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Une bibliothèque éditrice

L'exemple de la Bibliothèque nationale de France

Christophe Beslon

Les origines de l’activité de production éditoriale de la Bibliothèque nationale de France (BnF) se confondent avec l’entreprise de catalogage des collections conservées par l’institution, vaste chantier mené avec des hauts et des bas au cours des trois derniers siècles de son existence, dont l’aboutissement le plus emblématique est, peut-être, la parution échelonnée sur près d’un siècle, entre 1897 et 1981, des 232 volumes du Catalogue général des livres imprimés-Auteurs, désormais également accessibles sous forme numérique 1.

Un ouvrage paru en 1936 2 retrace cette formidable aventure bibliographique amorcée à la Bibliothèque du roi au début du XVIIe siècle, qui trouve aujourd’hui encore ses prolongements naturels dans certaines des publications éditées par la BnF sur le support traditionnel du papier comme sous les nouvelles formes offertes désormais par la numérisation des données.

Il n’est pas question de présenter ici l’historique détaillé des travaux bibliographiques entrepris depuis si longtemps afin de produire les outils de référence indispensables au bon usage des collections. Un rappel se révèle néanmoins nécessaire, tant la dimension bibliographique est fondamentale pour comprendre le sens même de l’activité éditoriale d’une institution telle que la BnF qui y trouve l’origine de sa légitimité, inscrite dans une véritable mission de service public.

Les premières publications imprimées de la Bibliothèque nationale (BN) sont donc exclusivement bibliographiques. Depuis 1811, la Bibliographie nationale française imprimée annonce les documents édités, imprimés ou diffusés en France reçus au titre du dépôt légal 3. À côté des premiers catalogues méthodiques, puis du Catalogue général, oeuvre collective bâtie par plusieurs générations de bibliothécaires, paraissent de nombreux inventaires des collections, établis par les conservateurs successifs des départements des Imprimés, des Manuscrits, des Estampes ou du Cabinet des médailles ; certains de ces ouvrages font toujours référence et le nom de leurs auteurs reste familier pour les spécialistes 4.

Au XIXe siècle et jusque dans les années 1930, l’édition ainsi que la diffusion des publications de la Bibliothèque sont le plus souvent prises en charge par l’Imprimerie Impériale, puis Nationale, ainsi que par diverses maisons privées ; citons pêle-mêle Ernest Leroux, Paul Catin, Plon & Nourrit, Hachette, J. Dumoulin, Jules Meynial, E. Dentu… Après la création par décret, en 1926, d’une « Réunion des bibliothèques nationales de Paris », certains ouvrages paraîtront jusque dans les années 1940, sous la marque : « Éditions des bibliothèques nationales de France ». C’est alors qu’une diversification se précise avec la multiplication des expositions destinées à présenter les collections de la Bibliothèque nationale à un large public. Dorénavant, le développement des éditions de la Bibliothèque se projettera sur deux axes qui se détacheront de plus en plus clairement au fil des années : les publications bibliographiques issues de la poursuite des travaux de catalogage des fonds et les catalogues des expositions. Mais ces derniers s’apparentent encore, au début, à des instruments de travail, à des recueils de notices, où l’illustration reste rare et leur diffusion n’excède pratiquement pas la durée des expositions. Ce n’est que dans la période la plus récente, avec les grandes expositions présentées à partir de la fin des années 1970, que cette dimension de l’activité éditoriale de la Bibliothèque commencera à prendre de l’ampleur pour trouver son plein épanouissement au cours de la dernière décennie 5.

À la rencontre d’un large public

Les premières brochures présentant les « catalogues et publications en vente » commencent à apparaître dans les années 1930. La création, en 1942, d’un service de vente des publications répondait à la fois à l’augmentation du nombre de publications paraissant désormais sous le label « Bibliothèque nationale » et à la nécessité d’en améliorer la distribution commerciale. Les nouveautés font l’objet d’annonces dans la Bibliographie de la France, et de comptes rendus réguliers, notamment dans le Bulletin des bibliothèques de France. Cependant, c’est la vente de collections entières du Catalogue général des livres imprimés, dont de nombreux volumes épuisés commencent alors à être réimprimés à un rythme soutenu, qui constituera pendant longtemps encore la majeure partie du produit de l’activité du service.

