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Les Collections patrimoniales de la British Library

Une politique d'ouverture au public

Jane Carr

Les collections de documents anciens et contemporains conservées à la British Library comptent parmi les plus précieuses du monde.

Elles couvrent une période allant de la préhistoire à nos jours et leurs fonds proviennent de presque tous les pays du monde.

Elles ont été constituées à partir des anciennes collections royales (notamment la donation George III, léguée au milieu du XVIIIe siècle), des riches collections privées que les comtes d’Oxford ont rassemblées après la Réforme et la dissolution des grandes bibliothèques monastiques, des remarquables ensembles d’ouvrages réunis par les premiers collectionneurs, tel Sir Robert Cotton, des bibliothèques des humanistes férus de culture littéraire et scientifique, comme le Dr Hans Sloane.

Elles ont enfin été composées par les grands explorateurs de la planète et de l’esprit, par exemple Sir Joseph Banks, qui accompagna le capitaine James Cook jusqu’aux antipodes, ou Sir Aurel Stein, qui suivit la Route de la soie de Samarcande à la Chine et découvrit les trésors de Dunhuang.

Parmi les plus célèbres de ces trésors culturels, citons les Articles des Barons (unique exemplaire du document signé à Runymede en 1215, à partir duquel furent élaborées et distribuées plusieurs copies de la Grande Charte), deux des quatre exemplaires existants de la Grande Charte elle-même – l’un en partie brûlé porte toujours, fait exceptionnel, le sceau royal –, plusieurs exemplaires ou pages de la Bible de Gutenberg à quarante-deux lignes, le Soutra Diamant (le premier document imprimé connu à ce jour). Citons encore les Cantiques de Lindisfarne, un des plus précieux des très nombreux manuscrits enluminés du Moyen Age qui, à eux tous, constituent une source de documentation irremplaçable pour l’étude de cette époque, mais peuvent aussi être considérés comme un musée secret de l’art médiéval. Citons enfin, pour le XXe siècle et d’une portée contemporaine peut-être plus universelle, les manuscrits des paroles de plusieurs chansons des Beatles.

Ouvrir les collections au public

Le terme « secret » illustre bien un des principaux défis que rencontrent les bibliothèques et les fonds d’archives qui projettent d’ouvrir leurs collections au grand public.

Les galeries d’art ou les musées qui possèdent essentiellement des collections d’objets peuvent envisager, au moyen d’expositions ou de simples reproductions, de présenter un objet en particulier ou une série complète d’objets.

Mais s’agissant, par exemple, de la collection de manuscrits enluminés de la British Library, l’exposition des originaux sous vitrine ou des photographies de l’œuvre ne permettra de montrer qu’une infime partie des centaines de miniatures ou de lettrines ornant un manuscrit. La difficulté consiste donc à trouver un moyen approprié, capable de représenter correctement un document particulier. Il s’agit de présenter aussi largement que possible l’ensemble de ce qu’il contient, au lieu de simplement ouvrir le volume à une page donnée ou d’exposer une simple lettre manuscrite.

Désireuse de relever ce défi, la British Library a imaginé diverses solutions. Celles-ci portaient aussi bien sur la conception des nouveaux locaux de St Pancras que sur l’aménagement des espaces réservés au public à Bloomsbury, dans l’immeuble du British Museum, ou sur la programmation d’activités visant à mettre ses ressources à la disposition du plus grand nombre.

L’élaboration de ces programmes, plus imaginatifs et ambitieux, n’aurait pas été pensable sans l’harmonisation des projets définis par les départements des expositions, de l’enseignement, des manifestations ponctuelles, de l’audiovisuel et des publications. Ce travail de coordination a permis de mobiliser un personnel plus nombreux que celui qu’aurait pu libérer chaque département pris individuellement. Il a également prouvé son efficacité en attirant des financements supplémentaires de la part de commanditaires et en assurant une bonne couverture des événements par la presse nationale et régionale.

