entête
entête

Louis Desgraves

Le Livre en Aquitaine, XVe-XVIIIe siècles

Photogr. d'Alain Béguerie. Pau : Atlantica ; Bordeaux : Centre régional des lettres d'Aquitaine, 1998. 213 p. : ill. ; 28 cm. isbn 2-84394-049-4. 195 F

par Michel Albaric

Dans cet ouvrage, Louis Desgraves rassemble tout ce que les historiens du livre, au rang desquels il est le premier, ont pu réunir d'information sur le livre en Aquitaine. Cet ouvrage est une somme.

Ateliers et libraires aquitains

La première partie, « Imprimeurs et libraires », permet de suivre la naissance et la croissance des ateliers d'imprimerie et des libraires aquitains, ainsi que l'organisation locale de ces professions. On regrette cependant l'absence d'une note sur les ateliers de reliure.

A Agen, se sont succédé des prélats de la famille des Della Rovere, qui s'était attaché Jules-César Scaliger, philologue et médecin italien là résidait aussi Matteo Bandello, conteur, à Nérac, la prestigieuse cour de Marguerite de Navarre accueillait Lefèvre d'Étaples et Clément Marot, cependant ces hauts lieux de l'humanisme ne suscitèrent ni l'installation d'un imprimeur, ni celle d'un grand libraire. Quant à la Réforme, elle ne put s'exprimer la plupart du temps que par des éditions clandestines.

De 1486 à 1572, quelques imprimeurs itinérants et quelques établissements éphémères se succédèrent, sans qu'aucun ne puisse être considéré comme le véritable fondateur des presses aquitaines.

C'est à Simon Millanges que revint ce titre. Établi à Bordeaux, ancêtre d'une dynastie d'imprimeurs, il publia en 1580 et 1582, les deux premières éditions originales des Essais de Montaigne. A l'extrême fin du xvie siècle, Pierre de La Court fonde une autre dynastie d'imprimeurs qui oeuvre jusqu'au début du XVIIe siècle. Des ateliers s'installent à Agen, Bergerac, Bayonne, Dax, Pau, Périgueux mais, de 1701 à 1777, leur nombre passe de vingt et un à quinze.

La production éditoriale

La seconde partie de l'ouvrage, « Lire en Aquitaine », décrit la production éditoriale de cette province. Aux XVIe et XVIIe siècles, les ouvrages de théologie, les livres liturgiques et de dévotion et le droit dominent la production. Au début du XVIIIe siècle, se développent les publications historiques, les belles-lettres, les sciences et les arts. Les querelles religieuses, Réforme, Jansénisme, engendrent toujours une littérature polémique aussi prolixe que médiocre. Puis, au milieu du siècle, les ouvrages relatifs aux sciences, aux arts et à la philosophie prennent un peu d'essor, alors que la production de livres d'histoire et de droit ralentit. Parmi les ouvrages religieux, seuls résistent les livres de dévotion, surtout au Sacré-Coeur, et les recueils de sermons.

Paris et Lyon restent les lieux privilégiés de l'édition, ainsi que Rouen. Avec une production de 6 500 titres, aux XVIIe etXVIIIe siècles, Bordeaux occupe une place honorable dans l'histoire de l'édition française.

Un photographe original

Walid Salem a conçu pour ce livre une maquette agréable et, bien que les pages soient assez denses, elles respirent. La mise en pages très variée ne nuit pas à la belle unité esthétique de l'ouvrage.

Il faut mentionner particulièrement l'exceptionnelle qualité des photographies d'Alain Béguerie. Tandis que les publications d'histoire du livre reproduisent de façon « bien sage » pages de titre, illustrations et reliures, avec des cadrages d'équerre et un éclairage « plein feu », le photographe, ici, renouvelle et transforme complètement le regard habituel que l'on porte sur le livre.

Les lignes des textes suivent la courbure des pages, les plis des papiers et le relief des caractères d'imprimerie projettent des ombres. On ose montrer les cornes, les déchirures, les ficelles et les nerfs qui se cassent ; l'artiste a même l'audace de jouer avec la profondeur de champ. Ainsi photographié, le livre devient un objet vivant dont on ne cache ni les plaies ni les traces de son histoire. Le maquettiste a taillé dans les clichés pour casser verticales et horizontales et donner un rythme varié aux illustrations.

Il est bon que le solide et passionnant travail de Louis Desgraves soit servi par deux artistes qui modifient complètement le regard que l'on pose sur un livre.