L’apparition de catalogues d’exposition destinés à un plus large public allait poser la question de la diffusion en librairie qui ne sera résolue, après plusieurs tentatives ponctuelles, qu’avec la signature d’un contrat avec la structure de diffusion des Éditions du Seuil, en 1995. Aujourd’hui, quarante titres sont diffusés par ce canal qui représente désormais la part prépondérante du chiffre d’affaires réalisé, tandis que les publications bibliographiques et le fonds ancien restent commercialisés directement, pour l’essentiel auprès d’autres bibliothèques et institutions françaises et étrangères.

Entre-temps, la diversification de la production éditoriale et l’augmentation du nombre de visiteurs des expositions avaient conduit la Bibliothèque nationale à développer la vente directe au public, ouvrant à cette fin sur le site Richelieu deux points de vente gérés par le service de vente devenu un service commercial à part entière. Sur le nouveau site de la BnF, l’activité de librairie a été concédée dès l’ouverture, fin 1996, à un opérateur privé, le groupe des librairies Flammarion, assurant ainsi un débouché régulier aux produits éditoriaux de la Bibliothèque.

Aujourd’hui, la BnF dispose en son sein d’une véritable structure éditoriale qui intègre toutes les étapes de la « chaîne du livre », depuis la conception et la fabrication jusqu’à la vente. Pour bien situer les enjeux et comprendre les nouvelles perspectives de cette activité d’édition, il importe de s'attarder sur les conditions actuelles de son exercice.

Une activité structurée au service des missions de l’institution

Le service éditorial et commercial est l’une des composantes de la Délégation à la diffusion culturelle issue de la Direction du développement culturel (DDC) créée en 1994 lors de la fusion entre la Bibliothèque nationale et l’Établissement public de la Bibliothèque de France; l’ancienne DDC était elle-même l’héritière de la Direction de la valorisation de la BN créée sous l’administration d’Emmanuel Le Roy Ladurie. Actuellement, le service comprend trois unités de production – édition imprimée, édition électronique, image et produits dérivés – et une entité commerciale chargée de mettre en oeuvre la diffusion des produits et la gestion des points de vente des deux sites.

L’existence d’un service des éditions autonome est relativement récente, puisque cette activité était du ressort du Secrétariat général de la BN jusqu’à son intégration au sein de la Direction de la valorisation. Autrefois considéré comme un simple prestataire chargé de mener à bien la publication des travaux poursuivis dans les départements, le service a connu une évolution sensible de son rôle, liée à une professionnalisation accrue rendue indispensable par la diversification des publications et l’apparition de nouvelles conditions de production, et par les exigences de la diffusion commerciale.

L’activité éditoriale demeure certes indissociable de celle des départements, au service des missions fondamentales de catalogage et de valorisation des collections réaffirmées par le décret de 1994 instituant la BnF. En ce sens, le service éditorial est naturellement appelé à jouer un rôle transversal et se situe bien toujours en aval des travaux scientifiques en cours comme de la programmation culturelle visant à mettre en valeur les collections de la Bibliothèque. L’édition à la BnF est et doit rester l’un des instruments de l’exercice des missions de l’établissement. Le comité éditorial, instance de décision réunie à intervalles réguliers par le président de l’Établissement, a précisément été instauré pour veiller à la cohérence de la politique éditoriale avec ces missions et pour arrêter le programme des publications en fonction du budget disponible.