L’exposition The Earth and the Heavens

Le programme retenu pour l’été 1995 dans les galeries de Bloomsbury illustre bien l’évolution de la démarche adoptée.

L’exposition phare de ce programme, intitulée « The Earth and the Heavens » (La Terre et le Ciel), retraçait, comme l’indiquait la brochure de présentation, « la réponse de l’Occident au plus vieux défi intellectuel lancé à l’esprit humain : quelles sont la forme et la taille de la Terre et celles du Cosmos qui la contient ? ». En plus de différents originaux de cartes terrestres et célestes exécutées au cours du dernier millénaire, l’exposition comprenait un écran de visualisation tactile interactif. Ce programme audiovisuel permettait aux visiteurs de voir et d’entendre beaucoup plus que ce qu’ils pouvaient découvrir sur les écriteaux ou dans les textes de présentation.

Deux grands livres illustrés ont été édités à cette occasion – The Image of the World et The Mapping of the Heavens. Ont été également conçus un jeu de trois affiches, accompagné d’un commentaire explicatif à l’intention des établissements scolaires, et un CD-Rom du programme audiovisuel interactif, vendu dans la boutique de la British Library ou directement aux établissements scolaires.

Pendant les trois mois qu’a duré l’exposition, des rencontres et des conférences furent organisées à l’heure du déjeuner et en soirée ; chaque jour, des vidéos et des films furent projetés dans une salle adjacente et les visites de groupes d’élèves ou de spécialistes furent encouragées. Le but était double : il s’agissait de toucher un public plus large grâce à un programme conçu pour différents niveaux d’appréciation et de compréhension, et de vendre un nombre important de produits dérivés dans la propre boutique de la British Library ou dans d’autres.

Les projets à St Pancras

Des projets similaires, coordonnés de la même façon, sont prévus pour le grand public dans les locaux de St Pancras, qui, chaque été, accueilleront une grande exposition temporaire, point fort de toute une série de manifestations et de programmes d’intérêt public, portant sur des sujets aussi variés que les prix Nobel ou le monde médiéval.

L’un des programmes, qui illustre le mieux cette approche et qui aidera également à lever le « secret » des collections, sera présenté dans deux des trois salles d’exposition permanentes, conçues pour se compléter.

La première de ces salles sera réservée aux grands trésors des collections de la bibliothèque. Ils seront exposés dans des vitrines équipées d’un éclairage de faible intensité par fibres optiques et d’un système de contrôle individuel de la température et de l’hygrométrie.

La deuxième salle n’accueillera aucun des documents originaux de la bibliothèque, mais les visiteurs y découvriront un modèle de presse à imprimer en bois du XVIIIe siècle, en état de marche, et la reconstitution d’un cabinet d’écriture du XIVe siècle (celui de Christine de Pisan). Ils pourront suivre également sur écran les étapes de la fabrication du papier et de la préparation du vélin. Ce sont des exemples des nombreuses façons de décrire et d’expliquer les moyens de fabrication des trésors conservés à la British Library.

En complément de la « Galerie des Trésors », les visiteurs pourront contempler, dans une salle à part, des exemplaires numérisés en haute résolution de toutes les pages des plus beaux manuscrits. Ces images, sous forme imprimée ou numérisée, pourront être acquises par des institutions ou des particuliers, tant en Grande-Bretagne qu’à l’étranger.

A ces réalisations viennent s’ajouter le programme de CD-Rom multimédias pour les collèges et lycées, les pages diffusées sur le World Wide Web, les expositions itinérantes et les ateliers d’écriture pour les élèves du primaire, les colloques de spécialistes et les lectures de poèmes destinées aux enfants ou aux adultes. La British Library s’efforce ainsi – en dépit des contraintes budgétaires – de trouver des solutions mieux adaptées pour atteindre un public plus nombreux, mieux faire connaître ses collections et mieux les exploiter.

