspiration néo-libérale. À partir de l’exemple de la bibliothèque de la Fondation Friedrich Ebert, est développée la thèse selon laquelle une bibliothèque spécialisée, tout en conservant ses activités classiques, est amenée à devenir centre documentaire, centre multimédia et maison d’édition. On peut rapprocher de cette série d’articles ceux qui présentent un réseau de centres culturels étrangers en Allemagne : le British Council, les Maisons d’Amérique.

L’information électronique n’est évidemment pas absente, pas moins de 10 textes y étant consacrés sur le thème des programmes de numérisation ou des bibliothèques électroniques. Les études proposées présentent des projets propres à un pays (les Pays-Bas, le Royaume-Uni), sur un établissement (la Bibliothèque nationale de France, dont Daniel Renoult présente le programme de numérisation), sur un domaine disciplinaire (les Lettres) ou sur une opération précise (la numérisation d’un périodique des années vingt). Les sites Web de bibliothèques font l’objet de deux textes dont l’un est spécifique aux bibliothèques publiques. Un article particulièrement précis et technique présente Evit@, projet relatif à l’évaluation des ressources électroniques. Trois autres textes portent sur des bases de données bibliographiques, thème toujours important en Allemagne.

Les utilisateurs ne sont pas oubliés, même si seulement trois articles leur sont spécifiquement consacrés : il est vrai qu’on pourrait faire la même remarque sur de nombreuses revues de bibliothéconomie. On s’intéresse ainsi à la signalisation ou aux enquêtes auprès des usagers. Mais on remarquera surtout l’article de Silke Wilmsmeier sur « l’orientation client » qui consiste en une tentative d’application aux bibliothèques des concepts et méthodes développées pour les relations entre les entreprises et leurs clients. Nous en extrayons deux citations d’une portée plus générale : « Seul ce qui change demeure » (titre du 88e congrès des bibliothécaires allemands de 1988 à Francfort) et « tout service qui ne rencontre pas un besoin n’a pas de sens » (Karl Wilhelm Neubauer). On rapprochera de ce texte deux autres sur le management et les relations publiques qui témoignent de l’effort entrepris outre-Rhin pour introduire dans la bibliothéconomie des conceptions issues du monde de l’entreprise.

Coopération, formation

Un dossier de trois articles est consacré à des exemples de coopération transfrontalière avec les Pays-Bas, la Pologne et la République tchèque. Un autre porte sur la formation professionnelle dans six pays européens : Danemark, Royaume-Uni, Suède, Espagne, Hongrie et France, notre situation étant présentée par Bertrand Calenge. Dans tous ces textes, sont exposées la situation actuelle, ainsi que les tendances observables.

Un texte à caractère polémique porte sur la situation bien connue outre-Rhin des bibliothèques publiques de Hambourg. Très documenté et s’appuyant sur un long rappel historique, il dénonce la politique de lecture publique de cette ville-Land qui, sous couvert de rationalisation, aboutirait à une grave régression du service public.

Si l’on s’écarte du champ d’activité strict des bibliothèques pour s’intéresser à la production éditoriale, on trouve deux études, l’une sur les périodiques scientifiques en RDA, l’autre sur la place du livre allemand en Europe de l’Est. Il faut enfin remarquer un article de portée, intitulé « Infopauvreté : un problème quantitatif et qualitatif », qui attire l’attention sur les effets paradoxaux d’une abondance documentaire favorisant la sous-information de zones géographiques, mais aussi de groupes sociaux. Sont évidemment abordés les thèmes de la mondialisation, de l’homogénéisation culturelle, de la privatisation de collections et ressources publiques. Face au terme rebattu de « société de l’information » est proposé celui de « société du savoir », tandis que l’accent est mis à la fois sur l’importance de l’infrastructure matérielle de communication et sur celle de la disponibilité de ressources dans la culture et la langue d’un pays. Citons une des phrases de la conclusion qui, malgré sa portée très générale, est propre à nous rappeler, s’il en était besoin, que les bibliothèques ont, avec d’autres et plus que jamais, un rôle d’intérêt public à jouer : « Serait véritablement inforiche quiconque aurait un libre accès à toutes les informations. »