L’activité d’édition de la BnF est donc vouée à continuer à se développer sur ses deux axes traditionnels que sont, d’une part, la poursuite de la publication des catalogues et inventaires destinés à la communauté des chercheurs, et, d’autre part, la réalisation des publications liées à l’effort de valorisation des fonds qui est poursuivi en direction d’un public plus large, en premier lieu à travers les expositions, mais également à travers les colloques, conférences, etc.

Dès lors, il est assez évident que cette activité ne se situe pas dans la perspective qui est celle des maisons d’édition du secteur privé, centrée sur la recherche d’une rentabilité économique qui passe par des investissements permanents, dont le moindre n’est pas de chercher à s’attacher des auteurs issus des horizons les plus divers. La politique éditoriale de la BnF, quant à elle, découle, comme nous l'avons vu, des missions fondamentales de l’institution. Les auteurs de ses ouvrages sont, dans leur très grande majorité, des conservateurs et des bibliothécaires engagés dans les travaux bibliographiques en cours ou dans le commissariat des expositions et la rédaction des textes et des notices des catalogues d’exposition. Le personnel scientifique de la Bibliothèque joue également le premier rôle dans la rédaction des ouvrages édités en marge des deux catégories traditionnelles, tels les titres de la collection « Études et recherches » amorcée en 1997 6 et ceux de la collection « Portrait(s) » créée en 1996 7.

Autre caractère marquant de l’activité éditoriale de la BnF, l’utilisation des prodigieuses ressources iconographiques des collections de la Bibliothèque qui participe pleinement de la mission de valorisation tout en apportant à sa production une grande richesse d’illustration. L’exploitation de ce potentiel sort d’ailleurs largement du cadre des ouvrages publiés sous la seule marque de la BnF en ouvrant des possibilités très intéressantes de participation à des publications « extérieures » produites dans le cadre d’accords de coédition.

Fortement marquée par la dimension de service public de ses orientations historiques, la politique éditoriale de la BnF ne s’assimilera ainsi jamais à celle des entreprises d’édition privées; elle y perdrait tout ce qui fonde sa spécificité et sa légitimité mêmes. On touche là aux limites de la diversification de la production éditoriale de l’institution qui ne saurait être guidée par la seule logique concurrentielle et commerciale. Mais la BnF se doit aujourd’hui de répondre à une série de défis aux implications parfois contradictoires : obligations accrues nées de la transformation récente de la première bibliothèque de France, nécessité plus pressante de prendre en compte la dimension économique des activités éditoriales, perspectives ouvertes par les nouvelles technologies de l’information.

De nouvelles obligations

Depuis 1994, la création de l’Établissement public de la Bibliothèque nationale de France et l’ouverture de la « bibliothèque d’un type entièrement nouveau » voulue par François Mitterrand, associant à la bibliothèque de recherche assise sur les collections nationales des salles de lecture accessibles au plus grand nombre, ont conféré à l’institution une dimension et des obligations nouvelles. Elle doit exercer désormais ses missions sur deux sites principaux; en outre, l’importance de l’effort consenti par la collectivité nationale pour la construction du nouveau bâtiment entraîne une attente légitime en matière de valorisation, amplifiée par la surmédiatisation du projet de la « très grande biblio thèque » et les débats passionnés qu’il a suscités. Des expositions de grande ampleur, des cycles de conférences et des activités pédagogiques qui font appel aux ressources de tous ses départements renforcent peu à peu la BnF dans ce rôle qui est aussi le sien : permettre au public de découvrir les collections qu’elle a la charge de conserver et d’enrichir pour la nation. Tel était bien, par exemple, le sens de la grande exposition « d’ouverture » – Tous les savoirs du monde; encyclopédies et bibliothèques de Sumer au XXIe siècle –, déployée sur les deux sites du 20 décembre 1996 au 6 avril 1997.