Grâce au nouveau bâtiment de St Pancras qui offre des équipements beaucoup plus perfectionnés, et pour la première fois depuis qu’en 1753 le British Museum ouvrit ses portes « au grand public pour la postérité », la British Library a l’occasion d’apparaître aux yeux du public comme l’un des plus grands fleurons culturels du Royaume-Uni.

Enquêtes et études

Différentes méthodes ont été utilisées pour évaluer les attentes du public.

Les six millions de personnes qui visitent tous les ans les salles du British Museum constituent une précieuse source d’informations sur les attitudes et les réactions du public.

Chaque année, une ou plusieurs enquêtes générales sont réalisées en ayant recours à des questionnaires qui permettent, dans les salles d’exposition, de bien cerner la manière dont les visiteurs ont apprécié le thème, le contenu et la présentation des expositions et des programmes qui leur sont associés.

Ces enquêtes ont également permis de préciser jusqu’à quel point les visiteurs comprennent que la British Library est une institution distincte du British Museum. Elles permettent aussi de définir le travail de promotion et d’affirmation d’une image de marque susceptible d’attirer le public dans les locaux de St Pancras.

A ces grandes enquêtes, s’ajoutent des études plus spécifiques, destinées à évaluer la façon dont les innovations proposées dans les salles d’exposition sont perçues. Le montage audiovisuel interactif de l’exposition « The Earth and the Heavens » a ainsi fait l’objet d’une double expertise.

Une petite équipe composée de personnes non bibliothécaires fut chargée d’observer les comportements des visiteurs, afin de déterminer le temps qu’ils consacraient à ce programme interactif, le délai qu’il leur fallait pour en comprendre le fonctionnement, et si tel ou tel groupe d’âge était particulièrement attiré, alors que tel ou tel autre s’en désintéressait. Cette observation fut poursuivie tout au long des trois mois que dura l’exposition, et, dans le même laps de temps, un certain nombre de visiteurs furent invités à remplir un questionnaire détaillé. Il s’agissait en l’occurrence d’évaluer si ces nouveaux procédés enrichissent réellement les connaissances du public. Les résultats confirmèrent cette hypothèse, et ce dans tous les groupes d’âge.

Les expositions ont également été l’occasion de tester de nombreux prototypes multimédias, actuellement mis au point ou, pour certains, déjà édités par la bibliothèque. Des produits multimédias à visée éducative sont par ailleurs testés dans les établissements scolaires, pour évaluer tant la résistance des logiciels que l’adéquation du contenu et de l’approche aux besoins des enseignants et des élèves.

L’évaluation externe du programme de publications est depuis peu confiée à une société spécialisée dans les études de marché consacré à l’édition. Des questionnaires ont ainsi été envoyés à un éventail de personnes, anciens et nouveaux acheteurs, membres de la Société des Amis de la British Library, ou, plus généralement, clients de libraires. Ces études tendent à montrer que le label de la British Library est perçu comme un gage de qualité et de sérieux, mais qu’il reste encore beaucoup à faire pour assurer la diffusion la plus large possible de l’information.

La prise en compte du changement des comportements et des attentes générales, telles qu’elles s’expriment à l’intérieur et à l’extérieur de la bibliothèque, a contribué de façon décisive au développement d’une approche positive des services destinés au grand public.

Pour mieux cerner ces nouvelles donnes, la bibliothèque a commandé une étude sur l’accueil du public dans plusieurs types d’établissements, britanniques ou étrangers, entre autres la National Gallery, un hôpital londonien, Eureka (un musée pour enfants) et EuroDisney. Ces études mesurent notamment le degré de satisfaction relatif aux indications fournies aux visiteurs par le personnel, la signalétique et les autres sources d’information disponibles. Leurs conclusions ont apporté une aide précieuse à la définition des structures et du rôle assigné au tout nouveau Service d’accueil des visiteurs de la British Library.

Mars 1996

  1.  (retour)↑  Traduction d’Oristelle Bonis.
  2.  (retour)↑  Traduction d’Oristelle Bonis.