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Mulhouse

Politique de ville et bibliothèque

Danielle Taesch

Michel Samuel-Weis

Ville au destin industriel qui a su développer une intelligence technique dont ses musées sont l'illustration, ville aux dimensions et aux moyens « limités » (environ 108 000 h.), Mulhouse a su alimenter une vie culturelle active, orientée selon deux axes, celui de la culture populaire grâce à sa curiosité, son ouverture d'esprit et en s'appuyant sur un réseau associatif dynamique, et celui de la culture consacrée et reconnue dont le développement actuel témoigne.

Les bibliothèques apparaissent comme un élément central de cette vie culturelle, puisqu'elles sont nées, dans les années 1840-1860, de la rencontre de deux courants, le courant savant, érudit, traditionnel qui les place dans la logique patrimoniale et le courant populaire auquel contribuèrent Jean Macé et ses bibliothèques communales populaires (deux bibliothèques de quartier en sont encore issues) et la Société industrielle de Mulhouse, groupement d'industriels mécènes et humanistes à l'origine des musées et des collections et qui les place dans une logique de service et de partenariat. Cette double appartenance a constitué, pendant longtemps, leur originalité.

La décision de la municipalité de créer en 1947 un réseau de bibliothèques publiques (dans quatre quartiers) lançait un mouvement irréversible, illustré par l'ouverture, en 1952, de la première bibliothèque pour jeunes d'Alsace et le libre accès aux collections peu après, ce que le journal L'Alsace pouvait présenter en 1952 en titrant « La bibliothèque de Mulhouse, un centre culturel ? »

Ainsi, par leur histoire, par leur vocation de service public affirmée très tôt, par leur déploiement dans les quartiers, par leurs dimensions et leurs moyens, les bibliothèques sont aujourd'hui des lieux de convergence pour les grandes questions liées au développement de l'individu dans la cité.

Constituées en un réseau structuré et cohérent, comprenant cinq bibliothèques de quartier, un bibliobus, une bibliothèque centrale de 6000 m2, préparant l'ouverture pour l'automne d'une sixième bibliothèque de quartier en liaison avec une association, et celle d'une médiathèque de 1200 m2 intégrée au Nouvel espace culturel, La Filature, pour le début 1993, elles sont à même de participer à la politique de ville et de répondre aux trois orientations principales développées depuis 1989 par la municipalité, à savoir : Mulhouse, ville d'action et d'ouverture, Mulhouse, ville sensible pour une politique de la cohésion sociale et de la sollicitude, Mulhouse, ville ambitieuse et réconciliée avec son histoire.

Elles développent en même temps trois axes de réflexion déjà existant mais qui, depuis 1990, ont profondément modifié les modes de fonctionnement du réseau et contribué à la responsabilisation du personnel, un axe éducation, un axe patrimonial et un axe social, et ce dans une logique de partenariat toujours réaffirmée et qui est la base même de leur existence.

Un état des lieux rapide dénombre :
- cinq bibliothèques de quartier axées sur un service de proximité pour une meilleure desserte du public, et l'ouverture sur le quartier aux partenaires extérieurs par des actions communes et une meilleure intégration du tissu urbain ;
- un bibliobus tourné vers les publics spécifiques, peu mobiles et fragiles, tels quelques écoles un peu éloignées d'une bibliothèque de quartier, les personnes âgées résidant dans des maisons de retraite, les appelés du contingent dans les casernes, les détenus de la maison d'arrêt et les handicapés du centre de réadaptation ;
- une bibliothèque centrale - aux fonctions multiples, supracommunales, pour la documentation et les services proposés, pour sa bibliothèque musicale riche de 15 000 partitions, son cabinet d'estampes et l'artothèque ;
- deux bibliothèques, qui ouvriront prochainement : à la Toussaint, une bibliothèque de quartier de 300 m2 et, en février 1993, une médiathèque.