Pour l’activité éditoriale de la Bibliothèque, les conséquences de cette évolution sont immédiatement sensibles en termes d’augmentation de la production et de diversification des publications ; elles s’accompagnent de l’introduction d’une nouvelle charte graphique, d’une augmentation de la dotation budgétaire 8 et de l’effectif, ainsi que d’une restructuration importante de son service éditorial qui lui permet d’intégrer les fonctions de fabrication et de gestion iconographique et de se doter d’une cellule de production multimédia.

Le volume annuel de la production s’établit désormais autour de vingt à vingt-cinq titres comprenant huit à dix publications bibliographiques et scientifiques et une dizaine de publications liées aux expositions, complétées par un à deux cédéroms, plusieurs cahiers pédagogiques, ainsi que des publications annuelles (agenda, calendriers). Aux nouvelles collections déjà évoquées s’ajoutent celles des « Cahiers d’une exposition » 9 et des « Grandes conférences de la BnF » 10 et la nouvelle formule de la Revue de la BnF lancée en 1999 11.

Plus nombreuses, les publications doivent également évoluer dans leur forme pour s’adapter aux divers publics. Les catalogues des expositions, toujours richement illustrés, sont de plus en plus conçus comme des grands livres de référence appelés à rester présents en librairie de manière durable. Ce sont presque toujours des oeuvres collectives qui réunissent de nombreux auteurs spécialistes du sujet tant pour les essais que pour la rédaction des notices des pièces exposées et reproduites 12. Avec le cycle d’expositions consacré à L’Aventure des écritures, la BnF a entrepris en 1997 la publication de livres de plus petit format, brochés, et d’un prix accessible, dans l’esprit de ce nouveau type d’expositions à visée ouvertement pédagogique 13. L’édition de « cahiers » répond également à la nécessité de permettre aux visiteurs d’acquérir à la sortie des expositions des publications plus légères et moins coûteuses que les catalogues. Paru en 1996, le premier tome des Trésors de la Bibliothèque nationale de France est venu combler une lacune en proposant au grand public pour un prix abordable une sélection de quelque 130 pièces parmi les plus prestigieuses des collections 14.

Au cours de la même période se poursuivait également la publication de bon nombre d’inventaires et catalogues raisonnés dans les domaines de la numismatique, de la musique, des manuscrits, des estampes ou des périodiques et des livres imprimés, venant compléter des séries amorcées parfois depuis plusieurs dizaines d’années 15.

La BnF, éditeur multimédia

La BnF s’est engagée dans la production de programmes multimédias à partir de 1995. Un premier cédérom est paru à l’occasion de l’exposition Tous les savoirs du monde ; parallèlement était entreprise la publication de la collection « Sources » qui propose des fac-similés numériques de manuscrits ou d’autres pièces des collections, offrant ainsi aux spécialistes comme aux simples amateurs la possibilité de « feuilleter » et d’explorer des documents parmi les plus précieux, grâce aux ressources de la navigation interactive 16. Fin 1999 est paru un cédérom consacré à Marcel Proust, premier titre de la collection « Univers d’écrivains » coproduite avec les éditions Gallimard. D’autres cédéroms sont en préparation sur le thème de certaines expositions, dont L’Aventure des écritures.

En développant son activité d’édition multimédia, la BnF reste pleinement cohérente avec sa mission de communication et de mise en valeur des collections patrimoniales. Il n’en reste pas moins que cette activité ne saurait être rentable à court terme, compte tenu de l’économie actuelle du secteur de l’édition multimédia et des doutes persistant sur le marché des « cédéroms culturels » dont le décollage, maintes fois annoncé comme imminent, tarde à se produire.