Mulhouse, ville d'action et d'ouverture

Dans une ville de 108 000 habitants, l'ouverture aux autres et le partage de responsabilités permettent de démultiplier les potentialités et la bibliothèque n'est jamais restée à l'abri de ses murs, recherchant au contraire, toujours, le contact avec d'autres institutions. Bénéficiant d'un tissu associatif large, bien implanté et dynamisé, elle a pu ainsi mettre en œuvre toute une politique de partenariat avec les entreprises et les associations pour une meilleure promotion de la lecture et une meilleure connaissance des ressources, politique reposant sur des publications à l'usage du théâtre, de l'orchestre, des musées, etc., à l'occasion de spectacles, conférences ou concerts, sur une « pénétration » des associations en participant à leurs bureaux ou conseils d'administration pour influer sur leurs choix, et sur l'existence de cercles de lecture (une dizaine dans l'agglomération) avec des groupes de lecteurs de 20 à 40 personnes se réunissant à intervalles réguliers pour découvrir les auteurs et des littératures.

Depuis 1990, une action prioritaire a été dégagée, celle des relations bibliothèques / Education qui a donné naissance à un axe éducation. Il ne s'agissait pas d'une nouveauté mais, partant des contacts établis, de l'état des lieux réalisé, de dégager les objectifs nouveaux à mettre en valeur. La réflexion engagée sur la collaboration des bibliothèques avec les enseignants a permis de déboucher en juin 1990 sur une convention liant la ville de Mulhouse à l'Education nationale, la ville étant représentée par ses adjoints à l'enseignement et à la culture, l'Inspection académique par un inspecteur de l'Education nationale. La convention porte sur deux grands points :
- l'utilisation des ressources des bibliothèques pour redéfinir l'accueil des classes et ses modalités, les dépôts consentis dans les écoles, les séries de livres mises à disposition ;
- les nouvelles bases d'une collaboration, reposant sur le transfert à l'Education nationale d'une bibliothèque pour enfants de quartier, située dans une école et fonctionnant exclusivement ou presque sur le temps scolaire et la création d'un véritable réseau de BCD 1.

La bibliothèque transférée est ainsi devenue un modèle. Avec 4 000 livres (dont le choix a été fait par les bibliothécaires et les enseignants, moitié fiction, moitié documentaire), elle s'inscrit dans le cadre des projets d'expression et de lecture, elle est ouverte pendant le temps scolaire mais aussi en dehors, et l'Education nationale y a affecté un enseignant à mi-temps chargé de son fonctionnement en liaison avec l'équipe pédagogique.

L'organisation d'un réseau de BCD, géré conjointement par la bibliothèque et le service de l'enseignement avec l'Education nationale permet à ces trois instances, en concertation, de juger de l'opportunité d'ouvrir ou de développer une BCD sur la base d'un certain nombre de critères, personnel spécifique affecté, projets pédagogiques, profil du quartier...

La bibliothèque a bénéficié d'un crédit spécifique d'acquisitions de documents, et un comité de pilotage bipartite a pour mission de veiller à la bonne gestion des acquisitions, du prêt et des animations au sein des BCD.

Le service de l'enseignement prévoit un crédit destiné à l'achat de matériel et de mobilier. Une douzaine de BCD peuvent ainsi voir le jour chaque année.

La coordination générale est assurée par une bibliothécaire qui est chargée de la liaison entre les BCD, avec les inspecteurs de l'Education nationale ; elle veille à l'harmonisation des services, et peut intervenir ponctuellement, à leur demande, dans les BCD. La Commission permanente de concertation est tenue informée du plan BCD chaque année.

Cette expérience fonctionne depuis deux années scolaires et donne, pour l'instant, toute satisfaction. Les bibliothèques ont établi de nouveaux rapports avec l'école, les enseignants sont très demandeurs d'aides et de conseils, la bibliothécaire mise à disposition a été bien reçue et la répartition des tâches entre les instances bien acceptée partout. Elle permet d'intégrer, réellement, les BCD au fonctionnement des bibliothèques de quartier (les enseignants qui le désirent assistent aux réunions des sections jeunesse qui ont lieu toutes les trois semaines le mercredi matin et participent à des animations conjointes) et, si elle a représenté une charge de travail supplémentaire non négligeable, elle a l'avantage d'être rationnelle.

Ce plan a eu des répercussions en dehors des BCD proprement dites puisqu'il a permis de renforcer les contacts avec l'Inspection académique et d'être associé à l'opération des « Cent livres » par exemple pour le choix des écoles et l'orientation des achats. La bibliothèque est devenue un partenaire et un interlocuteur officiel de l'Education nationale. Ce plan a aussi permis de mieux connaître les écoles et de leur proposer des ateliers plastiques, des ateliers contes et bientôt des ateliers musicaux. La bibliothèque a pu, en effet, bénéficier du contrat de ville signé entre la ville de Mulhouse et la DRAC 2 Alsace pour des opérations culturelles à programmer pendant et en dehors du temps scolaire, l'aménagement du temps de travail à l'école étant un axe de réflexion important sur Mulhouse.

De telles actions contribuent au décloisonnement des institutions et l'investissement personnel des individualités permet d'affronter les difficultés.

L'année 1992 est marquée par la volonté de renforcer les relations bibliothèques/collèges, à la suite d'une enquête menée à Mulhouse dans les collèges et les bibliothèques, sur les lectures des adolescents, enquête lancée au moment de la Fureur de lire 1991.

La désaffection d'une partie de ces adolescents pour les bibliothèques, la recherche d'une complémentarité entre les CDI 3 et les bibliothèques et la nécessité de répondre à la demande du public jeune en matière de documentation ont orienté la réflexion et un groupe de travail a pu se constituer, destiné à repréciser les rapports. Ces relations ne peuvent qu'être informelles puisque les collèges dépendent du département. Il va sans dire, pourtant, que la ville soutient les contacts pris entre la bibliothèque et les enseignants et que la formation est une bonne amorce. Le CAPES 4 de documentation mis en place à l'Université de Haute-Alsace et auquel la bibliothèque participe a permis d'accueillir en stage des documentalistes déjà en poste dans la région, et de susciter des liens plus étroits. Ainsi la bibliothèque a pu mieux comprendre le fonctionnement des établissements, intervenir à la demande des enseignants dans plusieurs collèges et donc dresser un premier inventaire des besoins et des possibilités. Cet axe reste une priorité en 1993.

Mulhouse, ville sensible

La municipalité a défini dans son projet de ville deux actions complémentaires auxquelles les bibliothèques sont étroitement associées de par leur essence, leur origine et leur structure.

La politique de quartier

Cette politique prend en compte la dimension sociale et culturelle et s'appuie donc sur le réseau des bibliothèques de proximité et leur renforcement auprès des jeunes et la sollicitude envers toutes les couches de la population pour un mieux-être et un mieux-vivre ; quelques actions de la bibliothèque sont à cet égard exemplaires.

La politique de quartier est entrée dans une phase intense d'activité en raison du contexte économique avec l'inscription de trois actions DSQ 5 et de deux actions OPAH 6 et une implication importante pour les bibliothèques.

Une enquête réalisée auprès des jeunes de 13 à 18 ans dans un quartier en voie de marginalisation, le Drouot, a montré que la population, relativement jeune, fermée à l'extérieur, « a-culturée », revendiquait la bibliothèque de ce secteur comme lieu de rencontres, de convivialité et référent culturel. Même s'ils ne la fréquentent pas, elle représente pour eux un symbole, celui d'une autre vie possible, et cette bibliothèque, qui a connu des jours difficiles, s'investit dans la recherche de nouvelles méthodes avec le médiateur du quartier pour un éveil culturel réel et une appropriation par la population de l'histoire du quartier.