La dimension économique des activités éditoriales

Le statut d’EPA (établissement public à caractère administratif) qui est celui de la BnF n’est certes pas le mieux adapté à l’exercice d’activités de production à finalité commerciale. Sans entrer ici dans le détail, il suffit de rappeler que ce statut n’encourage pas la recherche du profit, en rendant pratiquement impossible le réinvestissement des recettes au cours d’un exercice budgétaire. C’est ainsi, par exemple, que la réimpression d’un titre, rendue nécessaire par son succès, ne pourra souvent se faire qu’au détriment d’une autre publication dûment programmée et budgétée… Cette situation peut se montrer particulièrement gênante, même si l’objectif premier de l’éditeur institutionnel n’est pas la rentabilité. Tout au plus s’efforcera-t-on de couvrir les coûts directs de production et de tendre vers un équilibre entre les ouvrages peu rentables – cas de la plupart des publications bibliographiques et scientifiques à très petit tirage –, et les produits éditoriaux qui peuvent dégager un résultat d’exploitation positif – ce qui devrait être le cas de la majorité des publications liées aux expositions qui bénéficient de tirages beaucoup plus importants et d’une diffusion élargie 17. Quant aux cédéroms, il est actuellement difficile d’imaginer qu’ils puissent être rentables à moins de 10 000 exemplaires vendus, en raison de la lourdeur des investissements consentis pour leur production, rarement inférieurs à un million de francs et souvent supérieurs à deux millions.

L’édition s’exerce dans un secteur concurrentiel à l’économie particulièrement contraignante dont la BnF doit, comme tout éditeur, tenir compte. Les pouvoirs publics sont alertés depuis longtemps par les éditeurs privés qui peuvent se sentir menacés par le développement de l’activité éditoriale d’institutions publiques sur lesquelles ne pèsent pas les mêmes contraintes économiques. En 1998, une circulaire du Premier ministre a repris les principales recommandations du rapport de la Mission sur les relations entre le secteur public et le secteur privé dans le domaine de l’industrie éditoriale 18. Les éditeurs publics sont fermement invités à respecter strictement les règles du droit de la concurrence : « Le prix de vente des livres ne doit pas pouvoir être considéré comme abusivement bas. Il doit donc couvrir intégralement, non seulement les coûts directs de production et de distribution, mais aussi une partie des frais de structure […]. » Par ailleurs, les images provenant du fonds iconographique des institutions doivent être valorisées dans les budgets de production des éditeurs publics selon les mêmes modalités que lorsqu’elles sont cédées à un éditeur privé. Enfin, il est recommandé aux éditeurs du secteur public de généraliser la pratique des coéditions avec le secteur privé 19.

Les pratiques du service éditorial de la BnF sont conformes à ces recommandations. Depuis plusieurs années, la BnF est engagée dans une politique de coédition régulière avec plusieurs maisons d’édition privées 20. Aujourd'hui, environ la moitié des livres-catalogues sont publiés en coédition, ce qui permet à la Bibliothèque de soulager sensiblement son budget éditorial grâce au partage des investissements et d’afficher un véritable partenariat avec le secteur privé ; vis-à- vis de ses coéditeurs, la BnF tient cependant à conserver la maîtrise du processus éditorial afin de garantir la qualité scientifique des publications qui portent sa marque ainsi que le respect de sa ligne graphique.

Dans le domaine de la production multimédia, la coproduction est de règle en raison du poids des budgets engagés sur chaque projet. En revanche, les publications bibliographiques et scientifiques ne génèrent pas de coéditions avec le secteur privé, qui n’a d’ailleurs aucune raison de s’alarmer de l’activité des institutions publiques dans ce secteur non concurrentiel par essence et déficitaire de surcroît.

Les éditions de la BnF face aux nouvelles technologies de l’information

Les cédéroms ont introduit depuis plusieurs années une nouvelle forme de production dans l’histoire déjà longue des activités éditoriales de la BnF. Les progrès de la numérisation et l’extraordinaire développement des réseaux ouvrent aujourd’hui des horizons particulièrement prometteurs à une institution également conçue pour devenir le moteur d’un réseau national et international de bibliothèques. La numérisation des textes, la mise en ligne des données bibliographiques et le développement des services à distance sont aujourd’hui un axe majeur de la politique de la BnF qui s’est dotée à cette fin d’un département spécifique, celui de la « bibliothèque numérique », au sein de la Direction des services et des réseaux. Le serveur expérimental Gallica préfigure la consultation à distance des collections numérisées de la BnF : dans sa nouvelle version Gallica 2000, 15 millions de pages sont accessibles en ligne. En s’inspirant de la petite collection des « Meilleurs auteurs anciens et modernes » publiée à partir de la fin du XIXe siècle à l’enseigne de la Bibliothèque nationale, la collection Gallica-Classique entend offrir un accès direct aux textes fondateurs de la littérature française, en mode image et/ou en mode texte 21.