Dans un autre quartier, lui aussi DSQ très défavorisé dont l'habitat est en cours de réhabilitation, n'existait pas de bibliothèque, mais le bibliobus y stationnait et les liaisons avec les écoles étaient nombreuses. La concertation entreprise dès 1990 avec les habitants a rapidement fait émerger leur demande forte de bibliothèque. Il faut dire qu'une ZEP 7 existait dans ce quartier à l'échec scolaire important et que le milieu enseignant s'est mobilisé : 6 000 personnes et de gros besoins autour de la jeunesse, une population très mélangée et aucune structure culturelle réelle. Les habitants et les acteurs sociaux ont donc travaillé avec la bibliothèque sur un projet qui va déboucher à la Toussaint sur l'ouverture d'une 6' bibliothèque de quartier, 300 m2 tournés vers les petits et les jeunes surtout mais qui n'excluront pas le public adulte, bibliothèque qui fonctionnera avec l'association qui vient de se créer « A livres ouverts », association de promotion de la bibliothèque Wolf qui a pour objectif principal de contribuer à l'animation et à la vie culturelle du quartier en développant la lecture. Elle sera gérée par la bibliothèque, les travaux étant fmancés par la ville, le département, le FAS 8, les crédits d'acquisitions étant attribués par le CNL 9 et la caisse de dépôts et consignation.

Cette bibliothèque est située dans une ancienne Coop 10, à côté de « l'espace Alpha », une école pas comme les autres qui est chargée de mettre à niveau scolaire en français des jeunes primo-arrivants. Il y a, là, un partenaire évident et naturel pour la bibliothèque.

Le personnel sera en partie municipal (bibliothécaire et employé) et en partie associatif (animateur). L'accueil d'une population très éloignée du livre sera ainsi pris en charge par des professionnels complémentaires, ce qui ne peut être qu'une source d'enrichissements mutuels.

Ce projet important, nouveau dans son mode de fonctionnement a nécessité une concertation rigoureuse : il établit des relations nouvelles, verra une convention liant l'association à la bibliothèque et demande, comme le plan BCD, une ouverture aux autres. Il s'inscrit dans une redéfinition des fonctions et des missions des bibliothèques.

Les actions vers les publics spécifiques

Ces actions sont l'autre priorité sociale avec le démarrage en 1991 de deux actions vers la « Petite enfance », avec l'ouverture en mai d'un service « Bébé bouquine, ses parents aussi » à la bibliothèque centrale le samedi matin, service pris en charge par les bibliothécaires et les étudiants de l'école d'éducateurs de jeunes enfants qui a confectionné le mobilier de présentation des livres et qui participe à l'accueil. La promotion de première année de cette école vient de réaliser en mai-juin 1992 une série de pré-livres sur le modèle (lointain) de ceux de Munari, célèbre réalisateur italien de jeux et de livres. Ce sont en fait des livres sensoriels pour les tout-petits, basés sur les différentes impressions du toucher, utilisant des matériaux divers de récupération (tissus, bois, cartons, plastic transparent, etc.), imagiers aux formes brodées, reconnaissance des couleurs, des formes,... Chaque livre est un exemplaire unique, certains sont des chefs-d'œuvre de goût et d'invention. Ils seront présentés lors de l'animation « Bébé bouquine, bébé câlin » d'avril 1993 et prêtés dans les structures d'accueil mulhousiennes de jeunes enfants en même temps que sera programmée l'opération de sensibilisation du tout public. Depuis le printemps 1991 plusieurs bibliothèques de quartier se sont associées au projet, intervenant dans les PMI 11 dans les quartiers très sensibles, dans les crèches et les jardins d'enfants. Les opérations, bien reçues par le public et les professionnels concernés connaissent un grand succès et sont appelées à se répandre dans d'autres quartiers.

L'autre versant concerne la politique d'accès aux documents pour les personnes âgées, commencée avec la desserte par le bibliobus des maisons de retraite et poursuivie plus récemment (depuis mars 1991) par le portage à domicile pour des personnes très âgées (80 ans et plus) ou handicapées. Avec l'appui de l'association d'aide aux personnes âgées, ce service s'adresse à une cinquantaine de personnes, prises en charge par trois bibliothécaires qui assurent ainsi un service autant social que culturel. Il s'agit, en effet, de rompre l'isolement de certaines personnes, d'instaurer un dialogue réel avec elles en leur proposant des lectures et des enregistrements très diversifiés en assurant un service personnalisé, des liens très forts pouvant ainsi se nouer.

Ces deux exemples démontrent la volonté de la ville d'insérer toutes les couches de la population à ses actions, et le rôle que la bibliothèque peut être amenée à y jouer dans la culture au quotidien.

Mulhouse, ville ambitieuse

Mulhouse a toujours accordé une bonne place à sa vie culturelle, consacrant 11 % de son budget à cette politique et elle a manifesté souvent un parti-pris créatif ou expérimental, en organisant Eurodanse par exemple ou en contribuant à l'autonomie du Ballet du Rhin à Mulhouse.

L'Association mulhousienne de la culture, l'AMC, a été un des creusets de l'initiation et de la réflexion théâtrale et artistique et il était temps que cela déborde sur un projet et un lieu de haute définition culturelle, ce que doit être la Filature qui ouvrira au début 1993. Cet équipement ambitieux, centré sur le spectacle vivant, va rassembler des partenaires multiples, tels l'Orchestre symphonique, la Scène nationale, le Ballet, et y accueillir une médiathèque de 1 200 m2 intégrée complètement à la réflexion.

Mulhouse, la ville aux 100 cheminées, la ville de l'industrie textile, renoue donc avec son passé en dressant au bord du canal un lieu de culture appelée la Filature, et la bibliothèque se lance dans une nouvelle approche de ses missions, relève un défi et redéploie ses fonctions.

L'ouverture de la bibliothèque centrale de 6 000 m2 en 1982, qui rassemblait en un même lieu tous les supports et toutes les fonctions, avait marqué une volonté de modernité. Dix ans après, la bibliothèque se décline en termes d'explosions, de redéploiement. Il s'agit, en effet, de transférer le service audiovisuel de la bibliothèque centrale, sans réelle possibilité d'extension, de créer de nouveaux services et de redéfinir les compétences et les orientations. Il s'agit de créer des lieux d'accueil spécifiques tout en maintenant la cohésion du réseau, et la cohérence des missions. Depuis 1991, les bibliothèques réfléchissent donc à ces nouvelles perspectives et elles ont pu redéfinir la place des équipements de quartier, dans la politique sociale en particulier, la logique patrimoniale de la bibliothèque centrale et se préparer à l'impact des nouvelles technologies. La médiathèque de la Filature sera donc centrée sur le théâtre, la danse, la musique, le cinéma et la télévision. Elle offrira des documents sur supports multiples, y compris livres et périodiques couvrant ces domaines et participera à l'animation générale du centre culturel.

Le projet développé par la bibliothèque permettra un travail approfondi de sensibilisation et de formation du public spectateur, la mise en place de supports modernes (vidéodisques interactifs, écrans didactiques...) offrant, de façon ludique, la découverte du spectacle vivant. Une salle de projection et une salle d'expositions seront mises à sa disposition pour des débats, conférences dont la programmation lui sera confiée.

Elle sera complétée par un « centre d'actualités artistiques » dont les missions sont en cours d'élaboration et qui devraient lui permettre de tester les technologies de pointe en répondant à la demande de documentation des partenaires (troupes de théâtre, metteurs en scène, musiciens, etc.). Cet espace sera géré conjointement par les deux institutions avec un personnel mixte et animé d'une volonté d'ouverture nette.

Cet ensemble, qui sera ouvert au moins 50 heures par semaine et le dimanche, créera une nouvelle dynamique, et offrira au public des possibilités multiples avec l'accès aux 15 000 partitions musicales (qui représentent déjà 20 % des prêts). Il fonctionnera en liaison directe avec la bibliothèque centrale qui sera dotée d'une médiathèque de langues (en cours de constitution) avec laboratoire de langues, et le réseau où plusieurs cassettothèques pour jeunes sont en cours d'installation.