Pour les éditions de la BnF, l’enjeu consiste désormais à tirer le meilleur parti des outils disponibles et des possibilités qu’offre la Toile pour promouvoir de nouvelles formes de publications (expositions virtuelles, dossiers thématiques et pédagogiques en ligne…) et avancer à la rencontre de ses publics. Si la production éditoriale de la BnF n’est encore présente que sous forme embryonnaire sur le site Internet de l’institution 22 l’heure n’est plus éloignée où il sera possible de consulter à distance l’ensemble du catalogue des publications parues sous la marque de la Bibliothèque. L’édition en ligne, avec possibilité de déchargement, de certains inventaires et ouvrages scientifiques est déjà à l’étude. Internet permettra peut-être à l’avenir de multiplier ces publications que leur extrême spécialisation condamne actuellement à une diffusion trop restreinte par les canaux de distribution traditionnels. Tout en empruntant de nouvelles voies, les éditions de la BnF resteront ainsi fidèles à la grande entreprise de communication et de valorisation des collections patrimoniales qui fonde leur activité depuis l’origine.

Par sa diversité et par son dynamisme, l’activité éditoriale de la BnF illustre tout à la fois la continuité historique des missions de l’institution et leur nécessaire renouvellement sous l’effet des profondes transformations qu’elle a dû entreprendre à la veille d’entrer dans le XXIe siècle. Au-delà, cette activité ne doit-elle pas contribuer également à concilier les impératifs de conservation de la « bibliothèque de dernier recours » et l’accès du plus grand nombre au patrimoine commun ?

  1.  (retour)↑  Catalogue général des livres imprimés-Auteurs (ouvrages publiés avant 1960), 1897-1981, 232 vol. Le Catalogue général des imprimés des origines à 1970, paru sur cédérom fin 1996, réunit en six disques les 3,4 millions de notices des catalogues généraux et des fichiers qui ont fait l’objet de l’opération de conversion entreprise par la BnF à partir de 1991. Cet ensemble est aujourd’hui intégré dans le catalogue BN-Opale Plus, accessible sur Internet (http://catalogue.bnf.fr/), qui permet de consulter dans sa version actuelle près de sept millions de notices recensant les livres et les périodiques entrés à la Bibliothèque des origines à nos jours.
  2.  (retour)↑  E.-G. Ledos, Histoire des catalogues des livres imprimés de la Bibliothèque nationale, préface par Julien Cain, Paris, Éditions des bibliothèques nationales, 1936.
  3.  (retour)↑  Produite à partir des bases BN-Opale (http://www.bnf.fr/web-bnf/catalog/opale.htm) et BN-Opaline (http://www.bnf.fr/web-bnf/ catalog/opaline.htm), la Bibliographie nationale française imprimée est aujourd’hui constituée de plusieurs séries diffusées par abonnement : livres, publications en série, publications officielles, musique, atlas, cartes et plans. Une édition cumulative sur cédérom est également produite et diffusée par abonnement depuis 1989.
  4.  (retour)↑  Il suffit d’évoquer, parmi bien d’autres, Jules Taschereau, Léopold Delisle, Henri Omont, Henri Bouchot, Ernest Babelon…
  5.  (retour)↑  Citons par exemple les catalogues des expositions En français dans le texte (1989), Don Juan (1991), Impressions de Chine (1992), Paysages, paysans (1994)…
  6.  (retour)↑  Quatre titres parus : Scribes et manuscrits du Moyen-Orient, La Glyptique des mondes classiques, La Conservation des manuscrits de Dunhuang et d’Asie centrale, La Bible imprimée dans l’Europe moderne.
  7.  (retour)↑  Cinq titres ont paru, consacrés à Olivier Messiaen, Philippe Soupault, Pierre Tal Coat, Darius Milhaud, Edmond Jabès. À paraître : Sarah Bernhardt puis Georges Perec.
  8.  (retour)↑  À partir de 1996, le budget alloué à la production éditoriale de la BnF passera à sept millions de francs environ, répartis entre l’édition de livres (4,5 MF), l’édition multimédia (1,6 MF) et l’édition d’images et de produits dérivés (0,9 MF).
  9.  (retour)↑  Une trentaine de titres sont parus à ce jour.
  10.  (retour)↑  Les premiers titres – à paraître en 2000 – seront consacrés à Juan Goytisolo, Michel Serres, Michel Butor, Yves Bonnefoy et Pietro Cittati.
  11.  (retour)↑  La revue paraît au rythme de trois livraisons par an, en janvier, mai et octobre.
  12.  (retour)↑  Outre le livre-catalogue de l’exposition Tous les savoirs du monde, qui a fait appel à une soixantaine d’auteurs, on peut citer également les ouvrages collectifs suivants : Arménie, entre Orient et Occident (1995), Des livres rares depuis l’invention de l’imprimerie (1998), Victor Segalen, voyageur et visionnaire (1999).
  13.  (retour)↑  Trois titres sont parus : Naissances (1997), Matières et formes (1998) et La Page (1999).
  14.  (retour)↑  Trésors de la Bibliothèque nationale de France. Vol. 1 : Mémoires et merveilles, VIIIe –XVIIIe siècles, déjà réimprimé et vendu à près de 8000 exemplaires depuis sa parution ; le second volume, consacré aux XIXe et XXe siècles, paraîtra en 2000.
  15.  (retour)↑  Par exemple : le Catalogue des manuscrits arabes, la série des Trésors monétaires, l’inventaire du Fonds français des graveurs, le Catalogue des incunables, la Bibliographie de la presse française politique et d’information générale, des origines à 1944… Pour une liste complète des publications bibliographiques et scientifiques, cf. les dépliants constituant des suppléments au catalogue général des éditions paru en 1995.
  16.  (retour)↑  Les quatre titres parus sont consacrés aux Natures de Johann Walter, à l’Atlas catalan, au Livre de chasse de Gaston Phébus et aux Globes de Coronelli ; plusieurs titres sont en préparation.
  17.  (retour)↑  Le tirage moyen des publications bibliographiques et scientifiques de la BnF s’établit autour de 800 exemplaires, tandis que les livres-catalogues connaissent des tirages compris entre 4000 et 10000 exemplaires.
  18.  (retour)↑  Rapport de la mission confiée en avril 1996 à Jean-Claude Groshens, conseiller d’État, remis au Premier ministre en septembre 1997.
  19.  (retour)↑  Une nouvelle circulaire du Premier ministre relative à l’institution d’un médiateur de l’édition publique est parue au Journal officiel du 21-12-1999.
  20.  (retour)↑  Par exemple avec les éditions Flammarion (Les Manuscrits à peintures en France, 1993, Tous les savoirs du monde, 1996…), Le Seuil (L’Enfance au Moyen Âge, 1994, Jean de La Fontaine, 1995, Figures du Ciel, 1998…), Hazan (L’Art du nu au XIXe siècle, 1998…), Gallimard (Henri Michaux, Marcel Proust : l'écriture et les arts, 1999…), Fayard (Utopie : la quête de la société idéale en Occident, à paraître en 2000).
  21.  (retour)↑  http://gallica.bnf.fr
  22.  (retour)↑  http://www.bnf.fr