Il ne s'agit pas de séparer les fonctions, puisque le traitement des documents reste centralisé, mais d'imaginer d'autres modes de fonctionnement en utilisant les espaces, les dynamiques et les projets pour faire aboutir une image de la bibliothèque omniprésente sur la ville.

Le département art de la bibliothèque est, de la même manière, en cours de restructuration dans une perspective de centre d'art contemporain.

La bibliothèque de Mulhouse a de tout temps eu la préoccupation de s'ouvrir aux oeuvres gravées.

La collection du cabinet des estampes est le résultat de l'action menée dès 1945 par Léon Lang, lithographe mulhousien et qui se situait dans le droit fil de F. Engel Dollfus, industriel du XIXe siècle qui avait offert sa collection à la Société industrielle de Mulhouse, ville natale de Godefroy Engelman, un des premiers lithographes français.

De ce cabinet des estampes, dont le fonds n'a fait que s'accroître, est née l'artothèque de prêt destinée à faire connaître à un public non initié l'art de la gravure, de lui faire aimer l'art contemporain, de décloisonner les artistes et leur travail en les accueillant pour des démonstrations et des rencontres.

Avec un budget de 100 000 F par an pour les achats, la collection est aujourd'hui composée de 760 œuvres, reflet très large de l'art contemporain.

Mulhouse dispose actuellement, en dehors du cabinet des estampes et de l'artothèque, de plusieurs lieux ouverts aux expressions plastiques d'aujourd'hui : La Maison de la céramique autour des arts du feu, le musée des Beaux-Arts riche de sa collection du XIXe siècle mais aux espaces ouverts, véritables clins d'oeils à l'art contemporain, la galerie d'expositions de la Rue Engel Dollfus, la future salle d'expositions de la Filature, la salle d'expositions de l'Ecole d'art le Quai.

Tous ces lieux doivent permettre la mise en place d'un véritable réseau art plastique. L'artothèque, actuellement intégrée à la bibliothèque, peut être le moteur de ce qui doit devenir un Centre d'art contemporain.

Mulhouse, autour de son Ecole d'art, a engagé un combat de longue haleine pour développer, faire connaître, et surtout faire accepter l'art contemporain.

Ecole d'art, bibliothèque et artothèque sont des outils de formation indispensables pour réussir cette conversion. Cela ne peut être que par leur action conjuguée, et en sachant donner du temps au temps, que Mulhouse saura profiter de sa proximité avec Bâle et Fribourg pour devenir une ville où la création artistique sera un vecteur de développement.

Formation de jeunes créateurs à l'Ecole d'art, initiation de plus jeunes pour des formations périscolaires autour de l'artothèque, ouverture à un large public par une politique volontariste de prêt, confrontation avec des artistes en résidence pour quelques mois à Mulhouse, politique d'expositions permettant aux artistes travaillant chez nous de valoriser leur œuvre. mais aussi présentation d'œuvres confirmées et de création d'avant-garde d'artistes du monde entier, voilà les axes d'une politique d'art plastique dans laquelle l'artothèque a une place fondamentale à jouer.

La continuité de l'action politique a ainsi permis aux bibliothèques de s'intégrer véritablement à la vie culturelle, d'en être même un des éléments moteurs essentiels et, depuis 1990, d'être un partenaire efficace, par leur omniprésence au quotidien, du projet de ville.

Les fonctions inhérentes au réseau des bibliothèques ont pu se développer grâce à une volonté d'ouverture et de partenariat jamais démentie, et ont pu ainsi faire coexister la logique patrimoniale et une logique de service réel.

Actuellement, les bibliothèques ont élaboré de nouveaux modes de fonctionnement, cherché à établir avec le contrôle de gestion une rationalisation de leurs services, et peuvent ainsi relever les enjeux et les défis d'une politique de concertation s'adressant à tous, grâce à un personnel dynamique, prêt à s'investir dans un nouveau métier de bibliothécaire.

Juin 1992